Un futur horriblement proche

Quand je suis allé acheter Le goût de l’immortalité, j’en ai profité pour demander à l’incontournable Kti Martin un autre conseil de SF. Je suis reparti avec Water knife de Paolo Bacigalupi. Très bonne pioche, bien évidemment.

bacigalupiUn futur pas vraiment défini, mais tout proche. Le climat se dérègle de plus en plus, et à force de tirer dans les nappes phréatiques, on a fini par les épuiser. Résultat, dans l’ouest et le sud américain, la guerre de l’eau a éclaté, et les états s’appuient sur de vieux droits pour confisquer les fleuves à leur unique usage.

Résultat : Le Texas est un état désertique, désolé, et les texans sont devenus des parias dans tous les états voisins. La Californie a tiré son épingle du jeu, et dans le Nevada, Catherine Case, la reine de l’eau, a confisqué le Colorado pour que Las Vegas reste une oasis.

Pour cela elle emploie des armées d’avocats et des milices privées, les water knife, qui font régner son ordre par la force. A leur tête Angel Velasquez qu’elle envoie quelques jours à Phoenix, car il se trame quelque chose d’étrange dans cette ville moribonde. Il va y trouver l’enfer, et croiser la route de Lucy, une journaliste suicidaire et de Maria, jeune texane prête à tout pour survivre.

Water knife est publié au Diable Vauvert, une collection de SF, les amateurs de polars risquent donc de passer à côté. Il aurait pu être publié à la série noire, ou chez Super 8, et ce sont les amateurs de SF qui seraient passés à côté. Il devrait pourtant enchanter les deux publics.

Bien entendu il s’agit de SF, puisque nous sommes dans un monde futur, mais c’est le monde de demain, même pas celui d’après-demain. Et le procédé narratif est typique du fameux MacGuffin de tonton Aldfred. Passés les premiers chapitres touffus et complexes (qui demandent un poil de patience et de concentration), dès qu’Angel arrive à Phoenix, on se retrouve dans une course poursuite haletante et particulièrement violente entre les différents protagonistes qui sont à la recherche d’un … D’un machin, d’un MacGuffin donc.

Un vrai plaisir de lecture, addictif et plein de suspense. Mais pas seulement. La peinture de ce futur sombre et très proche est effrayante par son réalisme et sa cohérence. Combien de temps encore avant que nous ne payons nos folies. Combien de temps avant que l’eau ne devienne chez nous ce qu’elle est déjà dans de nombreux points du globe : Une denrée trop rare, source de conflits sanglants ? Et comment nos sociétés, tant habituées à gaspiller l’or bleu, bien plus indispensable que le pétrole pour lequel on s’entretue déjà, réagiront-elles ? Avec quelle violence ? Avec quels renoncements à notre vernis de civilisation et de civilité ?

Autant de questions auxquelles le roman répond, à sa façon, en imaginant un futur possible, effrayant et malheureusement très plausible. A lire donc, pour se faire plaisir, se faire peur et se faire réfléchir.

Paolo Bacigalupi / Water knife (The waterknife, 2015), Au diable vauvert (2016), traduit de l’anglais (US) par Sara Doke.

 

13 réflexions au sujet de « Un futur horriblement proche »

  1. Catherine Whitebird

    Je l’ai découvert il n’y pas longtemps et j’ai adoré. L’auteur s’est parfaitement documenté. Le fleuve Colorado est l’objet de toutes les convoitises et son delta au Mexique est totalement asséché. En 1979, j’étais gamine en échange culturel à Grand Lake dans le Colorado, en pleines Rocheuses. Le père de ma correspondante, Gary, travaillait à la station de pompage qui envoyait l’eau des Rocheuses vers Las Vegas et LA. Deux villes qui sont des aberrations écologiques. Comme Phoenix. J’avais été frappée par l’énormité des pompes et des pipelines qui en partaient. J’étais gamine, mais je me suis toujours demandé comment sur le long terme cela allait être soutenable, avec la croissance de population. Bacigalupi peint un futur plus que probable.

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Ca je savais, et au boulot je ne pourrais pas travailler au contrôle projet ou à la qualité. J’ai beaucoup de mal à me concentrer sur les finitions et les précisions … Mais j’ai des lecteurs attentifs !

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  2. Zorglub

    Je ne suis pas sûr de le lire.
    Il y a quelques années, j’ai lu Aqua TM, de Jean-Marc Ligny, aussi sur le thème de l’eau et du changement climatique, et juste après, dans un autre genre, La minute prescrite pour l’assaut de Jérôme Leroy.
    J’ai failli faire une dépression.

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      C’est sûr que ça n’incite pas à l’optimisme, mais d’un autre côté quand on lit du noir …
      Là c’est juste que c’est un excellent roman. Il suffit de se préparer un petit Camilleri après.

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  3. Damien

    Bacigalupi a écrit aussi un super recueil de nouvelles : La Fille flûte, dans lequel on recroise entre autre des personnages de la Fille Automate.

    On retrouve dedans une des nouvelles (Le chasseur de Tamaris) qui pose les bases de l’univers de Water Knife, que je compte lire d’ici peu !
    Et effectivement, en plus de son talent d’écrivain, c’est aussi sa capacité à décrire un futur tellement probable qui rend l’immersion dans ses romans si forte.

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