87° District, volumes 11 à 15

De temps en temps, quand j’ai besoin de souffler ou de lire du très bon sans risque de me tromper, je continue l’intégrale du 87° District d’Ed McBain. Dont voici les cinq volumes suivants.

McBain 12Nous sommes maintenant en 1960. Et il pleut sur Isola dans La main dans le sac. Genero, un des flics de base du 87° voit une silhouette en manteau oublier un sac à un abris bus. Quand il veut le rendre, la silhouette a déjà pris le bus. Une grosse surprise attend Genero, dans le sac : une main. Un suspense parfaitement maîtrisé, des dialogues toujours au cordeau, un tour dans le milieu des impresarios de seconde zone et des clubs de striptease, et un petit coup de flash sur Hernandez, flic d’origine portoricaine qui subit les agressions du flic le plus imbécile et raciste du 87°, et qui se trouvera au centre d’une historie à venir.

Toujours en 1960 dans A la bonne heure. Nous sommes au printemps, le roman débute sur une magnifique description du personnage principal de la série en ce mois d’avril : Isola, alias New York. Puis on rentre dans le vif du sujet de façon très intrigante : un commerçant reçoit des menaces de mort. Soit il quitte un local, pourtant très quelconque, avant la fin du mois, soit on le tuera. Un mystère incompréhensible pour Meyer Meyer qui le reçoit. Ailleurs, d’autres commerçants sont menacés, mais le tableau d’ensemble n’apparaît pas … Incroyable construction par un génie du crime qui va revenir plus tard dans la série : Le Sourd, adversaire redoutable du 87° district, qui déjà en 1960, s’amuse à provoquer la police, comme le feront bien plus tard les serial killers. Une plongée également dans une autre époque, où l’on pouvait se balader dans New York en trimballant des bombes, pour aller les déposer dans des endroits publics sans jamais être contrôlé par quiconque.

McBain 13Juillet et canicule pour une incursion dans le quartier portoricain de la ville dans Mourir pour mourir. Un truand qui a déjà échappé plusieurs fois à la police a été repéré dans le quartier. Tout le 87° va venir au rendez-vous, devant une population partagée entre ceux qui voient dans le tueur un héros qui affronte une police raciste pour qui tout portoricain est un délinquant, et ceux pour qui il est un tueur qui jette le discrédit sur toute une population et tout un quartier. Mais même au sein du 87°, entre Hernandez qui veut prouver qu’on peut être d’origine portoricaine et être un bon flic, respectueux de la loi et de la population quelle que soit son origine, et Parker sale con raciste, tout n’est pas qu’ordre, calme et sérénité. Ajoutez à cela des jeunes qui rivalisent de provocations et de violence arbitraire juste pour « se faire respecter » et appartenir à tel ou tel gang en vue, et vous avez un épisode toujours aussi prenant, mais particulièrement noir, sombre et social. Un épisode qui nous montre que les problèmes liés à une immigration mal reçue et mal intégrée, à des jeunes de quartiers difficiles qui se sentent repoussés et rejetés et réagissent violemment, ne date pas d’aujourd’hui. Et que malheureusement les discours et le manque de réactions intelligentes sont les mêmes depuis, au moins, 1960.

McBain 15Démarrage particulièrement dramatique pour Le dément à lunettes. Un massacre en apparence arbitraire et absurde dans une librairie : trois morts. Steve Carella et Bert Kling sont envoyés sur place. Claire, la fiancée de Bert est une des victimes. Un volume particulièrement émouvant qui illustre bien comment cette série permet de suivre l’évolution de la société des années 50 à nos jours. Ici, au centre de l’enquête, la question de l’avortement, interdit en 1961 aux US. Avec toutes les conséquences de l’interdiction sur les jeunes femmes qui, pour une raison ou une autre, veulent avorter et sont obligées de la faire de façon illégale, au risque de leur vie. Avec également les questions autour de ceux et celles qui luttent pour le droit, et les questions autour de l’application de la loi par les flics. Tout cela, comme toujours sans jamais tomber dans le pamphlet ou le prêche, juste en racontant avec cette facilité apparente qui est la marque du génie d’Ed McBain.

On termine avec On suicide. Un volume moins dramatique, plus concentré sur l’intrigue, qui met en lumière les difficultés des relations humaines, en ce printemps 1962 qui semble pourtant inspirer bonne humeur et espoir. Même Steve Carella, qui vient d’échouer à empêcher le suicide d’une jeune fille est morose. Quand deux jeunes se suicident à leur tour en s’empoisonnant au gaz, il lui semble que quelque chose cloche dans la scène. Une enquête va le confronter aux mensonges des uns et des autres. Un épisode émouvant et comme toujours parfaitement mené.

Ed McBain / 87° District volumes 11 à 15 :

(11) La main dans le sac (Give the boys a great big hand, 1960), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Jean Charles Provost.

(12) A la bonne heure (The heckler, 1958), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Claire Céra.

(13) Mourir pour mourir (See them die, 1960), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Georges Monny.

(14) Le dément à lunettes (Lady, lady, I Dit it !, 1961), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Jean Charles Provost.

(15) On suicide (Like love, 1962), traduit de l’anglais (USA) par Chantal Wourgaft.

7 réflexions au sujet de « 87° District, volumes 11 à 15 »

  1. Françoise Croville

    Je crois bien les avoir tous lus il y a très longtemps. Un jour je me les referai. Et puis ça m’a toujours étonnée ce truc étrange, les années qui passent et les personnages qui ne vieillissent pas (mais je l’avais sûrement déjà dit 🙂 ).

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      C’est la petite entorse à la vraisemblance d’Ed McBain. Mais si on réfléchit, il n’est pas le seul, si on reprend la série Mario Conde de Padura, son pote Flaco très mal en point, et la mère de son ami, Josefina, vieillissent étonnamment bien. Il m’a même avoué lors d’une rencontre que de toute façon, il avait, lui l’auteur, tous les pouvoirs, et que l’age n’aurait pas de prise sur eux tant ils sont indispensables à son héros.
      On leur pardonne facilement à tous les deux.

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  2. Meyer Meyer

    Les personnages vieillissent ….mais très lentement. Ils ont du prendre une quinzaine d’années en 50 ans. La magie de la littérature ! Tout ça me donne envie d’en relire un ou deux. Je me suis arrêté à soupe au poulet l’année dernière dans ma relecture. Je vais eut-être m’y remettre quand j’aurais fini « la soif » de Nesbo (j’arrive à la moitié , pour l’instant ‘est du grand Nesbo !)

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  3. keisha

    Purée, j’ai le trois de chez omnibus sur mes étagères (les 1 et 2 sont lus, j’ai le projet de tout lire dans l’ordre). Je ne comprends pas trop ta numérotation, ça doit être par roman et non par gros volume (ah oui celui avec la fiancée, je ne risque pas d’oublier!)
    Vieillir? Tu veux dire dans les capacités physiques? Parce que on se marie, on meurt, les enfants arrivent et grandissent…

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Pour la numérotation, c’est volume par volume d’origine (pas les recueils omnibus).
      Et pour le vieillissement des personnages, dans les tous premiers, datés de la fin des années 50 Carella rencontre sa femme, puis a deux enfants, et dans les derniers, début des années 2000, ses deux jumeaux sont ados (une quinzaine d’années).
      Un vieillissement au ralenti.

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