Archives pour la catégorie Polars américains

Jolies choses

Je fais des efforts, promis juré, j’essaie même quand je ne suis pas complètement convaincu par un sujet. Comme cette fois avec Jolies choses de Janelle Brown. Raté.

Nina Ross est arnaqueuse. Elle a de qui tenir, sa mère n’a jamais gagné sa vie autrement. Avec son complice et amant, elle surveille les cons riches qui étalent leur vie sur instagram, puis entre en contact avec eux, évalue leur patrimoine, et les vole quand ils annoncent au monde entier qu’ils sont en vacances. Simple et efficace. Seulement la police se rapproche, et sa mère a besoin de soins très couteux pour son cancer, alors elle est prête à prendre plus de risques, pour un très gros coup.

La cible : Vanessa, richissime, vide, influenceuse. La cible parfaite. Mais les choses vont se compliquer, et va savoir qui se cache derrière les différents masques.

« Ce thriller implacable, au suspense à couper le souffle, a été un grand succès aux Etats-Unis. Construit de manière diabolique, il joue avec brio de notre addiction aux réseaux sociaux. »

C’est du moins ce que dit la 4°. Comment dire …

Je vais commencer par le positif, ce n’est pas indigne. Voilà. On prend même du plaisir aux 100 premières pages. C’est vif enlevé, ça n’invente pas l’eau tiède mais on prend plaisir. Mais après pour le suspense à couper le souffle, il aurait déjà fallu qu’il ne dépasse pas les 300-400 pages grand maximum. Il y en a 600 et j’avoue que petit à petit j’ai sauté de plus en plus de paragraphes. D’autant plus que d’enlevé, le roman devient lourd.

Ensuite je ne suis pas sur les réseaux sociaux, et je me contrefous de ce qu’il s’y passe, donc rien avec quoi jouer, avec brio ou non. Et un roman sur l’arnaque et le vide qui finit de façon « morale », franchement !

Et pour finir, et là c’est le coup de grâce, un des ressorts est la relation, parfois toxique, entre la mère et la fille arnaqueuses toutes les deux. Et là, le problème du lecteur de polar pas très jeune comme moi, c’est qu’il y a une référence : Les arnaqueurs de Jim Thompson. Et Jolies choses est à ce roman, ce qu’un selfie d’influenceur pathétique est à une photo de Cartier-Bresson.

Tout est dit.

Janelle Brown / Jolies choses, (Pretty things, 2020), les arènes (2022) traduit de l’anglais (USA) par Clément Baude.

La mort sur ses épaules

Premiers pas hors de la francophonie de 2022 avec La mort sur ses épaules de Jordan Farmer. Raté.

Nous sommes chez les petits blancs, du côté de chez Daniel Woodrell ou David Joy. Une ville sinistrée depuis que les mines de charbon qui ont pollué toute la région produisent de moins en moins. Ferris Gilbert est le caïd du coin. Quand son petit frère Huddles est arrêté alors qu’il livrait de la drogue, Ferris fait pression sur un gamin, Terry, qui lui doit de l’argent pour qu’il descende le shérif qui doit témoigner lors du procès. Début d’une spirale de violence.

Ouille. Il ne suffit pas d’écrire sur le thème, plutôt à la mode, des petits blancs de cette région de l’est des US, et d’en appeler à Woodrell et Offut en quatrième pour donner un bon roman. De mon point de vue c’est même plutôt contreproductif. Parce qu’on compare. Et ça fait mal.

L’histoire n’est pas crédible un instant. Petit exemple, l’assassinat du shérif ne déclenche quasiment aucune enquête. Les personnages sont des marionnettes sans personnalité, qui subissent tout sans jamais se poser de questions. Aucune des thématiques abordées, et elles sont nombreuses (chômage, homosexualité, handicap, destruction de l’environnement, misère …) n’est vraiment exploitée.

Vous l’aurez compris, sans être scandaleux, ce roman est plutôt sans intérêt. Quand à dire qu’il est dans la lignée de Daniel Woodrell et Chris Offut … Vivement le prochain David Joy.

