Sang chaud

Je n’avais pas encore eu l’occasion de me pencher sur la collection Matin Calme qui publie des polars coréens. C’est maintenant fait avec Sang chaud de Kim Un-Su.

KimBusan, grande ville, port important, face au Japon. Les trafics, tous les trafics ont été partagés entre différents clans. Celui du quartier de Guam tient le port et la plage, la contrebande et tous les commerces autour de la saison estivale. Son chef, Père Sohn, refuse de toucher à la drogue et mène ses affaires en bon père de famille. C’est aussi en père de famille parcimonieux qu’il gère ses troupes, dont Huisu, la quarantaine, son bras droit qui est manager en titre du grand hôtel sur la plage.

Le pauvre Huisu est en plein doute. Après plus de 20 ans de vie de truand, il vit à l’hôtel, n’a pas un sou en poche, aime toujours sans se l’avouer, son amour de jeunesse, ancienne prostituée reconvertie en patronne de bar, et ne voit vraiment pas comment il va pouvoir sortir de la spirale de cuites et boulots ingrats au service de Père Sohn. A moins qu’une occasion de voler de ses propres ailes ne se présente.

De Kim Un-Su j’avais déjà apprécié Les planificateurs. Ce nouveau roman, totalement différent, est à la fois très classique dans sa thématique : Ascension et chute d’un truand (on en a lu des dizaines), et totalement original dans son écriture et sa construction.

J’ai mis un peu de temps à rentrer vraiment dans le roman, même si dès le départ l’écriture est vive, avec des moments assez drôles, pittoresques à la limite du grotesque. Et puis petit à petit on s’attache à Huisu dont les préoccupations sont universelles, et qui traverse une crise existentielle commune à tous, et pas seulement aux truands coréens du port de Busan.

Et tout en gardant son écriture vive, et une belle capacité à saisir les détails drôles dans toute situation, le ton et l’ambiance se font plus sombres, la noirceur plus marquée, et la mainmise, ici comme ailleurs, de ceux qui ont le pouvoir et l’argent sur les vies des autres se fait de plus en plus sentir. La montée de la tension et de la violence est superbement maîtrisée et le lecteur est emporté dans un rythme de plus en plus frénétique, avec de grosses explosions de violence.

Une très belle découverte, je crois que je vais suivre très attentivement le travail de cette nouvelle collection.

Kim Un-Su / Sang chaud, (Tteugeoun Pi 뜨거운피, 2010), Matin Calme (2020) traduit du coréen par Kyungran Choi et Lise Charrin.

2 réflexions au sujet de « Sang chaud »

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