Archives pour la catégorie Polars américains

Patrick Michael Finn, c’est pas mon truc

Au côté du dernier roman de Dominique Manotti, deux novellas avaient ouvert le bal aux arènes. J’ai déjà parlé de Un feu dans la plaine, voici Ceci est mon corps de l’américain Patrick Michael Finn.

FinnJoliet, petite ville industrielle de l’Illinois. Pas le rêve pour une adolescente. Comme seule perspective, épouser un gus du coin qui va au lycée avec elle, avant de rentrer à l’usine, et d’aller pochtronner dans le bar de fat Kuputzniak le Zimme Piwo Club. En attendant, elle rêve dans le bus qui l’amène au lycée. Elle rêve de séduire le bad boy du coin, et d’évincer sa copine attitrée ; et elle va à l’église avec sa grand-mère.

Jusqu’ à ce vendredi saint, jour où Kuputzniak se prend une cuite monumentale en souvenir de la mort de sa petite sœur, et permet à tous les jeunes de venir picoler chez lui. Ce vendredi-là, c’est décidé, Suzy sera de la fête. Une fête qui va bien entendu tourner au cauchemar.

« Ceux qui ont lu et apprécié Selby y  trouveront largement leur compte » écrit l’ami Wollanup chez les Nyctalopes. J’aurais dû le lire avant. En effet, j’ai pensé à Last exit to Brooklyn, et j’ai eu le même ressenti, et j’avoue que je n’arrive pas à comprendre l’intérêt de ces récits.

Oui c’est trash, c’est cru, c’est suffisamment bien écrit et construit pour refiler une bonne envie de vomir, et c’est certainement un témoignage de ce qu’il peut se passer dans certains coins bien paumés et abandonnés des US (et pas que !). Et ensuite, So what ? Pour moi rien.

C’est là que je vois que je suis très latin. La rage, la douleur, l’horreur, la révolte, mais aussi une pointe d’humanité et pourquoi pas d’humour d’un Ernesto Mallo, ou même des plus sombres textes de Massimo Carlotto me bouleversent durablement. Selby ou Finn, me donnent juste la nausée, le temps de la lecture, et c’est terminé une fois le bouquin refermé.

Question de goût (et dégoûts) et de couleurs.

Patrick Michael Finn / Ceci est mon corps (A martyr for Suzy Kosasovich, 2008), Les arènes/Equinox (2018), traduit de l’anglais (USA) par Yoko Lacour.

Encore un excellent roman de Noah Hawley

Il y a déjà 6 ans Noah Hawley m’avait fortement impressionné avec Le bon père. Dans un style complètement différent, il est toujours aussi bon dans Avant la chute.

HawleyCe soir-là, David Bateman, richissime propriétaire d’une chaîne de télévision ultra réac invite un couple d’amis (financiers), et un peintre rencontré sur le marché local à rentrer à New-York, depuis l’île de Vineyard dans un jet privé.

A bord, David, son épouse Maggie, leur fille Rachel de 9 ans et leur fils JJ, 4 ans ; Ben et Sarah Kipling, aussi fortunés qu’eux ; Scott Burroughs, peintre, la cinquantaine, qui espère, enfin, arriver à vendre quelques toiles ; et l’équipage, James Melody, Charlie Busch et Emma Lightner ; dernier passager, Gil Baruch, le garde du corps de David.

16 minutes plus tard l’avion s’écrase dans l’océan, seuls Scott et JJ survivent. Après une nuit passée à nager Scott sauve sa peau et celle du gamin. Mais que s’est-il passé pendant ces 16 minutes ?

Première impression : quel conteur ce Noah Hawley ! Ce roman est avant tout un immense plaisir de lecture. On se fait accrocher dès les premières phrases, et on ne peut pas lâcher le bouquin jusqu’à la dernière. Plus de 500 pages qui se dévorent, en aller-retour permanent entre le présent de Scott et JJ avec autour ceux qui veulent féliciter, profiter, enquêter ou salir, et les passés des onze personnages présents dans l’avion pour enfin, à la toute fin, comprendre ce qu’il s’est vraiment passé.

La progression est impeccable, le suspense en permanence relancé, un vrai plaisir complètement addictif. D’autant plus que tous les personnages sont également traités, avec complexité, humanité et lucidité. Un vrai pied.