Jordan Farmer / La mort sur ses épaules, (The Pallbearer, 2018), Rivages/Noir (2022) traduit de l’anglais (USA) par Simon Baril.

Sarah Jane

Une fois de plus, après le magnifique Willnot, James Sallis touche en plein cœur avec Sarah Jane.

Sarah Jane débarque dans la petite ville de Farr. Elle sait cuisiner, elle a été dans l’armée, elle se retrouve à travailler avec Cal, le shérif. Et quand celui-ci disparait du jour au lendemain, c’est elle qui prend sa place, sans forcément le vouloir. En plus des disputes domestiques, des problèmes de bagarres liées à l’alcool et des infractions au code de la route, elle devra s’occuper de la disparition de son ancien chef. Et puis son passé pourrait bien la rattraper.

Comme dans Willnot, si vous recherchez des intrigues tordues à souhait, ou des thrillers plein castagne et de retournements de situation, ce roman n’est pas pour vous. Je suis d’ailleurs bien en peine de dire pourquoi il m’a autant fasciné et ému.

En apparence, il ne s’y passe rien, ou presque, il n’y a pas de suspense ou de tension, ou presque. On vit au rythme d’une petite ville tranquille, auprès d’une narratrice à laquelle on s’attache immédiatement. Tranquille mais non sans violence. Une violence larvée, sous-jacente, qui surgit sans préavis, et qui n’est jamais mise en scène.

C’est sans doute l’humanité de l’auteur, par la voix de la narratrice, l’attention qu’elle porte à ses semblables, sa fatigue parfois, sa force également, ses moments de doute et de lassitude, ses petits bonheurs qui m’ont tellement touché.

Un roman tout en finesse que l’on referme heureux et apaisé d’avoir passé quelques heures à Farr, en compagnie de Sarah Jane.

James Sallis / Sarah Jane, (Sarah Jane, 2019), Rivages/Noir (2021) traduit de l’anglais (USA) par Isabelle Maillet.

Cavalier, passe ton chemin

Gallmeister a la bonne idée de traduire et d’éditer le premier roman de Larry McMurtry : Cavalier, passe ton chemin.

Nous sommes dans les années 50, dans un ranch du Texas. Il y a là le grand-père, plus de 80 ans, encore en pleine forme, sa deuxième femme Grand-Mère, son petit-fils, le narrateur, Lonnie, 17 ans, partagé entre la fascination des récits du passé et l’ennui, Hud, la trentaine, fils de Grand-Mère, un homme violent que tout le monde craint, deux cow-boys qui aident à s’occuper du bétail, et Halmea, la cuisinière noire.

Un équilibre fragile, qui menace de s’écrouler quand une des vaches tombe malade et que le vétérinaire appelé sur place craint une épidémie.

Autant le dire tout de suite, on n’a pas encore la puissance, le souffle et le romanesque de l’extraordinaire série de Lonesome Dove. Mais ce serait dommage de passer à côté de ce court roman qui montre combien western et roman noir sont liés. Car si l’on a ici les personnages et les lieux typiques du western (ranch, cowboys et rodéo) c’est bien une intrigue non moins typique de roman noir qui est mise en place, avec montée de la tension, rupture et mort à la clé.

Avant d’écrire sa grande série, ce sont les faibles échos de la période épique qui se terminera avec Les rues de Laredo que l’on entend ici. Echos fort lointains qui se mélangent avec la description d’une Amérique loin des centres, d’une jeunesse qui s’ennuie, de droits civiques encore bien éloignés, de bals partagés entre un rock naissant et des quadrilles et la country toujours très présents.

Ces tiraillements, ce point de bascule sont parfaitement incarnés par le narrateur, jeune homme qui doute de tout, au moment où sa vie va basculer. Un beau roman, moins épique que l’œuvre à venir, mais qu’il serait dommage de ne pas découvrir.

Larry McMurtry / Cavalier, passe ton chemin, (Horseman, pass by, 1961), Gallmeister (2021) traduit de l’anglais (USA) par Josette Chicheportiche.

L’enfant du silence

Rivages a l’excellente idée de rééditer un roman de l’américaine Abigail Padgett, L’enfant du silence. J’avais gardé un souvenir lointain mais très bon de la série consacrée à Bo Bradley des services de protection de l’enfance, cette réédition confirme, c’est excellent.

