La vague rednecks continue

C’est parti pour 2017, et je commence par un Neonoir comme l’an dernier. Cette fois c’est Soleil rouge de Matthew McBride.

mcbrideLe shérif adjoint Dale Banks ne reconnait pas sa ville et sa campagne du comté de Gasconnade dans le Missouri. La drogue facile à produire a tout perverti, n’importe quel mobil home pourri peut se transformer en atelier de production de méth. Difficile de continuer à faire son boulot dans ses conditions, difficile d’éduquer des gamins et de préserver sa famille quand tout le monde, des ouvriers aux banquiers en passant par les paumés, trempe dans le trafic.

Alors lorsqu’en fouillant une caravane, Dale tombe sur 50 000 dollars, il se dit que c’est de l’argent de la drogue, qu’il peut bien le garder, et qu’il s’en servira pour assurer un avenir à ses gosses. Il oublie un détail, cet argent appartient à quelqu’un, à quelqu’un bien décidé à le récupérer.

J’ai déjà lu, ici et là sur les blogs, que l’on avait là un roman de plus sur les pauvres blancs et la violence dans les campagnes américaines. Et je suis assez d’accord. Si ce roman tranche avec le premier Matthew McBride que nous avons découvert (souvenez-vous le fameux Frank Sinatra dans le mixer), c’est par son sérieux. Plus d’humour déjanté, les truands sont toujours bêtes et méchants mais ils ne font plus rire.

On est par contre en plein dans la veine des rednecks crasseux, violents et stupides. L’histoire se lit avec plaisir et ce qui peut la différencier (un peu) des autres romans de la vague « rural noir aux US », c’est l’impression que tout, absolument, tout, est pourri. Pas un seul personnage auquel se rattraper, toute la société décrite est complètement corrompue par la drogue et l’argent de la drogue.

Ensuite, je ne sais pas si la légère lassitude vient de l’accumulation, je ne sais pas si une vague redneck est en train de remplacer la vague suédoise, si c’est juste qu’on découvre tardivement ici des auteurs qui existent depuis longtemps là-bas … Mais c’est vrai que ça devient vaguement répétitif.

Toujours est-il que, si vous aimez le style, vous pouvez y aller, si vous ne connaissez pas les campagnes américaines vues par les écrivains de polars aussi, si vous commencez à vous lasser du genre, vous pouvez passer à autre chose, ce Soleil rouge ne se démarque guère des autres.

Matthew McBride / Soleil rouge (A swollen red sun, 2014), Gallmeister/Néonoir (2017), traduit de l’anglais (USA) par Laurent Bury.

13 réflexions au sujet de « La vague rednecks continue »

  1. lectriceencampagne

    d’accord, lu, chronique dans 15 jours. Une lecture facile, comme j’ai le cuir encore tendre, Olen m’a émue, mais c’est vrai, rien de nouveau -en même temps devons-nous attendre du neuf à chaque livre ? – J’ai préféré celui qui m’a fait rire, parce sinon, pour ces histoires tristes de rednecks, il y a Woodrell et là…dur de faire mieux.

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Pour moi Woodrell est vraiment à part. Son empathie, sa façon de nous émouvoir le rapprochent d’un Larry Brown, alors que le nouvelle école redneck est quand même beaucoup plus centrée sur les personnages négatifs. Et puis se comparer à La mort du petit coeur ou Un hiver de glace, c’est rude tellement ces romans sont bouleversants.

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      1. Catherine Whitebird

        En lisant votre rubrique, j’ai tout de suite pensé à Winter’s Bone, le film (avec Jennifer Lawrence). C’était tellement vrai. J’ai vécu dans l’Ohio. C’est pas le Missouri, mais les hillbillies /red necks/white trash (comme les upper class les appellent) de là bas sont aussi dangereux. Bourrés, avec le gun dans la voiture, and looking for trouble il ne faut pas les croiser un vendredi soir. J’aimais pas le vendredi soir. Ce film m’a rappelé tellement de souvenirs. Et je viens juste de me rendre compte que c’était une adaptation du roman éponyme de Woodrell. Le monde est grand.

  2. belette2911

    Woodrell est dans ma biblio, mais je ne m’y suis pas encore attaquée… le genre du rural noir ou des rednecks ne m’a pas encore lassée, donc, j’ai noté ce roman en haut de ma liste 😉

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Si Woodrell est dans ta biblio, il me semble que c’est une priorité absolue ! Et Larry Brown tant que tu y es, puis Harry Crews, et rien qu’avec ces trois là, on a une bonne vue des campagnes américaines.

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      1. belette2911

        Bon, c’est fini, la ?? mdr Harry Crews et ses freaks… Je connais Charlie Brown, mais pas encore Larry, et oui, je vais me faire les Woodrell, puis j’ai aussi Faulkner… Combien de vies me faudra-t-il pour y arriver ??

  3. Electra

    Je te rejoins sur Woodrell dont j’ai adoré également le recueil de nouvelles (je le lis en anglais donc les titres m’échappent) – j’ai quand même vu l’adaptation au ciné de Winter’s bone et le résultat est excellent, très proche du roman. Lui et McBride sont quand même très différentes, car chez McBride c’est le choix de pousser à l’extrême les personnages, j’avais beaucoup aimé Frank dans un mixeur mais c’est déjanté, Woodrell est à l’opposé même si la réalité qu’il décrit peut nous apparaitre irréelle (j’ai vécu au fin fond du TN et je rejoins l’internaute précédente, oui ils font peur …).
    après pour les modes, je te rejoins – c’est pourquoi j’essaie de varier – je veux quand même lire celui-ci mais dans quelque temps !

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