Archives pour la catégorie Cinéma

Un conseil de film, pour changer

Je ne vais pas souvent au cinéma. Pas assez à mon goût. Et souvent je vais voir les films avec pas mal de retard, quand je ne les vois pas en DvD … Alors pour une fois que je vois un film actuel, qui passe encore, je ne vais pas me gêner pour vous le conseiller : Allez voir Truman, film espagnol de Cesc Gay avec deux « actorasos » comme disent les argentins, deux monstres : Ricardo Darín, et Javier Cámara.

Si je vous résume le film, vous risquez de ne pas y aller … Darín est Julian, acteur argentin vivant à Madrid. Après des mois de lutte contre le cancer, à l’annonce d’une généralisation de la maladie il décide de cesser tout traitement et de vivre ses derniers jours.

Cámara est son ami Tomas, espagnol vivant au Canada, qui va venir le voir une dernière fois pour une visite de 4 jours.

Julian n’a plus qu’un détail à régler : Que faire de Truman, son très gros chien, quand il sera mort.

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Je vous avais averti, le résumé ne donne qu’une envie : s’échapper. Et pourtant quel putain de film qui tient bien entendu grâce aux deux personnages et aux deux monstres qui les incarnent.

Darín … Ben Darín c’est Darín. Exubérant, cynique, drôle, injuste, monstrueux d’égoïsme et impressionnant de courage et de vitalité. Comme toujours il bouffe l’écran, explose, donne envie de le gifler et de le prendre dans les bras en même temps. L’exploit de Cámara c’est d’exister face à ce monstre. Exploit d’autant plus remarquable qu’il a un rôle tout en silence et en retenue.

Un duo qui porte magistralement une belle histoire d’amitié, une histoire de solitude, une histoire de courage face à la mort et à la maladie, une histoire de fidélité …

Le film ne joue jamais du violon, il arrive à vous faire sourire, rire même parfois, et en même temps, je vous mets au défi de ne pas avoir les yeux rouges. Mais sans en avoir honte, sans jamais avoir l’impression qu’on vous a tiré les larmes à coups de pathos et de scènes obligatoires.

Un beau film et deux acteurs monumentaux, qui fait réfléchir, met la pêche et fait pleurer et sourire.

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Ciao maestro

Scola 05Même si cela faisait un moment qu’il ne tournait plus, il fait partie de mon panthéon. Il nous a donné tant de bonheur, de rires, de grincements de dents, de saudade, de larmes … J’ai entendu mes parents parler de ses films, puis je les ai vus, et revus …

Il aurait mérité de vivre mille ans, mais il est sans doute déjà en train de boire un coup avec ses potes Dino, Federico, Vitorio, Marcello, Giulieta, Alberto, Ugo …

Merci maestro, merci mille fois.

Je vais ressortir quelques DvD des tiroirs …

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Deux films en deux jours !

Incroyable, cela doit faire 15 ans que ça ne nous était pas arrivé, nous sommes allé deux fois au cinéma en un week-end ! Avec un très bonne pioche, et un film qu’on peut éviter. Mais deux films quand même, les affaires reprendraient-elles ?

Le film qu’on peut éviter (ou attendre de voir à la télé), c’est Un homme irrationnel de Woodie Allen. Franchement, on ne peut pas lui reprocher grand chose mais il est très très léger. Aussi superficiel (à mon goût) que le monde académique américain qu’il décrit. L’idée de départ, à défaut d’être absolument originale, aurait pu être amusante : un prof de philo qui déprime retrouve le goût de la vie quand, surprenant une conversation, il décide de supprimer un nuisible qui pourrit la vie de pauvre gens. Et il commettra le crime parfait, parce qu’il n’est pas n’importe qui merde quôâ!

Rajoutez la belle étudiante forcément amoureuse, et vous avez une intrigue où on devine tout à l’avance, et qui, contrairement à ce qui est écrit sur l’affiche, n’a absolument rien de cynique, puisque la morale triomphe, et triomphe un poil lourdement avec la voix off de la donzelle en conclusion du film.

Bref, très évitable. Ce que j’ai préféré, finalement, c’est la découverte du Ramsey Lewis Trio, superbe bande son. Sinon, je suis persuadé que le même film signé par un français et se déroulant dans une école privée de luxe serait passé complètement inaperçu. Un film pour le dimanche soir à la télé.