Bo Bradley travaille au service de protection de l’enfance de San Diego. Et elle cache à tous, sauf à sa meilleure amie et collègue Estrella, qu’elle est maniaco-dépressive. Quand une vieille indienne découvre un enfant de 4 ans, attaché dans une cabane, son passé lui saute à la figure. Le gamin n’est pas attardé comme l’ont trop rapidement conclu ceux qui l’ont recueilli, il est sourd, et n’a visiblement jamais pu apprendre la langue des signes. Sourd comme sa sœur décédée il y a longtemps.

L’irruption à l’hôpital où il est en observation de deux hommes qui tentent de le tuer va faire voler en éclat la neutralité et le détachement dont Bo est censée faire preuve, et elle décide de tout faire pour le sauver. Commence alors une double course-poursuite, contre les deux tueurs, et contre la maladie qui revient en force et menace de lui faire perdre toute lucidité.

C’est étonnant la mémoire … Je me souvenais parfaitement de l’humanité des romans d’Abigail Padgett, de la tendresse avec laquelle elle parle de ces enfances fracassées. Je me souvenais de la justesse de sa description des troubles de son enquêtrice, de la force qui émane de sa volonté de vivre avec et de remplir ses missions malgré ce handicap. Et j’avais complètement oublié son mordant, son humour, l’énergie revigorante de l’extraordinaire Bo, sa façon d’envoyer paitre sans ménagement ceux qui se mettent en travers de son chemin.

Résultat, cette redécouverte a été un véritable enchantement. Au-delà d’une intrigue maitrisée mais assez classique, c’est vraiment Bo, l’humour vachard avec lequel elle fait face à ses difficultés et aux lourdeurs du système, la lucidité sans pathos, et là aussi, teintée d’un humour mordant avec laquelle elle se regarde elle-même et elle imagine l’impression qu’elle donne aux autres.

J’envie vraiment ceux qui ne connaissaient pas cette série et vont la découvrir, et j’encourage chaudement ceux qui la connaissaient à la relire. Merci Rivages pour cette réédition fort bienvenue.

Abigail Padgett / L’enfant du silence, (Child of silence, 1993), Rivages (1995 puis 2021) traduit de l’anglais (USA) par Danièle et Pierre Bondil.

Western Star

Comme tous les ans, voici le nouveau Walt Longmire. Le dernier roman de Craig Johnson, Western Star nous ramène à la jeunesse de son héros.

Comme tous les quatre ans Walt va à Cheyenne pour s’assurer qu’un multi meurtrier, qu’il a arrêté à ses débuts va bien rester en prison à vie. Il en profite pour loger chez sa fille et s’occuper de sa petite fille. Mais cette année les choses semblent parties pour se passer autrement, une sourde menace plane sur la famille.

Des événements sombres qui ramènent Walt 40 ans en arrière, quand il revenait à peine de Vietnam et avait été embauché comme adjoint du légendaire Lucian Connally. Des événements ayant eu comme théâtre le voyage annuel des shérifs du Wyoming à bord du Western Star, dernier train à vapeur encore en service.

Attention, voilà un épisode particulièrement sombre, moins drôle que la plupart des précédents, malgré la présence de Vic et d’Henry Standing Bear.

Craig Johnson a trouvé une manière élégante et naturelle de raconter la jeunesse de son héros, son retour du Vietnam, sa rencontre avec Lucian. Il s’amuse en parallèle à rendre hommage au Crime de l’orient Express, livre que lit le jeune Walt pendant qu’il doit élucider un meurtre commis dans un train à bord duquel il n’y a quasiment que des shérifs. Mais il le fait à sa façon, en n’oubliant pas la puissance de la nature, l’hiver, dans le Wyoming, et en remplaçant le thé par des litres de gnole.

Un excellent épisode, qui appelle une suite que l’on attend déjà avec beaucoup d’impatience.

Craig Johnson / Western Star, (The western star, 2017), Gallmeister (2021) traduit de l’anglais (USA) par Sohpie Aslanides.

