Archives pour la catégorie Polars américains

Les larmes du cochontruffe

La quatrième de couverture, le titre, tout est intrigant dans Les larmes du cochontruffe de Fernando A. Flores. Mon problème est que je suis toujours aussi intrigué après avoir refermé le roman.

Sud du Texas dans un futur plus ou moins proche indéterminé, deux murs séparent le Mexique des USA. Le trafic de drogue a été supprimé par la légalisation, mais les cartels se sont reconvertis dans le filtrage, façon de créer artificiellement des animaux qui ont disparu, voire des créatures mythiques.

Bellacosa, veuf, survit en cherchant pour le compte d’un client mexicain les engins de chantiers d’occasion dont il a besoin. Il est aussi, mollement, à la recherche de son frère disparu. Une recherche qui va l’amener à rencontrer Paco Herbert, journaliste, qui enquête sur les diners clandestins où l’on sert à une toute petite élite économique des espèces disparues à des tarifs astronomiques.

Leur quête entre rêve et réalité va leur faire croiser le chemin du mythique cochontruffe des indiens Aranañas.

« C’est ici que le réalisme magique rejoint le roman noir » dit la quatrième. Je ne sais pas si c’est vrai, mais je suis complètement passé à côté de ce roman et n’ai été rejoint ni par le réalisme magique ni par le roman noir. Pour être plus précis, je n’y ai rien compris.

Autant chaque chapitre pris séparément est intéressant, original dans le monde qu’il décrit, autant je ne vois pas le tableau d’ensemble. Le tout est très décousu, des situations, des mystères sont présentés mais non résolus. Je n’ai compris ni l’histoire, ni l’intention de l’auteur. J’ai eu l’impression de lire des chapitres peu, ou pas, ou mal reliés entre eux, je n’ai rien compris à tout le côté mystique et fantastique. Je n’ai pas compris non plus l’intérêt ou le but de ce monde pseudo futuriste et je ne vois pas du tout où l’auteur voulait en venir.

Complètement raté pour moi donc. Les amis Nyctalopes sont restés aussi perdus que moi.Fernando A. Flores / Les larmes du cochontruffe, (Tears of the trufflepig, 2019), La Noire (2020) traduit de l’anglais (USA) par Paul Durant.

Les dynamiteurs

Tout comme David Joy, Benjamin Withmer est devenu en quelques romans un auteur incontournable pour l’amateur de polar. Confirmation avec le très beau et très éprouvant : Les dynamiteurs.

Denver à la fin du XIX° siècle, une ville sale, violente, casinos et bordels à tous les coins de rues pour tous ceux qui veulent venir s’encanailler et perdre leur argent. Sam, 14 ans, y vit auprès de Cora, à peine plus âgée que lui. Elle a recueilli une petite dizaine d’orphelins et ils s’occupent d’eux dans une usine désaffectée. Un soir qu’ils essaient de repousser les clodos qui veulent leur prendre la place ils sont aidés par un colosse défiguré, blessé et muet, qui communique grâce à son carnet, Goodnight.

Cora le soigne, et quelques jours plus tard un homme, nommé Cole qui dit le connaitre vient le chercher. C’est un escroc qui exploite un saloon avec tables de jeu et prostituées qui a besoin du géant et embauche Sam, seul de la bande à savoir lire, pour servir d’intermédiaire entre eux. Peu à peu, celui-ci va se trouver pris dans la guerre entre les deux hommes et l’agence Pinkerton qui est là pour réguler les trafics, en apparence sur ordre des ligues de vertu, en réalité pour concentrer l’argent dans les poches autorisées, dont Cole, issu des bas-fonds comme Goodnight et Sam, ne fait pas partie.

En quittant le monde de l’innocence, blessée et piétinée mais quasi intacte du groupe de gamins de Cora, et en cédant à la fascination de la guerre de Cole et Goodnight, Sam va se perdre, et perdre son amour.

