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Chernobyl

Vous avez sans doute remarqué que je n’ai pas trop le temps de regarder de séries. C’est pourquoi les mini-séries me vont bien, et j’ai pu voir l’intégrale des … 5 épisodes de Chernobyl. Que je recommande chaudement.

Pour les plus jeunes, qui n’ont pas vécu cet épisode, dans le nuit du 26 avril 1986 le réacteur n°4 de la centrale atomique de Chernobyl, en Ukraine à l’époque partie de la grande URSS, explose alors que les équipes sur place déroulent un test.

Deux ans plus tard, Valeri Legassov, directeur de l’institut Kourtchatov de l’énergie atomique se suicide en laissant un jeu de cassette où il a enregistré la vérité sur ce qu’il s’est passé cette nuit-là.

Mais revenons au 26 avril 1986. Les personnes en charge de la centrale commencent par nier l’ampleur de la catastrophe, prétendant avoir affaire à un simple incendie, que des pompiers de la ville voisine de Prypiat viennent tenter d’éteindre. Des lances à incendie contre une bombe atomique …

Des minutes précédant le drame au procès des responsables de la catastrophe, nous allons suivre au fil des cinq épisodes les efforts de Legassov et de Boris Chtcherbina, alors vice-président du conseil des ministres de Gorbatchev, pour essayer de limiter les dégâts et éviter l’apocalypse, souvent contre une hiérarchie intermédiaire qui se couvre, et malgré les efforts du KGB qui veut absolument étouffer l’affaire. Nous suivrons aussi les efforts des scientifiques soviétiques pour comprendre ce qu’il s’est passé, le calvaire de ceux qui ont vécu les premières heures de l’explosion, et le courage inouï de ceux qui ont permis de limiter au mieux les conséquences de l’explosion.

Une série passionnante.

Sur la forme, c’est très bien joué, le scénario parfait, digne des meilleurs polars permet à tous, dans le dernier épisode du procès, de comprendre ce qui est vraiment arrivé à Chernobyl. Et vous savez comme les anglo-saxons savent parfaitement mettre en scène, rythmer et filmer un procès. Les décors sont impressionnants, la reconstitution des lieux, à Chernobyl et à Moscou, des ambiances, des costumes est parfaite. On prend donc un plaisir immédiat, le plaisir de voir une histoire très bien racontée et très bien jouée. Attention quand même aux âmes sensibles, sans tomber dans le voyeurisme, sans faire du gore inutile et sensationnalisme la série montre ce qui arrive à ceux qui étaient tout près et qui ont pris les radiations de plein fouet.

Sur le fond, c’est extrêmement riche. Inutile d’énumérer tout ce qu’on peut apprendre de passionnant, toutes les émotions qui vont vous secouer. Sans jamais donner de leçon pénible, c’est très pédagogique et vous saurez comment marche un réacteur nucléaire, et pourquoi celui-là n’a pas marché.

Vous allez trembler en vous rendant compte combien on est passé, tous, très près, vraiment très près d’une catastrophe d’une ampleur inimaginable. Vous allez vous rendre compte qu’il y a nombre de héros dont on ne connait pas le nom qui ont sauvé des millions de vies. A ce titre les scènes avec les mineurs qui vont venir travailler sur le site sont exceptionnelles.

Vous allez rager en voyant l’inertie des petits chefs, la saloperie des secrets d’état, la chape de plomb d’un régime et en même temps la chance qu’on a tous eu que cela tombe sous la présidence de Gorbatchev, et que Legassov et Chtcherbina soient aux manettes.

Si vous avez des gamins grands (grands ados au moins), regardez avec eux, vous pourrez ensuite en parler pendant des heures.

L’intégrale en DVD coûte environ 20 € si vous ne la trouvez pas en streaming, pour cinq heures passionnantes, c’est un bon prix.

PS. Sinon, oui, j’ai aussi attaqué sérieusement The Wire, Sur écoute en français, et oui c’est absolument génial, je vous en reparle quand je la termine.

Cinéma encore

Activité cinématographique intense ces derniers temps, pour soutenir les salles … En fait non, parce que j’avais enfin un peu de temps, et pour me faire plaisir. Deux films récents donc pour se faire du bien.

