Cette fois je n’accroche pas à Somoza

Je suis habituellement fan des romans complètement décalés de José Carlos Somoza. Mais là, avec Le mystère Croatoan, je n’ai pas accroché.

SomozaLes anciens collaborateurs et les proches du professeur Carlos Mandel, spécialiste du comportement animal, reçoivent tous un même email mystérieux : une seul mot « Croatoan ». Problème : Carlos Mandel s’est suicidé deux ans auparavant après une longue période de dépression. Dans le même temps, le monde devient fou, des manifestations éclatent partout, les animaux envahissent les villes, les gens commencent à s’entretuer …

Carmela Garces, une de ses anciennes élèves, Nicolas et Fatima, deux de ses anciens amants et quelques autres vont alors converger vers le centre d’étude de son ancien groupe, en pleine forêt, pour tenter de comprendre et de survivre. S’il n’est pas trop tard.

Le roman commence bien, très bien même, avec un mystère complet qui s’épaissit, avec la façon typique de l’auteur de faire monter le suspense et de laisser le lecteur pantelant à la fin de chaque chapitre. Tous les amateurs de José Carlos Somoza le savent, de La caverne aux idées à La dame numéro 13, en passant par La théorie des cordes et Clara et la pénombre, l’auteur a le chic pour planter des situations qui semblent absolument inextricables, des mystères impossibles à résoudre, des impossibilités dont il ne pourra se tirer que par une pirouette trop incohérente … Et pourtant, à la fin, il vous retourne comme une crêpe en rassemblant des pièces qui semblaient pourtant venir de multiples puzzles différents. Et ça marche.

Sauf que là non. Du moins pour moi.

Dans un premier temps, l’accumulation des scènes gore qui fonctionnait très bien dans La dame numéro 13 par exemple, et le mystère qui semble de plus en plus inexplicable (presque autant que dans La caverne aux idées), au lieu de faire monter l’angoisse, l’excitation et l’attente ont fini par me lasser.

Mais surtout l’explication, qui arrive un peu tôt à mon goût, m’a semblée complètement vaseuse. Et pourtant, je suis prêt à croire (le temps d’un roman) à des muses immortelles et amorales poussant les poètes à écrire les vers les plus beaux, mais aussi les plus puissants. Je suis tout aussi prêt à croire en la possibilité de « coincer » quelqu’un dans un état de rage totale. Ou même à la possibilité de manipuler complètement les sentiments de quelqu’un à partir de la connaissance des pièces de Shakespeare. Donc je ne cherche pas qu’un livre colle à la réalité, et les éléments de fantazy, fantastique ou SF ne me dérangent pas. Mais là je ne crois pas un instant, même pas un instant de lecture, à l’explication du roman. Et du coup, tout tombe à plat. Et un si beau soufflet qui tombe à plat c’est terrible.

Donc une bonne première moitié, qui excite la curiosité comme il sait si bien le faire, et ensuite une curiosité déçue, avec une frustration à la hauteur de l’attente créée. Mais ce n’est que mon avis, et j’attends les vôtres.

José Carlos Somoza / Le mystère Croatoan (Croatoan, 2015), Actes Sud/Actes Noirs (2017), traduit de l’espagnol par Marianne Millon.

12 réflexions au sujet de « Cette fois je n’accroche pas à Somoza »

      1. belette2911

        Je me doutais que tu ne serais même pas désolé ! Bon, je te pardonne, parce que grâce à toi j’ai découvert des séries comics qui m’ont fait jouir littéralement. 😉

  1. donati

    Bonjour et merci .
    Merci parce que je te dois des soirées de lecture inoubliables et des grosses claques dans la gueule dans ma face (avec Transmétropolitan par exemple). Je te dois la découverte d’auteurs étrangers que je ne fréquentais pas , les italiens , espagnols , irlandais et latinos ….Ne te réjouis pas trop de toute cette pommade car je peux te dire que je te dois aussi un putain de trou dans mon compte en banque et que je fulmine déjà ma vengeance . Et si je dois travailler pour assouvir mon vice , la lecture , tu seras responsable aussi de ma déchéance .
    Ps : je me permet de te conseiller un bouquin pas dégueu mais que tu connait sûrement , c’est  » Faillir être flingué  » de Céline Minard , un vrai bonheur comme ils disent .
    Amicalement

    Répondre
    1. actudunoir Auteur de l’article

      Salut et merci ! Je note le Faillir être flingué dont j’avais entendu parler.
      Après, si tu veux travailler moins pour lire plus, il y a les bibliothèques, ou les copains.

      Répondre

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