Archives pour la catégorie Mauvaise Humeur

Désespérant

Je crois qu’on est foutus, l’homme est foncièrement con. Et l’homme très riche, s’il n’est peut-être pas intrinsèquement plus con que l’homme pauvre a infiniment plus de moyens d’imposer sa connerie au reste de l’humanité.

Ce sont ces quelques infos, en apparence anodines, qui m’ont plongé dans ces abimes de réflexions philosophiques. Coup sur coup j’ai appris :  

Que non seulement la COP28 se tiendrai à Dubaï, mais également que c’est un émir, PDG d’une compagnie pétrolière qui en sera le président.

En Suisse, c’est un lobbyiste de l’industrie, grand défenseur du pétrole qui devient ministre de l’environnement.

Ajoutez deux infos plus ancienne, l’annonce des jeux asiatiques d’hiver en Arabie Saoudite, le projet dément de la même Arabie Saoudite de ville qui ferait frémir les lecteurs de SF les plus endurcis.

Donc on est foutus. Comme je sens que j’ai un peu plombé l’ambiance, en attendant la catastrophe, on peut se faire plaisir. Et ces jours-ci je me fais très plaisir avec le dernier album du Boss Springsteen. Aucune révolution musicale, des reprises de classiques de la soul des années 60-70. On atteint cette simplicité apparente qui est la marque des grands, la voix est grandiose, et quand on écoute avec attention on s’aperçoit que les arrangements et la production sont d’une richesse et d’une précision assez bluffantes.

Pour le plaisir, trois titres pour se remonter le moral après ces nouvelles affligeantes : Don’t play that song, Hey, Western union man, et Do I love you (Indeed I do). Bon week-end quand même.

Rire ou pleurer ?

Quand Darmanin va chez Estrosi on peut s’attendre à tout. Et pourtant on arrive encore à être surpris. Les flics censurent la vitrine d’une librairie en face du parcours de sa majesté le ministre. Le plus drôle, si on choisit d’en rire, c’est qu’on se demande si une telle stupidité est l’œuvre du maire, du ministre ou d’un laquais de l’un des deux.

Et comme on choisit le parti d’en rire, je vous conseille la dernière chronique de Wally Dia.

Allez bise à tous.

Gros cons et coup de blues

Gros coup de blues hier soir en lisant sur internet que le Pantanal brésilien est en feu depuis des mois. Et la brute fasciste inculte qui est à la tête du pays s’en réjouit, et le laisse bruler, quand il n’attise pas les braises.

Le Pantanal c’est une zone reculée, un paradis animalier, peu peuplé, peu visité, où nous sommes allés en famille, en 2016 puis en 2019. Des centaines d’oiseaux, les caïmans, loutres, et le maître des lieux, le jaguar. Tout cela parti en fumée.

Mais ne croyons pas que les abrutis aussi méchants que bêtes soient tous au Brésil, on en a des bien de chez nous, autre coup au moral avec cette chronique de Guillaume Meurice, la dernière interlocutrice est gratinée.

Et pour finir un peu de poésie, qui révèle, là encore, que notre pays ne manque pas de gros cons suivants les termes de la délicieuse Constance.

Décidément, ça va pas aujourd’hui, et je ne sais pas si ça ira mieux demain …

L’homme aux murmures

J’ai eu un moment de faiblesse, sans doute dû à la situation un peu oppressante. J’ai lu un pur thriller, L’homme aux murmures d’Alex North. C’est nul.

NorthTom et son fils Jake, huit ans, viennent de s’installer dans une charmante petite ville. Ils essaient de se remettre de la mort de Rebecca, la maman. Ils ne savent pas que vingt ans auparavant un tueur en série y a sévi, qui a assassiné 5 petits garçons. Et un gamin vient de disparaître. Quand Jake entend des murmures la nuit, tout semble recommencer.

Donc soyons clair et concis, c’est nul.