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Vous avez forcément entendu parler du premier, Effacer l’historique, de Gustave Kervern et Benoît Delépine, avec l’excellent trio Blanche Gardin, Corinne Masiero et Denis Podalydès, et quelques invités dont je vous laisse la surprise.

Ils sont trois. Ils vivent à crédit dans un lotissement moche quelque part dans le nord. Ils sont voisins mais ne s’en sont aperçus que lorsqu’ils se sont retrouvés, avec leur gilet jaune, sur le rond-point du Lidl. Et là, en plus de leurs problèmes habituels (endettement, solitude, boulot de merde …) ils ont tous les trois des ennuis avec internet. Marie parce qu’un connard a tourné une sextape et menace de la mettre sur internet et d’en avertir son fils ado si elle ne lui finance pas ses études de commerce. Christine, chauffeur pour une plateforme, parce qu’elle reste scotchée à une étoile malgré ses efforts. Et Bertrand parce que sa fille est harcelée au lycée. Mais s’ils ont pu prendre le rond-point du Lidl, ils ne vont pas se laisser emmerder par les GAFA.

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Tous les travers de notre société (d’avant virus) épinglés, les uns après les autres, avec un indéniable talent et grâce à l’abattage d’un trio d’acteurs exceptionnels. On rit beaucoup, on éclate de rire tout le temps, et on rit intelligent, sans jamais se moquer méchamment de ses personnages. Et comme disait l’immense Pierre Desproges, « elle est immense, mon cher, la prétention de faire rire ». D’ailleurs je vous encourage à aller lire, en intégral, ce que le maître pensait de ceux qui sous-estime le talent comique. C’est là, et c’est imparable, comme toujours.

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Certes, c’est un conte et il ne faut pas aller y chercher le réalisme. Mais avec son effet comique d’accumulation d’emmerdes, avec son parti pris d’en rire, grâce à son rythme et à ses acteurs, Effacer l’historique vous fera passer un excellent moment.

Le second a bénéficié de moins de pub, il faut dire qu’il est italien, et que ses acteurs sont inconnus ici. Il serait pourtant dommage de passer à côté de Citoyens du monde de Gianni Di Gregorio.

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Rome, quartier du Trastevere, à la terrasse de leur café, autour d’un verre de blanc, Prof, ancien professeur de latin et de grec à la retraite et Giorgetto, glandeur professionnel, à la retraite aussi (mais de quoi ?) font une constatation simple : leurs maigres pensions leur permettent à peine de survivre, et il parait qu’en partant ailleurs, on peut vivre très décemment. Comment ils vont se retrouver associés à Attilio, rafistoleur de meubles et fan de moto ? Il faudra voir le film pour le savoir. Et où nos trois compères finiront ils leur vie ? C’est tout le sujet du film … Ou pas.

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On n’éclate pas de rire ici, ou rarement, mais on sourit beaucoup. Et toujours avec tendresse. Alors oui, comme j’ai pu le lire ici ou là, on n’est pas au niveau des Fellini, Scola ou Risi. Soit. Mais on retrouve cette patte, on est bien en présence de trois Vitelloni (surtout Giorgetto), mais à la retraite cette fois. Une thématique pas souvent traitée au cinéma et ici très joliment mise en scène, en prenant son temps, sans éluder les côtés ridicules des trois nouveaux amis, en s’en moquant gentiment, mais en mettant plutôt l’accent sur leur humanité.

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L’amitié, la peur, la vieillesse, le côté complètement dépassé de trois hommes seuls qui n’ont jamais quitté leur quartier face à un monde qu’il comprennent de moins en moins. Et pourtant, leur capacité à comprendre leurs semblables, à faire preuve d’empathie. Et puis, comme dans les meilleurs moments de ces auteurs latins que j’aime tant (les Montalban, Camilleri, Padura, Varesi …) de très belles scènes autour d’une table ou dans un café. Et ce n’est pas négligeable, de très belles images de Rome en général, et du Trastevere en particulier.

Cerise sur le gâteau, le final redonne une peu de foi dans notre monde, sans optimisme béat (que je ne supporterai pas), mais ça fait du bien de mettre parfois en avant les petits et grands gestes d’humanité, au lieu de d’insister uniquement sur ce qui va de mal en pis. Un moment de bonheur, dont le souvenir adoucira cette rentrée de merde.

