Archives pour la catégorie Cinéma

Dune le film

Je l’attendais avec impatience, j’avais relu le roman pour l’occasion, je suis allé voir le Dune de Denis Villeneuve.

Je ne vais pas vous résumer l’histoire. Soit vous l’avez lu, soit vous ne l’avez pas lu et vous allez vous précipiter dans votre bibliothèque préférée, mais vous en avez entendu parler. Sinon j’en ai parlé là.

Avant de dire ce que j’ai pensé du film, deux remarques.

Premièrement, et c’est la plus importante, aucune critique ne m’a averti qu’il s’agissait de la partie 1, et que l’adaptation s’arrête, pour l’instant, à la moitié du roman. J’ai commencé à m’en douter quand je me suis aperçu qu’il restait bien peu de temps pour terminer. J’ai même vu des commentaires narquois qui prévoyaient le 2, puis le 3 puis … Mais bande de truffes, avant d’écrire, ce serait bien de lire au moins le bouquin et de se rendre compte que le film n’adapte pour l’instant que la moitié du roman. Après s’il fallait un minimum de culture pour écrire dans des journaux ou sur internet ça se saurait …

Deuxièmement, je suis vieux. Et j’ai été traumatisé par l’adaptation cataclysmique de David Lynch, qui nous avait, avec beaucoup de potes, plongés dans des abimes de désespoir. Alors si on compare, on a aujourd’hui une adaptation géniale.

Première intelligence de Villeneuve, prendre son temps, justement, et adapter en 4 ou 5 heures. Ce qui permettra (peut-être) à ceux qui n’ont pas lu le bouquin de comprendre quelque chose.

Certes il y a des points faibles. Une musique parfois trop insistante, qui souligne trop l’action, une esthétique très Star Wars … mais ce sont des détails, et il faut bien accrocher une nouveau public.

Thimotée Chamalet qui joue le rôle de Paul est plus que crédible. Fragile, perturbé, loin de l’abominable tête à claques du film de Lynch, il fait le boulot. Dame Jessica, sa mère, est un peu faible face à lui, dommage, elle est censée le dominer dans la première partie. Les autres acteurs sont bons, voire très bons, et je me réjouis d’avance de voir davantage le génial Bardem dans la seconde partie.

Les décors sont beaux, les effets spéciaux, et en particuliers ceux qui étaient ratés dans la version Lynch sont parfaits, les vers sont particulièrement réussis …

Bref, fans de Dune, vous pouvez y aller. Il vous manquera une partie du contexte, il vous manquera forcément une partie de la richesse de ce roman culte, mais franchement, vous passerez un très bon moment, qui devrait vous donner envie d’aller voir la suite.

Et pour ceux qui n’ont pas lu le bouquin, vous savez ce qu’il vous reste à faire une fois que vous aurez vu le film.

Deux films pour se mettre de bonne humeur

Deux films très différents pour vous donner la pêche en cette rentrée bien morne.

Le premier est français, il passe partout, et il fait du bien, il s’agit de Un triomphe d’Emmanuel Courcol avec, entre autres, Kad Merad. Vous avez sans doute vu la bande annonce, ou entendu parler du film. Un acteur qui ne joue plus depuis un moment accepte, pour l’argent, de donner des cours de théâtre en prison. Ce qui commence avec quelques détenus peu motivés par les fables de la Fontaine, va se transformer rapidement en une aventure d’une tout autre ambition : monter En attendant Godot et faire le pari d’aller présenter la pièce dehors.

Comme Kad Merad, le réalisateur fait le choix de ne pas chercher à savoir pourquoi ces hommes sont en prison, on en saura peu, très peu, sur leur vie avant. Tout est concentré sur leur vie maintenant, les contraintes de la prison, et l’évasion que constitue le travail sur la pièce. On s’attend bien entendu au schéma classique : apprentissage, difficultés, obstacles, puis triomphe. Sauf que le triomphe survient plus tôt que prévu et que quelques surprises vous attendent.

C’est drôle, très drôle, parfois émouvant, les acteurs sont tous absolument géniaux, et ça vous file une patate du tonnerre, vous ressortez de là avec un grand sourire. Que demander de plus ?

