Nouveau roman de Joe Meno

On avait découvert Joe Meno avec un roman original au ton très personnel : Le blues de la harpie. On le retrouve avec un nouveau roman, complètement différent, mais toujours hors des sentiers battus : Prodiges et miracles.

MenoQuelque part dans l’Indiana, Mount Holly une petite ville perdue, abandonnée par ses anciennes industries et ses habitants. Ne restent plus que quelques rares familles qui n’ont pas d’autres endroits où aller. Jim Falls, un ancien de la guerre de Corée y vit, y survit plutôt avec son petit-fils métis Quentin. Un ado renfermé qui passe ses soirées à jouer à de vieux jeux vidéo, le casque sur les oreilles. Sa mère ne fait que de rares apparitions, entre deux cuites ou deux shoots.

Les deux hommes tentent vainement de boucler les fins de mois avec ce que rapporte la ferme et l’élevage de poules. Quand survient le miracle : Un pickup s’arrête dans la cour de la ferme, luxueux, et on vient leur livrer une magnifique jument blanche, un bête racée, faite pour la course. Une erreur ? Un don de Dieu ? Alors que Jim Falls voit en cette jument une possibilité de s’en sortir, un tel miracle attire les convoitises à Mount Holly.

On pourrait croire que l’on a là un roman sur les pauvres blancs de plus. Un de plus avec des rednecks incultes, fabricants de meth et bas de front. Pas du tout. On est beaucoup plus proche de l’univers d’un Daniel Woodrell, de La mort du petit cœur ou de Un hiver de glace.

Comme chez Woodrell, on sent l’immense tendresse de l’auteur pour ses personnages, même ceux qui déconnent à plein tube, ceux qui prennent systématiquement les mauvaises décisions, qui choisissent toujours, entre deux chemins, le plus mauvais, celui qui les mène à une perte inéluctable. Même ceux-là ne sont pas accablés.

Et comme on s’attache à ce couple inhabituel ! Ce grand-père qui ne sait pas dire son émotion, vit dans le souvenir de sa femme, ne comprend pas ce qui lui a été reproché par le passé, comprend encore moins sa fille, et tente, de toute ses forces de comprendre son petit-fils. Et ce gamin, un peu à part, vivant dans un monde à lui, qui rêve de parler aux animaux et va révéler des ressources et une force de caractère insoupçonnées.

Leur relation est au centre du roman, magnifique, et magnifiée par l’arrivée de la jument blanche, comme un miracle, envoyée par Dieu pour l’un, par sa défunte épouse pour l’autre. Déclencheur de moments de bonheur et d’une sorte de voyage initiatique. Mais tous les autres personnages qui gravitent autour d’eux, et font une apparition, plus ou moins longue, plus ou moins importante sont tout aussi bien traités par l’auteur qui leur accorde toute son attention, tout son talent et toute son humanité.

Un très beau roman, mélancolique, sombre mais tendre et parsemé d’éclats de lumière.

Joe Meno / Prodiges et miracles (Marvel and a wonder, 2015), Agullo (2018), traduit de l’anglais (USA) par Morgane Saysana.

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