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Cinéma : Mano de obra

ManoObra-00Pour une fois je vous cause d’un film qui vient juste de sortir, donc vous avez une chance de le voir si j’arrive à vous convaincre : Mano de obra du mexicain David Zonana, avec des acteurs dont je n’avais jamais entendu parler (ce qui ne veut pas dire grand chose vu ma connaissance du cinéma actuel).

Francisco travaille à la construction d’une maison moderne luxueuse dans un très beau quartier, quelque part dans une ville mexicaine (Mexico City ?). Un jour son frère meurt en tombant du toit. Quand sa belle-sœur lui montre un rapport disant que les analyses ont montré qu’il avait bu, il décide de protester, son frère ne buvait pas.

Tout le monde le balade, le contremaître, le client et patron, les services sociaux. Et sa belle-sœur enceinte ne touche rien. Petite vexation après petite vexation, ce n’est pas la fameuse goutte d’eau, mais le déluge qui inonde sa misérable cahute qui va faire déborder le vase (comme dans Parasites). Et faire basculer sa vie, et le film.

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Excellent film, très bien joué, superbement photographié. Essayez de ne pas trop lire de choses sur l’intrigue pour pouvoir être surpris par ce qui va se passer. Le film rend très bien une certaine passivité des personnages, une façon d’accepter, malgré quelques sursauts, toutes les injustices qui leur tombent dessus, tant ils ont l’habitude d’être écrasés. Puis montre comment il faut éviter de trop pousser le bouchon. Tous les enchainements sont logiques, l’évolution de Francisco, sa vengeance, la justice qu’il va appliquer lui-même, et la façon dont les choses dérapent.

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Certes, il ne faut pas trop chercher la crédibilité de l’histoire. Pour qui connaît les pays d’Amérique Latine, si l’on veut prendre le film au pied de la lettre, trop de choses sont irréalistes. Il faut plutôt le voir comme une métaphore, un conte grinçant, parfois drôle, parfois pathétique, qui laisse un arrière goût amer et illustre de façon imagée l’histoire récente de beaucoup de pays de cette partie du monde.

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Une vraie curiosité à découvrir.

Un peu de cinéma : Lucky Strike

Hier soir, petite séance de cinéma avec mon fils pour un polar coréen qui, sans prétendre au chef-d’œuvre, fera passer un très moment à ceux qui ne craignent pas l’humour noir et macabre. Si vous vous dépêchez tant qu’il passe encore en salle : Lucky Strike de Yong-Hoon Kim.

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Difficile de donner une idée de l’histoire sans trop en dire. Sachez qu’il sera question de dettes, de truands qui jouent du couteau, d’un sac plein d’argent, de maris violents et de femmes qui ne se laissent pas marcher sur les pieds.

Sachez également que les personnages forts se révèlent être les femmes, qu’il ne faut pas trop vous inquiéter si vous ne comprenez rien au début, les pièces du puzzle vont parfaitement se mettre en place.

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Si l’humour noir et macabre d’un macabre d’un Fargo ou d’un Pulp Fiction vous débecte, je vous conseille de passer votre chemin, Lucky Strike n’est pas pour vous. Mais si vous adorez la scène où le taré passe son complice au broyeur, et que la scène la voiture avec la grosse boulette de Travolta vous fait toujours rire, vous pouvez y aller.

Lucky Strike commence doucement, tranquillement, met en place les différentes pièces de l’intrigue que rien ne semble relier entre elles. Puis ça accélère, petit à petit, puis de plus en plus à partir du premier mort (qui ne sera pas le dernier). Une belle collection de tarés, d’abrutis, quelques femmes inoubliables et un final réjouissant pour un film que l’on regarde intrigué, puis le sourire aux lèvres et que l’on quitte heureux d’avoir passé un excellent moment.

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True Detective

Je suis toujours aussi lent pour regarder les séries. Plus de quatre mois que j’ai terminé Treme, c’est le temps qu’il m’a fallu pour voir les 8 épisodes de la première saison de True Detective de Nic Pizzolatto. Mais que ce fut bon !