Sicario afficheLa claque c’est Sicario du canadien Denis Villeneuve.

Une agent du FBI, révoltée par les crimes des cartels de la drogue mexicains accepte d’être détachée dans une force inter … Inter quoi d’ailleurs ? Première mission, aller récupérer le numéro trois d’un des cartels à Ciudad Juarez, où il attend en prison d’être extradé. Le retour très mouvementé vers El Paso la met immédiatement face à un choix : avec cette équipe, la légalité semble une notion très flexible, et on lui dira le minimum (voire moins) sur les véritables buts de l’équipe. Doit-elle continuer, même si elle a l’impression, justifiée, de se faire balader ?

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Putain de film, porté par trois acteurs au sommet. Emily Blunt arrive à exister, avec un rôle difficile (celui de la naïve qui ne comprend rien à ce qu’on veut d’elle, ni à ce qui lui arrive), face à deux monstres : Josh Brolin (que je ne connaissais pas, mais ça fait 15 ans que je ne vais presque plus au ciné), qui passe instantanément du glandu à la Big Lebowski à un mec très inquiétant, et Benicio del Toro … Ben comme d’habitude. Une grenade dégoupillée, qui peut vous péter à la figure n’importe quand. Je crois que seul un autre monstre, Javier Bardem peut donner cette impression de puissance à la fois fascinante et effrayante.

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Ajoutez un sens de la mise en scène superbe, des séquences d’actions très réussies, de magnifiques plans sur le désert ou la ville de Ciudad Juarez, et un discours très cru qui ne cache aucune réalité, ne fait aucun cadeau ni à la corruption mexicaine, ni aux saloperies américaines, et un final noir à souhait … un vrai régal ! Du cinéma grand écran qui vous fait dire que ça valait le coup d’aller dans une bonne salle, avec grand écran et bon son (parce la bande son aussi est impressionnante).

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Je vais donc essayer de retourner rapidement au ciné !

Padura scénariste

Je ne vais presque plus au cinéma. Mais là j’ai réussi, à l’arrache, à faire une exception. Pour aller voir Retour à Ithaque, de Laurent Cantet, sur un scénario de Leonardo Padura. Et je ne l’ai pas regretté.

Si vous ne l’avez pas vu, autant avertir tout de suite les amateurs, cela pourrait être une pièce de théâtre :

Unité de lieu : Une terrasse sur les toits de La Havane, avec vue sur le Malecon (la grande avenue de bord de mer).

Unité de temps : Une soirée et la nuit qui suit.

Unité d’action : Amadeo, qui a quitté Cuba 16 ans auparavant revient de Madrid et retrouve quatre de ses amis d’adolescence et d’études : Rafa, peintre grande gueule qui a déplu au régime et vivote en vendant des croutes aux touristes – Tania, ophtalmo qui se retrouve seule depuis que son ex et ses fils sont partis à Miami – Eddy, cadre dirigeant, toujours content de lui qui est le seul qui ait une certaine réussite économique – Aldo, fils d’un révolutionnaire qui veut encore croire bien qu’il survive en trafiquant des batteries.

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Passés les premiers souvenirs émus, bouteille après bouteille, ce qui n’a jamais été dit fini par remonter, les difficultés, les désillusions se mêlent à la nostalgie, l’amertume à la joie, jusqu’à la révélation finale des raisons du départ d’Amadeo.

Autant être franc, quitte à passer pour un ignare, cela fait longtemps (bientôt 14 ans) que je vais très peu au ciné, donc je n’avais rien vu de Laurent Cantet, et c’est bien évidemment le scénario de Padura qui m’a motivé. Je n’ai pas été déçu. Parce que c’est du Padura, du Conde même 100 % pendant toute la durée du film.

Moi qui adore les scènes se déroulant chez Flaco et sa mère Josefina dans les romans de Mario Conde, j’ai été servi pendant 1h30. On y retrouve tous les thèmes de Padura : l’amitié, les souvenirs d’une époque où tout le monde croyait (bon gré mal gré) à un avenir radieux, la musique, les désillusions, la génération sacrifiée, l’incompréhension face à une jeunesse qui a déjà tourné la page, les galères de la « période spéciale », les compromissions de certains, les amours de jeunesse, les rêves de gloire, les rêves brisés, et au final, toujours, l’amitié. Tout ça en descendant force bouteilles de rhum et en mangeant les plats préparés par Josefina.