Cerise sur le gâteau, une fois le bouquin refermé, une fois l’urgence de savoir passée, on se retrouve avec quelques thèmes de réflexion pas inintéressants. Comme la manipulation de l’information par des chaines très orientées, la rumeur, la théorie du complot. Comme l’effet de déshumanisation produit par une trop grande richesse. Comme la responsabilité envers les autres, ou le droit à la vie privée … Entre autres.

A lire absolument, pour le plaisir et pour réfléchir.

Noah Hawley / Avant la chute (Before the fall, 2016), Série Noire (2018), traduit de l’anglais (USA) par Antoine Chainas.

Fake news !

Un nouveau roman de Iain Levison, c’est l’assurance d’un regard décalé et extrêmement pertinent. Pour services rendus ne fait pas exception.

LevisonEn 1969, quelque part au Vietnam, le sergent Freemantle essaie de garder autant de soldats que possible en vie. Surtout les petits jeunes qui débarquent sans aucune réelle préparation comme Billy Drake.

Presque 50 ans plus tard Freemantle est sur le point de prendre sa retraite de chef du commissariat dans une petite ville du Michigan. Quand deux hommes en costume très cher débarquent dans son bureau, il sait que ce sont des ennuis en perspective. Deux hommes qui lui demandent de venir donner une interview au nouveau Mexique, où Wilson Drake brigue un nouveau mandat de sénateur. Wilson Drake ? C’est le jeune Billy Drake qui a fait son chemin. Et qui a raconté une anecdote du Vietnam devant un public de vétérans. En déformant juste un peu la vérité pour la rendre plus jolie. Et un ancien de la section l’a dit à son adversaire. On vient dont chercher l’ex sergent pour renforcer la vérité du sénateur.

Pris dans le cirque médiatique et politique, Freemantle va voir resurgir des souvenirs qu’il avait réussi à refouler, et se retrouver pris dans une série de petits mensonges qui pourraient bien devenir grands.

Ceux qui pensent que les bouquins de Iain Levison sont toujours drôles risquent de se prendre une belle claque ici. Ils sont ironiques, grinçants, mais on referme celui-ci bien plus écœuré, révolté, enragé que vraiment amusé.

Dès le premier chapitre on est dans le bain, dans la boue, la peur et la folie de la guerre. Puis on bascule dans la boue, moins dangereuse, du grand cirque politique d’aujourd’hui. Moins violent, qui fait moins de mort, mais guère moins écœurant. Et l’auteur nous plonge dans ces deux époques, en nous les faisant parfaitement ressentir, sans avoir besoin d’en faire des tonnes, ni dans le pathos, ni dans la quantité de pages.

Comme d’habitude, en deux cent pages, l’intrigue est plantée, l’essentiel est dit, sans émettre de jugement – l’auteur suppose que son lecteur est assez intelligent pour tirer ses conclusions – sans caricaturer, avec des personnages profondément humains, qui tous, à par un ou deux cas pathologiques, ont leurs raisons, bonnes ou mauvaises, pour agir comme ils le font.

On referme le bouquin avec l’impression d’avoir passé un excellent moment de lecture, sur un rythme vif, on est souvent ému, on sourit, on rage, et on a l’impression d’être un peu plus intelligent et d’avoir matière à réfléchir.

Donc à lire absolument sans hésitation.

Iain Levison / Pour services rendus (Versions of events, 2017), Liana Lévi (2018), traduit de l’anglais (USA) par Fanchita Gonzalez Battle.

 

L’histoire des Osages

Bien que je ne sois pas habituellement lecteur d’essais, les avis positifs lus sur plusieurs blogs polar m’ont convaincu de lire La note américaine de David Grann.

GrannAux XIX°, le peuple Osage, comme les autres peuples indiens, s’est vu attribuer quelques terres dans une réserve pourrie, terre sèche et cailloux. Tout change au début du XX° siècle quand on découvre dans les sous-sols de la réserve un gigantesque gisement de pétrole. Les Osages deviennent alors richissimes, et leur réserve, ainsi que leur situation, attirent tout ce que le pays compte de vautours.