1995 Marty Hart et Rust Cohle flics de Louisiane arrêtent deux psychopathes dans leur taudis au fin fond du bayou. 2012, alors que les deux ont quitté la police, ils sont interrogés par les flics. Il semble qu’un nouveau meurtre ait eu lieu, qui ressemble à celui de la première victime identifiée en 1995.

On ne sait pas pourquoi, Cohle avait disparu depuis 2002 et vient de réapparaitre en Louisiane. Marty a monté une agence de privé. Les deux hommes ne se sont pas parlés depuis 2002. Que c’est-il passé en 1995 ? Pourquoi cette brouille ? Où était passé Cohle ? Et que ce passe-t-il aujourd’hui ?

Vraiment excellent.

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A commencer par l’interprétation époustouflante des deux acteurs principaux, Matthew McConaughey et Woody Harrelson. Complexes, ambigus, parfois inquiétants, souvent émouvants. Impressionnants dans leur incarnations des deux époques à 17 ans d’intervalle. Ils sont monumentaux.

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La construction est magistrale, le suspense parfaitement entretenu.

Et surtout comme c’est poisseux, vénéneux. Paysages bien crades d’industries plus ou moins à l’arrêt, maisons délabrées, églises abandonnées. En adéquation parfaite avec la peinture d’une classe politique corrompue, d’églises évangéliques bien immondes, d’exploitation des plus pauvres laissés totalement à l’abandon. C’est du glauque bien glauque, mais sans voyeurisme, et sans mépris.

Cerise sur le gâteau, le générique et la musique sont magnifiques.

Du grand polar. Comme tout le monde me dit que la saison deux est moins bien. J’arrête là, et je m’attaque à The Wire. Vu mon rythme, prochain rendez-vous série d’ici deux ans ennviron.

Un peu de cinéma ?

C’est les vacances, l’occasion d’aller au cinéma. Je sais que je ne peux pas voir tout ce que je voudrais, mais quand l’occasion se présente, on y va. Avec deux films très différents, mais, de mon point de vue, très recommandables.

Le premier est le dernier film controversé d’un papy qui à près de 90 ans, continue à filmer, comme il l’a toujours fait, à savoir Le cas Richard Jewell de Clint Eastwood.

Jewell-01On peut reprocher à Clint de refaire Sully, avec cette histoire tirée d’un fait réel qui voit Richard Jewell, employé à la sécurité dans un parc lors des JO d’Atlanta éviter un bain de sang lors des JO d’Atlanta en signalant un sac suspect. Sac qui contenait vraiment une bombe. Trop gros et benêt pour n’être pas la risée de ses collègues, il devient un héros du jour au lendemain, avant d’être massacré par les media quand ils apprennent que le FBI le suspecte d’avoir lui-même mis la bombe, pour, justement, devenir un héros. Trois mois d’enfer pour lui et sa mère, avant d’être enfin innocenté.

Oui, c’est la même trame que Sully, à la différence que, si le pilote joué par Tom Hanks est directement un héros, un vrai, auquel on s’identifie immédiatement, Richard Jewel est un peu niais, gentil mais au demeurant pas le pote qu’on aimerait avoir : casse-bonbon, à cheval sur le règlement, fan de la police, collectionneur d’armes à feu … Bref je ne sais pas si Eastwood cherche ou non à le rendre sympathique, mais avec moi c’est raté. Sauf que l’acteur est immense, et que le spectateur compatit à défaut de sympathiser, tant le FBI et les media se montrent immondes. Et au siècle dernier, sans réseaux sociaux.

Il parait que le film est misogyne … Parce que la journaliste à l’origine du lynchage est une vraie pourriture. C’est pourtant un bien beau rôle, très bien joué. Et elle est beaucoup plus intéressante que le bellâtre du FBI qui s’acharne sur lui. Car le film, avec son lot de scènes drôles et émouvantes tient sur quatre acteurs, Olivia Wilde, la journaliste, Kathy Bates (remember Misery !) la mère et le duo de choc, Sam Rockwell, l’avocat et le génial Paul Walter Hauser dans le rôle-titre.

The Ballad of Richard Jewell

Un bon divertissement, classique mais efficace.

Le second : 1917 de Sam Mendes. Tout le monde connaît l’histoire, deux soldats anglais sont envoyés avertir un bataillon qu’ils courent droit dans un piège allemand et que 1600 hommes vont se faire massacrer. On va suivre les deux soldats du début à la fin.

