87° District, le début de l’intégrale

Cela faisait longtemps que j’en avais envie, et que je ne m’y mettais que peu à peu, dans le désordre. Les vacances ont été l’occasion d’installer un peu de méthode dans la chose. J’ai récupéré tous les 87° district du génialissime Ed McBain, et je les attaque dans l’ordre, depuis le premier.

Je vous tiendrai au courant, et peut-être vous donnerai envie, petit à petit. Là j’ai lu les cinq premiers, à savoir : Du balai !, Le sonneur, Le fourgue, Faites-moi confiance, Victime au choix.

McBain 01Isola, création littéraire d’Ed McBain, un quartier d’une très grande ville, de La grande ville, copie bien évidemment de Manhattan. Une création qui évite à l’auteur de se tenir au courant des changements de districts, de nomination au sein de l’administration et des forces de l’ordre, mais qui, ces détails sans intérêts mis à part, est Manhattan.

Dans cette ville des flics maintiennent l’ordre comme ils peuvent. Et parmi ces flics un groupe, ceux du 87° district. Un quartier proche des quartiers riches, mais un quartier violent, agité.

Au départ aucun héros, juste des flics : Steve Carella, d’origine italienne, qui va très vite épouser une très belle brune, Teddy, sourde-muette dont il est follement amoureux. Meyer Meyer, juif au nom ridicule, conséquence de l’humour particulier de son père, patient, imperturbable, chauve à trente ans. Arthur Brown, grand, costaud, noir. Le lieutenant Peter Byrnes qui dirige la brigade … Et Bert Kling, agent de ville, le petit jeune qui va rapidement intégrer l’équipe avec d’autres …

Au départ ils devaient tous être à égalité, sans personnage principal, au point que dans le volume 3 Ed McBain avait l’intention de tuer Steve Carella. Mais il dut se rendre à l’évidence, certains de ses personnages, même s’ils ne sont pas présents dans tous les volumes (comme le volume 2 où Steve est en voyage de noce) devaient être immortels.

McBain 02On va donc suivre plusieurs enquêtes? Certaines relèvent de l’intime, des drames passionnels, des vengeances. D’autres vont mettre en avant tel ou tel sujet : les gangs de jeunes qui commencent à inquiéter la bonne société américaine dans ces années cinquante, le solitude dans la grande ville, les violences faites aux femmes, les flics ripoux, le chantage … On va connaître les problèmes d’une vie de flic, les répartitions de vacances, le danger, la peur de celles qui restent à la maison. On va avoir une radiographie de la société américaine entre 1956 et 1958.

Tout cela c’est ce à quoi on pense quand on a refermé les bouquins. Mais pendant la lecture, on est complètement embarqués par l’écriture géniale de l’auteur. Son sens du rythme et du tempo, sa façon de jouer avec le lecteur pour faire monter le suspense.

Le final de Faites-moi confiance est un exemple magistral de ce talent : Tout d’abord, nous sommes dans les années cinquante, pas de téléphones portables, pas de bippers ! Tout le suspense tient dans la façon jouissive dont McBain chorégraphie les ratés entre différents personnages qui n’arrivent pas à se joindre et donc retardent, jusqu’à la dernière seconde, la transmission de l’information qui permettra d’arrêter le tueur. Et tout cela, bien entendu, alors que deux personnes sont en danger de mort. Du grand art.

Du grand art aussi ses dialogues fantastiques, qu’il s’agisse d’interrogatoires ou d’échanges de vannes entre flics. Et un sens de l’humour fin, subtil, qui fait mouche à chaque fois.

La géniale mise en place de la fine équipe. A lire, absolument, pour tout amateur de polars. Mais attention, les 87° districts, c’est comme les pistaches. On en lit un, on se dit qu’on va arrêter, mais on a ouvert le suivant sans même s’en rendre compte.

Ed McBain / 87° District volumes 1 à 5 :

(1) Du balai ! (Cop hater, 1956), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Chabolet et Raoul Amblard.

(2) Le sonneur (The mugger, 1956), traduit de l’anglais (USA) par Jean Rosenthal.

(3) Le fourgue (The Pusher, 1956), traduit de l’anglais (USA) par Henri Robillot.

(4) Faites-moi confiance (The con man, 1957), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin.

(5) Victime au choix (The killer’s choice, 1958), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin.

28 réflexions au sujet de « 87° District, le début de l’intégrale »

      1. herreiffel

        En lisant ton billet tout à l’heure, je suis allé vérifier et oui, 87th Precinct a bel et bien existé, 30 épisodes sur les années 61-62 et même Columbo aurait été inspiré de ses écrits…

  1. Thierry MARTIN

    Bonjour,
    J’effectue la même démarche mais avec Dave Robicheaux de James Lee Burke.
    J’en ai lu 8 et le plaisir est toujours aussi intense.
    Thierry

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  2. Zorglub

    Tu les lis dans les versions de la Série noire ? L’intégrale a été rééditée en 9 volumes par Omnibus, dans des traductions complétées.

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Je triche.
      J’ai des séries noires, des omnibus, des presses de la cité, mais là j’ai récupéré les 55 volumes sur ma liseuse que j’ai amenée en vacances !

