Kent Anderson, rare et indispensable

Kent Anderson ne sort pas un livre par an, mais je me souviens encore du choc de la lecture de Chiens de la nuit. Nouveau choc bien des années plus tard avec Un soleil sans espoir.

AndersonHanson, le double de Kent Anderson, ancien des forces spéciales au Vietnam, déjà personnage central du précédent roman Les chiens de la nuit, a quitté son poste de flic à Portland et vient à Oakland. Son objectif : tenir 18 mois dans la police qui opère dans le quartier noir de East Oakland pour obtenir un certificat qui lui donne le droit d’exercer partout dans l’état.

Détesté par ses instructeurs et ses chefs (il est trop efficace et absolument pas malléable), il s’impose dans ce quartier très dur grâce à un mélange de respect envers des habitants habitués à être traités systématiquement comme des délinquants par la police, de capacité à laisser exploser une violence imprévisible, et de folie suicidaire. Il croisera Weegee, un gamin vif et intelligent qui sillonne les rues à vélo, Felix Maxwell, parrain du quartier et trafiquant de drogue, et bien d’autres, camés, violeurs, voleurs, gamins perdus, vieillards victimes du racisme etc …

Ceux qui ont aimé Les chiens de la nuit vont adorer Un soleil sans espoir où l’on retrouve le même personnage, sa folie, ses cauchemars, son humanité, son empathie pour les plus faibles. N’attendez pas un roman tendu avec un suspense haletant, c’est la chronique de la vie d’un flic dans un quartier abandonné de tous que propose Kent Anderson.

C’est très sombre, c’est souvent désespéré, et pourtant il y a de beaux rayons de soleil, des fulgurances poétiques, des visions qui flirtent avec la folie. La situation décrite est à pleurer, avec sa collection de junkies, d’ivrognes, de mecs violents, de flics qui tabassent sans raison. Et pourtant, Hanson qui parfois se dégoute à faire du chiffre et à arrêter des gens qu’il sait être victimes et non bourreaux amène une lueur d’espoir avec son humanité, sa façon de toujours traiter les autres avec respect, protégé par une folie que les habitants perçoivent.

Un Hanson qui gagne respect et même une certaine amitié de tous, dealers, bikers, truands mais surtout de tous ceux qui essaient juste de survivre dans cet environnement difficile. De magnifiques chroniques, noires mais pas totalement désespérées.

Kent Anderson / Un soleil sans espoir (Green sun, 2018), Calmann Lévy / Noir (2018), traduit de l’anglais (USA) par Elsa Maggion.

5 réflexions au sujet de « Kent Anderson, rare et indispensable »

  1. belette2911

    Toujours pas lu « chiens de la nuit » ni « sympathy for the devil » mais ils sont sur ma PAL et celui-ci aussi ! J’ai déjà fait un grand pas, me reste plus qu’à lire tout ça et prendre mon pied 🙂

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