Au cœur du fascisme des années de plomb

Un pavé que j’avais gardé en attente des vacances. Les noirs et les rouges de l’italien Alberto Garlini.

Garlini1968, Rome, à l’université les rouges et les noirs s’affrontent de façon violente. Dans le camps des fascistes, Stefano Guerra, jeune homme qui brûle de rage, originaire d’Udine, dans le nord du pays. Lors des heurts, il tue par erreur un jeune communiste. Sauvé par des cadres d’extrême droite, il est repéré pour sa violence, et utilisé par les différents groupuscules.

Manipulé, par les uns et les autres, il va se perdre complètement alors que derrière toutes les révoltes, les services secrets italiens jouent un jeu trouble et dangereux. Mue par une colère aveugle, Stefano Guerra ira jusqu’au bout de sa rage et de sa violence.

Ces derniers temps je vous avais proposé des lectures plaisantes, parfois drôles, toujours réjouissantes. Là changement de décor et de ton, on plonge, tête la première, dans plus de 900 pages de haine, de bêtise, de saloperie et de violence.

L’auteur nous emmène au cœur de ces années de plomb que nous connaissons si mal ici, si ce n’est au travers de telle ou telle figure charismatique (de gauche), mais cette fois on est en plein milieu des différents groupes d’extrême droite. Théories délirantes et haineuses, manipulations en tous genres, trafics avec les truands, admiration du Duce et des SS … Et jouets de tout cela, le groupe de Stefano, des jeunes hommes enragés, voulant autant se détruire eux-mêmes que détruire tout ce qui les entoure.

Là où l’auteur est très fort, c’est qu’il nous met dans la tête de Guerra, sans l’excuser si l’accuser, nous montrant juste comment il en arrive où il est, comment certains se servent de lui, alimentent sa paranoïa, sa violence et sa colère. Et paradoxalement, peu à peu, même s’il s’en défend, le lecteur en vient à ressentir une certaine proximité pour ne pas dire une certaine tendresse pour le jeune homme, et cela, bien entendu, sans jamais épouser ses idées.

C’est certainement là qu’est le tour de force de l’auteur, dans cette façon de décrire un fasciste convaincu, sans jamais lui donner raison, mais sans jamais en faire un monstre ni lui nier son humanité. Montrant même, lors de quelques moments lumineux, l’homme qu’il aurait pu devenir dans d’autres circonstances.

Un roman dense, exigeant et passionnant.

Alberto Garlini / Les noirs et les rouges (La legge dell’ odio, 2012), Folio/Policier (2017), traduit de l’italien par Vincent Raynaud.

15 réflexions au sujet de « Au cœur du fascisme des années de plomb »

  1. Michel MASSANT

    Exactement mon ressenti…. qui m’a laissé une impression bizarre de proximité avec un homme dont les idées et la violence me sont si étrangères !

    Répondre
  2. Le Noir

    Je rappelle le bouquin du brésilien Carlos Alberto Lungazo « Cesare Battisti : les coulisses obscures » qui permet d’appréhender cette période italienne (la préface du livre est de Fred Vargas).

    Répondre

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