Pas en phase avec la rentrée série noire.

Je n’ai pas de chance avec la série noire en ce début d’année. Je n’ai pas du tout accroché à La peau du papillon de Sergey Kuznetsov (abandon au bout de 100 pages), et là je ne peux pas dire que je sois convaincu par Requiem pour une république de Thomas Cantaloube.

cantaloubeSeptembre 1959, l’avocat d’origine algérienne Abderhamane Bentoui est assassiné chez lui, en même temps que son épouse, fille d’Aimé de la Salle de Rochemaure, résistant gaulliste de la première heure, de ses deux enfants et de son jeune frère de passage à Paris. Côté policier, une consigne tombe, directement du préfet Maurice Papon : Il faut enquêter du côté des luttes internes algériennes, et en particulier du côté du FLN. Luc Blanchard bleusaille qui vient de rentrer à la Crim va vite y perdre ses illusions.

Mais il n’est pas le seul à la recherche de l’assassin. Antoine Carrega, trafiquant corse, ancien résistant va chercher aussi pour le compte de Rochemaure avec qui il a combattu dans le maquis. Rochemaure qui voit d’anciens collabos revenir au pouvoir et qui ne fait aucune confiance à la police de Papon pour mener une vraie enquête. Et Sirius Volkstrom, ancien collabo, proche du bras droit de Papon a lui aussi des comptes à régler avec l’assassin.

Qu’est-ce qui me gêne dans ce polar, par ailleurs bien documenté ?

Tout d’abord, à mon goût, l’auteur a voulu mettre trop de choses. A savoir tout ce qui s’est passé entre 1959 et 1961 ou presque. On croise tout le monde sauf de Gaulle. Mitterrand, Pasqua, Debré, Papon, le SAC, le faux attentat de l’observatoire, l’enterrement de Céline, l’OAS, la manifestation du 17 octobre 61 et sa répression sanglante et impunie, les essais nucléaires français en Algérie. Le seul évènement dont je n’avais jamais entendu parler, et qui aurait pu être un point central du récit est l’attentat sur le Strasbourg-Paris perpétré par l’OAS. C’est beaucoup, c’est même trop, et on dirait que l’auteur n’a pas voulu, ou su, choisir dans ce matériau si riche pour se concentrer sur une intrigue. Cela laisse une impression de superficialité, tout étant traité un trop rapidement.

S’ajoute à cela, en prime, d’autres intrigues secondaires, comme la première sur laquelle enquête Blanchard, qui n’apportent rien au récit.

Ensuite l’écriture est trop sage et trop explicative pour moi. Trop sage parce que si certains personnages souffrent, ou doutent, en exagérant un peu, on lit « il souffre, il doute », mais on ne le ressent pas dans ses tripes. Quand Harry Hole est en pleine dérive, on le ressent, quand Rocco Schiavone ou Ricciardi souffrent, dépriment, ou ressentent de l’empathie pour une victime, on est touché en plein cœur. Là, rien, on lit mais on ne ressent pas. Sans doute parce que c’est sage, et trop explicatif. Et c’est là que ça coince aussi. L’auteur nous explique tout ce que pensent les personnages face à telle ou telle situation, ou pourquoi ils font telle ou telle action. Comme s’il ne faisait pas confiance au lecteur. Ça affadit, ça ralentit, ça manque de fantaisie, de folie, d’émotion, de rage … D’épices.

Bref raté pour moi, même si la toile de fond historique a été suffisamment intéressante pour me pousser à aller au bout. Mais peut-être suis-je de mauvaise humeur, j’ai vu de bons échos sur la toile.

Thomas Cantaloube / Requiem pour une république, Série Noire (2019).

8 réflexions au sujet de « Pas en phase avec la rentrée série noire. »

  1. Trane

    Celui là je l’avais mis sur ma liste et j’attendais ton avis. Le sujet, l’histoire, les personnages tout me tente mais me voilà hésitant….

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Après Le cercle polar de Télérama a bien aimé. Alors que moi il y a encore d’autres choses qui m’ont gêné mais je ne peux pas en faire la liste sans parler plus en détail de l’intrigue.

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  2. flyingelectra

    Ah ton bémol est un GROS bémol pour moi, lorsque l’auteur devient prof et veut nous éduquer au lieu de nous laisser nous-même découvrir ce qui traverse un personnage. Quand l’auteur devient didactique et nous dit ce que le personnage ressent au lieu de nous laisser à ses côtés le comprendre par nous-même.. bref, tu l’exprimes mieux que moi. J’ai aussi lu des romans au l’auteur veut « tout mettre » et là c’est trop. Je le garde en tête pour cette période et pour mon beau-père du coup !

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      En fait pour moi aussi c’est un très gros bémol, qui par exemple fait que je n’ai même pas pu aller au bout de Millenium tant l’auteur nous expliquait ce que pensaient les personnages, et même ce qu’il fallait penser. C’est vrai que je suis étonné des critiques très positives que j’ai vues ailleurs. Des goûts et des couleurs …

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      1. flyingelectra

        Oui ! Certains aiment être guidés du coup ça leur va ! Je me souviens d’une auteure qui faisait ça dans un de ses derniers romans nous expliquant chaque émotion du personnage….

      2. actudunoir Auteur de l’article

        Moi ça m’énerve, j’ai l’impression que l’auteur me prend pour une truffe. Alors qu’à l’inverse j’adore quand j’ai l’impression que l’auteur fait appel à mon intelligence, ça flatte très agréablement mon ego.

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