Une nouvelle auteur anglaise

Une belle découverte avec ce premier volume de ce qui est déjà une série en Angleterre : Les chemins de la haine d’Eva Dolan.

DolanDans le jardin des Barlow, dans un quartier en perte de vitesse de Peterborough, un abri de jardin brûle au petit matin. Les Barlow n’ont rien vu, rien entendu. Pourtant un homme a brûlé vif dans cet abri qu’il squattait depuis deux semaines. Un homme d’Europe de l’Est, un des nombreux immigrés qui viennent en Angleterre tenter leur chance, et qui se retrouvent exploités, volés, et haïs par toute une partie de la population.

L’enquête est confiée à Zigic et Ferreira, les deux d’origine étrangère, qui travaillent à la section des crimes de haine. Une enquête pas forcément prioritaire pour leur hiérarchie, et qui va mettre en lumière le sort réservé à ceux qui viennent chercher une meilleure vie dans le paradis britannique.

Eva Dolan ne révolutionne pas le genre. Elle s’en sert, de façon très habile, pour décrire une Angleterre boueuse, noire et terrible avec ses migrants, mais aussi avec ses concitoyens de seconde ou troisième génération, et plus généralement avec toute la classe ouvrière. Et nous met une belle claque.

Du côté purement polar, les personnages sont intéressants, humains, pas des superflics, mais un homme et une femme qui souffrent parfois de la xénophobie, qui sont eux aussi victimes de leurs propres préjugés, et qui se heurtent, dans des enquêtes qui n’intéressent pas grand monde, au peu d’intérêt de la population. L’intrigue est prenante, avec ses chausse-trappes et fausses pistes et sa résolution assez surprenante.

Mais c’est surtout ce que révèle l’histoire qui fait la force du roman. Il est de notoriété publique que les entreprises de BTB ne sont pas des organisations philanthropiques, et que si elles emploient souvent des travailleurs plus ou moins au noir, et plus ou moins en situation irrégulière, ce n’est pas pour les aider et leur permettre d’accéder à une meilleure vie.

Mais même un cynique comme moi, convaincu depuis tout petit que le capitalisme est une façon à peine policée de déguiser la loi du plus fort, et accueilli dans son premier boulot par un chef qui m’a appris comment on visse « C’est facile, vers la droite ça serre », ne pouvait pas imaginer l’ampleur de l’horreur. Encore moins dans un pays voisin et riche. Difficile d’imaginer une telle exploitation d’une main-d’œuvre réduite à un quasi esclavage, comme aux « plus beaux jours » du XIX° siècle.

Et à côté de cette situation extrême, le quotidien de la xénophobie ordinaire, d’une classe ouvrière anglaise de souche comme on dit, au chômage, totalement déculturée, perdue, qui trouve en tous ces gens aux noms étranges des responsables facilement identifiables à ses malheurs.

Et qu’on ne vienne pas me dire que, c’est dégueulasse, mais que c’est en Angleterre, que chez nous cela ne se passe pas comme ça ! Un bouquin qui vous révolte, d’autant plus que l’auteur ne se fait aucune illusion et, comme ses flics, sait qu’une fois l’indignation médiatique passée, tout va continuer de la même façon.

A lire donc, en serrant les dents.

J’espère que le bouquin aura le succès qu’il mérite, et qu’il ouvrira la voie à la traduction des suivants.

Eva Dolan / Les chemins de la haine (Long way home, 2014), Liana Levi (2018), traduit de l’anglais par Lisa Garond.

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