Pas de grande scène de bataille, pas de vue d’ensemble, on est complètement scotché, littéralement aux deux personnages, et on voit les tranchées, le no man’s land, les villages dévastés … totalement à hauteur d’homme, en temps réel. Je comprends qu’on puisse ne pas accrocher, mais si on accepte le parti pris, l’effet est absolument spectaculaire. Je me suis fait totalement embarquer, surprendre, et j’avoue que je n’ai commencé à réfléchir à la prouesse technique qu’à posteriori. Et c’est d’ailleurs là qu’on se rend compte, après coup, de la difficulté de tourner un tel film, et qu’on l’apprécie d’autant plus.

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Une vraie claque pour moi, un expérience nouvelle, mais il est vrai que cela fait des années que je vais très peu au cinéma, cela a peut-être déjà été fait … Moi j’ai découvert, et j’en ai pris plein la figure.

Un exception : Treme

Je ne suis pas un habitué des séries. Non que je trouve ça mauvais, c’est juste un manque de temps. Une fois soustrait le temps pour bosser, s’occuper des gamins, passer un peu de temps en famille, un peu de musique, un peu de sport et de balades, il reste un temps limité, très limité, que j’ai choisi de consacrer essentiellement à la lecture, et quand c’est possible au cinéma.

Bilan, pas de temps pour les séries. Juste Game of Thrones regardée presque jusqu’au bout pour avoir une activité avec mon fils ainé, un début de Breaking Bad pareil, mais qui m’a lassé au milieu de la deuxième saison.

J’ai quand même vu une série jusqu’au bout, même si m’a pris plus de deux ans : Treme de David Simon et Eric Overmyer, avec la participation soutenue (surtout vers la fin) d’un certain George Pelecanos. Un véritable régal.

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Tout commence trois mois après Katrina, à la Nouvelles-Orléans, autour du quartier de Treme, quartier historique, populaire, un des hauts lieux de la musique dans une ville phare de la culture noire. On va suivre les vies d’une douzaine de personnages, musiciens, cuisinière, avocate défendant les causes perdues, flic, animateur radio, patronne de bar, grand chef indien (il faut le voir pour comprendre).

On va suivre les parcours de mômes d’un lycée populaire, voir se mettre en place les magouilles autour de la reconstruction, enquêter sur la corruption et les violences de la police locale, assister au travail dans les cuisines d’un grand restaurant, pêcher la crevette avec des pêcheurs d’origine vietnamienne., suivre l’élection d’Obama.

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On va partager la cuisine locale dans les bars, les stands de rue, les cuisines des restaurants les plus gastronomiques.

On va entendre et voir de la musique en répétitions, concerts, lors parades pour le carnaval ou des enterrements, dans des studios d’enregistrement, en direct à la radio, avec des musiciens des rues. On va entendre du jazz traditionnel, du bop, du blues, de la soul, du rap, du folk, du funk, du rock … on va voir en vrai Ron Carter, McCoy Tyner, Cassandra Wilson, Dr John, Fats Domino …

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Pendant ces trois ans on va assister à la lutte de tous pour faire revivre une ville meurtrie, malgré l’abandon du reste du pays, malgré la violence des trafiquants et de la police, malgré le pillage organisé pour récupérer l’argent de la reconstruction, malgré ceux qui veulent en profiter pour chasser hors de la ville les plus pauvres, et ce grâce au travail acharné, obstiné, de flics intègres, d’avocats, de menuisiers, de musiciens, de cuisiniers, de profs de musique, et de tous ceux qui se refusent à laisser mourir une ville et sa culture.

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Tous les acteurs sont extraordinaires, avec eux on va s’émouvoir, rire, pleurer, assister à trois carnavals, vivre pendant trois ans. C’est absolument génial, les fans de Pelecanos retrouveront sa patte dans cette façon de mettre en scène des personnages ordinaires, de montrer leur lutte pour rester dignes, en vivant de leur travail, et en étant fiers de ce qu’ils réalisent, de leur donner autant d’importance qu’aux autoproclamés grands hommes.

J’imagine que ceux qui ont déjà vu The wire (je sais il faut que je vois The wire, mais il va encore me falloir plus de 3 ans …) vont y retrouver le style des auteurs.

