En attendant Dogo

Un maître pour ouvrir l’année à La Noire : Jean-Bernard Pouy dans En attendant Dogo.

Etienne, la trentaine, dilettante parisien, écrivain spécialisé dans les débuts de romans jamais terminés disparait du jour au lendemain. Ses parents sont anéantis, sa sœur Simone ne s’en remet pas et décide de le chercher puisque les flics ont abandonné. Dans une France en pleine explosion, où les régions et les villages se déclarent autonomes, où Guignol fout le bordel, où l’armée s’en prend à de prétendus terroristes anarchistes et où des élections sont organisées dans l’indifférence générale, Simone va fouiller dans ses souvenirs et dans les débuts de romans de son frère pour tenter de savoir ce qu’il lui est arrivé.

Commencer une année sinistre, une année l’élection qui plus est avec du Jean-Bernard Pouy, c’est plutôt une bonne idée. On verra si son anticipation d’une participation autour de 10% est si éloignée de la réalité que cela …

Comme toujours quand on lit ses romans, on se sent parfois très intelligent de comprendre ses références, et souvent très inculte face au puits de science littéraire et artistique du monsieur. Mais comme tout est dit avec légèreté et humour, on ne le prend pas mal. On se sent juste un peu con. Et on s’amuse beaucoup, comme on sent que s’est amusé l’auteur.

Tient une vanne à deux balles qui m’a bien fait rire :

« – Mon premier est une salade. Mon deuxième, troisième, quatrième, cinquième, sixième, septième, huitième également. Et mon tout est un écrivain anglais très important.

J’avais autre chose à penser.

– Je ne sais pas.

– Les huit scaroles. »

Bien entendu, sous ses dehors de blagueurs, tout cela est bien plus profond qu’il n’y parait, ça cause de responsabilité, de pouvoir, d’organisations politiques, de révoltes, de littérature, le tout en s’amusant, et mine de rien, l’intrigue qui parait au premier abord menée de façon dilettante se révèle solide et parfaitement cohérente. Que du bonheur.

Jean-Bernard Pouy / En attendant Dogo, La Noire (2022).

6 réflexions au sujet de « En attendant Dogo »

  1. Françoise

    Bien sûr, une prochaine visite chez mon libraire va s’imposer, entre lui et Hugues Pagan.
    Je ne sais pas si tu le connais « en vrai » mais, en plus, c’est un homme adorable, d’une intelligence, d’un humour, d’une modestie et d’une gentillesse incroyables. En résumé, JB, je l’aime ! ❤

    Répondre
  2. Le Noir

    Bon, c’est pas pour jour jouer les rabats-joie (où mets-je le pluriel ?) mais cette charade à deux balles (je te laisse la formule) est parue dans le magnifique bouquin de Claude Gagnière (1989) « Au Bonheur des Mots » ou dans le second volume « Des Mots et Merveilles ». A lire absolement pour qui aime la langue française.

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      pas du tout, c’est une spécialité de JBP d’aller chercher des perles partout dans la littérature. C’est là que je dis qu’on se sent parfois un pu con, du moins ma pomme.

      Répondre

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