Pour le plus, vous pouvez vous précipiter voir un film argentin : Le braquage du siècle. Inspiré par le vrai casse du Banco Rio en 2006, lui même inspiré, en partie, par le fameux casse de Spaggiari. Je ne vous cite pas le réalisateur ou les acteurs, ils sont inconnus ici. Classique dans sa construction, avec conception du casse, recrutement des complices, réalisation, puis …

Le braquage du siècle, affiche

Je suis curieux de savoir, si vous y allez, ce que peut en penser un français qui ne parle pas le porteño, à savoir l’argentin de Buenos Aires. Parce qu’au-delà d’un excellent scénario, la tchatche des acteurs est absolument géniale. Et c’est tellement, mais tellement argentin ! Une comédie hilarante quand on comprend la VO, forcément édulcorée en VF vu l’inventivité en termes d’insultes en VO. Ceci dit, rythme, performance d’acteurs, humour, inventivité du casse et, cerise sur le gâteau, une musique absolument enthousiasmante qui joue avec les références à différents genres de musiques de cinéma populaire (du big band, style panthère rose, au rock en passant par le western).

Un vrai plaisir, de quoi vous mettre en joie pour quelques jours.

Cinéma : La loi de Téhéran

Pas mal de films depuis que les cinémas ont rouvert. Mais j’ai eu la flemme d’en causer. Je vais faire une exception pour une sortie récente qui va, je l’espère passer encore quelques temps, pour vous donner envie d’aller la voir : La loi de Téhéran de Saeed Roustayi.

En Iran où la vente de drogue est punie de mort, le tarif pour 5 g ou 50 kg est le même. Résultat, la vente et la consommation de crack explose. L’un des « parrains » actuel est Nasser Khakzad, dont personne n’a de photo. Samad Majidi à la tête de la brigade anti drogue a fait de son arrestation une priorité. Tous les moyens seront bons.

Autant le dire tout de suite, ce n’est pas pour le suspense qu’on va voir ce film. Il a beaucoup d’autres atouts qui devraient vous précipiter dans les salles.

Tout d’abord c’est superbement filmé. La scène d’ouverture est saisissante et vous met tout de suite dans le bain (noir le bain). Et le film vous réserve quelques moments magnifiquement filmés, dont une rafle dans un « campement » de camés absolument époustouflante.

Ensuite c’est joué avec une énergie incroyable par tous les acteurs, et en particulier les deux protagonistes principaux.

Pour finir, cela nous offre un tableau très étonnant et très original (du moins pour le public français) de la société iranienne. Avec des allers retours marquants entre les bidonvilles, la misère crasseuse des prisons et les lofts les plus luxueux.

Vraiment une réussite, ne ratez pas ce polar iranien.

PS. Vu aussi, et si ça passe encore, il vaut la peine, le classique, bien fait et très bien joué Désigné coupable avec la grande Jodie Foster et un très bon et les très bons Tahar Rahim et Benedict Cumberbatch.

Sale nouvelle.

En ce moment, on cherche plutôt les bonnes nouvelles, et voilà que nous tombe sur le coin du nez la mort de Bertrand Tavernier. Sale tuile.

Je n’ai jamais pu le rencontrer en vrai, mais toute personne ayant vu un de ses films, ayant lu un de ses livres, ou l’ayant entendu par hasard à la radio sait une chose : C’était un merveilleux raconteur et passeur d’histoires.

Chaque fois que je suis tombé sur sa voix reconnaissable entre mille à la radio j’ai systématiquement écouté le programme jusqu’au bout. Il avait la verve, la culture immense, la passion et la manière de faire tout passer. Il savait être à la fois très pointu dans ses analyses, jamais pédant, et mettait systématiquement en avant le plaisir du spectateur quand il parlait des films des autres.  Un plaisir, un savoir et une passion qui sautent aux yeux dans son livre Amis américains. Un plaisir qui éclate à la lecture de sa collection de westerns chez Actes Sud.

Et puisqu’on parle de westerns, aucune pédanterie chez lui, aucun mépris pour aucun genre. Et comme cela se sentait dans ses films !

