Willnot, une ville où il ferait bon vivre.

Contrairement aux collègues Nyctalopes, je ne suis pas un fan absolu de James Sallis. Parfois j’adore, d’autre il me perd complètement. Avec Willnot, je suis plus qu’emballé.

Sallis« Il n’y a pas d’église à Willnot. Toute une flopée en dehors des limites de la ville mais aucune sur son territoire, par arrêté municipal. Pas de Walmart, pas de supermarché ni de pharmacie en franchise, pas de magasin discount ni de grande surface spécialisée. Pas de panneau d’affichage, pas de publicité dans les rues, des vitrines sobres. (…) Sans encourager en quoi que ce soit les comportements transgressifs ou aberrants, la ville refusait d’isoler leurs auteurs ou de les mépriser. Mue par une sorte de fatalisme collectif, elle préférait regarder ailleurs et vaquer à ses occupations. »

Voilà Willnot, ville forcément imaginaire, refuge d’une belle collection d’originaux, où vivent entre autres Lamar, le narrateur, chirurgien et médecin de la communauté et son compagnon Richard, prof dans le lycée local. Une vie tranquille, jusqu’à ce qu’aux abords de la ville un chasseur découvre une fosse commune, avec 3 ou 4 cadavres. Et que Bobby Lownes, revienne comme un fantôme, des années après être parti s’engager dans l’armée. Dans son sillage quelques personnages qui semblent lui en vouloir, et une agent du FBI.

De quoi troubler la routine de Willnot ? Pas sûr.

Le roman a beau commencer avec quelques cadavres et un ancien soldat surentrainé, ne vous attendez pas à débarquer dans un thriller survitaminé plein de testostérone. On en est aussi loin qu’on peut l’être. C’est à une chronique de la ville que nous invite James Sallis. Une chronique pleine d’humour, d’humanité, contée par un de ceux qui, de par son métier, est au contact avec toutes ses souffrances, réelles ou fantasmée.

Comme souvent dans la vie, on n’aura pas le fin mot des histoires, mais on va partager la vie de Lamar et Richard, leur intelligence, les souvenirs de lectures et d’auteurs de SF, leur fatigue face aux informations et à l’état du monde, leur amour, le plaisir d’un verre sur la terrasse à la fin d’une rude journée, leurs doutes …

Cela pourrait être ennuyeux, si c’était nombriliste. C’est magnifique, on sourit très souvent d’un sourire triste, et au détour d’un paragraphe, on est frappé par la justesse absolue de phrases comme celles-ci :

« Nous aurions dû l’aider. Nous aurions dû intervenir, ne pas le laisser continuer à exercer, ne pas le couvrir. Quelqu’un aurait dû se lier d’amitié avec cet homme. J’aurais dû prendre de ses nouvelles.

Certains conditionnels ont de quoi vous démolir. »

De ces phrases qui vous font prendre conscience d’un sentiment enfoui au fond de vous mais que vous n’auriez jamais su exprimer. Et surtout pas d’une façon aussi lumineuse et limpide. Ils sont rares les auteurs qui vous font dire à la lecture : C’est ça, c’est exactement ça que je ressens. James Sallis, ici, est l’un d’eux. Ne serait-ce que pour ça il faut lire Willnot.

James Sallis / Willnot (Willnot, 2016), Rivages/Noir (2019), traduit de l’anglais (USA) par Hubert Tézenas.

12 réflexions au sujet de « Willnot, une ville où il ferait bon vivre. »

    1. actudunoir Auteur de l’article

      J’ai adoré, mais il faut dire que c’est très particulier. Déconseillé par exemple aux amateurs d’intrigues ficelées, ou de thriller survitaminés.

      Répondre
      1. belette2911

        Mouais, mais je manque toujours cruellement de temps, donc, je vais me focaliser sur ma foutue liste notée « URGENTE » comme le courrier de Gaston Lagaffe 😆

      2. actudunoir Auteur de l’article

        Il y a une autre solution : deux ados à la maison. Mais en fait, c’est plus cher et plus long que tes 10 ans de psychanalyse …

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