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Et si je n’ai qu’un conseil à donner c’est : si vous aimez les séries qui prennent leur temps, si vous aimez la musique noire américaine, si vous avez envie de découvrir la Nouvelle Orléans, ou si vous avez des proches qui remplissent ces conditions, n’hésitez pas, le coffret de l’intégrale est un magnifique cadeau qui ne peut faire que des heureux.

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Encore au cinéma !

De nouveau un week-end long et de nouveau un temps pourri, résultat, de retour au cinéma pour deux films récents, avec un résultat mitigé.

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Une petite déception pour commencer, 5 est le numéro parfait de Igort. Peppino lo Cicero était tueur pour la camorra, et depuis qu’il est à la retraite son fils a pris le relais. Un soir de pluie il part dans les rues de Naples pour un contrat ordinaire. Mais c’est lui qui se fait descendre. Persuadé qu’il est le prochain sur la liste, Peppino ressort les flingues, fait appel à son ami de toujours, Toto le boucher et part en guerre.

Je suis pourtant allé voir ce film avec enthousiasme, tenté par de très bonnes critiques, une bande annonce intrigante et un sujet qui ne peut qu’attirer l’amateur de polars que je suis. Et puis flop. Enfin demi flop. Je ne me suis pas vraiment ennuyé, Toni Servillo alias Peppino joue très bien, les images de Naples, sous la pluie, avec les reflets de néons sont belles, les voitures drôles … mais le choix esthétique d’amener les personnages et toutes les scènes d’action vers l’outrance et la caricature m’a complètement sorti du film.

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J’ai pas mal souri, certains dialogues font mouche, mais je n’ai réussi à m’intéresser ni aux personnages ni à l’histoire, malgré un joli coup de théâtre final.

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La très bonne demi surprise c’est Joker de Todd Philipps. Demi parce qu’on m’en avait dit le plus grand bien. Et je confirme. Si vous voulez y aller, ou ne pas y aller, en pensant que c’est un film de super héros, oubliez tout de suite. De Batman, on ne garde que le décor, un Gotham City au ras du sol, jamais vu de haut comme avec le chevalier noir, l’ambiance noire, la société très inégalitaire, la télévision omniprésente, et la famille Wayne, comme symbole de ceux qui ont le fric et le pouvoir.

Pour le reste, c’est à la fabrique du monstre que l’on assiste. Où comment on crée un tueur à force d’opprimer, de ridiculiser, de rabaisser Arthur Fleck, un homme à l’origine totalement inoffensif, qui ne cherche qu’à faire rire et apporter du bonheur, mais qui a la malchance d’être mal né.

Scénario impeccable, la mécanique qui va enfoncer Arthur Fleck de plus en plus profond dans la folie est superbement démontée, étape après étape. La ville telle qu’elle est filmée est en parfait accord avec l’évolution du personnage. Mais au-delà du plaisir immédiat de l’histoire, deux choses m’ont frappées et resteront dans ma mémoire.

Tout d’abord l’interprétation époustouflante de Joaquin Phoenix. Torturé, la peau sur les os, gauche dans son attitude, dans sa démarche, émouvant, le spectateur souffre pour lui quasiment tout au long du film. Et quelle métamorphose dans la dernière partie. Sans que l’on puisse mettre le doigt sur ce qui change, il devient tout d’un coup inquiétant, mortellement inquiétant. Le tout sans le moindre effet spécial, sans maquillage supplémentaire. Je sais, c’est ça le boulot d’un acteur. Et bien c’est un sacré acteur.

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L’autre c’est comment un film, dont le projet doit exister, j’imagine, depuis au minimum deux ou trois ans, se trouve au moment de sa sortie en résonnance avec beaucoup de mouvements de révolte un peu partout dans le monde, ici avec les gilets jaunes, mais aussi au Chili, Liban, Algérie etc …

Pour finir il y a des moments de pur cinéma qui resteront dans la mémoire de ceux qui ont vu le film, émouvant, terrifiants, beaux, dérangeants … Un sacré pari, faire un film de l’univers des super héros en moule-bonbons collants sans super héros, sans effets spéciaux ou presque, sans baston ou presque, sans cascade, avec juste une bonne histoire, un décor magnifique et un grand acteur. Pari totalement réussi.