Pour les amateurs de polars il reste celui qui a su adapter deux monstres, 1275 âmes de Jim Thompson et Dans la brume électrique de James Lee Burke. Deux adaptations pour moi excellentes. Parce que l’idée de transposer le Texas poisseux du grand Jim dans l’Afrique coloniale de Coup de torchon était géniale. Parce que faire incarner Robicheaux par Tommy Le Jones l’était tout autant.  J’ai adoré les deux, alors qu’il est toujours casse gueule d’aller voir l’adaptation d’un roman qu’on a beaucoup aimé.

Et puis je n’ai pas vu tous ses films, mais tous ceux que j’ai vus m’ont plu. C’est peut-être lui qui a donné ses plus beaux rôles à l’immense Noiret. Magistral dans Que la fête commence, jubilatoire dans La fille de Dartagnan (vu et revu dans la période cape et épées de mes gamins), magnifique dans La vie et rien d’autre. Sans compter un de mes souvenirs de cinéclub, Romy Scheider bouleversante dans La mort en direct, salement prémonitoire.

Monsieur Bertrand Tavernier, avant ce jour sinistre, vous n’aviez apporté que du bonheur dans ma vie, merci pour tout.

Cinéma : Josep

Si vous avez le temps d’aller au cinéma, et s’ils ne sont pas fermés pour cause d’amusements interdits en ces temps de peste et de choléra ; si la croyance : les dessins animés c’est pour les enfants vous parait aussi absurde qu’à moi ; si vous voulez découvrir une animation originale ; si vous aimez les films qui prennent leur temps et ne courent en permanence d’une péripétie à l’autre, alors allez voir Josep, dessin animé de Aurel.

Dessin animé réalisé par un dessinateur, sur un autre dessinateur (dont j’ignorai tout), Josep Bartoli, républicains espagnol, réfugié en France au moment de la retirada, interné dans le camp de concentration de Rivesaltes, qui réussira à s’enfuir pendant l’occupation et vivra ensuite au Mexique puis à New York.

Un épisode pas franchement glorieux de l’histoire de notre grand pays des droits de l’homme, une histoire racontée de façon pudique sans en gommer la dureté, la saloperie, mais aussi la grandeur, avec une animation parfois minimale, qui tourne autour des œuvres de Josep qui n’arrêta jamais de dessiner même aux pires moments de sa vie.

C’est beau, émouvant, rageant, il y a de vrais moments de chaleur et de lumière au milieux de la noirceur d’une époque, on y rencontre de vrais salauds mais aussi des femmes et des hommes courageux et généreux, on y croise des affreux bien contents de pouvoir maltraiter leurs semblables en s’appuyant sur les ordres du pouvoir, mais aussi des courageux qui ont placé leurs valeurs et leur humanité au-dessus de tout. On sourit et on a la gorge serrée.

A voir, vraiment.

Chernobyl

Vous avez sans doute remarqué que je n’ai pas trop le temps de regarder de séries. C’est pourquoi les mini-séries me vont bien, et j’ai pu voir l’intégrale des … 5 épisodes de Chernobyl. Que je recommande chaudement.

Pour les plus jeunes, qui n’ont pas vécu cet épisode, dans le nuit du 26 avril 1986 le réacteur n°4 de la centrale atomique de Chernobyl, en Ukraine à l’époque partie de la grande URSS, explose alors que les équipes sur place déroulent un test.

Deux ans plus tard, Valeri Legassov, directeur de l’institut Kourtchatov de l’énergie atomique se suicide en laissant un jeu de cassette où il a enregistré la vérité sur ce qu’il s’est passé cette nuit-là.

Mais revenons au 26 avril 1986. Les personnes en charge de la centrale commencent par nier l’ampleur de la catastrophe, prétendant avoir affaire à un simple incendie, que des pompiers de la ville voisine de Prypiat viennent tenter d’éteindre. Des lances à incendie contre une bombe atomique …

Des minutes précédant le drame au procès des responsables de la catastrophe, nous allons suivre au fil des cinq épisodes les efforts de Legassov et de Boris Chtcherbina, alors vice-président du conseil des ministres de Gorbatchev, pour essayer de limiter les dégâts et éviter l’apocalypse, souvent contre une hiérarchie intermédiaire qui se couvre, et malgré les efforts du KGB qui veut absolument étouffer l’affaire. Nous suivrons aussi les efforts des scientifiques soviétiques pour comprendre ce qu’il s’est passé, le calvaire de ceux qui ont vécu les premières heures de l’explosion, et le courage inouï de ceux qui ont permis de limiter au mieux les conséquences de l’explosion.

