François Muratet de retour

François Muratet est un auteur beaucoup trop rare dont on n’avait plus de nouvelles depuis La révolte des rats, il y a quinze ans. Et voilà qu’il revient avec Tu dormiras quand tu seras mort.

Muratet1960, André Leguidel s’est engagé dans l’armée pour suivre les traces de son héros de père qu’il n’a pas connu, abattu dans son bombardier au-dessus de l’Allemagne. Lieutenant, sa formation de linguiste lui vaut de végéter dans des bureaux des services secrets à Francfort, alors qu’il voudrait se battre et faire régner l’ordre en Algérie.

Et voilà que tout à coup, l’occasion se présente : il est envoyé du côté de la frontière marocaine, en mission secrète. Il doit se faire passer pour un soldat et intégrer le commando de chasse de Mohamed Guetlab, algérien engagé auprès de l’armée française. Son capitaine le soupçonne de faire bande à part, d’avoir des accords avec les populations locales, et même d’avoir assassiné son lieutenant lors d’un accrochage.

Sur place André Leguitel trouve un homme dur, au charisme impressionnant, vénéré par ses hommes. La traque d’un groupe du FLN dans le désert fera vaciller toutes les certitudes du jeune lieutenant.

Autant le dire tout de suite, même si le personnage principal est envoyé pour mener une enquête, ce n’est vraiment pas un roman policier, au sens où l’enquête est vraiment très secondaire. Ce qui n’empêche pas Tu dormiras quand tu seras mort d’être un excellent roman.

Roman de guerre bien entendu, roman historique. Mais peut-être plus encore, roman initiatique tant est magnifiquement décrite l’évolution d’un jeune homme, assez creux, pleins de certitudes et de croyances, qui va se heurter frontalement à une réalité dure, terrible et surtout très complexe. De quoi faire voler beaucoup d’a priori en éclats. Parce que si, en arrivant, le jeune André est quand même un peu un « jeune con », il est intelligent et humain et, face aux épreuves qu’il va devoir affronter, il ne va pas se réfugier derrière ses croyances et se dogmes, mais accepter que ce qu’il voit les remette en cause.

Et c’est toute cette évolution que François Muratet décrit très bien, avec finesse et humanité. Dans un décor imposant, parfois désolé, parfois sublime. Avec une écriture qui sait être intimiste, proche des sentiments et des réflexions du jeune homme, qui rend compte de ses discussions avec les uns et les autres, qui sait rendre les conflits, à l’intérieur même du commando de chasse entre harkis et pied-noir, qui explique les choix des uns et des autres, sans juger, mais en montrant toute la complexité d’une situation qu’il est souvent trop facile de montrer en noir ou blanc. Et une écriture qui sait devenir spectaculaire, pleine de bruit et de fureur quand il s’agit de décrire la traque et les combats.

De l’intelligence, du grand spectacle, de l’humanité et de l’empathie. Que demander de plus ? peut-être que François Muratet n’attende pas 15 ans pour nous proposer son prochain roman …

François Muratet / Tu dormiras quand tu seras mort, Joëlle Losfeld (2018).

2 réflexions au sujet de « François Muratet de retour »

  1. tasha

    J’étais ravie de retrouver la plume de François Muratet et j’ai adoré ce roman. Je te rejoins en tous points et j’ajoute que le personnage de Guellab m’a fascinée et bouleversée tout à la fois.

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