Manger Bambi

Je découvre Caroline De Mulder avec ce titre : Manger Bambi qui parait dans la noire.

Bambi, 16 ans est bien décidée à se sortir de la merde dans laquelle elle se trouve. Une mère alcoolique adepte des cachetons, des « beaux-pères » au mieux minables, sinon violents ou pire, la vie dans un taudis non chauffé, et au lycée … Alors avec sa copine Leïla, Bambi profite de ses longues jambes, de son regard de faon, et de son flingue, seul héritage laissé par son père, pour dépouiller de vieux dégueulasses empressés de devenir ses sugar daddys. Mais parfois les choses tournent mal.

Je reconnais, c’est un très bon roman, cohérent, avec un personnage principal fort et un choix stylistique parfaitement assumé et maîtrisé. Mais ce n’est pas pour moi.

On commence par le style. Le parler djeunes c’est un choix et un choix logique vu le personnage principal, mais au bout de 3-4 chapitres, j’avoue que ça me fatigue.

« Ta robe sortie, sérieux, je me demande, spéciale cacedédi à l’abbé Pierre ou bien ? on y croit pas une seconde, elle pue l’antimite. Quand le boloss t’a vue avec moi, au lieu d’être joisse, il s’est méfié, je peux te dire qu’il était à deux doigts de se barrer .

J’ai fait comme t’as dit, une robe swag mais pas trop reuche. »

Et je ne parle pas des textos qu’il faut déchiffrer comme des rébus. Donc c’est très bien, c’est un choix, tenu jusqu’au bout, il y a une cohérence, mais ça me fatigue.

Le deuxième chose qui m’a fait sortir du roman c’est Bambi. Là encore Caroline De Mulder fait un choix, et s’y tient parfaitement. Rien à reprocher littérairement parlant. Elle montre comment une parfaite victime (car il n’y a pas de doute, Bambi est victime, de la misère, d’un manque d’amour, de la violence masculine …) peut se transformer en parfait bourreau. Parce que si les sugar daddys n’ont que ce qu’ils méritent, la rage de Bambi s’exerce sur tous, même ceux qui ne cherchent qu’à l’aider, maladroitement parfois, ou sur ceux et celles qui ont quelque chose qu’elle veut. Pour résumer, Bambi est certes une victime, mais également une sale conne qui n’a d’autre valeur et d’autre but que la satisfaction de pulsions consommatrices.

Et là encore, sur une nouvelle je peux, sur presque 200 pages je fatigue, et je me désintéresse de ce qui lui arrive.  Fait révélateur, j’ai tardé, tardé, à lire ce roman pourtant court, préférant tous les soirs me plonger dans les trois derniers volumes jubilatoires de The boys.

Dans le style portrait d’une victime devenue bourreau, je conseille la novella magistrale de Massimo Carlotto Rien, plus rien au monde. Ce bouquin m’avait totalement retourné les tripes. Là je cale. A vous de voir si vous êtes sensible, ou non, à l’univers de Bambi.

Caroline De Mulder / Manger Bambi, La Noire (2021).

4 réflexions au sujet de « Manger Bambi »

  1. monnet lanfranchi

    et bien cela ne donne effectivement pas envie. je m’en tiendrai aux nombreux ouvrages noirs ou autres qui m’attendent sur mon bureau depuis un moment !!
    bonne année à tous, bon courage et haut les coeurs car nous en aurons besoin pour les années à venir.
    heureusement restent les « amis’ Montalbano, Schiavone, Ricciardi, Gunther, erlendur et les autres.

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  2. Zorglub

    Rien ne vieillit plus vite que l’argot, en particulier celui des jeunes. Il existe un roman de Jay McInerney, qui a pour titre en français Toute ma vie, dont la narratrice est une jeune fille de vingt ans : la traduction, qui date de 1997, est à peu près illisible aujourd’hui.

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