Viper’s dream

Cela faisait bien longtemps que l’on n’avait pas de nouvelles de Jake Lamar. Il revient avec Viper’s dream.

Dans les années 30, le jeune Clyde Morton quitte l’Alabama pour New-York, sa trompette sous le bras. Il est persuadé qu’il a du talent et que c’est là qu’il doit aller pour le faire reconnaître. La désillusion est rapide et cruelle, il est nul.

Trente ans plus tard, Clyde Viper Morton qui a tué pour la troisième fois passe ce qui pourrait bien être sa dernière soirée chez la baronne Pannonica, légendaire mécène des jazzmen. Il est richissime, craint de Harlem à los Angeles, fournisseur d’herbe de tous les musiciens et bien au-delà. Il se souvient de ces trente années, de l’évolution du jazz, de New-York et de Harlem, de la déferlante de l’héroïne …

Un roman court, concis, qui dresse le portrait de Viper, certes, mais surtout de Harlem et du jazz entre les années 30 et le tout début des années 60. Je ne vous le vendrai pas comme le roman de l’année, l’auteur fait le choix de prendre une certaine distance et de nous faire tout revivre au gré des souvenirs de son personnage. Mais pour qui s’intéresse au jazz, c’est passionnant de voir l’évolution de cette musique, mais également celle de son public, de voir les plus grands clubs quitter Harlem pour se rapprocher de la clientèle blanche, d’assister aux ravages de l’héroïne, à l’arrivée du bebop, de passer une soirée chez la mythique Panonica en compagnie de Monk, Miles et les autres …

Une belle histoire, racontée par un personnage haut en couleur et dominée par une figure de femme fatale. Que demander de plus quand on aime le polar et le jazz ?

Jake Lamar / Viper’s dream, (Viper’s dream, 2021), Rivages (2021) traduit de l’anglais (USA) par Catherine Richard-Mas.

Green Man

Un nouveau venu aux arènes, David Klass et son thriller écolo : Green Man.

Quelque part dans l’Idaho un éco terroriste fait sauter un barrage sur la Snake River. Peu de temps après une lettre adressée aux New York Times revendique cet attentat au nom de Green Man. Il s’excuse pour les victimes, et explique qu’il fait cela pour alerter les plus jeunes : la fin du monde est proche si on ne change pas radicalement de politique pour sauver la planète. C’est son sixième attentat, et le FBI sur les dents n’a toujours pas la moindre piste.

Au moment où son action rencontre de plus en plus de faveurs auprès des mouvements écologistes et en particulier des jeunes, alors que l’élection présidentielle approche, le président en exercice, un abruti fini qui passe son temps à regarder du sport à la télé ne décolère pas. Tom Smith, brillant informaticien, qui partage les convictions de Green Man mais refuse la violence est intégré dans l’équipe du FBI. Tom seul semble capable de réfléchir comme lui, et il pourrait bien percer son anonymat et l’arrêter avant le prochain attentat qui pourrait être le plus spectaculaire.

Dans un premier temps, il faut reconnaitre que ce roman a le mérite de poser une question importante, une question qui s’était posée, au XX° siècle sur une autre thématique : Jusqu’où est-on en droit d’aller pour faire avancer une cause juste, que l’on considère comme juste ? Pour être plus clair, est-il justifiable de commettre des attentats, au risque de sacrifier des vies humaines si l’on pense que c’est la seule façon de sauver la planète et donc l’avenir des générations futures ?

Le roman ne propose évidemment pas de réponse définitive, mais a le mérite de présenter, de façon littéraire et non pénible, les arguments des uns et des autres. Ne serait-ce que pour cela, il vaut la peine d’être lu.

Sur la forme il a, de mon point de vue, les qualités et les défauts des bons produits américains. La qualité c’est de savoir construire et raconter une histoire. C’est rythmé, le suspense est impeccable, on tourne les pages pour savoir comment ça continue et comment ça finit. Le défaut c’est que, comme certains desserts là-bas, c’est un peu trop. Trop de sucre, trop de crème. Ici donc trop de pathos, trop de scènes destinées à vous tirer les larmes, trop de génies, de Green Man aux flics du FBI qui le poursuivent. A croire qu’il n’y a pas de gens normaux aux US, juste des idiots (parfois au plus haut poste) ou des génies.

