Le serpent

Les habitués savent que j’aime beaucoup la collection Une Heure Lumière du Bélial. Et cela se confirme avec la très belle novella de Claire North Le serpent, La maison des jeux I.

Venise, 1610. Presque notre Venise, à quelques exceptions près, dont la présence d’une étrange maison, la Maison des Jeux. Il semble que le monde entier y vienne jouer, à toute sorte de jeux, il suffit d’avoir l’argent, et de ne pas chercher à tricher. Mais il est une porte, dans cette maison, que l’on ne franchit que sur invitation, celle de la Haute Loge. Là on peut rencontrer la maîtresse des lieux, et jouer bien plus que sa fortune.

Cette porte, Thene, jeune femme juive mariée à un minable qui a dilapidé toute sa fortune va la franchir. Parce qu’elle est forte, et parce qu’elle n’a pas le choix. Pour rester il lui faudra gagner une partie dont l’échiquier est Venise elle-même, avec les pièces qui lui seront attribuées. Mais, en réalité, qui joue, et qui est joué ?

Après quelques déceptions de lecture, j’enchaine les grandes, très grandes satisfactions. Cette novella est une pure merveille. Surtout, ne vous laissez pas rebuter par le choix d’un narrateur omniscient qui s’adresse au lecteur, vous découvrirez au final qu’il a sa logique. Même si des pans entiers de mystère restent.

C’est fin, intelligent, les petites touches de fantasy sont subtilement appliquées, et pour un amateur de jeu et de contes, pour ceux qui aiment se faire embarquer dans une histoire comme quand ils étaient gamins, c’est un véritable enchantement. Sans recourir à des coups de théâtres permanents et au final fatigants, l’intrigue est parfaitement menée avec ses vraies surprises.  Sans jamais pontifier l’auteur propose une réflexion, ou plutôt suscite la réflexion du lecteur sur les questions de pouvoir, de manipulation et de libre arbitre.

Et quelle magistrale utilisation de Venise comme terrain de jeu. La ville dans toutes ses composantes est admirablement décrite, aussi fascinante que dans l’incontournable déambulation de Corto Fable de Venise de l’immense Hugo Pratt. C’est dire.

Un seul défaut, c’est court et on en redemande. Mais une excellente nouvelle, il y en a deux autres qui seront publiées dans la même collection. Il me tarde déjà.

Claire North / Le serpent, La maison des jeux I, (The serpent, 2015), Le Bélial/Une Heure Lumière (2022) traduit de l’anglais par Michel Pagel.

6 réflexions au sujet de « Le serpent »

  1. Cush

    J’étais certain que tu allais adorer. C’est une histoire aussi atypique que bien écrite. Cerise sur le gâteau la couverture est magnifique et la ville de Venise se prête très bien à l’ambiance et aux péripéties de cette novella. Je suis curieux lire ce que tu penseras de A dos de crocodile.

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Toutes les couvertures de la collection sont superbes. A dos de crocodile est dans la pile, mais là j’ai attaqué un classique, début d’une saga commencée dans les années 50 par un géant de la SF.

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  2. Cush

    Soit le cycle Fondation, soit celui des Robots. Je les avais lus à 18/20 ans et j’avais trouvé ça génial même j’avais eu quelques réserves sur les personnages que je trouvais quelque peu désincarnés. Tu as lu ses romans policiers avec son club de retraités enquêteurs amateurs ?

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