En 1921, deux membres de la communauté sont assassinés, d’autres meurent étrangement de maladies foudroyantes. Les enquêteurs sur place disparaissent à leur tour, ou sont achetés. Un jeune bureaucrate, arrivé à la tête du Bureau Of Investigation envoie alors sur place un ancien Texas ranger incorruptible, Tom White. Il peut recruter qui il veut, travailler comme il veut, seule obligation, tenir son chef au courant tous les jours et surtout, réussir à tous prix. C’est que le jeune bureaucrate a de l’ambition, beaucoup d’ambition, une ambition dévorante et maladive. C’est Edgar J. Hoover de sinistre mémoire.

Pour lui, Tom White va mettre à jour un réseau de criminels qui tuent les indiens pour s’emparer de leurs richesses. Et il ne découvrira pas tout, au début du XXI° siècle le journaliste David Grann qui s’intéresse à cette affaire totalement oubliée va découvrir que la réalité était encore plus sinistre.

Je vais être honnête avec vous (comme toujours), c’est un livre qui m’a appris une quantité impressionnante de choses, c’est peut-être même un livre qu’il faut lire si on veut connaitre l’histoire cachée des USA, et sans doute la nôtre (parce que les américains ne sont pas le seuls qui cachent leurs saloperies), mais ce n’est pas un livre que j’ai eu un grand plaisir à lire.

La rigueur et l’honnêteté de l’enquête, ne sont pas en cause, l’intérêt historique non plus. C’est juste que j’ai un peu perdu le goût des essais, et que, désolé, non, ça ne se lit pas comme un polar pour reprendre la phrase type des imbéciles.

Tout est passionnant … Sauf l’écriture très plate, qui énonce des faits, mais ne donne pas vraiment, sauf par moment, de chair aux protagonistes. J’ai appris, effaré, comment les indiens étaient traités comme des enfants qu’il fallait mettre sous tutelle, j’ai découvert, ou confirmé après le famille Winter les mœurs ouvertement corrompues de toute la société américaine au début du XX°, j’ai vu, atterré, comment l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs, et je me suis demandé ce que ça veut dire chez nous. J’ai lu, j’ai été très intéressé, mais je n’ai pas dévoré. Alors qu’un polar de Don Winslow sur le sujet m’aurait fait grimper au rideau.

Je suis devenu trop accro à la littérature de fiction. Désolé.

David Grann / La note américaine (Killers of the flower moon, 2017), Globe (2018), traduit de l’anglais (USA) par Cyril Gay.

87° District, volumes 11 à 15

De temps en temps, quand j’ai besoin de souffler ou de lire du très bon sans risque de me tromper, je continue l’intégrale du 87° District d’Ed McBain. Dont voici les cinq volumes suivants.

McBain 12Nous sommes maintenant en 1960. Et il pleut sur Isola dans La main dans le sac. Genero, un des flics de base du 87° voit une silhouette en manteau oublier un sac à un abris bus. Quand il veut le rendre, la silhouette a déjà pris le bus. Une grosse surprise attend Genero, dans le sac : une main. Un suspense parfaitement maîtrisé, des dialogues toujours au cordeau, un tour dans le milieu des impresarios de seconde zone et des clubs de striptease, et un petit coup de flash sur Hernandez, flic d’origine portoricaine qui subit les agressions du flic le plus imbécile et raciste du 87°, et qui se trouvera au centre d’une historie à venir.

Toujours en 1960 dans A la bonne heure. Nous sommes au printemps, le roman débute sur une magnifique description du personnage principal de la série en ce mois d’avril : Isola, alias New York. Puis on rentre dans le vif du sujet de façon très intrigante : un commerçant reçoit des menaces de mort. Soit il quitte un local, pourtant très quelconque, avant la fin du mois, soit on le tuera. Un mystère incompréhensible pour Meyer Meyer qui le reçoit. Ailleurs, d’autres commerçants sont menacés, mais le tableau d’ensemble n’apparaît pas … Incroyable construction par un génie du crime qui va revenir plus tard dans la série : Le Sourd, adversaire redoutable du 87° district, qui déjà en 1960, s’amuse à provoquer la police, comme le feront bien plus tard les serial killers. Une plongée également dans une autre époque, où l’on pouvait se balader dans New York en trimballant des bombes, pour aller les déposer dans des endroits publics sans jamais être contrôlé par quiconque.

