Archives pour la catégorie Mauvaise Humeur

A vomir

Les lecteurs de polars attentifs remarqueront une similitude troublante entre l’action actuelle du gouvernement français et la méthode Thatcher lors des grands mouvements de grève des mineurs dans les années 80.

Pour ceux, comme moi, qui préfèrent les polars aux livres d’histoire (chacun ses goûts), je conseille, si ce n’est déjà fait, la lecture de Né sous les coups de Martin Waytes. Même volonté de casser le mouvement social en laissant pourrir la situation, même mépris de classe, même violence policière systématique dans le but que les gens aient peur de manifester même, et surtout, pacifiquement.

La seule différence est que, face à une presse de masse aux ordres, comme dans les années 80, les moyens de communication modernes, la facilité à filmer et diffuser hors des réseaux officiels empêchent les immondes qui nous gouvernent de totalement escamoter la disproportion entre la réalité des manifestations, et la violence de la réponse policière.

Et tout ça pour quoi ? Pour refiler le pactole au privé. Une finalité difficile à nier au vu des derniers chiffres sur les cotisations des salariés les plus riches. Un cadeau de plusieurs milliards, autant de milliards qui vont manquer pour le système global, et qui permettront de dire « vous voyez bien ma bonne dame qu’il faut réformer, le système n’est pas à l’équilibre ».

Se foutre aussi ouvertement de la gueule de 99% de la population, la mépriser et la spolier à ce point, je crois qu’aucun gouvernement, même les plus à droite, n’avait encore osé chez nous. Et qu’on ne me dise pas que les députés qui vont voter n’avaient pas bien calculé, ils ont une médaille Fields parmi eux, et s’il y a une chose qu’il sait faire, ce sont les calculs.

Comme une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule, Terry Jones vient de casser sa pipe, victime d’une forme rare de folie, dernière ironie de la vie pour quelqu’un dont la folie douce avait produit, entre autres, La vie de Brian. Merci pour tout à toi qui nous aura tant fait rire quand d’autres nous font tant vomir.

Monty_Python_La_Vie_de_Brian

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Qu’achète-t’on pour 60 000 euros annuels ?

Lors du dernier TPS, un habitué avec qui j’ai eu l’occasion de papoter me disait que ça faisait longtemps que je n’avais pas pété un câble. Ben voilà, c’est une petite info entendue ce matin, et confirmée sur Le Monde qui m’a mis en vrille.

« Si la fonction de président du think tank Parallaxe figurait bien sur sa déclaration d’intérêts à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), ses 5 000 euros mensuels faisaient polémique. Le haut-commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye, a donc décidé, mardi 10 décembre, de quitter ses fonctions au sein de ce groupe de réflexion, créé par le réseau HEP Education au sein du groupe IGS, fédération d’associations indépendantes à but non lucratif, après « réexamen » de « sa situation personnelle ». »

Ce qui m’agace, et le mot est faible, c’est que l’information est relayée sans poser quelques questions qui pourtant viennent assez rapidement à l’esprit.

Premier commentaire, pour une fédération d’associations à but non lucratif, IGS est bien lucrative pour ses employés, ou du moins certains. Question d’où vient le fric ?

Ensuite 5000 euros mensuels. Je travaille dans une entreprise où plus de 70 % des gens sont ingénieurs, docteurs, bac + 5 minimum. A part quelques exceptions sur près de 2000 personnes, personne ne gagne 5000 euros par mois. Et pourtant tout le monde a un boulot qui occupe un beau temps plein, voire un temps débordant.

Alors quel service rendait donc monsieur Delevoye pour un tel salaire, sachant qu’il a par ailleurs un boulot que l’on suppose assez prenant pour le gouvernement ? Ou pour être plus clair dans la question, qu’achète l’IGS pour 5000 euros mensuels, sachant que ce n’est pas un travail, vu que le monsieur est déjà employé à temps plein ailleurs ?

Si c’est un cadeau d’argent public, c’est un scandale, il vaudrait mieux payer des profs, des internes, des infirmières etc …

Si c’est de l’argent privé, comme les privés sont rarement philanthropes, et vu qu’il fournit aucun travail, quel service, lié à son vrai boulot pour le gouvernement, ce monsieur rend-il en échange des 5000 euros mensuels ?