Une série passionnante.

Sur la forme, c’est très bien joué, le scénario parfait, digne des meilleurs polars permet à tous, dans le dernier épisode du procès, de comprendre ce qui est vraiment arrivé à Chernobyl. Et vous savez comme les anglo-saxons savent parfaitement mettre en scène, rythmer et filmer un procès. Les décors sont impressionnants, la reconstitution des lieux, à Chernobyl et à Moscou, des ambiances, des costumes est parfaite. On prend donc un plaisir immédiat, le plaisir de voir une histoire très bien racontée et très bien jouée. Attention quand même aux âmes sensibles, sans tomber dans le voyeurisme, sans faire du gore inutile et sensationnalisme la série montre ce qui arrive à ceux qui étaient tout près et qui ont pris les radiations de plein fouet.

Sur le fond, c’est extrêmement riche. Inutile d’énumérer tout ce qu’on peut apprendre de passionnant, toutes les émotions qui vont vous secouer. Sans jamais donner de leçon pénible, c’est très pédagogique et vous saurez comment marche un réacteur nucléaire, et pourquoi celui-là n’a pas marché.

Vous allez trembler en vous rendant compte combien on est passé, tous, très près, vraiment très près d’une catastrophe d’une ampleur inimaginable. Vous allez vous rendre compte qu’il y a nombre de héros dont on ne connait pas le nom qui ont sauvé des millions de vies. A ce titre les scènes avec les mineurs qui vont venir travailler sur le site sont exceptionnelles.

Vous allez rager en voyant l’inertie des petits chefs, la saloperie des secrets d’état, la chape de plomb d’un régime et en même temps la chance qu’on a tous eu que cela tombe sous la présidence de Gorbatchev, et que Legassov et Chtcherbina soient aux manettes.

Si vous avez des gamins grands (grands ados au moins), regardez avec eux, vous pourrez ensuite en parler pendant des heures.

L’intégrale en DVD coûte environ 20 € si vous ne la trouvez pas en streaming, pour cinq heures passionnantes, c’est un bon prix.

PS. Sinon, oui, j’ai aussi attaqué sérieusement The Wire, Sur écoute en français, et oui c’est absolument génial, je vous en reparle quand je la termine.

Cinéma encore

Activité cinématographique intense ces derniers temps, pour soutenir les salles … En fait non, parce que j’avais enfin un peu de temps, et pour me faire plaisir. Deux films récents donc pour se faire du bien.

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Vous avez forcément entendu parler du premier, Effacer l’historique, de Gustave Kervern et Benoît Delépine, avec l’excellent trio Blanche Gardin, Corinne Masiero et Denis Podalydès, et quelques invités dont je vous laisse la surprise.

Ils sont trois. Ils vivent à crédit dans un lotissement moche quelque part dans le nord. Ils sont voisins mais ne s’en sont aperçus que lorsqu’ils se sont retrouvés, avec leur gilet jaune, sur le rond-point du Lidl. Et là, en plus de leurs problèmes habituels (endettement, solitude, boulot de merde …) ils ont tous les trois des ennuis avec internet. Marie parce qu’un connard a tourné une sextape et menace de la mettre sur internet et d’en avertir son fils ado si elle ne lui finance pas ses études de commerce. Christine, chauffeur pour une plateforme, parce qu’elle reste scotchée à une étoile malgré ses efforts. Et Bertrand parce que sa fille est harcelée au lycée. Mais s’ils ont pu prendre le rond-point du Lidl, ils ne vont pas se laisser emmerder par les GAFA.

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Tous les travers de notre société (d’avant virus) épinglés, les uns après les autres, avec un indéniable talent et grâce à l’abattage d’un trio d’acteurs exceptionnels. On rit beaucoup, on éclate de rire tout le temps, et on rit intelligent, sans jamais se moquer méchamment de ses personnages. Et comme disait l’immense Pierre Desproges, « elle est immense, mon cher, la prétention de faire rire ». D’ailleurs je vous encourage à aller lire, en intégral, ce que le maître pensait de ceux qui sous-estime le talent comique. C’est là, et c’est imparable, comme toujours.