Un peu de cinéma

Un week-end long et un temps pourri, résultat, un retour au cinéma pour deux excellents films récents.

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Sorry we missed you du vétéran Ken Loach, toujours bon pied bon œil, toujours combattif. Ricky, le père, Abby la mère, Seb l’ado en pleine crise et Lisa la petite dernière. Une famille anglaise finalement assez ordinaire.

Abby est aide à domicile, elle court d’un patient à l’autre, des personnages âgées et seules, qu’elle nettoie, aide à manger, écoute, aide à se lever ou à se coucher, avec qui surtout elle passe un moment, que l’on devine le seul de leur journée pendant lequel elles échangent avec quelqu’un.

Ricky refuse le chômage et décide d’acheter, à crédit, une camionnette pour s’installer « à son compte », pour faire des livraisons pour une plateforme. Mirage d’être son propre patron alors qu’il se retrouve complètement dépendant, et même pire, de la plateforme.

Seb qui refuse de vivre la vie abrutissante et épuisante de ses parents, sèche les cours, et parcourt la ville avec ses potes graffeurs. Et Lisa la bonne élève qui voudrait que tout aille bien dans la famille.

Très vite le boulot de Ricky se transforme en enfer, un enfer dans lequel il va entrainer toute la famille.

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Ken Loach a décidé de démonter les vraies saloperies qui se cachent derrière le discours maintes fois rabâché dans notre joli monde, par les politiques, les médias, les économistes de tous poils. Et il le démonte pièce après pièce, implacablement, solidement. Alors j’imagine que les tenants de ce monde-là vont trouver le film lourd, exagéré, didactique … il semble que l’auteur s’en fiche, royalement, et moi aussi. Merci pour ce film magistralement interprété.

La scène d’ouverture, qui débute sur un dialogue sur fond noir (comme Moi, Daniel Blake) est magistrale (surtout n’arrivez pas en retard). Un exemple parfait du nouveau langage des fameux premiers de cordée, des battants, de ceux qui ne lâchent pas … effrayant, d’autant plus qu’on voit tout de suite comment Ricky vient, volontairement, solliciter les chaines qui vont le réduire en esclavage. Tout ce qui suit n’est que le déroulé des conséquences de cet esclavage consenti.

Le film est porté par les quatre acteurs principaux, tous excellents, qui donnent un nom, une voix et une chair à ceux qui dans le discours des économistes ne sont que des chiffres et des pourcentages. Un film implacable et émouvant, où la touche d’humour présente dans l’excellent La part des anges, et même dans Moi, Daniel Blake est quasi inexistante.KenLoach02

Deuxième film, totalement différent, Le traitre de Marco Bellocchio.

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Début des années 80, la mafia sicilienne se lance en grand dans le trafic de drogue. Alors qu’une entente semble avoir été signée entre les différentes famille, Tommaso Buscetta part s’installer au Brésil, avec sa troisième épouse et leurs enfants, laissant ses deux fils adultes avec son frère. Mais rapidement la famille de Toto Riina déclenche une guerre sans merci contre les alliés de Buscetta, tuant ses frères et ses fils.

Extradé par le Brésil vers l’Italie, Buscetta qui ne se reconnait plus dans ce qu’est devenu la Cosa Nostra décide de collaborer avec le juge Falcone, aboutissant au premier grand procès contre la mafia qui permit la condamnation de plus de 300 personnes.

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Amusant, le film s’ouvre sur une scène de fête dans une villa appartenant à un des parrains de la Cosa Nostra, une scène qui n’est pas sans rappeler l’ouverture du Parrain. Je suppose que le clin d’œil est voulu … Ensuite on quitte tout de suite la mythologie et l’imaginaire cinématographique pour passer dans du sordide très réaliste dans la séquence des assassinats en chaine, et de la prison au Brésil avant l’extradition, puis au grand théâtre, avec opéra et commedia dell’arte pour les séquences hallucinantes et magistrales de procès.

Des scènes d’anthologie qui sont entrecoupées de moment plus calmes, interrogatoires de Buscetta par Falcone, ou retours sur sa vie de témoin sous protection en permanence aux aguets aux US.

