La proie

« Tous les jours de la semaine, Daniel se lève à six heures, prend du café corsé, mange ses flocons d’avoine, nourrit le chat, range son studio, se lave, se rase, puis se dirige à sept heures vers la boulangerie de la rue de Faures. Il salue les boulangers par leur nom, ils font de même. Il achète deux croissants et deux chocolatines. »

MeyerA partir de là, vous savez forcément que l’auteur est français, et plus précisément qu’il vit dans le sud-ouest. Raté. Daniel est un des personnages de La proie, le dernier roman de Deon Meyer.

A bord d’un des trains les plus luxueux du monde, le Rovos qui voyage entre Le Cap et Pretoria, un passager qui assurait la protection privée d’une vieille dame richissime est tué et balancé par la portière. Deux vieilles connaissances vont se retrouver en charge de l’enquête : Benny Griesel, qui se bat pour rester sobre et son collègue Vaughn Cupido. Ils vont vite se heurter à des intérêts qui les dépassent.

Très loin de là, à Bordeaux, Daniel Darret, grand, costaud, noir, la cinquantaine bien avancée, a refait sa vie et travaille dans l’atelier d’un vieil ébéniste. Alors qu’il a tout fait pour être introuvable, le passé va venir le rattraper.

Première constatation, Deon Meyer est un excellent raconteur d’histoire. Dès que vous mettrez le nez dans ce thriller, car c’en est un même s’il sait prendre son temps, vous ne pourrez plus le lâcher.

Deuxième constatation, comme tous les grands créateurs de personnages récurrents, l’auteur nous enchante en nous faisant retrouver quelques-uns de nos amis. L’équipe de flics et leurs familles bien entendu, Benny en tête, mais aussi un autre, plus inattendu. Les fans de l’auteur vont se douter tout de suite qu’il s’agit de lui, je n’en dis pas plus, j’en ai déjà trop dit.

Et puis il y a tout ce que l’auteur raconte, derrière son histoire. Sous-tendu ici par un terme, « Isisthunzi » : le droit à la dignité. C’est ce que recherchent les personnages du roman. Cupido et ses collègues qui se battent pour enrayer une criminalité galopante, alors que, jusqu’au sommet de l’état, on vole, on triche, on tue en toute impunité. Quelques anciens camarades de Mandela, qui se désespèrent de voir la corruption qui a succédé à leur lutte. Daniel qui recherche le droit de vivre d’un travail ordinaire, Benny qui veut se racheter …

Face à un pays corrompu, qui a dévoyé ce pour quoi tant de gens se sont battus et sont morts, où les gens de pouvoir détournent l’argent à leur profit et laissent les pauvres dans le misère, quelques-uns se battent donc pour acquérir ou maintenir ce droit à la dignité. C’est cette histoire que raconte Deon Meyer, sans manichéisme, sans leçon de morale, mais avec beaucoup d’humanité. C’est cela qui fait de La proie un des très bons romans d’un auteur qui n’en a pas écrit de mauvais.

Deon Meyer / La proie, (Prooi, 2018), Série Noire (2020) traduit de l’afrikaans par Georges Lory.

15 réflexions au sujet de « La proie »

  1. cush

    Ok, merci de me conforter dans mon achat même si je n’avais pas trop de craintes avec Deon Meyer. Bien que je brule d’envie de savoir qui seront les fameux amis qu’on va retrouver, je vais garder ce roman pour une petite période de creux entre deux publications.
    Mais, c’est juré, avant le John Connoly de l’an prochain (si on a de la chance !).

    Répondre
  2. Meyer Meyer

    Je l’ai acheté hier.Donc je n’ai pas fait un mauvais achat (mais j’avais peu de crainte). Je termine « Le parfum du Yad » de Philippe Fauché (j’en suis à la moitié et pour l’instant c’est jubilatoire selon l’expression employée souvent pas l’auteur de ce blog) et je m’y attaque.

    Répondre
  3. Meyer Meyer

    Effectivement un très bon Deon Meyer même si la fin du livre m’a laissé un peu perplexe (peut-être son côté très ouvert). Bien que « fan » de Deon Meyer j’ai mis un certains temps à retrouver le personnage récurrent inattendu. (j’ai dû aller fouiller dans les anciens livres pour être sûr).
    Pour résumer un livre très hautement recommandable.

    Répondre
    1. actudunoir Auteur de l’article

      En fait je crois qu’il y en a deux, mais je pense surtout au premier qu’on rencontre. j’ai pensé à lui immédiatement tant il m’a marqué sur les romans où il apparait.

      Répondre
    1. actudunoir Auteur de l’article

      C’est aussi celui que j’ai reconnu tout de suite. Mais j’ai vu des commentaires sur des blogs disant qu’on faisait mention d’un personnage du premier ou du second roman, alors je ne sais plus Joubert serait cité ? J’ai vu que l’agence de Lemmer l’était à un moment, sans vraiment intervenir … En fait comme Pelecanos, Deon Meyer sait très bien se fondre dans le décor et les personnages qu’il a créés dans le passé.

      Répondre
      1. Meyer Meyer

        J’ai « refeuilleté » le livre je n’ai pas trouvé. Le seul Joubert cité dans le livre est Chalk Joubert. un bassiste que Griessel admire.

  4. cush

    J’ai terminé le dernier Meyer il y a près d’un mois et je reste un peur sur ma faim (fin ?). Malgré un grand plaisir à la lecture, je suis assez d’accord avec Meyer Meyer, la chute est un peu bâclée, voire facile. Le reste du roman est impeccable, l’intrigue haletante, et quel plaisir de retrouver un vieux copain disparu.
    Mais ce qui me gêne un peu c’est que l’avant dernier Meyer, L’année du Lion, souffrait d’une fin franchement ratée en dépit d’un récit génial.
    Il n’y a plus qu’à espérer que ça ne devienne pas récurent chez Déon Meyer.

    Répondre
  5. gouin jean paul

    deon Mayer m’avait fait découvrir l’Afrique du sud mode polar avec plaisir et cruauté au fil de ses écrits mais la Proie pour moi arrive au bout d’un genre qui ne se renouvelle plus et qui s’use, la fin me semble quelconque et improbable, la lecture de ce livre m’a apporté une certaine déception.

    Répondre

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s