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      1. Michèle

        Jérôme Leroy et vous, me donnez envie de me procurer « Tout le monde sont là », pour voir si j’ai oublié ou pas ces personnages. J’ai lu, du grand Ed , dans le plus grand désordre, tout ce que j’ai pu trouver en bibli à l’époque où je le lisais. Je n’ai envie de le lire ni en intégrales (quoique, si le virus me reprend) ni en liseuse. La liseuse pour moi, c’est pour lire du François Bon :))) – Je plaisante, mais à peine…

  3. Jérôme Leroy

    Dans mon souvenir, la virtuosité narrative du grand Ed est à son sommet quand il réussit l’exploit de mettre tous ses personnages en moins de deux cents pages dans « Tout le monde sont là. » Autre chose, qui me plaît, surtout par les temps qui courent, comme chez Simenon. Pas besoin de faire des pavés pour avoir l’air sérieux et documenté. Le vrai plaisir du roman noir, c’est aussi de se lire en une soirée, ou deux. Pas de tenir les serviettes à la plage…

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Oui ! En 150 pages , des dialogues ciselés et quelques descriptions magnifiques de New York, une pincée d’humour et c’est plié.
      Le génie de la simplicité.

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  4. Meyer Meyer

    J’avais entrepris la même démarche que toi l’année dernière en en lisant un de temps en temps (mais dans l’ordre) mais ‘ai certainement trop espacé et du coup j’ai du m’arrêter au bout de 4 ou 5. Tu m’a donné envie de reprendre. je vais m’en prendre quelques uns pour mes vacances bretonnes à compter de la semaine prochaine (l je fanfaronne car je pars quand tout le monde revient.. Pour ceux qui n’ont pas encore lu le 87e district allez-y ! Ca se lit rapidement avec un grand plaisir, la vie du commissariat est bien décrite. Il ne faut pas s’arrrêter au premier mais laisser l’addiction vous gagner comme dans une série (c’est d’ailleurs pourquoi je ne regarde pas les séries).. Alors bonne lecture Jean-marc et passe le bonjour à Steve, Cotton, Ollie, Bert et les autres.
    M.M.

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  5. keisha41

    Aaaaaaaaah j’ai lu les deux premiers omnibus, un autre m’attend, ensuite ça sera coton d’avoir les autres (un libraire m’a suggéré que l’éditeur ne faisait plus ça, ha bon, il veut que j’aille sur Amazon, le libraire, Bref, j’aviserai, au moment)
    Sinon McBain c’est génial, mais ici tous le savent

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  6. Françoise

    Ah non, pas le bonjour à Ollie, il est infâme celui-là. Figurez-vous que j’ai tout lu, pas tout McBain, mais tout le 87è district et tu en as encore pour un moment Jean-Marc ! Je crois savoir (ne me demandez pas la source, c’est un vague souvenir) que c’est le 1er auteur américain à avoir créé des personnages de flics qui sont les héros des romans : jusque là, c’était plutôt des détectives privés, ou des journalistes, etc, mais jamais des flics professionnels qui arrivaient à résoudre des énigmes. De même je crois que c’est aussi le premier à avoir fait vivre une équipe entière en s’intéressant à plusieurs personnages, même si, comme tu le dis, c’est finalement Carella qui se détache du lot. Quand tu auras fini (dans longtemps 😉 ) tu te rendras compte qu’il y a une petite particularité assez drôle, mais je ne veux pas spoiler ton plaisir, donc je ne dirai rien.

    Il faudra que je fasse la même chose avec James Lee Burke un jour…
    Bonne lecture !

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  7. jo

    Quand j’ai un coup de moins bien, quand je dépasse pas la page 50 de mon bouquin, rien de tel que de filer à Isola!!!
    Par contre, en réponse à un commentaire précédent, je pense que les 9 volumes sont dispos chez Omnibus…

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Je crois que tout est dispo. C’est moi qui avait acheté au hasard, une vieille SN, deux omnibus, un presse de la cité …
      Là je fais du systématique et je me régale.
      Pour l’instant, j’ai terminé le tome 8, absolument excellent.

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  8. Sawamura Rokurôzaemon

    Hello !
    J’adore cette série. Entre 2010 et 2012 je me suis amusé à me procurer tous les romans du 87ième sur le net, d’occasion et dans la langue de McBain, et à les dévorer (dans l’ordre des achats, pas l’ordre chronologique de la série). Je me suis régalé. Facile à lire en anglais (et je suis loin d’avoir un bon niveau). J’ai une petite préférence pour les romans avec Fat Ollie ou le Death Man (le sourdingue en français ?) et les dialogues de M&M qui sont exceptionnels. Quelle fresque! C’est la Comédie Humaine (Urbaine) à l’américaine. Prochaine mission: les relire dans l’ordre chronologique dans un avenir proche.
    Bonne lecture à tous ceux qui auront la chance de découvrir prochainement cette remarquable série !

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  9. Françoise

    Pour ceux qui ne les trouvent pas, ou trouvent l’intégrale trop lourde et/ou trop chère, je vous rappelle qu’il existe de bonnes bibliothèques (avec des liseuses et aussi des livres papier, si si). 😉

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Ah bon, il y a des bibliothèques ? Je plaisante, les 87° District devraient être en évidence sur toutes les tables de librairies et bibliothèques.

      Répondre

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