Une des forces du film, outre ces scènes extraordinaires, est d’avoir fait de Buscetta (superbe interprétation de Pierfranco Favino), un personnage complexe, parfois émouvant, auquel on peut s’attacher avant de le trouver arrogant, futile ou insupportable.

Un grand film, avec une très belle interprétation, et des scènes inoubliables (les procès mais aussi l’assassinat de Falcone), qui retrace le portrait sans concession des années où la mafia a basculé vers le trafic de drogue, avec quelques passages sur les liens obscurs entre mafia et monde politique italien.

Un peu de cinéma

Fin d’année faste pour moi pour le cinéma, j’ai pu y aller deux fois en moins d’une semaine, et pour voir deux excellents films, récents, les deux primés à Cannes.

Almodovar-01Tout d’abord Douleur et gloire, de l’incontournable Pedro Almodovar, avec un Antonio Banderas absolument génial.

Banderas joue un réalisateur, complètement déprimé, assailli de douleurs dont on ne sait si elles sont réelles ou imaginaires (sans doute les deux). Comme il le dit au début du film, quand il souffre en plusieurs endroits, il prie Dieu, quand il n’a mal qu’à un seul, il redevient athée. Une rétrospective d’un vieux film va l’obliger à sortir de sa retraite, et à revenir sur les souvenirs de toute une vie, de l’enfance pauvre, à ses débuts pendant la Movida madrilène, jusqu’à la mort de sa mère, quelques années auparavant.

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Moins déjanté que certains autres films, certainement très personnel, magnifiquement filmé, avec quelques trouvailles assez géniales, extrêmement émouvant, Penelope Cruz dans le rôle qu’on lui connaît chez Almodovar, toujours aussi belle, et surtout un Antonio Banderas époustouflant de fragilité et d’émotion. Seul le maître espagnol peut vous embarquer dans un tel mélo, vous faire sourire, vous prendre aux tripes, sans que jamais vous n’ayez l’impression de bouffer de la guimauve au kilomètre.

Et une mise en scène et un scénario qui révèlent quand même une petite surprise. La phrase suivante semblera mystérieuse à ceux qui n’ont pas vu le film, et fera peut-être sourire les autres. Mais non, Pedro Almodovar ne fait pas d’erreur dans son film. On le découvre à la toute fin. Comprenne qui pourra … Je n’en dirai pas plus pour ne rien spoiler.

Autre grand plaisir de cinéma, Parasite de Bong Joon-Ho.

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Nous suivons deux familles. L’une riche, vit dans une maison impressionnante, œuvre d’un architecte connu. Le père rentre tard, la mère est débordée sans avoir rien à faire, une fille prépare l’entrée à l’université et le petit dernier, insupportable, est considéré comme un génie méconnu par sa mère. C’est en réalité la gouvernante qui fait tourner la maison, qu’elle connaît pour avoir travaillé pour son précédent propriétaire, l’architecte en personne.

L’autre famille survit dans un appartement en sous-sol, avec vue imprenable sur la chaussée et l’ivrogne qui vient régulièrement pisser sur leurs fenêtres au ras du bitume. Le père a toujours des plans foireux, la mère ancienne lanceuse de marteau est la plus courageuse de la famille, le fils aimerait entrer à l’université, et la fille a tous les culots et un vrai talent de faussaire et de comédienne. Au début du film ils survivent en pliant des cartons de pizza.

Jusqu’à ce qu’un copain du fils qui part en formation à l’étranger le recommande pour aller donner des cours d’anglais à la jeune fille riche, moyennant un faux diplôme concocté par la sœur. C’est le cheval de Troie qui va faire entrer une famille dans la maison de l’autre, jusqu’à ce que …

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Comment montrer la lutte des classes, les inégalités, l’injustice, sans jamais être démonstratif, avec un humour noir décapant, une maîtrise impressionnante de la montée de la tension, une superbe inventivité dans l’arnaque, et une explosion finale qui ne manque de surprendre, même si on se doutait bien que les choses ne pouvaient pas bien finir.

Les acteurs sont absolument parfaits, plus vrais que nature, dans les deux familles, les images superbes, avec une mention spéciale à une séquence dantesque pendant que des trombes d’eau s’abattent sur la ville, et la chute parfaite. Un polar à ne rater sous aucun prétexte, bien noir, grinçant, drôle et réjouissant.