Retour gagnant pour Sully Carter

On avait découvert Neely Tucker avec La voix des morts. Il reprend son personnage de journaliste mal embouché dans A l’ombre du pouvoir et confirme son talent.

TuckerSully Carter est journaliste au Washington Post. Ancien reporter de guerre, blessé en Bosnie, il couvre les faits divers en tentant d’oublier les horreurs qu’il a vues et vécues. A priori, la découverte, dans le Potomac, du cadavre d’un jeune noir à dreadlocks tué d’une balle dans la tête n’a malheureusement rien d’extraordinaire.

Mais il s’avère que le jeune homme, Billy Ellison était le fils d’une des familles les plus influentes de la ville, une des quatre ou cinq plus importantes de la bourgeoisie noire. Une fois de plus, Sully va devoir marcher sur des œufs, et vérifier plutôt deux fois qu’une les informations que son journal peut publier sur un monde qui sait parfaitement faire appel aux avocats les plus procéduriers et influents de la capitale.

Que voilà un excellent polar, classique dans sa structure comme on les aime.

Un personnage récurrent (et qu’on reverra j’espère) dans la droite lignée de ses dignes prédécesseurs, comme on en a vu des dizaines, preuve que quand un auteur donne de la chair à un cliché, ça marche à tous les coups. Sully Carter est le prototype du héros de roman noir, fragilisé dans sa chair et son âme par un passé qui le fait souffrir, caractère de cochon, réfractaire à toute forme d’autorité arbitraire, têtu comme une mule, qui ne lâche jamais une affaire commencée quelles que soient les pressions, méchant comme une teigne avec les pourris, et, cerise sur le gâteau, capable de réparties cinglantes. Comme Salvo Montalbano, Harry Hole, John Rebus, Rocco Schiavone, Jack Taylor, Douglas Brodie … Classique, mais terriblement efficace quand c’est bien mené, et avec Neely Tucker c’est très bien mené.

Une enquête qui permet de découvrir une ville dans tous ses aspects. Ici Washington et son passé esclavagiste, mais aussi les arcanes du pouvoir, d’un certain pouvoir : lobbyistes et presse. Là aussi classique, mais très bien mené et passionnant.

En comme l’auteur est journaliste, la description de la vie d’un grand journal de l’intérieur est extraordinaire. Les scènes de discutions entre Sully et le management du journal pour vérifier si un article est attaquable ou non, publiable ou non, sonnent terriblement vrai et sont passionnantes.

Bref, la série Sully Carter continue, pour le meilleur et j’attends avec impatience la suite.

On peut juste regretter de ne voir parler dans les media que de la suite pathétique d’une série scandinave à succès qui est à Neely Tucker ce que l’eau tiède est au bourbon, ou le rosé pamplemousse au Vosne-Romanée …

Neely Tucker / A l’ombre du pouvoir (Murder D. C., 2015), Série Noire (2017), traduit de l’anglais (USA) par Alexandra Maillard.

8 réflexions au sujet de « Retour gagnant pour Sully Carter »

  1. belette2911

    Je parie que la suite dont tu parles est Millénium, non ? Jamais lue, paraît que c’est super, mais vu comment tu en parles, j’ai beau aimer le jus de pamplemousse, je prendrai plutôt du Vosne-Romanée !! 😆

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Disons que j’ai lu les deux premiers Millenium et que j’ai trouvé ça au mieux très moyen. Quant au jus de pamplemousse, c’est bon, ce qui est sorti cet été c’est le rosé-pamplemousse. Déjà je ne suis pas un adepte du rosé, mais mélangé au jus de pamplemousse, je dis non !

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      1. belette2911

        Depuis le temps qu’on me dit que je dois lire millénium et que je ne l’ai pas encore fait, je me demandais si je ne passais pas à côté d’un truc de fou, ZE roman of the century, quasi.

        Mais vu que je n’aime déjà pas le rosé et que le jus de pamplemousse, sans sucre, c’est amer…. je penses que je ne devrai pas te faire un dessin :p

  2. Françoise

    Bon alors, pour une fois, je ne suis pas du tout d’accord ! Je me suis refusée à lire les tomes 4 et 5 parce qu’il s’agit d’une opération commerciale basée sur le succès d’un auteur décédé. Mais j’avais adoré les 3 premiers. Alors, c’est vrai, en te lisant, je reconnais qu’il ne s’agissait pas d’un grand styliste. J’ai lu, je ne sais plus où, que la traduction était exécrable aussi : ça a pu jouer.
    Je reconnais aussi que la fin du 2 est assez peu vraisemblable, mais honnêtement, quand j’en suis arrivée là, je m’en foutais, tellement je m’étais attachée aux personnages. Ou plutôt, devrais-je dire, « au » personnage, celui de Lisbeth bien sûr. Tu cites sa prodigieuse intelligence, ses dons de hackeuse, etc, mais je crois que ce que l’on aime chez elle, ce sont surtout ses fêlures, son autisme (une forme particulière d’autisme, le syndrome d’Asperger, semble bien lui correspondre d’ailleurs), sa solitude, et l’attachement immodéré qu’elle peut montrer pour certaines personnes. En fin de compte, il y a relativement peu (j’ai dit « peu » et non « pas du tout ») d’héroïnes de cette trempe et c’est peut-être pour ça que j’ai autant aimé cette trilogie (lue à sa parution, donc souvenirs pas forcément tout frais !).
    Et, moi aussi, je suis fan de Ken Bruen, na !

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Et tu n’as pas trouvé ça très lent, et très tiède et rassurant ? Et pour les héroïnes attachantes, je préfère et de loin Claire de Witt de Sara Gran, ou Giorgia Cantini de Grazia Verazani. Au moins ce ne sont pas des super héroïnes. ET puis en plus de Lisbeth il y a l’autre ectoplasme. Décidément, non.

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