Une belle découverte argentine

Découverte intéressante d’un nouvel auteur argentin avec Le gardien de la Joconde de Jorge Fernández Díaz.

FernandezDiasRemil est un ancien militaire, un de ceux qui ont survécu au désastre de la guerre des Malouines. Revenu blessé, il a ensuite été embauché par Leandro Calgaris, des services secrets argentins. Il fait partie de l’Annexe, chargée de régler les problèmes encore moins officiels et légaux que ceux pris en charge par la maison mère. Petits services pour des politiques, missions de garde du corps etc …

Quand on le charge de protéger Nuria, une avocate espagnole venue négocier des contrats avec les producteurs de vin, il se demande en quoi cela le concerne. Jusqu’à ce qu’il s’aperçoive qu’en fait de vin, c’est tout un réseau de transport de cocaïne que la belle avocate est venue mettre en place, avec la complicité et l’aide de quelques politiques locaux et nationaux, syndicalistes et policiers. Comme son chef ne lui explique rien, il obéit, en bon soldat. Jusqu’à ce que ça commence à foirer.

Remil, le nom de notre narrateur, n’est pas un diminutif, cela vient de son époque de soldat, où son instructeur l’appelait affectueusement « hijo de remil putas ». Un vrai hard boiled, dur à bouillir, dur à cuire, dur au mal, et, ses ennemis vont s’en rendre compte, dur à tuer.

On est donc dans un genre bien codifié, de l’ancien soldat rompu au combat largué en milieu soit disant civilisé mais néanmoins hostile. Une version argentine en quelque sorte des romans pleins de testostérone de Stephen Hunter. Et de ce point de vue-là le contrat est rempli, on a notre lot de bastons, fusillades, et répliques sanglantes (style I’ll be back), héros amoché mais qui survit quand même. C’est bien fait, parfaitement maîtrisé, sans tomber dans le ridicule ce qui est toujours le risque.

Le plus et le côté très intéressant étant que cette fois le héros n’est pas américain. Ce n’est ni Rambo ni Bob Lee Swagger, c’est un Hijo de remil putas. Dès cette appellation on sent ce que la langue va apporter de changement. On est en Argentine, les références sont différentes, on va avoir droit à des milongas, des asados, des gauchos et des empanadas, des surnoms en veux-tu en voilà, on est en pays latin.

Et puis en est également au pays d’une corruption généralisée, avec les seigneurs locaux du péronisme, véritables maîtres féodaux qui s’appuient sur leurs deux bras armés : la police et le syndicat. C’est toute cette structure de pouvoir totalement gangrénée qui est décrite entre deux bastons, avec des politiques (hommes et femmes) très policés, british et raffinés, qui jouent au tennis dans leurs estancias, et financent leurs campagnes et l’achat de la presse avec l’argent du trafic de drogue, sans jamais, Dieu les en préserve, prononcer le mot cocaïne.

C’est également le pays des villas, l’équivalent argentin des favelas, qui se nichent au cœur même de la brillante capitale, zones de non droit où vivent des dizaines de milliers de gens, en grande majorité des travailleurs pauvres ne pouvant se loger ailleurs, mais également au centre de tous les trafics et pouvant être d’une violence insoutenable.

C’est tout ce voyage que l’on fait avec Remil, un voyage qui transforme ce qui aurait pu n’être qu’une  bonne série B en un excellent roman noir.

Jorge Fernández Díaz / Le gardien de la Joconde (El puñal, 2014), Actes Sud / Actes Noirs (2019), traduit de l’espagnol (Argentine) par Amandine Py.

3 réflexions au sujet de « Une belle découverte argentine »

  1. jourdan

    Je connais davantage mes classiques en littérature argentine(que j’adore d’ailleurs)mais je ne connais pas cet auteur.
    En tout cas cette chronique témoigne d’une parfaite connaissance du milieu socio économique et politique du pays. Bravo !

    Répondre

Répondre à jourdan Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s