Traverser la nuit

Hervé Le Corre alterne. Après un roman historique, le voilà de retour aujourd’hui, à Bordeaux et dans les environs, avec Traverser la nuit.

Louise vit seule avec son fils Sam. Elle fait des ménages et aide des personnes âgées. Elle vit dans la peur de Lucas, son ex, qui la harcèle et la tabasse. Quelque part la nuit, un homme tue des femmes, de multiples coups de couteau. Un flic épuisé, ne supportant plus la violence gratuite enquête, le commandant Jourdan. Etrangement, c’est le coup de folie d’un géant, récupéré saoul dans un abribus qui va faire basculer ces trois destins.

Hervé Le Corre donc alterne, mais ce qui ne change pas c’est son talent et l’émotion que dégage son écriture. Le lire après le roman australien De cendres et d’or ressemble à un cas d’école. Dans les deux cas, on a un tueur de femmes atteint de folie, des meurtres qui prennent, en partie, racine dans le passé, et un flic qui enquête. Et pourtant les deux romans n’ont rien à voir.

Dès le premier chapitre, Traverser la nuit vous remue les tripes. La folie, la souffrance, la violence et le désarroi. En pleine figure. Et des scènes cette introduction, qui vous secouent avec une superbe économie de moyens, il va y en avoir d’autres. Pas forcément des scènes qui soient des tournants de l’intrigue, parfois seulement un dialogue entre Louise et une petite mamie seule, très seule ; le désarroi d’un homme face à sa femme qui perd la tête ; l’épuisement de Jourdan confronté à des morts absurdes et atroces, à des coupables qui semblent vivre dans une autre réalité ; son accablement sans réaction quand sa femme, qu’il aime encore mais à qui il ne sait plus parler le quitte … Il y en a d’autres, toutes plus bouleversantes les unes que les autres.

Ces moments forts ne sont pas isolés, sans rapport les uns avec les autres. Au contraire ils dressent le portrait d’une ville, de la campagne environnante, d’une époque où des flics partent joyeusement tabasser des gilets jaunes, où un président nie la violence policière et un autre, ailleurs, ne trouve pas anormal qu’un policier tue un noir dans le dos … Ces incursions de l’actualité se font presque sans qu’on s’en aperçoive, au détour d’un titre entendu à la radio, ou d’une discussion.

Un roman qui touche, émeut, qui parle de violences faites aux femmes, de solitude, de folie, dans un décor de pluie battante, de brouillard et de nuit, de bord de Gironde et de ruelle du quartier Saint Michel.

Encore une très belle réussite d’Hervé Le Corre.

Hervé Le Corre / Traverser la nuit, Rivages/Noir (2021).

13 réflexions au sujet de « Traverser la nuit »

  1. Brigitte, Poitiers

    Acheté hier, ainsi que le dernier John Harvey et j’ai hésité pour le dernier Ian Rankin Rebus finalement laissé chez mon libraire. De belles heures de lecture m’attendent. Merci pour votre «  défrichage »

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  2. flyingelectra

    j’ai peur en te lisant que tous les flics sont donc des salauds ? je n’aime pas cette vision unilatérale des choses du coup, en te lisant, je suis plutôt rebutée par cette lecture ou alors je me trompe ? sans vouloir nier les violences policières bien réelles mais se prendre une balle dans la tête parce qu’on est juste un gardien de la paix n’est pas non plus très juste ..tu vois ce que je veux dire ?

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Si j’ai donné cette impression c’est une erreur. Non Jourdan en particulier et ses collègues ne sont pas des salauds, ils sont épuisés, dégoutés … Et juste au détour d’un paragraphe, alors que Jourdan passe au bureau il croise un groupe de flics partis casser du gilet jaune. Et d’ailleurs ça finit de le dégouter. C’est comme ça qu’Hervé Le Corre s’ancre dans l’époque en marge de son intrigue, par quelques touches.

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  3. hauntya

    Je n’ai jamais lu Hervé La Commère, mais en lisant ton avis, cette façon dont le texte semble remuer les tripes, je pense que je vais le faire. Et un pressentiment qui me tend vers ce bouquin. On verra si ça se vérifie !

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      1. actudunoir Auteur de l’article

        Je me doute bien qu’il y a eu du cafouillage dans la frappe. C’est un bon roman pour aborder Hervé Le Corre. Ensuite il y a ses polars historiques autour de la Commune (l’homme aux lèvres de saphir et Dans l’ombre du brasier) et un autre sur l’après-guerre à Bordeaux (Après la guerre).

  4. Françoise

    Très en retard, je viens à peine de le finir. On se demande comment il arrive à concilier autant de simplicité et de beauté noire dans l’écriture. En quelque 300 pages, tout un univers. Bouleversant.

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  5. gouin

    oui, c’est vraiment un bouquin qui » remue les tripes »(sic). C’est un peu sans espoir pour moi, personne ne verra le jour au bout de la nuit même cette pauvre Louise n’aura pas une éclaircie dans sa vie tellement cabossée.Merci mr Le Corre pour ce livre glaçant et implacable.

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