87° District, 21 à 25

L’été est favorable à la lecture du 87° District d’Ed McBain : volumes 21 à 25 nous entrons dans les années 70.

McBain-21Le 21° volume, 80 millions de voyeurs nous amène dans le monde de la télévision. Stan Gifford est un amuseur, ancien acteur de cabaret qui a maintenant son émission de télévision regardée en direct par des millions de spectateurs, dont Steve Carella. Et c’est en direct, pendant son show, qu’il s’écroule, mort empoisonné. Comme les studios se trouvent dans le 87° district, c’est Steve et Meyer Meyer qui sont en charge de l’affaire. En parallèle Bert Kling doit protéger une jeune femme, harcelée par une brute qu’elle ne connait absolument pas. Le problème est que la demoiselle a déjà eu affaire à Bert, et qu’elle ne le supporte pas. Humour, intrigue parfaite, dialogues étincelants, et cette manière incroyable qu’a Ed McBain de nous intéresser aux procédure les plus arides de l’enquête policière, ici l’identification d’un poison possible à partir du travail de la police scientifique, magie de l’écriture d’un maître ! En prime, la peinture sans concession du milieu de la télévision. Quand je vous disais qu’en lisant le 87° district on avait une idée complète de la société américaine dans toutes ses composantes.

Le 22° La rousse, voit le retour du sourd, le redoutable adversaire des flics du 87° déjà rencontré dans A la bonne heure. Un anonyme au 87° une lettre annonçant que si on ne lui fournit pas 5000 dollars il tuera le responsable des parcs de la ville. Les flics hésitent à prendre la chose au sérieux, l’homme est assassiné. Puis c’est au tour du premier adjoint au maire, pour lequel l’inconnu demandait 50000 dollars. Le 87° a alors deviné qu’elle a affaire à son pire adversaire, le Sourdingue. Pendant ce temps, alors qu’une vague de froid sans précédent s’abat sur la ville, Carella essaie de piéger deux jeunes qui s’amusent à faire brûler les clodos, et d’autres sont sur la piste d’un cambriolage. L’auteur fait ici preuve d’un humour très noir, particulièrement efficace. On sourit souvent aux mésaventures de nos flics préférés, en manque de chance complet, baladés d’un côté à l’autre, tabassés, brulés, perdus, qui ne devront qu’à un immense coup de chance de ne pas laisser trop de plumes dans l’affaire.

McBain-22La mort d’un tatoué démarre comme une affaire assez facile à résoudre. Un couple sauvagement assassiné chez lui. Personne n’a rien entendu, l’homme tient dans la main un fusil qui va être vite identifié, son propriétaire fait donc un coupable parfait. Reste à le trouver. Sauf que quelques détails ne collent pas. C’est Carella et Kling qui sont aux manettes. Un Bert Kling qui est tombé amoureux, mais va avoir du mal à rester fidèle, une des jeunes et séduisante personne rencontrée lors de l’enquête ayant décidé qu’il était à son goût. Nous sommes en 1969, les femmes prennent de plus en plus l’initiative et le jeune Kling va se retrouver fort perturbé. Et par le plus grand des hasards, les flics du 87° vont résoudre une vieille affaire, vieille de 5 ans, joli clin d’œil de l’auteur à lui-même.

En pièces détachées est un puzzle. Dans un appartement, un cambrioleur et un cambriolé se sont entretués. Dans la main de l’un, un bout de papier, une pièce de puzzle. Il s’avère que les deux hommes sont connus des policiers. Affaire réglée donc. Sauf quand un privé débarque au commissariat. Il est sur la piste du butin d’un cambriolage depuis 6 ans, pour le compte d’une assurance. Et il est certain que la pièce de puzzle révèle l’endroit où il est caché. Bien que peu convaincu, Peter Byrnes, le chef des inspecteurs du 87° accepte que Brown et Carella fouillent un peu, en plus de toutes les affaires qu’ils ont sur le feu. L’occasion pour Brown d’être à son tour la cible d’une jolie femme, et de voir que le racisme n’a pas disparu du jour au lendemain. Quant à l’homosexualité, elle n’est pas franchement bien vue …

McBain-25Tout le monde sont là commence à minuit. Entre minuit et deux heures du matin, cette nuit d’octobre, une danseuse de cabaret est assassinée, une femme vient se plaindre que des fantômes ont volé un collier et une broche dans le coffre-fort de sa somptueuse villa, un inconnu, blanc, a lancé une bombe dans une église fréquentée par des noirs et des portoricains. Et ça, ce n’est que pour l’équipe de nuit. La routine du 87°. Un nouveau volume assez différent dans sa forme. Pas de grande enquête ici, mais une multitude de petites affaires, résolues dans la journée (ou la nuit). La chronique de 24 heures du commissariat, pour un tableau de la bêtise, de la haine, du racisme, de la cupidité, du désespoir ordinaires. Tout ça en moins de 200 pages, sans prêche, avec humour et humanité. Du grand art.

Cinq volumes de plus pour aborder les années 70, et New York, de jour, de nuit, belle à en tomber amoureux, laide et dangereuse à faire fuir, vivante, amante parfois meurtrière.

Ed McBain / 87° District volumes 21 à 25 :

(21) 80 millions de voyeurs (Eighty million eyes, 1966), traduit de l’anglais (USA) par André Bénat.

(22) La rousse (Fuzz, 1968), traduit de l’anglais (USA) par Denise May et Pierre de Laubier.

