Trevanian surprenant

Gallmeister a décidé d’éditer ou rééditer les romans de Trevanian. Le dernier en date L’été de Katya.

TrevanianAvant d’attaquer ma chronique, une petite mise au point géographique. Le roman, et la quatrième de couverture nous parlent de la petite ville basque Salies. Et comme ici, on est dans le sud-ouest, que mes origines sont béarnaises (comme mon nom l’indique), et que j’ai longtemps vécu au Pays Basque, je me sens obligé de corriger. Non Salies n’est pas au Pays Basque. D’ailleurs, Salies s’appelle en fait Salies de Béarn. Pourquoi l’auteur qui, si j’en crois sa bio a vécu en Pays Basque, a-t-il choisi de faire de Salies une ville basque ? Mystère et boule de gomme. Peut-être pour s’éviter des clarifications vu que dans le cours du roman les personnages vont à Alos, à 20 km de là pour une fête basque. Et Alos est effectivement en pays basque … Bref, pour les familiers des ex Basses-Pyrénées, nous sommes en pays Charnègue. Fin de la mise au point géographique.

Salies donc, en cet été 1914. Jean-Marc Montjean, tout jeune médecin originaire du village voisin d’Alos est venu aider le médecin local pendant l’été. Il va tomber amoureux de la belle Katya de Tréville, qui vit dans une maison isolée avec son frère jumeau Paul et leur père, un érudit perdu dans ses études sur le Moyen Age.

A une époque, et dans un lieu où cela est rare, pour ne pas dire inédit, la jeune Katya fait preuve d’une liberté ébouriffante. Mais en même temps d’une étrange réserve avec Jean-Marc. Qui, comme les commères de Salies, ne peut s’empêcher de se demander pourquoi les Trévilles sont partis de Paris pour venir s’enterrer à Salies. Et qui ne comprend pas bien les relations étranges entre Katya, son frère et leur père.

Plus de vingt ans plus tard, médecin installé à Alos, Jean-Marc Montjean se souvient de cet été de Katya.

On ne peut pas reprocher à Trevanian de toujours écrire le même livre. Entre La sanction, Shibumi, le western Incident à Twenty-Mile et ce dernier (pour ceux que j’ai lus), on retrouve parfois des thématiques, parfois des lieux, mais le lecteur ne peut jamais savoir à l’avance où il va.

Il s’essaie ici au polar psychologique, tout en dressant le portrait d’une région bien particulière, à un moment tout aussi particulier.

Il décrit très bien la petite ville de province, de ce coin particulier qu’est le Pays Basque montagnard. Avec sa langue, ses traditions, son encrage, mais également son repli sur lui-même et ce paradoxe d’une population capable d’être très festive et en apparence ouverte, mais en même temps très refermée sur elle-même. De même il saisit bien un des derniers moment d’insouciance d’un monde qui se dirige tout droit vers l’horreur.

L’écriture est étonnante, totalement adaptée à l’époque, et en parfaite adéquation avec ses règles et ses interdits, donnant un côté suranné au récit. Le mystère est lentement et habilement distillé, la tension monte, peu à peu, en même temps que les interrogations du narrateur sur les bizarreries de la famille Tréville. Jusqu’à une révélation qui, si elle ne surprendra pas entièrement les lecteurs avertis de polars psychologiques, est bien amenée.

Du très bon boulot. Après, le thriller psychologique n’est pas mon genre de prédilection, je n’en lirai pas des dizaines, mais je ne me suis pas ennuyé une seconde. Tant qu’à en lire un de temps en temps, autant en lire un bon. Et ici c’est du bon.

Trevanian / L’été de Katya (The summer of Katya, 1983), Gallmeister (2017), traduit de l’anglais (USA) par Emmanuelle de Lesseps.

9 réflexions au sujet de « Trevanian surprenant »

  1. Françoise

    De Trevanian j’avais lu Shibumi et j’avoue avoir été extrêmement choquée à l’époque par ses propos ouvertement racistes. C’est d’autant plus contradictoire que son héros est le fruit d’un métissage incroyable. Mais le fond du discours, je l’avais trouvé insupportable. Ça ne m’a pas rendu le mystérieux auteur très sympathique…

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      J’avais eu le même ressenti, il y a très très longtemps (je n’ose même pas calculer), quand j’avais lu Shibumi. Plus que raciste, le propos m’avait paru d’une suffisance assez insupportable, avec une exacerbation du sentiment de supériorité d’une sorte de superman méprisant toute l’humanité.
      Depuis j’ai lu le western de Trevanian, puis ce roman.
      Alors certes ce n’est pas un humaniste, je crois que c’est surtout un grand misanthrope. Qui sait écrire.
      C’est certain, ce n’est pas un Salem, un Johnson ou un Camilleri dont on aime tant l’humanité !

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  2. Françoise Croville

    Nantie de tes précieux conseils, je suis en train de le lire. C’est vrai que l’écriture, très « 19è siècle » est surprenante, surtout de sa part. Je ne suis pas assez avancée pour me faire une idée, donc à suivre 🙂

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