Vanda

Voilà, je le savais, on peut écrire un roman sur ceux qui n’ont rien, ou si peu sans tomber dans la déprime et le néant glaçant. On peut être sensuelle, révoltée, brulante, paumée, sombre et belle. C’est le cas de Vanda de Marion Brunet.

BrunetVanda vit seule avec son fils Noé de 6 ans dans un cabanon sur la plage à Marseille. Survit plutôt. Contrat précaire de femme de ménage dans un hôpital psychiatrique, toujours à la bourre pour aller l’amener ou le chercher à l’école, des bouffées de rage et un amour immense et maladivement exclusif. Quand Simon, disparu 7 ans auparavant sans savoir qu’il était père revient la voir, l’équilibre fragile de Vanda et Noé devient dangereusement instable.

Voilà donc. Après le très beau L’été circulaire, encore un roman qui va vous secouer de Marion Brunet.

Un magnifique portrait de femme bien sur. Oui Vanda est cinglée, son amour pour son fils a quelque chose d’excessif, elle dérape souvent, mais putain qu’est-ce qu’elle est belle, émouvante, chaleureuse, lumineuse parfois. Ce n’est pas un modèle, pas une caricature, elle n’a pas vraiment de conscience politique, elle vit pour elle et son fils. Mais elle est profondément humaine, elle aide les malades, elle les aime, beaucoup plus que ce qu’impose son boulot de femme de ménage. Et puis, sa liberté, son absence d’inhibitions, lui fait dire leur fait aux chieurs. Elle fait ce qu’on n’ose pas, par respect des conventions, par timidité, par peur de choquer. Et c’est bon.

Au travers de Vanda, c’est aussi toute une ville que l’on redécouvre, une Marseille sale et bleue, violente et chaleureuse, vue par Vanda, et par Simon qui y revient et s’aperçoit de tout ce qui lui avait manqué. Une ville que je n’avais plus vu aussi bien décrite depuis … les regrettés Izzo et Carrese ?

Et, sans aucune leçon ni prêche, quelle claque que le constat social. Hôpital psychiatrique laissé à l’abandon, précarité des emplois, matraquage insupportable des manifestants par les flics, mépris des donneurs d’ordre et de leurs valets, arrogance de ceux qui ont le fric et disposent d’une main d’œuvre corvéable à merci … Mais heureusement aussi, par moment, de beaux exemples d’humanité, et de solidarité.

Des scènes inoubliables, comme la manif, une cigarette échangée avec une malade, la lumière de Tanger, un été en Corse.

C’est chaud, humain, émouvant, fou, révoltant … Ca fait du bien, merci Vanda.

Marion Brunet / Vanda, Albin Michel (2020).

5 réflexions au sujet de « Vanda »

  1. Jean

    Désolé, mais elle (et l’auteur) cochent à peu près toutes les cases de ce qui m’insupporte : cette paumée alcoolisée à la vodka qui trimballe son gamin dans le coffre de la vieille bagnole et qui vit dans un cabanon (!) près des belles villas du bord de mer est totalement invraisemblable et peu sympathique.
    Tous les poncifs sur Marseille (je connais, je suis Marseillais) sont aussi au rendez-vous…
    Je n’ai pas eu le même coup de coeur que vous…

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Désolé, mais n’est-ce pas vous qui avez rajouté des cases … vanda n’est pas ce que j’appellerai quelqu’un d’alcoolisé, elle boit rarement. Et je n’ai pas vu parler des belles villas à côté des cabanons, ou très peu. mais il se trouve qu’à moi Vanda m’est parue vraiment très attachante, c’est surement ce qui a fait la différence.

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  2. Jourdan

    J’avais entendu parler de ce roman. Le thème est bouleversant en tous les cas. Nul ne peut nier que Marseille est une ville pauvre mais attachante et il y a certainement beaucoup de Vandas .J »ai bien aimé cette chronique.

    Répondre

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