(23) La mort d’un tatoué (Shootgun, 1969), traduit de l’anglais (USA) par Alain Chataigner.

(24) En pièces détachées (Jigsaw, 1970), traduit de l’anglais (USA) par Simone Hilling et Anne-Judith Descombey.

(25) Tout le monde sont là (Hail, hail, the gang’s all here, 1971), traduit de l’anglais (USA) par M. Charvet et Pierre de Laubier.

 

14 réflexions au sujet de « 87° District, 21 à 25 »

  1. Trane

    Depuis le temps, je vais craquer et passer voir mon libraire pour attaquer par le début, ça sera le tome 1 chez Omnibus. J’en ai lu qq uns en poche mais dans le désordre toujours avec grand plaisir.

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Omnibus a fait un super boulot.
      C’est dommage, pour alléger la bibliothèque et pouvoir partir léger en vacances, qu’aucun éditeur numérique n’ait eu l’idée d’éditer l’intégrale. Cela vaut d’ailleurs pour pas mal d’autres séries ou oeuvres complètes que je ne veux pas acheter, pour ne pas surcharger des bibliothèques plus que pleines, et que je serais prêts à acheter au format numérique, à condition que le prix soit raisonnable, et aussi de pouvoir tout acquérir d’un coup.

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  2. Joaquim

    Super idée de faire une revue dans l’ordre du 87eme district. J’en avais jamais vue! Moi j’avoue aimer tomber sur les vielles éditions d’occasion, mais ces exemplaires sont de plus en plus rare. Je vais une fois m’y replonger. Là j’ai attaqué Jonh Harvey dans l’ordre. Vous me les aviez conseillés il y qq année et je n’avais pas encore trouvé l’occasion de les lires. J’aime beaucoup, on sent la filiation, l’importance de l’équipe etc, c’est ce que j’ai lu qui se rapproche le plus de Mc Bain, avec Maj Sjöwall et Peer Wahlöö.

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      La série Resnick de John Harvey est magnifique. Avec un côté plus descriptif, moins sur les dialogues que McBain, plus touchante aussi car on est souvent plus proche des victimes.

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  3. Fats Donner

    Excellente série. Je suis en train de la relire dans l’ordre chronologique (j’attaque bientôt les années 90). Des 5 romans présentés dans cet excellent article, j’ai une préférence pour La Rousse (Fuzz). Il a été adapté au cinéma avec … Burt Reynolds dans le rôle de Steve Carella (on peut oublier les « traits orientaux » de Carella dans la description originale de McBain !). Film à l’origine d’une polémique liée à un fait divers tragique (combustion forcée) : le crime a-t-il été commis à cause du film ?

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      La Rousse est particulièrement fort sur le suspense, et l’humour noir de l’auteur. Avec ces pauvres flics qui ratent tout ce qu’ils tentent, et ne doivent le succès qu’à un immense coup de bol qu’il ne comprendront jamais !

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  4. Fats Donner

    J’ai un faible pour les personnages secondaires récurrents des deux flics du département Homicides, Monoghan et Monroe. Les courtes scènes avec ces M&M sont toujours jouissives sur le plan des dialogues ou des descriptions.

    « Anyway, Monoghan and Monroe were very busy cops with a lot of scatological jokes to tell. »

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      M et M sont très bons. Et j’aime aussi beaucoup l’espèce de gros porc, Ollie, qui travaille dans un autre district que l’on va retrouver plus tard.

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      1. Fats Donner

        J’adore le détestable Fat Ollie Weeks. Il ne devrait pas tarder à apparaitre pour la première fois dans l’ordre chronologique de vos lecture (« Flouze » 1974). Logiquement dans votre prochain article sur le 87ième. De mon côté, je me rapproche de l’époque où il est présent pratiquement dans un roman sur deux.

      2. actudunoir Auteur de l’article

        Par contre, ça attendra un peu, je vais d’ici peu me plonger dans les romans de la rentrée, et préparer la 10° édition de Toulouse Polars du Sud. Je retarde donc le plaisir.

  5. Fats Donner

    Dernier petit commentaire. McBain nous fait suivre l’actualité judiciaire « en temps quasi-réel » dans la Rousse avec la toute première scène de la lecture des droits avant interrogatoire par la police qui est devenue obligatoire suite à l’affaire Miranda contre l’état d’Arizona. Nous retrouvons donc l’avertissement Miranda-Escobedo dans pratiquement tous les romans du 87ième district à partir de La Rousse … avec une exception notoire : le flic du 88ième district Ollie Weeks qui a tendance à ne pas le faire (ou pas souvent).
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Miranda_v._Arizona

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  6. Fred

    Excellente idée de reprendre le fil des romans de l’immense McBain , mais quel boulot!!
    Merci au passage aussi à Omnibus pour leur quasi intégrale , il fallait oser!
    Pour moi , c’était avec Simenon un des points de départ de mon addiction au polar , fin des années 70 à l’époque des « carrés noirs » et des « séries noires » à bande jaune (soupir de regrets), avec en me replongeant dans ma bibliothèque peu de déchets parmi tous les auteurs publiés.
    Parmi les excellentes séries , il y avait aussi Bill Pronzini et son Nameless (un peu oublié aujourd’hui) , j’ai du mal à comprendre que ses derniers épisodes n’ait pas, sauf erreur de ma part trouvé d’éditeur français..

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