Archives pour la catégorie Mauvaise Humeur

Rions avec le Nobel de la Paix

J’ai vérifié ce matin qu’on n’était pas le 1° avril. Non, on est encore en février. Et l’info émane du Monde, pas du Gorafi.

Je vous laisse lire, tout en vous conseillant d’être bien assis.

A moi aussi, les bras m’en sont tombés.

Maintenant, comme on l’apprend à l’école « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire », donc pour que la compétition soit un peu disputée, je propose quelques autres noms pour accompagner l’inénarrable Donald dans la course au prix Nobel : Vladimir Poutine, Jair Bolsonaro, Recep Tayyib Erdogan, Viktor Orban, Kim Jong-un, Benyamin Netanyahou, Xi Jinping et Mohamed Ben Salmane.

Que le meilleur gagne !

Quelques liens pour se fâcher ou sourire

Un petit tour de plus avec les Gilets Jaunes qui commencent à me plaire depuis qu’ils réclament le retour de l’impôt sur la fortune et la taxation des multinationales …

Avec cette question : Notre bon président se fout-il ouvertement de notre gueule ? Et un élément de réponse ici.

Et pour savoir d’où viennent ses belles idées généreuses, un petit article éclairant, mais ceux qui sont attentifs auront déjà reconnu certaines mesures d’un prédécesseur de Macron, qui déjà évitait soigneusement de prendre aux plus riches.

Il paraît qu’il aime les philosophes, c’est dommage qu’il n’ait pas demandé à Frédéric Gros de le conseiller un peu plus tôt. Excellent entretien dans Libé, qui exprime bien ce que, une fois de plus, je ne saurais mettre en mots tout seul.

S’il ne fallait retenir qu’une phrase, je garderais : « Tout gouvernement a la violence qu’il mérite ».

La bande de trapanelles aux affaires croyait que l’on pouvait diriger un pays comme une entreprise. Et on ne peut pas. Pour une raison extrêmement simple, tellement évidente qu’on se demande comment elle ne leur saute pas aux yeux : Un patron choisit ses employés, leur fait passer une entretien d’embauche, vire ceux qui ne lui conviennent pas, ou n’adhèrent pas à la politique de l’entreprise, et ne s’occupe plus de ceux qui ne peuvent plus travailler (âge, maladie etc …). Il peut même virer du monde quand il veut garder plus de fric. Pour l’instant, un gouvernement ne choisit pas ses citoyens, il fait avec ce qu’il a. Sauf à interner et exterminer ceux qui n’adhèrent pas à la politique du pays. Ca c’est déjà fait par le passé, ça se fait encore ici et là, c’est assez peu souhaitable.

Quant aux abrutis qui crient au complot après les assassinats de Strasbourg, je n’ai pas les mots pour leur exprimer mon mépris.

Puis comme il ne faut pas sombrer dans le désespoir, un peu de joie et de théâtre, et un court extrait, ne serait-ce que pour l’immense Claude Rich.

Et pour sourire et rire encore et emmerder les cons, les machos, les coincés, les bouches en cul-de-poule etc … Allez dons écouter la dernière intervention de Constance. Et puis après, tout Constance.

Jaune ou brun le gilet ?

Sur les gilets jaunes, que je ne porte pas plus dans mon cœur que les pourritures cyniques du gouvernement contre lesquelles ils se « révoltent », deux petits éclairages.

Un drôle, comme toujours, que l’on doit à l’incontournable Guillaume Meurice. Oui je sais, il choisit les interviews qu’il garde, mais il ne les invente pas.

Un qui exprime parfaitement ce que je ressentais sans savoir forcément le mettre en mots. Ça doit être pour ça que Jérôme Leroy est écrivain et pas moi.

Mauvaises pioches

J’étais parti pour un week-end prolongé du côté de l’océan avec deux bouquins qui trainaient depuis quelques temps dans mes piles. Parfois les bouquins trainent pour de mauvaises raisons, là il faut croire que j’ai eu le nez. Et je ne les ai terminés que parce que je n’avais vraiment rien d’autre sous la main. Alors pour vous faire gagner du temps, je vous fais les deux pour le prix d’un : São Paulo confessions de Gérard Bon et Silver Water de Haylen Beck.

