Réquisitoire aux arènes

La collection dirigée par Aurélien Masson aux arènes a démarré avec une valeur sure, très sure même, Dominique Manotti, accompagnée de deux inconnus. Dont Thomas Sand : Un feu dans la plaine.

SandsDans la France d’aujourd’hui, peuplée de gens perdus, écrasés, virés de leur boulot. Dans la France d’aujourd’hui dirigée par un banquier arrogant, dont la cour répète à l’envie les théories libérales avec morgue et suffisance dans tous les media. Dans cette France un jeune homme sans avenir décide de venger sa mère, et tous ceux qui se laissent humilier tous les jours, juste pour avoir le droit de survivre.

J’ai un peu de mal à parler de ce bouquin. Je dis bouquin car je ne suis pas certain de pouvoir le qualifier de roman. Court, sec, il tient plus, de mon point de vue, du réquisitoire et du pamphlet, voire du conte moral (avec sa morale bien particulière) que du roman.

En effet, pas de vrai personnage, tant le jeune homme central n’a pas de nom, pas de passé ou si peu, pas de futur. Une sorte d’archétype, représentant parfaitement toute une génération et tout un pan de la population, mais sans l’incarner. On ne peut pas non plus vraiment parler d’histoire, ou d’intrigue. On a juste une succession de scènes, se déroulant dans des lieux différents, dont on suit la chronologie sans forcément comprendre leur enchainement. Et surtout, une succession réduite au strict minimum, allant d’un moment choc à l’autre, sans aucun liant.

C’est violent et dérangeant, je suis entièrement d’accord avec le constat fait par l’auteur et le personnage, je comprends sa réaction, et ses actions sont logiques. Mais comme je ne trouve rien de romanesque à ce texte, que le constat ne m’apprend malheureusement rien (il peut juste m’aider à me sentir moins seul), je me trouve face à un manifeste, ou pour reprendre ce que je disais plus haut, un réquisitoire.

Or il se trouve que les seuls réquisitoires qui m’enthousiasment vraiment sont ceux de feu le Procureur Desproges Françaises. Donc là, malgré ma sympathie pour ce que raconte l’auteur, je me suis un peu ennuyé.

Thomas Sand / Un feu dans la plaine, Les arènes / Equinox (2018).

PS. Deux moments de cette semaine qui confirment, si c’était nécessaire, le constat de l’auteur :

Un joli petit lien pour ceux qui ont prétendu il y a un an qu’il valait mieux Macron que Fillon.

Et ici, un autre, qui relate comment le banquier est allé écouter un concert des demoiselles de la légion d’Honneur, mais n’a pas daigné rencontrer les voisins, des lycéens, leurs profs et leurs parents, qui doivent affronter des conditions de travail inacceptables et inadmissibles.

Et vous savez quoi ? Ce matin j’ai réussi à écouter jusqu’au bout sans vomir !

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