Voilà du boulot pour un journaliste : Que paye donc une entité assez difficile à cerner (je suis allé sur le site, c’est très brumeux) quand elle donne 5000 euros par mois à quelqu’un qui ne fait rien pour elle et travaille pour le gouvernement ? Vous avez deux mois.

Rions avec le Nobel de la Paix

J’ai vérifié ce matin qu’on n’était pas le 1° avril. Non, on est encore en février. Et l’info émane du Monde, pas du Gorafi.

Je vous laisse lire, tout en vous conseillant d’être bien assis.

A moi aussi, les bras m’en sont tombés.

Maintenant, comme on l’apprend à l’école « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire », donc pour que la compétition soit un peu disputée, je propose quelques autres noms pour accompagner l’inénarrable Donald dans la course au prix Nobel : Vladimir Poutine, Jair Bolsonaro, Recep Tayyib Erdogan, Viktor Orban, Kim Jong-un, Benyamin Netanyahou, Xi Jinping et Mohamed Ben Salmane.

Que le meilleur gagne !

Quelques liens pour se fâcher ou sourire

Un petit tour de plus avec les Gilets Jaunes qui commencent à me plaire depuis qu’ils réclament le retour de l’impôt sur la fortune et la taxation des multinationales …

Avec cette question : Notre bon président se fout-il ouvertement de notre gueule ? Et un élément de réponse ici.

Et pour savoir d’où viennent ses belles idées généreuses, un petit article éclairant, mais ceux qui sont attentifs auront déjà reconnu certaines mesures d’un prédécesseur de Macron, qui déjà évitait soigneusement de prendre aux plus riches.

Il paraît qu’il aime les philosophes, c’est dommage qu’il n’ait pas demandé à Frédéric Gros de le conseiller un peu plus tôt. Excellent entretien dans Libé, qui exprime bien ce que, une fois de plus, je ne saurais mettre en mots tout seul.

S’il ne fallait retenir qu’une phrase, je garderais : « Tout gouvernement a la violence qu’il mérite ».

La bande de trapanelles aux affaires croyait que l’on pouvait diriger un pays comme une entreprise. Et on ne peut pas. Pour une raison extrêmement simple, tellement évidente qu’on se demande comment elle ne leur saute pas aux yeux : Un patron choisit ses employés, leur fait passer une entretien d’embauche, vire ceux qui ne lui conviennent pas, ou n’adhèrent pas à la politique de l’entreprise, et ne s’occupe plus de ceux qui ne peuvent plus travailler (âge, maladie etc …). Il peut même virer du monde quand il veut garder plus de fric. Pour l’instant, un gouvernement ne choisit pas ses citoyens, il fait avec ce qu’il a. Sauf à interner et exterminer ceux qui n’adhèrent pas à la politique du pays. Ca c’est déjà fait par le passé, ça se fait encore ici et là, c’est assez peu souhaitable.

Quant aux abrutis qui crient au complot après les assassinats de Strasbourg, je n’ai pas les mots pour leur exprimer mon mépris.

Puis comme il ne faut pas sombrer dans le désespoir, un peu de joie et de théâtre, et un court extrait, ne serait-ce que pour l’immense Claude Rich.

Et pour sourire et rire encore et emmerder les cons, les machos, les coincés, les bouches en cul-de-poule etc … Allez dons écouter la dernière intervention de Constance. Et puis après, tout Constance.

Jaune ou brun le gilet ?

Sur les gilets jaunes, que je ne porte pas plus dans mon cœur que les pourritures cyniques du gouvernement contre lesquelles ils se « révoltent », deux petits éclairages.

Un drôle, comme toujours, que l’on doit à l’incontournable Guillaume Meurice. Oui je sais, il choisit les interviews qu’il garde, mais il ne les invente pas.

Un qui exprime parfaitement ce que je ressentais sans savoir forcément le mettre en mots. Ça doit être pour ça que Jérôme Leroy est écrivain et pas moi.