BeckCommençons par le second : Quelque part en Arizona, Audra Kinney qui fuit un mari violent avec ses deux gamins Sean et Louise est arrêtée par la police au milieu de nulle part. Le shérif trouve un sachet d’herbe dans sa voiture, l’embarque et confie les gamins à son adjointe. Mais arrivé à la prison de la petite ville de Silver Water, il prétend qu’il n’y avait pas d’enfants dans la voiture et que la jeune femme était seule. Le cauchemar commence.

Un petit éclaircissement, car le résumé (et la quatrième) annoncent bien la couleur, c’est du divertissement très commercial, complètement calibré. Alors pourquoi avoir tenté de le lire ? Parce qu’on apprend que l’auteur Haylen Beck, est en fait un pseudo de Stuart Neuville, dont j’aime beaucoup les romans irlandais. Et bien il a bien fait de prendre un pseudo. Aucun intérêt. Tout est cousu de fil blanc, on sait dès les premières pages comment ça va continuer, pas une surprise, de bons gros sabots et d’encore plus gros bons sentiments, pour faire pleurer les mamans qui lisent un polar par an sur la plage et tremblent pour la pôvre mère. Ne tremblez pas trop, tout finit bien ! Bref à éviter.

BonSão Paulo confessions était tentant. Je ne sais pas où en est le polar brésilien, mais il n’y en a pas beaucoup de traduits ici. Celui-ci est français, mais se déroule au Brésil. Dino Emanueli est avocat, à São Paulo donc. Sa vie part en sucette depuis son divorce quand il est contacté par la pulpeuse et troublante (forcément !) Marta Cage. Fille d’un riche industriel, elle vient solliciter l’aide de Dino pour déposer une plainte en disparition. Celle de son mari, Franck Cage, ex rockeur qui s’apprêtait à faire un grand retour. Avec l’aide d’un ex flic devenu privé, Dino va essayer d’aider la jeune femme.

Autant je vois un peu le public visé par le premier bouquin (et je n’en fait pas partie), autant là je ne vois pas. J’ai eu l’impression d’un bouquin ni fait ni à faire. Pas de tension narrative, pas de suivi de l’intrigue, une succession de scènes dont certaines tombent comme un cheveu dans la soupe, sans lien avec ce qui vient avant, ni après. Le final arrive par hasard, certaines péripéties secondaires, qui devraient (ou pas ?) ajouter du suspense tombent à plat. On ne peut donc pas se raccrocher à l’histoire. Mais on ne sent pas non plus la ville ou le pays. Il y a des bars, des boites de nuit, le narrateur raconte qu’il y a de la violence, elle ne le touche jamais, ni lui, ni personne de connu, il nous dit que les femmes sont belles, mais on ne le ressent pas, il boit, mais le lecteur n’a pas la gueule de bois, il décrit, comme extérieur … On a un peu l’impression d’être dans tripadvisor, ne manquent que les commentaires et les étoiles. Bref je ne comprends pas ce qu’a voulu faire l’auteur, je ne comprends pas le boulot qu’a fait l’éditeur, et je ne vois vraiment pas ce que peut trouver le lecteur.

Seul point positif de cette chronique, l’auteur cite au détour d’une phrase O matador, roman choc de Patricia Melo qui se déroule dans la même ville. Du coup on compare, et c’est terrible. Mais ça me permet de dire : lisez O matador, qui vous met dans la tête d’un gamin des rues devenu tueur pour la bonne société paoliste. Un livre très dérangeant et magistral.

Haylen Beck / Silver Water (Here and gone, 2017), Harper Collins/Noir (2018), traduit de l’anglais (Irlande) par Catherine Richard-Mas.

Gérard Bon / São Paulo confessions, La manufacture des livres (2018).

Mieux vaut en rire

« Pensez-vous qu’un sujet sur le thème de l’écriture vous intéresserait-il ?

L’écriture prend plusieurs formes et peut être considérée comme un acte de transmission, de mémoire, de transgression, de guérison, d’exutoire ou encore d’invention. À qui s’adressent ses lignes de mots ? Pourquoi certains ressentent le besoin de coucher sur le papier leurs émotions ou leurs rêveries ? L’écriture a-t-elle des bienfaits sur notre santé et notre moral ? Quelles sont les spécificités de ce mode de langage qui est plus que la simple transcription du langage oral ; un puissant instrument de transmission et de conservation de l’information…

Librinova, maison d’auto-édition qui a le vent en poupe, reçoit chaque jour les manuscrits d’internautes qui écrivent pour toutes ses raisons. Des profils différents pour des histoires de mots et de maux qui peuvent expliquer pourquoi et pour qui ils écrivent et se racontent.