Cousu non pas avec du fil blanc mais avec des câbles. Des coïncidences en veux-tu, en voilà. Et alors lourd, mais lourd … Lourdingues les états d’âmes du flic qui, ô surprise, essaie de ne pas retomber dans l’alcool. Encore plus lourdingue la thématique très très appuyée sur les rapports père/fils. Allez, pour le plaisir je développe, même si ça revient à révéler des parties entières de l’énigme. Le papa et le fils ont des relations difficiles, parce que le papa a peur d’être comme son papa à lui qui buvait et qu’il n’a plus vu depuis l’âge de 8 ans. Et il croit que son papa à lui (au papa) avait blessé sa maman. Ben c’était pas vrai. Et le papa du papa c’est le flic qui enquête que le serial killer. Et ils se revoient. Et à la fin ils sont presque raccommodés. Et le nouveau serial killer, en fait, c’est le fils de l’ancien qui est un vrai monstre (mais qui fait pas peur). Et il veut être un vrai papa pour les nouveaux enfants qu’il enlève. Et en même temps être digne de son papa (le serial killer) qui est en taule. Et la maman du papa est morte jeune, et celle du fils aussi, et celle du fils du serial killer aussi. Et ils font tous les cauchemars très importants, pleins de mystères.

Ajoutez que c’est écrit à la truelle. Et que même le déroulement de l’intrigue est plus que moyen, avec des tentatives de cliffhangers et de mystères pseudo fantastiques qui tombent complètement à plat.

Je dois vous avouer que plus j’avançais, plus je faisais du saute-mouton au dessus de paragraphes entiers, et pourtant, j’ai tout compris de la résolution, faut dire que l’auteur explique bien au cas où.

Bref, vous pouvez économiser votre temps et votre argent.

Crevures

Il va falloir que j’arrête d’écouter les infos, parce que je ne décolère pas en ce moment. Dernier prétexte ? Le gouvernement qui découvre avec horreur que des crevures de pharmaciens (et de fabriquants ?) font flamber les prix des gels machins et des masques.

Certes je suis d’accord avec les ministres, ce sont des crevures, mais des crevures qui ne font qu’appliquer les lois du marché non ? Augmentation de la demande, baisse de l’offre, donc augmentation des prix.

En quoi sont-ils pires que les vendeurs d’immobilier à Paris ? Quelle différence y-a-t-il entre cette pratique, et celle des propriétaires, ici et là, qui préfèrent louer à la semaine à des touristes de passage et gagner des fortunes sans rien faire plutôt que de louer à un prix raisonnable et décent à des gens qui veulent juste se loger ? Augmentation de la demande, baisse de l’offre, donc augmentation des prix.

Et ne venez pas me dire que l’un est une question de santé publique et pas l’autre. Je suis persuadé qu’on peut se laver les mains sans gel, et non moins persuadé que le marché immobilier qui flambe et oblige les gens à vivre loin de leur lieu de travail augmente la fatigue et le stress, les risques d’accident, la pollution, la dépression … Et est donc, plus que le prix du gel, un problème de santé publique.

Donc messieurs du gouvernement, soyez logiques, soit vous pensez comme moi que le marché est une saloperie, et que ceux qui en profitent pour se faire des couilles en or sans rien faire sont des crevures, avis que je partage, et vous légiférez pour encadrer tout ça, soit vous trouvez que c’est très bien, qu’il n’y a pas de meilleur système au monde, et vous le dites clairement et vous foutez la paix aux pharmaciens qui vendent le flacon de gel au prix du pur malt 10 ans d’âge.

Après chacun choisira son désinfectant, et vous ne ferez pas semblant de vous offusquer si lors d’une prochaine manif certaines vitrines de pharmacies morflent.

Pour me défouler, je relis Preacher et j’imagine que je livre ces enflures à Custer, Cassidy et Tulip. Et c’est bon. Et je vous propose très vite un petit jeu qui m’a redonné le sourire.

Coup de sang

Vous connaissez la fameuse goutte d’eau, celle qui fait déborder le vase, pas plus grosse ou pénible que les autres, mais juste celle qui vous fait péter un câble. Et bien la goutte ce mois-ci c’est le courrier que j’ai reçu de Natixis.

Je reçois donc un courrier de Natixis qui est un groupement qui fait un métier que je déteste et méprise : il fait gagner de l’argent à ceux qui en ont déjà beaucoup sans rien foutre en le plaçant ici et là. C’est légal, chacun peut faire ce qu’il veut, mais je ne suis pas obligé d’aimer. Donc déjà ça me gave qu’ils m’écrivent.

Là où la rogne monte, c’est qu’ils m’écrivent au nom de ma boite, le CNES, établissement public, dont le budget vient de l’état, et qui travaille au service de l’état, des collectivités, de la recherche entre autres, en tant qu’agence spatiale nationale. Et ma boite nous verse tous les ans un intéressement toujours à cette période de l’année.