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Certes, c’est un conte et il ne faut pas aller y chercher le réalisme. Mais avec son effet comique d’accumulation d’emmerdes, avec son parti pris d’en rire, grâce à son rythme et à ses acteurs, Effacer l’historique vous fera passer un excellent moment.

Le second a bénéficié de moins de pub, il faut dire qu’il est italien, et que ses acteurs sont inconnus ici. Il serait pourtant dommage de passer à côté de Citoyens du monde de Gianni Di Gregorio.

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Rome, quartier du Trastevere, à la terrasse de leur café, autour d’un verre de blanc, Prof, ancien professeur de latin et de grec à la retraite et Giorgetto, glandeur professionnel, à la retraite aussi (mais de quoi ?) font une constatation simple : leurs maigres pensions leur permettent à peine de survivre, et il parait qu’en partant ailleurs, on peut vivre très décemment. Comment ils vont se retrouver associés à Attilio, rafistoleur de meubles et fan de moto ? Il faudra voir le film pour le savoir. Et où nos trois compères finiront ils leur vie ? C’est tout le sujet du film … Ou pas.

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On n’éclate pas de rire ici, ou rarement, mais on sourit beaucoup. Et toujours avec tendresse. Alors oui, comme j’ai pu le lire ici ou là, on n’est pas au niveau des Fellini, Scola ou Risi. Soit. Mais on retrouve cette patte, on est bien en présence de trois Vitelloni (surtout Giorgetto), mais à la retraite cette fois. Une thématique pas souvent traitée au cinéma et ici très joliment mise en scène, en prenant son temps, sans éluder les côtés ridicules des trois nouveaux amis, en s’en moquant gentiment, mais en mettant plutôt l’accent sur leur humanité.

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L’amitié, la peur, la vieillesse, le côté complètement dépassé de trois hommes seuls qui n’ont jamais quitté leur quartier face à un monde qu’il comprennent de moins en moins. Et pourtant, leur capacité à comprendre leurs semblables, à faire preuve d’empathie. Et puis, comme dans les meilleurs moments de ces auteurs latins que j’aime tant (les Montalban, Camilleri, Padura, Varesi …) de très belles scènes autour d’une table ou dans un café. Et ce n’est pas négligeable, de très belles images de Rome en général, et du Trastevere en particulier.

Cerise sur le gâteau, le final redonne une peu de foi dans notre monde, sans optimisme béat (que je ne supporterai pas), mais ça fait du bien de mettre parfois en avant les petits et grands gestes d’humanité, au lieu de d’insister uniquement sur ce qui va de mal en pis. Un moment de bonheur, dont le souvenir adoucira cette rentrée de merde.

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Cinéma : Mano de obra

ManoObra-00Pour une fois je vous cause d’un film qui vient juste de sortir, donc vous avez une chance de le voir si j’arrive à vous convaincre : Mano de obra du mexicain David Zonana, avec des acteurs dont je n’avais jamais entendu parler (ce qui ne veut pas dire grand chose vu ma connaissance du cinéma actuel).

Francisco travaille à la construction d’une maison moderne luxueuse dans un très beau quartier, quelque part dans une ville mexicaine (Mexico City ?). Un jour son frère meurt en tombant du toit. Quand sa belle-sœur lui montre un rapport disant que les analyses ont montré qu’il avait bu, il décide de protester, son frère ne buvait pas.

Tout le monde le balade, le contremaître, le client et patron, les services sociaux. Et sa belle-sœur enceinte ne touche rien. Petite vexation après petite vexation, ce n’est pas la fameuse goutte d’eau, mais le déluge qui inonde sa misérable cahute qui va faire déborder le vase (comme dans Parasites). Et faire basculer sa vie, et le film.

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Excellent film, très bien joué, superbement photographié. Essayez de ne pas trop lire de choses sur l’intrigue pour pouvoir être surpris par ce qui va se passer. Le film rend très bien une certaine passivité des personnages, une façon d’accepter, malgré quelques sursauts, toutes les injustices qui leur tombent dessus, tant ils ont l’habitude d’être écrasés. Puis montre comment il faut éviter de trop pousser le bouchon. Tous les enchainements sont logiques, l’évolution de Francisco, sa vengeance, la justice qu’il va appliquer lui-même, et la façon dont les choses dérapent.