Je reste à votre disposition pour toute demande de mise en relation avec l’équipe de Librinova et ses auteurs. »

Tel est, sans en changer une virgule, le message qui est arrivé dans ma boite mail. En ces jours maussades où les infos, les unes après les autres, ne font qu’alimenter ma mauvaise humeur, j’avoue que ce fut un rayon de soleil. Petit, mais un rayon de soleil.

Penser qu’une « maison d’autoédition qui a le vent en poupe » commence ses messages publicitaires par :

« Pensez-vous qu’un sujet sur le thème de l’écriture vous intéresserait-il ? » m’a fait pouffer.

Je ne sais pas pourquoi, j’ai pensé à Desproges, et là, pouf pouf, je vais sur leur site et je vois un témoignage de qui, je vous le donne en mille ? Jacques Séguéla. Pour les plus jeunes qui ne connaissent pas Séguéla, je rappelle que Pierre Desproges, justement, commençait son réquisitoire contre Jacques Séguéla par cette question : « Jacques Séguéla est-il un con ? ».

Après, si vous avez du temps à perdre, et envie de voir comment on peut parler d’édition de livres sans parler un seul instant de ligne éditoriale, d’écriture ou de toute autre thème inutile et ringard qui ne soit pognon, pognon, pognon, vous pouvez aller faire un tour sur le site.

Réquisitoire aux arènes

La collection dirigée par Aurélien Masson aux arènes a démarré avec une valeur sure, très sure même, Dominique Manotti, accompagnée de deux inconnus. Dont Thomas Sand : Un feu dans la plaine.

SandsDans la France d’aujourd’hui, peuplée de gens perdus, écrasés, virés de leur boulot. Dans la France d’aujourd’hui dirigée par un banquier arrogant, dont la cour répète à l’envie les théories libérales avec morgue et suffisance dans tous les media. Dans cette France un jeune homme sans avenir décide de venger sa mère, et tous ceux qui se laissent humilier tous les jours, juste pour avoir le droit de survivre.

J’ai un peu de mal à parler de ce bouquin. Je dis bouquin car je ne suis pas certain de pouvoir le qualifier de roman. Court, sec, il tient plus, de mon point de vue, du réquisitoire et du pamphlet, voire du conte moral (avec sa morale bien particulière) que du roman.

En effet, pas de vrai personnage, tant le jeune homme central n’a pas de nom, pas de passé ou si peu, pas de futur. Une sorte d’archétype, représentant parfaitement toute une génération et tout un pan de la population, mais sans l’incarner. On ne peut pas non plus vraiment parler d’histoire, ou d’intrigue. On a juste une succession de scènes, se déroulant dans des lieux différents, dont on suit la chronologie sans forcément comprendre leur enchainement. Et surtout, une succession réduite au strict minimum, allant d’un moment choc à l’autre, sans aucun liant.

C’est violent et dérangeant, je suis entièrement d’accord avec le constat fait par l’auteur et le personnage, je comprends sa réaction, et ses actions sont logiques. Mais comme je ne trouve rien de romanesque à ce texte, que le constat ne m’apprend malheureusement rien (il peut juste m’aider à me sentir moins seul), je me trouve face à un manifeste, ou pour reprendre ce que je disais plus haut, un réquisitoire.

Or il se trouve que les seuls réquisitoires qui m’enthousiasment vraiment sont ceux de feu le Procureur Desproges Françaises. Donc là, malgré ma sympathie pour ce que raconte l’auteur, je me suis un peu ennuyé.

Thomas Sand / Un feu dans la plaine, Les arènes / Equinox (2018).

PS. Deux moments de cette semaine qui confirment, si c’était nécessaire, le constat de l’auteur :

Un joli petit lien pour ceux qui ont prétendu il y a un an qu’il valait mieux Macron que Fillon.

Et ici, un autre, qui relate comment le banquier est allé écouter un concert des demoiselles de la légion d’Honneur, mais n’a pas daigné rencontrer les voisins, des lycéens, leurs profs et leurs parents, qui doivent affronter des conditions de travail inacceptables et inadmissibles.

Et vous savez quoi ? Ce matin j’ai réussi à écouter jusqu’au bout sans vomir !