Avant, on recevait un papier du CNES qui nous disait que si nous voulions « épargner » l’intéressement il fallait le demander, et activement se déclarer volontaire pour confier son fric à Natixis ou autre équivalent. Mais là, c’est l’inverse, mon fric est automatiquement versé à ces gens que je n’aime pas, et si je ne veux pas qu’il soit mis en bourse, je dois me connecter vite (en gros 15 jours), pour demander à ce qu’il me soit versé à moi. Et c’est bien indiqué, en toutes lettres sur la feuille que c’est ainsi depuis « La loi Macron ». Je savais déjà que je l’aimais pas le banquier.

Déjà ça m’horripile, alors que j’ai autre chose à faire le soir, comme lire, discuter avec mes proches, voir des potes, écrire mes chroniques … de devoir aller me connecter sur un site, de me rappeler que j’ai oublié le mot de passe, de le changer etc … Mais la goutte suivante vient quand on me demande de confirmer 5 fois mon choix, et qu’à chaque confirmation on me répète que, si je prends mes sous, qui sont à moi et pas à ces vautours, je vais PAYER DES IMPOTS ! parce que sinon, JE SUIS EXONERE D’IMPOTS, et êtes-vous bien certain de vouloir PERDRE DES SOUS EN PAYANT DES IMPOTS ?

Alors si tu passes par ici, immonde fils de pute qui a pondu ces pages (ce dont je doute) JE SUIS CONTENT DE PAYER DES IMPOTS ET JE T’EMMERDE. Est-ce que c’est clair ? Mes parents qui étaient profs, ma sœur prof, moi au CNES nous sommes payés par les impôts. Les profs de mes gamins, les infirmières et médecins qui les ont soignés quand je les ai amenés aux urgences, ceux qui travaillent dans les radios que j’aime sont payés par les impôts, l’entretien des routes que j’emprunte pour aller voir mes potes ou ma famille, les flics qui sont allé voir ma mère quand elle s’est faite cambrioler, les chercheurs avec qui j’ai plaisir à travailler etc … sont payés par les impôts.

Bande de pourritures, la loi Macron m’emmerde, je n’ai pas le pouvoir supprimer ces nuisibles, mais j’aimerais, au minimum, qu’ils ne viennent pas me faire chier chez moi. J’espère qu’il ne subsiste aucune ambiguïté dans mon message. Vous n’aurez jamais un centime de ce qui m’est dû.

Heureusement pour faire baisser la pression, je peux toujours aller écouter Guillaume Meurice, Constance ou Nicole Ferroni. Merci les impôts.

PS. Fils de pute est juste une expression commune, je n’ai rien contre les putes et je reprends entièrement à mon compte ce graffiti qui a fleuri à une époque sur les murs de Buenos Aires.

Putas-al-poder

Maître des eaux

J’ai failli ne pas parler de ce bouquin, parce qu’en général, quand je n’aime pas, je ne dis rien. Mais là c’est trop, Maître des eaux de Patrick Coudreau, publié à la Manufacture que j’aime pourtant beaucoup et à qui je suis éternellement reconnaissant d’avoir publié Franck Bouysse n’est pas seulement mauvais, il est également déplaisant, pour ne pas dire nauséabond.

CoudreauIl y a des années les grandes gueules du village avaient, en toute impunité, massacré la famille de Mathias Grewicz, tous brûlés dans leur maison, en même temps que leurs bêtes. Seul le gamin, âgé de 13 ans avait pu s’échapper. Et maintenant il revient se venger, lui l’étranger, le juif, le sorcier, la sale bête. Alors les mêmes vont le traquer dans la nature environnante. Seule une gamine, ado révoltée, Elia, va lui venir en aide.

Je passe rapidement sur ce qui fait que le roman n’est pas bon. Les rebondissements sont totalement incohérents, les scènes de bastons dignes du Club des Cinq, les pourris tellement cons et caricaturaux qu’on ne tremble pas une minute pour les « héros », et n’allez pas vous demander comment on peut brûler vive une famille entière sans qu’il y ait la moindre enquête, ni comment le gamin rescapé a pu vivre des années sans attirer l’attention d’aucune administration. Passons également sur le mystère qui fait atterrir la gamine et sa mère auprès du gros con en chef, ou sur le silence et la vie paisible de tout un village supposé complice de l’atrocité de départ. Passons pour finir sur les incohérences d’un personnage comme l’affreux capable de tuer sans le moindre remord son pote de beuverie de toujours, ou qui supporte pendant des années sans rien dire l’insolence de Elia pour décider d’un coup de l’éliminer. Et des comme ça il y en a tout le long.

