Donbass

J’ai mis un peu de temps à le récupérer et à le lire, mais c’est fait, et je ne le regrette pas. Ne passez pas à côté de Donbass de Benoît Vitkine, c’est une lecture indispensable.

VitkineAvdïïvka, une petite ville dans le Donbass, sur la ligne de front entre les séparatistes pro-russes et l’armée ukrainienne, côté ukrainien. Henrik Kavadze est un ancien soldat d’Afghanistan, devenu un héros le jour où, pendant la courte prise de la ville par les séparatistes, il a refusé de travailler pour eux. Depuis que l’armée ukrainienne a repris la ville, il est devenu le chef de la police locale.

La petite ville minière, secouée quotidiennement par les affrontements d’artillerie survit, grâce à la transformation du charbon et à divers trafics, chacun semblant s’être accoutumé aux bombardements et à la présence des soldats, jusqu’à ce qu’un gamin de 6 ans soit retrouvé en caleçon, cloué au sol par un coup de poignard. C’est la goutte d’eau, la mort inacceptable, pour une population pourtant habituée au malheur, mais également pour les différents magouilleurs qui ont besoin d’une certaine tranquillité pour mener à bien leurs petites affaires. Beaucoup de pression sur les épaules d’Henrik, d’autant que cela va faire remonter des souvenirs qu’il préfère oublier.

Je ne vais pas vous mentir, si vous recherchez une intrigue aux petits oignons, du suspense, du thriller psychologique, ce roman n’est pas pour vous. J’ai une fois entendu une auteur dire que si elle mettait un meurtre au début de son roman, c’est parce qu’elle savait que comme ça elle accrocherait le lecteur qui irait au bout pour savoir qui, quand et pourquoi, et qu’elle pourrait alors se consacrer à ce qui l’intéressait vraiment, à savoir les personnages et l’écriture.

C’est exactement ce qu’il se passe ici. Le meurtre et l’enquête sont là pour parler de cette région martyrisée. Cela aurait pu être ennuyeux et didactique, tant l’auteur nous en apprend sur le Donbass, le passé soviétique, la révolution ukrainienne et la guerre. Mais c’est au contraire passionnant parce que Benoît Vitkine nous livre une sorte d’histoire populaire du Donbass.

C’est à hauteur d’homme, à hauteur d’ouvrier, de mineur, de veuve d’ivrogne, de babouchka solidement plantée soutenant un homme (des hommes) détruits par la poussière de charbon, l’alcool ou la guerre que Benoît Vitkine nous raconte cette histoire populaire. Une histoire incarnée, avec des fantômes d’Afghanistan, des petites frappes qui voient dans la guerre le moyen d’exister, et surtout une population ouvrière, prolétaire, dont plus personne ne veut, une population fière de son travail dans la mine, un travail qui la tue à petit feu, mais fière quand même, avec ses hommes costauds des épaules, et ses femmes fortes dans leurs têtes et leurs corps, fortes pour deux quand le physique des hommes lâche.

On s’attache terriblement à tout ce monde, on souffre avec eux, on ressent leur chaleur, leur humanité, on s’indigne des saloperies, de la corruption, de l’impunité, on est pris aux tripes. Grâce à ces personnages, grâce à leur incarnation, grâce à l’humanité et la tendresse qu’il fait passer, Benoît Vitkine fait oublier le journaliste, fait œuvre de romancier et nous passionne pour le Donbass.

Benoît Vitkine / Donbass, Les arènes/Equinox (2020).

6 réflexions au sujet de « Donbass »

      1. actudunoir Auteur de l’article

        Je ne sais pas comment c’est chez vous, mais ici il semble que la vente des livres ne soit pas considérée comme une vente essentielle à la survie. Heureusement que j’ai des stocks. En fait j’ai des stocks de vin, bières et livres … Plus un jambon espagnol. Le reste, j’attendrai les réapprovisionnements.

      2. belette2911

        Les librairies, chez nous, sont soit les officines qui vendent la presse, le tabac, la loterie, les trucs à grignoter/boire et des livres de poche, soit les officines comme Filigranes ou Tropismes, qui vendent des romans. Les officines presses sont ouvertes. Filigranes qui est ouvert 365/365 ferme le week-end, bossent beaucoup avec les livraisons mais depuis, je n’ai plus suivi, ils ont peut-être fermé pour protéger le personnel…

        Stocks livres : super, j’en ai pour 10 ans ! Je pourrais même m’essuyer le cul avec certains 😆

        On a toujours à bouffer dans les congélos, on a renforcé, bien avant, les stocks mais pas du PQ. On ne mange pas du PQ ! Pas acheté de pâtes, on en avait un stock de la dernière semaine italienne, pas de riz non plus, j’en avais fait un stock en juin, au retour des vacances, pas de farine, on en avait acheté dans une minoterie, donc, cool raoul. Juste quelques biscuits, un peu de chocolat que j’avais encore et pas acheté de chips, ni de bière, ni de boisson sucrée, et l’eau est au robinet 🙂

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