87° District, fin.

Et voilà donc la fin.

Cash cash : Nous sommes entre Noël et le nouvel an. Voilà qui ne pas aider Steve Carella et ses collègues qui se heurtent à beaucoup de bureaux fermés. Cerise sur le gâteau, ils sont obligés de travailler avec le gros Ollie qui, en plus d’essayer d’apprendre à jouer Night and day au piano, a décidé de devenir auteur de polars. Et voilà comment les choses ont commencé : le corps d’une jeune femme, nue, est découvert en morceaux, bouffé par les lions du zoo. Manque de chance, si le corps est dans la partie du 87° de la fosse aux fauves, une jambe se trouve dans le 88°, d’où la présence du délicieux Ollie. Ajoutez le représentant d’une petite maison d’édition qui se retrouve abattue d’une balle dans la tête et mis dans une poubelle. Entre autres, et vous voyez que les flics du 87° ne vont pas passer de très bonnes vacances de Noël. Humour garanti comme chaque fois qu’apparaît leur cher collègue du 88°, mais également une construction impeccable, l’apparition de terroristes affiliés à Al Qaïda et une confrontation inédite avec … mais n’en disons pas plus, un excellent épisode.

Roman noir est, en partie, une très malicieuse mise en abime. Sachez que le héros en est l’abominable Gros Ollie. Un politicien est assassiné dans son district, mais il vivait en bordure du 87°, donc il va avoir l’aide de Kling et Carella. Mais le pire est qu’on a volé à Ollie, dans sa voiture, sa sacoche, avec l’unique exemplaire du grand roman policier qui va faire sa renommée. Décidément, Week n’a pas de chance avec ses aspirations artistiques. Il ne dépasse pas la première mesure de Night and Day au piano (trois fois la même note), et on lui vole son chef d’œuvre. Qui aura, vous verrez, un destin extraordinaire. Enormément d’humour, l’apparition d’internet et d’Amazon, des allusions au terrorisme, mais aussi au racisme, Ed McBain continue à être le témoin talentueux, très talentueux de son époque.

Le frumieux bandagrippe commence sur le yacht loué par la maison de disque Bison Records et son patron Barney Loomis pour lancer la carrière de leur prochaine diva de la pop Tamar Valparaiso. Le but, étourdir les invités, leur faire apprécier le talent et la plastique de la très jeune te très belle Tamar et lancer son premier single Bandagrippe sur toutes les télé et radios qui comptent. Le coup de pub va aller bien au-delà de ce qui était espéré quand deux hommes font irruption sur le bateau et enlèvent la future star. Un épisode très drôle qui nous offre une peinture au vitriol du monde de la musique, des mécanismes de fabrication d’une star, mais aussi des multiples plateaux télé et de la façon la plus putassière qui soit de rechercher l’audience. Coup de griffe au passage aux nouvelles méthodes d’enquête qui misent tout sur la technologie et oublient le boulot de flic de la bande de Steve Carella traité (pas longtemps), comme un larbin par les stars du FBI. Un très bon épisode d’un auteur qui n’a rien perdu de sa verve. Et aussi étonnant que cela puisse paraitre on y trouve un Ollie Week très gentleman.

Jeux de mots voit le retour du Sourd. Qui comme d’habitude envoie des énigmes aux balourds du 87°. Anagrammes, extraits de pièces de théâtre, codes, tout va y passer pour les faire tourner en bourrique. Ils détestent le Sourd qui s’y entend pour leur faire comprendre qu’ils sont des idiots, et que, quoi qu’ils fassent, il volera ce qu’il voulait voler, et tant pis pour les cadavres qui pourront s’accumuler en chemin. Encore une preuve du savoir-faire incroyable du maestro d’Isola. Le rythme, le « montage » des différentes scènes, la montée du suspense sont absolument remarquables, toujours avec la même économie de moyen. A noter que pour la première fois Steve Carella se fait aider par son fils qui va lui montrer ce qu’on peut trouver en ligne avec un ordinateur.

Et on termine, la larme à l’œil, avec Jouez violons. Que peuvent bien avoir en commun un violoniste aveugle, une belle femme, la cinquantaine, représentante en produits de beauté, un prêtre et quelques autres ? Rien apparemment, sinon qu’ils sont tous abattus avec la même arme. Un sacré casse-tête pour le 87°. Qui heureusement (?) va recevoir l’aide inestimable du gros Ollie qui fait un régime et serait en train de tomber amoureux ? Et voilà, c’est la fin. Une fin frustrante, on aimerait vraiment savoir comment allait se poursuivre la vie de l’incontournable Ollie. Et comment Steve allait se débrouiller avec les problèmes avec son ado de fille. Et la vie amoureuse de Bert. Et comment allait évoluer Isola, à quels crimes, changements, beautés, bouleversement … Elle allait être soumise.

Mais voilà, Steve, Meyer, Art, Bert et les autres sont à jamais coincés en 2006, et nul doute qu’ils continuent à y traquer le crime, à aimer, pleurer, rire et compatir. Adieu à toute la bande, vous m’aurez offert tant d’heures de bonheur.

Ed McBain / 87° District volumes 51 à 55 :

(51) Cash cash (Money money money, 2001), traduit de l’anglais (USA) par Hubert Tézenas.

(52) Roman noir (Fats Ollie’s book, 2002), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

(53) Le frumieux bandagrippe (The frumious bandersnatch, 2004), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

(54) Jeux de mots (Hark !, 2006), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

(55) Jouez violons (Fiddles, 2006), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

9 réflexions au sujet de « 87° District, fin. »

  1. Meyer Meyer

    Et oui c’est bien triste de savoir qu’il n’ y aura plus. Quelle belle série. C’est d’ailleurs bizarre qu’aucune série télé n’ai été faite d’après les romans (du moins pas à ma connaissance).

    Répondre
  2. Trane

    C’est une série magnifique. Je suis moi aussi arrivé au bout du dernier tome chez Omnibus et j’en grappille un parfois pour le plaisir de retrouver Carella et les autres.

    Répondre

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