S’il n’y avait que ça, j’aurais fermé le livre après quelques pages, et je n’en aurais jamais parlé. Ce qui me met en rogne c’est que sans explication, de façon caricaturale et sans la moindre nuance tous les habitants du village sont de gros cons, ivrognes, fainéants, abrutis, stupides, lâches, racistes, antisémites et méchants. Sans compter les tendances pédophiles suggérées.

Or, comme le disait Ernesto Mallo lors d’une rencontre où je m’étonnais de le voir choisir comme personnage positif un flic travaillant au milieu des pires ordures pendant la dictature militaire de Videla, penser que tous les membres d’une corporation ou d’une groupe social sont forcément des salauds, juste parce qu’ils appartiennent à ce groupe est un raisonnement fasciste. Même chez les flics argentins de l’époque il y avait des mecs bien. Pas beaucoup, mais il y en avait. Souvent premières victimes de leurs collègues. Donc penser et écrire que tous les habitants d’un village sont incultes, racistes, cons et méchants, et que tous sont complices, gendarmes compris, c’est un raisonnement au mieux simpliste. Et aussi nauséabond que le rejet hystérique de l’autre qui est dénoncé par l’auteur.

Quant à le comparer avec Franck Bouysse, comme j’ai pu le voir (désolé Pierre, je suis souvent d’accord avec toi, même si j’ai parfois la dent plus dure, mais là …). Certes ils sont publiés chez le même éditeur et leurs romans se déroulent à la campagne, mais là s’arrêtent malheureusement les points communs. Quand on pense à la finesse d’écriture, à la profondeur des personnages, au respect et à l’humanité avec lesquels ils les peint, qu’ils soient sombres ou lumineux …

Non, lecteur si tu n’as pas encore ouvert Maître des eaux, n’espère vraiment pas y trouver le nouveau Franck Bouysse. Si j’ai un conseil : évite.

Patrick Coudreau / Maître des eaux, La manufacture des livres (2020).

A vomir

Les lecteurs de polars attentifs remarqueront une similitude troublante entre l’action actuelle du gouvernement français et la méthode Thatcher lors des grands mouvements de grève des mineurs dans les années 80.

Pour ceux, comme moi, qui préfèrent les polars aux livres d’histoire (chacun ses goûts), je conseille, si ce n’est déjà fait, la lecture de Né sous les coups de Martin Waytes. Même volonté de casser le mouvement social en laissant pourrir la situation, même mépris de classe, même violence policière systématique dans le but que les gens aient peur de manifester même, et surtout, pacifiquement.

La seule différence est que, face à une presse de masse aux ordres, comme dans les années 80, les moyens de communication modernes, la facilité à filmer et diffuser hors des réseaux officiels empêchent les immondes qui nous gouvernent de totalement escamoter la disproportion entre la réalité des manifestations, et la violence de la réponse policière.

Et tout ça pour quoi ? Pour refiler le pactole au privé. Une finalité difficile à nier au vu des derniers chiffres sur les cotisations des salariés les plus riches. Un cadeau de plusieurs milliards, autant de milliards qui vont manquer pour le système global, et qui permettront de dire « vous voyez bien ma bonne dame qu’il faut réformer, le système n’est pas à l’équilibre ».

Se foutre aussi ouvertement de la gueule de 99% de la population, la mépriser et la spolier à ce point, je crois qu’aucun gouvernement, même les plus à droite, n’avait encore osé chez nous. Et qu’on ne me dise pas que les députés qui vont voter n’avaient pas bien calculé, ils ont une médaille Fields parmi eux, et s’il y a une chose qu’il sait faire, ce sont les calculs.

Comme une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule, Terry Jones vient de casser sa pipe, victime d’une forme rare de folie, dernière ironie de la vie pour quelqu’un dont la folie douce avait produit, entre autres, La vie de Brian. Merci pour tout à toi qui nous aura tant fait rire quand d’autres nous font tant vomir.

Monty_Python_La_Vie_de_Brian

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