Boston, hiver 51.

Je continue à rattraper mon retard, avec beaucoup plus de succès cette fois : Les morsures du froid de Thomas O’Malley et Douglas Graham Purdy.

OMalleyPurdyBoston, hiver 1951. Un hiver implacable. Dur pour tout le monde, encore plus dur pour les pauvres. Et terrible pour les filles retrouvées tabassées et égorgées par celui que la presse appelle le Boucher de Boston. La dernière victime en date est différente des autres. Sheila n’était pas une prostituée. Son beau-frère, Dante, musicien tombé dans la came, et son ami Cal, ancien flic revenu fracassé de la guerre vont être les seuls à enquêter sérieusement pour savoir qui les a tuées. Pour la police, ce sont des mortes sans grande importance.

Dans le quartier populaire de Dorchester, Cal et Dante vont mettre les pieds où il ne faut pas, et déranger des gens bien plus importants que le Boucher. Pendant que certains meurent de froid, d’autres se préparent à gagner des millions.

Il faut commencer par rectifier tout de suite une idée que l’on pourrait avoir à la lecture du résumé. Non ce n’est pas la millième histoire de serial killer. Le Boucher n’est là que comme prétexte, comme point de départ, et ce n’est certainement pas sa traque, ou le récit de ses atrocités qui sont au centre du bouquin.

Loin d’être une nouvelle resucée d’un thème rebattu, Les morsures du froid est un magnifique roman noir. Un vrai de vrai, héritier de Charles Dickens (qui d’ailleurs est cité au détour d’une page).

On a bien un polar, avec deux héros bien déglingués, la pègre, et une classe politique complètement corrompue. Et on a un roman noir, social, à la Dickens, avec les bouges, le froid, une classe ouvrière qui survit difficilement, dans des logements insalubres, quand ce n’est pas dans des cabanes près des décharges. On a la collusion entre les syndicats et la pègre, les liens entre mafia et classe politique, et on a les répercussions sur un quartier d’où on veut (déjà), expulser les pauvres, sous prétexte de mieux les reloger, pour laisser le champ libre à des constructeurs de mèche avec ce que la ville a de plus corrompu.

Héros à la dérive, clubs de jazz, mafia, femme fatale, champs de course, drogue et alcool, la nuit, le froid, des meurtres, scènes d’action … Tout les ingrédients sont réunis. Et comme les deux cuisiniers sont talentueux, très talentueux, le résultat est un superbe roman noir, à l’ancienne, aussi savoureux qu’on bon plat longuement mijoté.

La suite des aventures de Dante et Cal est déjà traduite, je pense que je ne vais pas attendre l’été prochain pour la lire.

Thomas O’Malley et Douglas Graham Purdy / Les morsures du froid (Serpets in the cold, 2015), 10/18 (2017), traduit de l’anglais (USA) par Isabelle Maillet.

13 réflexions au sujet de « Boston, hiver 51. »

  1. Meyer Meyer

    On est vraiment plongé dans l’atmosphère des années 50 et j’ai un peu retrouvé l’atmosphère des premiers romans de James Ellroy (milieu politique pourri, 2 têtes brûlées, police indigente…). Pourtant je n’ai pas été entièrement convaincu par le le livre. J’ai déjà eu un peu de mal à rentrer dedans. Ensuite ce qui m’a gêné c’est un certain manque de réalisme : ça canarde au vu de tous notamment de la police et nos 2 protagonistes ne sont jamais inquiété pour ces actes commis au grand jour. Cela reste néanmoins un bon bouquin et les 2 héros sont attachants et on a envie de les revoir. Et puis qu’est-ce que c’est bon que ces livres policiers ou les personnages ne sont pas scotchés à leur smartphone.

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Je n’ai pas été gêne par l’inaction de la police, elle est présentée comme tellement nulle et corrompue …
      Et c’est les descriptions des conditions de vie et de cet hiver qui m’ont emballé.

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