Resurrection Bay

Une nouvelle venue, australienne, chouette. Au final Resurrection Bay d’Emma Viskic est un honnête divertissement.

ViskicCaleb Zelic est privé à Melbourne, dans une petite agence en association avec Frankie, une ex flic. Appelé à l’aide, il arrive juste à temps pour que son meilleur ami, Gary, flic qui parfois lui filait un coup de main, meure dans ses bras. Suspecté par la police, poursuivi par les tueurs, il va se réfugier à Resurrection Bay, sa ville d’origine, et celle de son ex-femme, où vit encore son jeune frère, qui a fait de la taule pour s’être fait prendre à dealer.

C’est là qu’il va s’apercevoir qu’il y a quelque chose de pourri dans la police de Melbourne, et que tous ceux qu’il approche sont peut-être en danger.

« Effréné, violent, et bouleversant », dixit Eva Dolan en quatrième. Certes on sait que sur ces quatrième les auteurs ne sont pas avares de compliments envers leurs collègues, à charge de revanche sans doute … mais c’est quand même un peu beaucoup.

Effréné, pourquoi pas. Ca va effectivement très vite. Trop justement. A force de multiplier les coups de théâtre, les retournements et les surprises, l’auteur en oublie un peu la cohérence de l’ensemble. Elle oublie surtout de vraiment définir les personnages, de leur donner un peu de chair, de nous les faire aimer ou détester. Ce ne sont finalement que des marionnettes qui sont là pour faire avancer l’intrigue à toute vitesse. Elle oublie aussi de nous faire sentir, palper les lieux, les ambiances.

Et du coup, bouleversant, certainement pas. On suit comme une série B qu’on regarde quand on est trop fatigué, et qu’on ne veut pas trop solliciter le cerveau mais qu’on a besoin d’une distraction.

Et violent, bof. Tout amateur de polar a vu bien pire. D’autant plus que la violence, bien présente, est désamorcée par le fait qu’on se soucie finalement assez peu de ce qui va arriver aux personnages. On a déjà vu bien des polars sans le moindre mort beaucoup plus violents que cet honnête série B qui se laisse lire, pour le plaisir de découvrir ce qu’il en est dans les dernières pages.

Emma Viskic / Resurrection Bay, (Resurrection Bay, 2015), Seuil/cadre noir (2020) traduit de l’anglais par (Australie) Charles Bonnot.

7 réflexions au sujet de « Resurrection Bay »

  1. Norbert

    Perso, je mise plus sur « La route 117 » de James Anderson chez Belfond, une suite de son très beau « Desert Home » paru en 2017, où l’on retrouve le personnage de Ben Jones, chauffeur-livreur sur cette fameuse route qui traverse le désert de l’Utah, avec des personnages marginaux justes et touchants, une atmosphère envoûtante et dépaysante, et une très belle plume, sobre mais poétique. Côté suspense psychologique, le « Vis-à-vis » de Peter Swanson paru chez Gallmeister m’a l’air très bon aussi dans son genre. Et pour les nouveautés à paraître en mars : outre un nouveau roman de l’Espagnol Agustin Martinez (l’auteur de l’excellent « monteperdido »), j’ai noté aussi un polar d’anticipation dystopique, « MotherCloud » de Rob Hart chez Belfond, dans un futur proche où une sorte d’Amazon aurait pris totalement le pouvoir (lire le pitch ici : https://www.lisez.com/livre-grand-format/mothercloud/9782714480910). Et enfin un polar d’espionnage qui m’a l’air bien tentant également, « Une affaire personnelle » de Matthew Quirk aux Presses de la Cité (voir ici : https://www.lisez.com/livre-grand-format/une-affaire-personnelle/9782258164154).
    Pour finir, je suis récemment tombé sur un article du site Actualitté qui parlait des déboires financiers d’Adrian McKinty, qui faute de revenus suffisants liés à la vente de ses livres, avait annoncé arrêter d’écrire, s’était fait virer de sa maison et faisait à la fois chauffeur Uber et barman pour joindre les deux bouts. Heureusement, Don Winslow lui ayant donné un petit coup de pouce, il a fini par écrire un autre polar, « La Chaîne », qui paraît en France le 11 mars chez Mazarine. Si tu veux lire l’article en question, c’est par là : https://www.actualitte.com/article/monde-edition/la-redemption-d-un-auteur-de-polar-devenu-chauffeur-uber-pour-survivre/95825

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Merci pour tous les liens.
      Martinez, je lirai le prochaine bien entendu.
      Pour vis à vis, j’ai commencé à avoir des échos, c’est du thriller, sans plus, je vais voir mais je ne suis pas certain que ça me passionne, et le McKinty je l’ai vu, mais là aussi ça sent le thriller, rien à voir avec l’excellente série qui était parue en partie à la série noire.
      Si tu veux regarder, chez Asphalte, un très bon roman noir, lent et hypnotique de l’argentin Ricardo Romero, j’ai passé la moitié, j’aime beaucoup. Chronique à venir.

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      1. Norbert

        Oui tu as raison, mais heureusement il y a thriller et thriller. Et ce Vis-à-vis, comme les autres que j’ai mentionnés, ont l’air vraiment bien foutus, et pas uniquement des mécaniques bien huilées, ça a l’air d’être dans le « haut de gamme » du thriller. Et puis pour le McKinty, en attendant qu’Actes Sud publie la suite de sa série Sean Duffy (j’en ai eu la confirmation par Manuel Tricoteaux, mais pas de date officielle par contre), connaissant le talent du type, là encore ça ne peut pas être mauvais…
        Sinon, je vois l’Asphalte dont tu parles, c’est Je suis l’hiver il me semble, j’ai lu quelque part que c’était une sorte de « Fargo argentin », c’est vrai que ça a l’air pas mal. Je le note, et j’attends ta chronique.
        D’ailleurs, les bouquins de James Anderson, Desert Home et La route 117, seraient plus dans ce style, atmosphériques (et en même temps lumineux, plein d’empathie et d’humanité pour ces personnages cabossés qui vivent de 3 fois rien dans le désert).

  2. flyingelectra

    je souris en lisant tes mots car je regardais hier soir une américaine (qui bosse dans l’édition) et qui en avait marre des 4C qui racontent tout et n’importe quoi et adorent les superlatifs (« Effréné, violent, et bouleversant ») au final, on se dit encore un ? et on passe notre chemin. Je viens de poster le billet sur ce polar à Birmingham que j’ai bien aimé si ça te tente !

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