Revolver

Ouvrir un polar de Duane Swierczynski c’est l’assurance d’être surpris. C’est une fois le plus le cas avec Revolver.

SwierczynskiMai 2015, Audrey 25 ans revient à Philadelphie après plus de deux ans d’absence. C’est son père, policier, à qui elle n’a pas adressé la parole depuis son départ à Houston qui le lui a demandé. Toute la famille doit être là pour assister à la cérémonie en l’honneur du grand-père, Stan Walczak, flic de la ville dans les années 60, abattu par un dealer le 7 mai 1965.

Bien décidée à repartir juste après la biture programmée après la cérémonie après un minimum de contact avec son père (flic à la retraite), et ses frères, (flics), Audrey qui étudie les techniques de police scientifique, décide finalement de rester pour essayer d’élucider le meurtre de ce grand-père dont l’assassin n’a jamais été formellement identifié. En guise de mémoire de fin d’études.

Entre cuites au Bloody Mary et engueulades avec sa famille, Audrey va mettre à jour 50 ans d’histoires de la ville et de sa famille.

Le premier ressenti est que Revolver offre près de 400 pages de pur plaisir de lecture. Déjà la table des matières est un régal (je vous laisse découvrir). Le découpage, qui pourrait être casse-gueule avec son alternance systématique de chapitres se déroulant entre 1965 (le grand-père), 1995 (le père) et 2015 (la fille), est tellement bien maîtrisé qu’il rajoute au plaisir de lecture alors qu’il aurait pu paraître artificiel. Et c’est de main de maître que l’auteur (je préfère écrire l’auteur que de courir le risque de me tromper dans l’orthographe de son nom), fait monter le suspense, amène les surprises et entremêle au final ses trois histoires qui n’en font plus qu’une.

Les personnages qui, dans cette construction complexe, pourraient n’être qu’un prétexte à faire avancer l’histoire sont au contraire très incarnés, et chacun bien ancré dans son époque. On s’attache à tous, avec une mention spéciale à l’extraordinaire Audrey et à son exceptionnelle résistance au bloody mary.

Tout cela brosse le portrait sensible et intelligent d’une famille aux lointaines origines polonaises, depuis les aïeuls vivant dans des taudis, jusqu’à la plus jeune, un peu paumée mais finalement la première à se sentir visiblement « moins polonaise ». Une famille avec ses secrets qui seront révélés petit à petit, ses rivalités, ses rancœurs, mais aussi ses liens extrêmement forts, et sa solidarité dans les moments les plus difficiles.

En toile de fond, c’est 50 ans d’histoire du racisme envers la communauté noire, de son intégration progressive, de ses luttes, des préjugés à son égard. Avec peut-être une pointe d’optimisme tant Audrey, qui représente la jeune génération, trouve naturel de ne pas différencier les gens d’après leur couleur de peau, et se braque face au racisme latent ou clairement exprimé des plus anciens  … en espérant que sur ce point l’auteur ne se trompe pas.

Une fois de plus, Duane Swierczynski nous surprend et nous enchante.

Duane Swierczynski / Revolver, (Revolver, 2016), Rivages/Noir (2019) traduit de l’anglais par (USA) Sophie Aslanides.

3 réflexions au sujet de « Revolver »

  1. kat35

    J’avais adoré The Blonde et aperçu cette couverture au détour d’une librairie et là, j’avoue que votre critique me donne bien envie …!

    Répondre

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