Pas si mauvaises

Un tour dans les hautes vallées avec Les mauvaises de Séverine Chevalier.

ChevalierAoût 1988, à Sainte Claire, quelque part en hauteur dans le Massif Central, Roberto, quinze ans se pend sous le viaduc désaffecté qui enjambe la vallée au-dessus du barrage. Roberto, contrairement à ce que l’on pourrait penser est une gamine. Ses deux copains, inséparables, un peu fracassés eux aussi, Ouafa et Oé, ne savent pas pourquoi elle les laisse comme ça, orphelins.

Son père Lipo non plus ne comprend pas. Il comprend d’autant moins quand le corps de sa fille disparait, dans la nuit, de la chambre funéraire où elle attend l’enterrement. Après un récit fait de retours en arrière, jusqu’à l’enfance, l’adolescence et les derniers moments de Roberto, il n’est pas certain que le lecteur lui-même aura vraiment saisi, mais il aura partagé des moments de la vie de Sainte Claire.

On se fait happer par l’écriture de Séverine Chevalier, on plonge avec elle, on vit avec elle les jours, les joies, les peines, les souffrances de Roberto, Ouafa et Oé. On partage la vie de ce village qui ne doit sa survie qu’à l’usine locale qui s’est maintenue, coute que coute. On partage les jeux en forêt, la splendeur du viaduc inutile, l’envie de voler de Roberto.

Et peu à peu, on découvre comment tout est arrivé, on voit à défaut de comprendre, car aucune explication dramatique n’est donnée. Il y a des horreurs, des traumatismes, des fuites dans un ailleurs imaginaire … mais pourquoi ce jour-là, on ne le saura pas. Comme dans la vie. L’auteur ne s’est pas faite déesse toute puissante, sachant tout. Elle décrit, c’est tout, et nous sommes, nous les lecteurs, comme les habitants du lieu. Sans comprendre, ou du moins sans comprendre complètement. Ce qui ne veut pas dire sans ressentir.

Un très beau texte.

J’ai juste une restriction, je ne vois pas trop ce qu’apporte l’épilogue, au XXI° siècle, je ne comprends pas sa forme. Mais ce n’est pas grave, l’émotion est passée avant.

Séverine Chevalier / Les mauvaises, La manufacture des livres / Territori (2018).

7 réflexions au sujet de « Pas si mauvaises »

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