McBain 13Juillet et canicule pour une incursion dans le quartier portoricain de la ville dans Mourir pour mourir. Un truand qui a déjà échappé plusieurs fois à la police a été repéré dans le quartier. Tout le 87° va venir au rendez-vous, devant une population partagée entre ceux qui voient dans le tueur un héros qui affronte une police raciste pour qui tout portoricain est un délinquant, et ceux pour qui il est un tueur qui jette le discrédit sur toute une population et tout un quartier. Mais même au sein du 87°, entre Hernandez qui veut prouver qu’on peut être d’origine portoricaine et être un bon flic, respectueux de la loi et de la population quelle que soit son origine, et Parker sale con raciste, tout n’est pas qu’ordre, calme et sérénité. Ajoutez à cela des jeunes qui rivalisent de provocations et de violence arbitraire juste pour « se faire respecter » et appartenir à tel ou tel gang en vue, et vous avez un épisode toujours aussi prenant, mais particulièrement noir, sombre et social. Un épisode qui nous montre que les problèmes liés à une immigration mal reçue et mal intégrée, à des jeunes de quartiers difficiles qui se sentent repoussés et rejetés et réagissent violemment, ne date pas d’aujourd’hui. Et que malheureusement les discours et le manque de réactions intelligentes sont les mêmes depuis, au moins, 1960.

McBain 15Démarrage particulièrement dramatique pour Le dément à lunettes. Un massacre en apparence arbitraire et absurde dans une librairie : trois morts. Steve Carella et Bert Kling sont envoyés sur place. Claire, la fiancée de Bert est une des victimes. Un volume particulièrement émouvant qui illustre bien comment cette série permet de suivre l’évolution de la société des années 50 à nos jours. Ici, au centre de l’enquête, la question de l’avortement, interdit en 1961 aux US. Avec toutes les conséquences de l’interdiction sur les jeunes femmes qui, pour une raison ou une autre, veulent avorter et sont obligées de la faire de façon illégale, au risque de leur vie. Avec également les questions autour de ceux et celles qui luttent pour le droit, et les questions autour de l’application de la loi par les flics. Tout cela, comme toujours sans jamais tomber dans le pamphlet ou le prêche, juste en racontant avec cette facilité apparente qui est la marque du génie d’Ed McBain.

On termine avec On suicide. Un volume moins dramatique, plus concentré sur l’intrigue, qui met en lumière les difficultés des relations humaines, en ce printemps 1962 qui semble pourtant inspirer bonne humeur et espoir. Même Steve Carella, qui vient d’échouer à empêcher le suicide d’une jeune fille est morose. Quand deux jeunes se suicident à leur tour en s’empoisonnant au gaz, il lui semble que quelque chose cloche dans la scène. Une enquête va le confronter aux mensonges des uns et des autres. Un épisode émouvant et comme toujours parfaitement mené.

Ed McBain / 87° District volumes 11 à 15 :

(11) La main dans le sac (Give the boys a great big hand, 1960), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Jean Charles Provost.

(12) A la bonne heure (The heckler, 1958), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Claire Céra.

(13) Mourir pour mourir (See them die, 1960), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Georges Monny.

(14) Le dément à lunettes (Lady, lady, I Dit it !, 1961), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Jean Charles Provost.

(15) On suicide (Like love, 1962), traduit de l’anglais (USA) par Chantal Wourgaft.

Walt, les bisons et le charbon

Le Craig Johnson du printemps est là. Il s’appelle Tout autre nom.

JohnsonL’hiver s’abat sur le Wyoming. Walt Longmire s’apprête à rentrer en hibernation quand son mentor, l’ancien shérif Lucian Connally lui demande de l’aide. Dans le comté voisin Gerald Holman, flic incorruptible, s’est suicidé sans laisser aucune explication. Le problème est qu’il s’est tiré deux balles dans la tête.

Sur place, Walt, Lucian et Vic Moretti qui est revenue de convalescence vont découvrir que lors de la dernière année trois femmes seules ont disparu dans le coin. Et que Gerald enquêtait sur ces disparitions. Une fois de plus Walt va se retrouver à patauger dans la neige, le vent et le brouillard.

Comment se renouveler dans la continuité ? Pour l’instant Craig Johnson a trouvé la manière.