L’un dans l’autre, malgré ce côté too much, un roman plus que recommandable.

David Klass / Green Man, (out of time, 2020), Les Arènes/Equinox (2021) traduit de l’anglais (USA) par Rémi Boiteux.

Jimmy the kid

Je continue la revisite des monuments avec le troisième volume des aventures de John Dortmunder du regretté Donald Westlake : Jimmy the kid.

John Dortmunder se méfie beaucoup des idées de Kelp. Une question d’expérience. Alors quand celui-ci se pointe avec un bouquin, que tout le plan est expliqué dedans et que c’est imparable, ce n’est plus de la méfiance, c’est la fuite.

Malheureusement, les affaires sont chiches, les gens paient de plus en plus par carte et le liquide se fait rare. Alors la mort dans l’âme il accepte d’écouter ce que son ami a à dire de cette histoire d’enlèvement, écrite par un certain Richard Stark avec un personnage de truand dur et efficace : Parker. On se doute bien que le version Dortmunder va dévier de la version Parker.

Autant le dire tout de suite, à mon avis ce n’est pas un des meilleurs Dortmunder mais il est quand même très drôle, et unique dans sa construction.

Pour ceux qui ne seraient pas des fans et/ou connaisseurs de l’œuvre du grand Donald, il faut savoir qu’il a commencé, sous le pseudo de Richard Stark, une série consacrée à une cambrioleur froid, intraitable, d’une efficacité redoutable et capable de tuer si besoin : Parker. Un jour il eut l’idée d’un casse qui foirerait à chaque fois, et s’aperçut qu’il y avait là un ressort comique. Mais on ne peut pas rire de Parker. Ainsi naquit John Dortmunder. Dont les aventures sont signées Donald Westlake.

Voilà pour l’idée géniale du bouquin, reprendre une réalisation de Parker, réussie avec, ou malgré, ses péripéties, et faire foirer tout ce qui peut foirer en la confiant à l’équipe de Dortmunder. C’est un exercice de style, il est brillamment réalisé, Westlake est un as du comique de répétition et son écriture très cinématographique, fait une fois de plus merveille.

Etant basé une aventure de Parker, le roman à le tout petit défaut de sa qualité, il lui manque l’étincelle de folie furieuse qui caractérise les meilleurs Dortmunder, mais ce serait quand même dommage de se priver de ce plaisir.

Donald Westlake / Jimmy the kid, (Jimmy the kid, 1974), Rivages/Noir (2005) traduit de l’anglais (USA) par Patrick Floersheim.

87° District, fin.

Et voilà donc la fin.

Cash cash : Nous sommes entre Noël et le nouvel an. Voilà qui ne pas aider Steve Carella et ses collègues qui se heurtent à beaucoup de bureaux fermés. Cerise sur le gâteau, ils sont obligés de travailler avec le gros Ollie qui, en plus d’essayer d’apprendre à jouer Night and day au piano, a décidé de devenir auteur de polars. Et voilà comment les choses ont commencé : le corps d’une jeune femme, nue, est découvert en morceaux, bouffé par les lions du zoo. Manque de chance, si le corps est dans la partie du 87° de la fosse aux fauves, une jambe se trouve dans le 88°, d’où la présence du délicieux Ollie. Ajoutez le représentant d’une petite maison d’édition qui se retrouve abattue d’une balle dans la tête et mis dans une poubelle. Entre autres, et vous voyez que les flics du 87° ne vont pas passer de très bonnes vacances de Noël. Humour garanti comme chaque fois qu’apparaît leur cher collègue du 88°, mais également une construction impeccable, l’apparition de terroristes affiliés à Al Qaïda et une confrontation inédite avec … mais n’en disons pas plus, un excellent épisode.

