Revenir à Naples

C’est le traducteur (et auteur) Sébastien Rutés qui m’a signalé et fait envoyer Revenir à Naples, le nouveau roman de Paco Ignacio Taibo II dont on n’avait pas de nouvelles littéraires depuis près de 10 ans et la sortie de sa version des aventures de Sandokan. Qu’il en soit mille fois remercié.

Début du XX° siècle, un groupe d’anarchistes napolitains fuient la faim et la prison et débarquent à Veracruz, dans le cadre d’un programme d’immigration. Le gouverneur de l’état compte sur eux pour cultiver des terres et chasser les indiens qui vivent là. Manque de chance pour lui, les nouveaux arrivants qui comptent une poétesse, un curé assez particulier, une prostituée, un acrobate et quelques autres spécimens, ne sont pas du tout paysans, et sont absolument allergiques à toute forme d’injustice. Vous devinez la suite.

Quatre-vingt ans plus tard, le dernier survivant du groupe se souvient alors qu’il effectue le voyage pour revoir Naples.

« Une dictature, ce n’est pas seulement une structure de pouvoir verticale construite sur la peur, l’armée et la répression, les curés, les apparences, le contrôle de l’information, le mensonge et l’habitude, la fausse promesse d’un progrès dont personne ne sera soi-disant exclu ; c’est aussi tout un réseau de passe-droits, de complicités, de copinages, de fraudes et d’accommodements qui huilent la machine de haut en bas de la pyramide. La dictature, c’est de la merde. »

Voilà, comme on pouvait s’y attendre, les goûts et dégouts de l’auteur n’ont pas changé pendant ce long moment où l’on n’a pas eu de ses nouvelles. Sa tendresse va toujours vers les perdants magnifiques, ceux qui se révoltent, et il n’a rien perdu de sa verve quand il s’agit de saigner les puissants ridicules.

Donc même si l’on est loin de la puissance, de la tornade d’imagination de ses chefs-d’œuvre, on se régale à lire sa prose et à suivre, dans ce court roman, les aventures de son groupe d’anarchistes italiens, de découvrir la province de Veracruz en 1900, et la ville de Naples aujourd’hui. On peut juste regretter que ce soit si court, et espérer ne pas avoir à attendre encore dix ans pour lire le prochain.

Paco Ignacio Taibo II / Revenir à Naples, (El olor de las magnolias, 2018), Nada (2021) traduit de l’espagnol (Mexique) par Sébastien Rutés.

10 réflexions au sujet de « Revenir à Naples »

  1. Ingannmic

    J’ai fait une tentative avec cet auteur il y a quelques années, je ne sais plus avec quel titre, et j’ai jeté l’éponge (si je me souviens bien, en raison des longueurs et du fait que je n’y comprenais pas grand-chose). je n’ai peut-être pas choisi le bon.
    Et si tu es d’accord, on peut inclure ce billet dans notre mois latino ?

    Répondre
    1. actudunoir Auteur de l’article

      A la question, oui bien sûr, je ne sais pas ce que veut dire « inclure dans notre mois latino » mais je suis d’accord.
      Pour Taibo, il y a plusieurs portes d’entrée, soit « Jours de combat » ou le second « Cosa facil » pour sa série avec son détective privé à Mexico, soit si on n’a pas peur de rentrer dans quelque chose de très dense et touffu, « A quatre mains », plus court l’excellent « Ombre de l’ombre » ou « La vie même » qui met en scène un auteur-journaliste qui lui ressemble beaucoup.
      Pour ceux qui voudraient lire des essais, il y a ses deux bio monumentales, celle du Che et celle de Pancho Villa, et plus court et facile à lire, « Archanges » qui regroupe 12 bio, de 12 révolutionnaires moins connus.

      Répondre

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