Mauvaises pioches

J’étais parti pour un week-end prolongé du côté de l’océan avec deux bouquins qui trainaient depuis quelques temps dans mes piles. Parfois les bouquins trainent pour de mauvaises raisons, là il faut croire que j’ai eu le nez. Et je ne les ai terminés que parce que je n’avais vraiment rien d’autre sous la main. Alors pour vous faire gagner du temps, je vous fais les deux pour le prix d’un : São Paulo confessions de Gérard Bon et Silver Water de Haylen Beck.

BeckCommençons par le second : Quelque part en Arizona, Audra Kinney qui fuit un mari violent avec ses deux gamins Sean et Louise est arrêtée par la police au milieu de nulle part. Le shérif trouve un sachet d’herbe dans sa voiture, l’embarque et confie les gamins à son adjointe. Mais arrivé à la prison de la petite ville de Silver Water, il prétend qu’il n’y avait pas d’enfants dans la voiture et que la jeune femme était seule. Le cauchemar commence.

Un petit éclaircissement, car le résumé (et la quatrième) annoncent bien la couleur, c’est du divertissement très commercial, complètement calibré. Alors pourquoi avoir tenté de le lire ? Parce qu’on apprend que l’auteur Haylen Beck, est en fait un pseudo de Stuart Neuville, dont j’aime beaucoup les romans irlandais. Et bien il a bien fait de prendre un pseudo. Aucun intérêt. Tout est cousu de fil blanc, on sait dès les premières pages comment ça va continuer, pas une surprise, de bons gros sabots et d’encore plus gros bons sentiments, pour faire pleurer les mamans qui lisent un polar par an sur la plage et tremblent pour la pôvre mère. Ne tremblez pas trop, tout finit bien ! Bref à éviter.

BonSão Paulo confessions était tentant. Je ne sais pas où en est le polar brésilien, mais il n’y en a pas beaucoup de traduits ici. Celui-ci est français, mais se déroule au Brésil. Dino Emanueli est avocat, à São Paulo donc. Sa vie part en sucette depuis son divorce quand il est contacté par la pulpeuse et troublante (forcément !) Marta Cage. Fille d’un riche industriel, elle vient solliciter l’aide de Dino pour déposer une plainte en disparition. Celle de son mari, Franck Cage, ex rockeur qui s’apprêtait à faire un grand retour. Avec l’aide d’un ex flic devenu privé, Dino va essayer d’aider la jeune femme.

Autant je vois un peu le public visé par le premier bouquin (et je n’en fait pas partie), autant là je ne vois pas. J’ai eu l’impression d’un bouquin ni fait ni à faire. Pas de tension narrative, pas de suivi de l’intrigue, une succession de scènes dont certaines tombent comme un cheveu dans la soupe, sans lien avec ce qui vient avant, ni après. Le final arrive par hasard, certaines péripéties secondaires, qui devraient (ou pas ?) ajouter du suspense tombent à plat. On ne peut donc pas se raccrocher à l’histoire. Mais on ne sent pas non plus la ville ou le pays. Il y a des bars, des boites de nuit, le narrateur raconte qu’il y a de la violence, elle ne le touche jamais, ni lui, ni personne de connu, il nous dit que les femmes sont belles, mais on ne le ressent pas, il boit, mais le lecteur n’a pas la gueule de bois, il décrit, comme extérieur … On a un peu l’impression d’être dans tripadvisor, ne manquent que les commentaires et les étoiles. Bref je ne comprends pas ce qu’a voulu faire l’auteur, je ne comprends pas le boulot qu’a fait l’éditeur, et je ne vois vraiment pas ce que peut trouver le lecteur.

Seul point positif de cette chronique, l’auteur cite au détour d’une phrase O matador, roman choc de Patricia Melo qui se déroule dans la même ville. Du coup on compare, et c’est terrible. Mais ça me permet de dire : lisez O matador, qui vous met dans la tête d’un gamin des rues devenu tueur pour la bonne société paoliste. Un livre très dérangeant et magistral.

Haylen Beck / Silver Water (Here and gone, 2017), Harper Collins/Noir (2018), traduit de l’anglais (Irlande) par Catherine Richard-Mas.

Gérard Bon / São Paulo confessions, La manufacture des livres (2018).