Roman noir est, en partie, une très malicieuse mise en abime. Sachez que le héros en est l’abominable Gros Ollie. Un politicien est assassiné dans son district, mais il vivait en bordure du 87°, donc il va avoir l’aide de Kling et Carella. Mais le pire est qu’on a volé à Ollie, dans sa voiture, sa sacoche, avec l’unique exemplaire du grand roman policier qui va faire sa renommée. Décidément, Week n’a pas de chance avec ses aspirations artistiques. Il ne dépasse pas la première mesure de Night and Day au piano (trois fois la même note), et on lui vole son chef d’œuvre. Qui aura, vous verrez, un destin extraordinaire. Enormément d’humour, l’apparition d’internet et d’Amazon, des allusions au terrorisme, mais aussi au racisme, Ed McBain continue à être le témoin talentueux, très talentueux de son époque.

Le frumieux bandagrippe commence sur le yacht loué par la maison de disque Bison Records et son patron Barney Loomis pour lancer la carrière de leur prochaine diva de la pop Tamar Valparaiso. Le but, étourdir les invités, leur faire apprécier le talent et la plastique de la très jeune te très belle Tamar et lancer son premier single Bandagrippe sur toutes les télé et radios qui comptent. Le coup de pub va aller bien au-delà de ce qui était espéré quand deux hommes font irruption sur le bateau et enlèvent la future star. Un épisode très drôle qui nous offre une peinture au vitriol du monde de la musique, des mécanismes de fabrication d’une star, mais aussi des multiples plateaux télé et de la façon la plus putassière qui soit de rechercher l’audience. Coup de griffe au passage aux nouvelles méthodes d’enquête qui misent tout sur la technologie et oublient le boulot de flic de la bande de Steve Carella traité (pas longtemps), comme un larbin par les stars du FBI. Un très bon épisode d’un auteur qui n’a rien perdu de sa verve. Et aussi étonnant que cela puisse paraitre on y trouve un Ollie Week très gentleman.

Jeux de mots voit le retour du Sourd. Qui comme d’habitude envoie des énigmes aux balourds du 87°. Anagrammes, extraits de pièces de théâtre, codes, tout va y passer pour les faire tourner en bourrique. Ils détestent le Sourd qui s’y entend pour leur faire comprendre qu’ils sont des idiots, et que, quoi qu’ils fassent, il volera ce qu’il voulait voler, et tant pis pour les cadavres qui pourront s’accumuler en chemin. Encore une preuve du savoir-faire incroyable du maestro d’Isola. Le rythme, le « montage » des différentes scènes, la montée du suspense sont absolument remarquables, toujours avec la même économie de moyen. A noter que pour la première fois Steve Carella se fait aider par son fils qui va lui montrer ce qu’on peut trouver en ligne avec un ordinateur.

Et on termine, la larme à l’œil, avec Jouez violons. Que peuvent bien avoir en commun un violoniste aveugle, une belle femme, la cinquantaine, représentante en produits de beauté, un prêtre et quelques autres ? Rien apparemment, sinon qu’ils sont tous abattus avec la même arme. Un sacré casse-tête pour le 87°. Qui heureusement (?) va recevoir l’aide inestimable du gros Ollie qui fait un régime et serait en train de tomber amoureux ? Et voilà, c’est la fin. Une fin frustrante, on aimerait vraiment savoir comment allait se poursuivre la vie de l’incontournable Ollie. Et comment Steve allait se débrouiller avec les problèmes avec son ado de fille. Et la vie amoureuse de Bert. Et comment allait évoluer Isola, à quels crimes, changements, beautés, bouleversement … Elle allait être soumise.

Mais voilà, Steve, Meyer, Art, Bert et les autres sont à jamais coincés en 2006, et nul doute qu’ils continuent à y traquer le crime, à aimer, pleurer, rire et compatir. Adieu à toute la bande, vous m’aurez offert tant d’heures de bonheur.

Ed McBain / 87° District volumes 51 à 55 :

(51) Cash cash (Money money money, 2001), traduit de l’anglais (USA) par Hubert Tézenas.

(52) Roman noir (Fats Ollie’s book, 2002), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

(53) Le frumieux bandagrippe (The frumious bandersnatch, 2004), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

(54) Jeux de mots (Hark !, 2006), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

(55) Jouez violons (Fiddles, 2006), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.