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Certes, il ne faut pas trop chercher la crédibilité de l’histoire. Pour qui connaît les pays d’Amérique Latine, si l’on veut prendre le film au pied de la lettre, trop de choses sont irréalistes. Il faut plutôt le voir comme une métaphore, un conte grinçant, parfois drôle, parfois pathétique, qui laisse un arrière goût amer et illustre de façon imagée l’histoire récente de beaucoup de pays de cette partie du monde.

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Une vraie curiosité à découvrir.

Un peu de cinéma : Lucky Strike

Hier soir, petite séance de cinéma avec mon fils pour un polar coréen qui, sans prétendre au chef-d’œuvre, fera passer un très moment à ceux qui ne craignent pas l’humour noir et macabre. Si vous vous dépêchez tant qu’il passe encore en salle : Lucky Strike de Yong-Hoon Kim.

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Difficile de donner une idée de l’histoire sans trop en dire. Sachez qu’il sera question de dettes, de truands qui jouent du couteau, d’un sac plein d’argent, de maris violents et de femmes qui ne se laissent pas marcher sur les pieds.

Sachez également que les personnages forts se révèlent être les femmes, qu’il ne faut pas trop vous inquiéter si vous ne comprenez rien au début, les pièces du puzzle vont parfaitement se mettre en place.

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Si l’humour noir et macabre d’un macabre d’un Fargo ou d’un Pulp Fiction vous débecte, je vous conseille de passer votre chemin, Lucky Strike n’est pas pour vous. Mais si vous adorez la scène où le taré passe son complice au broyeur, et que la scène la voiture avec la grosse boulette de Travolta vous fait toujours rire, vous pouvez y aller.

Lucky Strike commence doucement, tranquillement, met en place les différentes pièces de l’intrigue que rien ne semble relier entre elles. Puis ça accélère, petit à petit, puis de plus en plus à partir du premier mort (qui ne sera pas le dernier). Une belle collection de tarés, d’abrutis, quelques femmes inoubliables et un final réjouissant pour un film que l’on regarde intrigué, puis le sourire aux lèvres et que l’on quitte heureux d’avoir passé un excellent moment.

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True Detective

Je suis toujours aussi lent pour regarder les séries. Plus de quatre mois que j’ai terminé Treme, c’est le temps qu’il m’a fallu pour voir les 8 épisodes de la première saison de True Detective de Nic Pizzolatto. Mais que ce fut bon !

1995 Marty Hart et Rust Cohle flics de Louisiane arrêtent deux psychopathes dans leur taudis au fin fond du bayou. 2012, alors que les deux ont quitté la police, ils sont interrogés par les flics. Il semble qu’un nouveau meurtre ait eu lieu, qui ressemble à celui de la première victime identifiée en 1995.

On ne sait pas pourquoi, Cohle avait disparu depuis 2002 et vient de réapparaitre en Louisiane. Marty a monté une agence de privé. Les deux hommes ne se sont pas parlés depuis 2002. Que c’est-il passé en 1995 ? Pourquoi cette brouille ? Où était passé Cohle ? Et que ce passe-t-il aujourd’hui ?

Vraiment excellent.

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A commencer par l’interprétation époustouflante des deux acteurs principaux, Matthew McConaughey et Woody Harrelson. Complexes, ambigus, parfois inquiétants, souvent émouvants. Impressionnants dans leur incarnations des deux époques à 17 ans d’intervalle. Ils sont monumentaux.

True Detective 02

La construction est magistrale, le suspense parfaitement entretenu.

Et surtout comme c’est poisseux, vénéneux. Paysages bien crades d’industries plus ou moins à l’arrêt, maisons délabrées, églises abandonnées. En adéquation parfaite avec la peinture d’une classe politique corrompue, d’églises évangéliques bien immondes, d’exploitation des plus pauvres laissés totalement à l’abandon. C’est du glauque bien glauque, mais sans voyeurisme, et sans mépris.

Cerise sur le gâteau, le générique et la musique sont magnifiques.

Du grand polar. Comme tout le monde me dit que la saison deux est moins bien. J’arrête là, et je m’attaque à The Wire. Vu mon rythme, prochain rendez-vous série d’ici deux ans ennviron.