Continuité des personnages bien entendu, que l’on retrouve avec un immense plaisir. Continuité dans la qualité des dialogues, toujours aussi mordants et drôles, surtout quand l’Ours ou Vic sont de la partie. Continuité du décor, avec une nature toujours présente, et ici une nature d’autant plus présente qu’en hiver elle devient rapidement mortelle. Continuité dans les visions de Walt qui, une fois de plus va risquer sa peau, se retrouver au bord du gouffre, et avoir les visions que ses lecteurs connaissent bien.

Et renouvellement parce que d’autres thèmes sont abordés, parce que, d’une façon ou d’une autre, le décor change quand même. Il est ici question de responsabilité, de culpabilité (mais je ne peux pas en dire plus sans dévoiler le fin mot de l’intrigue). Et surtout, notre shérif préféré va, dans l’espace de quelques jours, se trouver confronté à la nature la plus sauvage, ce qui va l’amener à essayer d’imiter le bison en colère (sans succès d’après Standing Bear) et être mis en danger par le symbole de l’Amérique industrielle dans ce qu’elle a de plus déshumanisé. Le tout au détour de deux scènes d’anthologie.

J’espère que vous n’avez rien compris mais que votre curiosité est piquée, et que vous allez vous précipiter sur ce nouveau Walt Longmire. Alors vous verrez que j’ai raison.

Craig Johnson / Tout autre nom (Any other name, 2014), Gallmeister (2018), traduit de l’anglais (USA) par Sophie Aslanides.

Don Winslow : parfait une fois de plus

Don Winslow ne peut pas écrire que La griffe du chien ou Cartel, entre il a bien besoin d’une respiration, et ses lecteurs aussi. Alors il nous offre d’excellents romans, de purs moments de lecture jouissive, comme ce Missing : Germany.

WinslowVous vous souvenez peut-être de Frank Decker, ex Marine, ex flic, qui avait tout laissé tomber dans Missing : New-York pour retrouver une gamine disparue. Cette fois encore il s’agit de retrouver quelqu’un. Charles Sprague, troisième du nom ne devrait rien avoir en commun avec Frank : héritier d’une famille richissime de Miami, milliardaire du secteur de la construction. Mais Charles Sprague était en Irak avec Franck, il lui a sauvé la vie, et est revenu avec la moitié du visage brûlé.

Contre tout attente, il a épousé Kim, ancienne modèle, incarnation de la beauté américaine hollywoodienne. Et Kim a disparu, un soir. Elle est allé dans son centre commercial préféré, on a retrouvé sa voiture, plus aucune nouvelle d’elle. Alors Frank va faire ce qu’il fait de mieux, fouiller le passé et le présent, mettre à jour les pires secrets, et retrouver Kim. Coute que coute.

Que c’est bon ! Certes ce roman n’a pas l’ampleur et la puissance de Cartel, mais qu’il est jouissif ! Que c’est bon de voir un maître s’emparer de ce que le polar peut avoir de plus classique pour le mettre à sa sauce et embarquer son lecteur.

Car quoi de plus classique qu’un privé qui recherche une femme disparue et, de fil en aiguille, met à jour de vilains secrets que personne ne voulait voir ressurgir ? Rien. Si peut-être l’arrivée d’une femme fatale. D’ailleurs là aussi il y a des femmes fatales. Classiquissime donc, mais quand c’est pris en main par un conteur comme Don Winslow c’est le pied total.

C’est aussi bon qu’un Elmore Leonard, on retrouve une maîtrise des dialogues, et une écriture qui font paraître tout si facile, si évident, alors que c’est la marque des grands, des très grands même.

Et quand au détour d’une phrase on lit : « J’ai vu pas mal de choses dans les couloirs de la mort. Il y en a une que je n’ai encore jamais vue : c’est un homme blanc et riche. » on s’aperçoit que, sous couvert de vous faire prendre un immense plaisir de lecture, de vous scotcher à votre bouquin, Winslow ne renonce pas à décrire le monde tel qu’il est, malheureusement.

Donc, à lire, sans faute.

Don Winslow / Missing : Germany (Missing : Germany, 2017), Seuil (2018), traduit de l’anglais (USA) par Philippe Loubat-Delranc.