Proletkult

Un roman du collectif italien Wu Ming, c’est toujours inclassable et c’est toujours passionnant. Proletkult ne fait pas exception.

1927. A Moscou on se prépare à fêter dignement les dix ans de la révolution. Mais on s’écharpe aussi entre la ligne de Staline qui est en train de reprendre le parti et l’état en main et l’opposition qui trouve qu’il s’écarte des idéaux de la Révolution. Dans ce contexte Alexandre Bogdanov, auteur d’une trilogie de science fiction autour de Mars, la Planète Socialiste, écarté du pouvoir car opposé à Lénine, a délaissé la vie publique pour se consacrer à son institut médical. Son idée : grâce à des transfusions sanguines, permettre le rajeunissement des plus âgés, et transmettre une immunité aux plus jeunes. Et s’en servir comme d’un enrichissement collectif.

De nouvelles questions se posent quand une jeune femme, Denni, arrive à l’institut. Elle prétend venir de la lointaine planète Nacun, où la société sans classe a vu le jour. Plus étrange, Denni se dit fille de Léonid Volok, ancien compagnon de Bogdanov qui avait cru, suite à un traumatisme en 1915, avoir voyagé jusqu’à une planète lointaine. C’est son récit qui avait inspiré les romans sur Mars, et il a disparu depuis plus de dix ans. L’occasion pour Bogdanov de se replonger dans le passé, ce qui a été réussi, ou raté.

Pas de doute, on est bien dans un roman signé Wu Ming. C’est dense, intelligent, passionnant, extrêmement riche et ça repose sur un sacré socle de connaissances culturelles et historiques. Et c’est très politique. En même temps il y a une vraie histoire, avec de vrais personnages, ce qui fait qu’à condition d’avoir le cerveau bien réveillé, on apprend en s’amusant.

Je ne vous cacherai pas qu’il faut être un peu plus concentré et au calme que pour suivre les péripéties des romans que j’ai lus juste avant. Mais l’attention est vraiment récompensée par cette passionnante plongée dans les premières années de la révolution russe, les débats et luttes philosophiques, culturelles et politiques qui seront par la suite totalement étouffés.

Du côté de l’intrigue, elle est très intelligemment tournée et jusqu’à la fin le lecteur aura la possibilité de choisir … ou pas. SF ou folie ? Nacun ou fantasme ?

N’hésitez pas, vous avez là un roman plein d’imagination et d’informations qui va faire fonctionner vos neurones.

Wu Ming / Proletkult, (Proletkult, 2018), Métailié (2022) traduit de l’italien par Anne Echenoz.

5 réflexions au sujet de « Proletkult »

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