Nos derniers festins

Chantal Pelletier est de retour à la série noire avec une anticipation à la fois inquiétante et réjouissante : Nos derniers festins.

PelletierEté 44. 2044. En Provence. Les températures dépassent allègrement les 45°, les végans, les locavores, les adeptes de l’huile plutôt que le beurre, ceux qui ne veulent pas qu’on leur impose ce qu’ils mangent se tartent régulièrement et allègrement. Le gouvernement a instauré un permis santé à points. Si vous êtes trop souvent pris en infraction (trop d’alcool, trop gras, trop sucré …) vous perdez vos points et vos droits à une couverture santé, ce qui permet de ne plus rembourser une bonne partie des malades. Et sous prétexte de protéger les citoyens, on les flique de partout, souvent avec leur consentement.

Bref un monde de merde pas improbable dans lequel deux contrôleurs alimentaires, Anna Janvier, sorte de Berrurier en jupe et Ferdinand Pierraud, grand échalas parisien récemment muté qui n’avait jamais vu une tomate sous une autre forme que la boite de sauce du même nom vont enquêter sur de sombres affaires de trafic de foie gras et d’un cuistot mort noyé dans la blanquette de veau (clandestine) qu’il préparait, entre autres.

Passons rapidement sur l’intrigue, parce qu’en fait on s’en fiche un peu et que l’auteur ne semble pas non plus s’en être trop préoccupée. D’ailleurs j’ai déjà oublié les tenants et aboutissants de l’histoire.

Ce qui est intéressant c’est ce petit pas quelques années dans le futur, avec une exacerbation de mouvements et de frictions autour de la nourriture en particulier et de l’écologie en général que l’on constate déjà aujourd’hui, et une amplification du mouvement actuel de perte de liberté au profit d’une sécurité bien illusoire. Sans oublier le poids toujours plus important des grands groupes financiers.

Dans ce futur, les guerres et les discriminations ne se mènent plus au nom d’un Dieu ou d’une orientation sexuelle, mais pour ou contre tel régime alimentaire. Avec le même sectarisme, et la même intolérance. Cela pourrait être sinistre, mais l’humour et la gouaille de l’auteur font que l’on sourit autant que l’on grince des dents, et elle profite sournoisement de ces luttes pour nous mettre l’eau à la bouche avec quelques descriptions de plats irrésistibles. Avec un final en forme d’appel à profiter de la vie, et des premières pêches de la saison.

A déguster sans modération, et merde à notre permis santé.

Chantal Pelletier / Nos derniers festins, Série Noire (2019).

2 réflexions au sujet de « Nos derniers festins »

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