On retrouve tout ! Et tout très bien filmé, avec, malgré l’unité de lieu et un décor minimaliste, de très belles lumières, avec des acteurs parfaits, des sourires, beaucoup d’émotion, et le plaisir de revoir le grand Jorge Perrugoría, (souvenez-vous, la révélation de Fresa y Chocolate).

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Bref un moment de bonheur et d’intelligence, dont on revient tout retourné et en même temps heureux. En rentrant, on s’est servi un rhum ambré cubain, parce qu’il fallait bien ça !

Dans la brume électrique avec Tommy Lee Jones et Bertrand Tavernier

Ca y est, je l’ai vu. Et j’ai beaucoup aimé. Pour tout un tas de raisons bien entendu. Dont un certain nombre sont très subjectives, et ne relèvent même pas vraiment de l’art cinématographique. En vrac …

Parce que j’y suis allé avec une très grande envie … de l’aimer. Parce que j’aime Tavernier, Burke et Robicheaux !

Parce que Tommy Lee Jones cadre parfaitement avec l’image que je me faisais de Dave Robicheaux. Parce qu’en plus, un fois de plus, il joue très bien. Il rend parfaitement le côté borderline du personnage de James Lee Burke, en apparence calme, voire imperturbable, mais qui doit se contrôler en permanence pour ne pas péter les plombs. Et dont les accès de violence sont d’autant plus imprévisibles et donc impressionnants. Un peu à la manière d’un Takeshi Kitano.

Parce que John Goodman incarne à la perfection le pourri. Cela fait déjà un moment que John Goodman excelle dans ce genre de rôle qui oscille entre le ridicule et l’effrayant. Il fait ça, très très bien.

Parce que tous les autres acteurs sont bons, et justes.

Parce que j’adore Buddy Guy, et que c’est un bonheur de le voir, d’entendre sa voix, et, cerise bien appréciable sur un beau gâteau, de l’entendre chanter.

En parlant de chant, parce que la bande son est superbe.

Parce que c’est très bien filmé. Je m’étais fait une idée des bayous que je n’ai jamais vus en lisant les romans de James Lee Burke. Je n’ai pas été déçu par les images comme c’est parfois le cas. Bien au contraire, je les ai trouvé somptueuses.

Parce que, contrairement à pas mal d’autres, j’ai aimé la voix off. Je l’ai aimé parce que Tommy Lee Jones a une voix extraordinaire, qui dit superbement le texte de James Lee Burke et rend sa poésie originale.

Parce que Bertrand Tavernier, de mon point de vue, a capté l’ambiance des Dave Robicheaux et l’a parfaitement transposée sur la pellicule. Sons, moiteur, paysages, poids étouffant du passé, folie latente de Robicheaux, racisme d’aujourd’hui si profondément ancré dans le racisme d’hier, arrogance des grandes familles … Tout y est, et y est bien.

Parce que Tavernier a su préserver la lenteur et la complexité du roman. Parce qu’il a su également rendre la touche de fantastique, et la rendre légèrement, laissant au lecteur (ou au spectateur), le choix de croire, ou non, à ce fantastique. Une touche qui fait la spécificité de ce roman dans la série.

Parce que j’aime James Lee Burke et que je l’ai retrouvé, et parce qu’il y a longtemps que j’avais lu ce roman là, assez longtemps pour en avoir oublié les péripéties. Ce qui m’a permis d’être à la fois en terrain connu, et pris par l’histoire.

Et sans doute pour plein d’autres raisons que je ne saurais exprimer …

Autour du film, il y a presque un mois Mauvais genres, sur France Culture a consacré deux émissions à James Lee Burke. J’ai déjà écouté la première. Passionnante.

Je feuillette, lis, parcours … depuis le début de l’année le magnifique bouquin de Bertrand Tavernier, Amis américains. Un vrai régal, textes comme illustrations. Si vous ne savez pas quoi vous faire offrir pour votre anniversaire, la fête des mères, des pères …