Ceux qui connaissent déjà Benjamin Withmer se doutent bien que, même s’il décrit aussi une histoire d’amour déchirante, ça va être violent, sale et crasseux. Et ils vont être servis. Quelle puissance dans la description des conditions de vie inhumaines des gamins abandonnés, mais également des clodos et des ouvriers des mines ou des abattoirs.

A l’image d’un Deadwood de Pete Dexter, ce roman nous plonge les pieds dans la fange. Il met en lumière la haine que suscitaient les privés de chez Pinkerton, toujours du côté des possédants pour casser des grévistes, matraquer des manifestants, et tuer ceux qui osaient relever la tête. Je n’avais jamais lu de roman où la force et la puissance de cette haine, la violence de la guerre soient aussi bien décrites.

On sent la rage de l’auteur face à l’hypocrisie des ligues de vertu qui, sous prétexte de « sauvegarder » les pauvres ne veulent que les asservir davantage et les rendre dépendant de la charité, et on sent bien que cette colère n’est pas dirigée que vers le XIX° siècle :

« …ils ont nettoyé la ville de tous les moyens qu’on avait d’échapper à leur charité, et maintenant il ne reste plus que la charité. (…) S’ils pouvaient vous attraper et vous coller dans leurs abattoirs ou leurs fonderies, ils le faisaient. Maintenant, ils vous forcent à le mendier. Mendier pour travailler dans leurs usines, faire le ménage dans leurs maisons, livrer leur lait. (…)

Les sales garces des ligues de tempérance n’arrêtent pas de parler de corruption (…) Elles ne le font pas parce qu’elles en ont quelque chose à foutre des travailleurs. Toutes leurs conneries sur ces pauvres mères qui souffrent à la maison avec leurs petits bébés pendant que leurs hommes sont sortis se saouler. Elles veulent juste s’assurer que les travailleurs restent sobres pour pouvoir les faire travailler plus dur. Pour avoir des corps sains à enfoncer dans leur hachoir à viande. »

Benjamin Withmer est en colère, il livre un roman sanglant, bouillonnant qui vous secoue de façon salutaire. A déconseiller quand même aux âmes trop sensibles et aux estomacs délicats.

Benjamin Withmer / Les dynamiteurs, (The dynamiters, 2020), Gallmeister (2020) traduit de l’anglais (USA) par Jacques Mailhos.

Avis de grand froid

Cela faisait un moment que je n’avais pas lu de roman de Jerome Charyn, j’ai donc raté les aventures récentes d’Isaac Sidel. Et je le retrouve Président, à la Maison Blanche, dans Avis de grand froid.

Hiver 1989, Isaac Sidel Président des US, POTUS ! Autant dire que c’est le chaos intégral à la Maison Blanche. Les démocrates qui l’avaient investi comme vice-président, sans imaginer une seconde que le président serait obligé de démissionner au bout de quelques semaines pour des histoires de corruption le lâchent, les républicains le haïssent, quant au milieu d’affaires, c’est simple, ils ont mis sa tête à prix. Il faut dire que c’est bien la première fois qu’un Président vraiment de gauche arrive là. Qui veut loger les sans-abris, qui s’attaque au lobby du tabac, aux banques, veut mettre les meilleurs profs dans les quartiers les plus défavorisés pour obliger les riches à mettre leurs enfants dans les écoles de ces quartiers … La révolution.

Au point qu’en Suisse, des banquiers ont mis en place une loterie, avec beaucoup, beaucoup d’argent, beaucoup même pour un banquier suisse. Sujet du pari : la date de l’assassinat de Sidel. Qui doit alors se méfier de tous et toutes, même et surtout parmi ses proches collaborateurs. Mais on n’a pas survécu comme flic dans les quartiers les plus chauds du Lower East Side sans avoir développé un certain talent pour déjouer les complots et désarmer les affreux.

Vous l’aurez compris en lisant cette tentative de résumé (tentative car ce roman est impossible à résumer justement), les amateurs de whodunit millimétré, de thriller endiablé ou ceux qui vérifient tout car pour eux le réalisme est la base de tout polar peuvent passer leur chemin.

C’est complètement barré, totalement irréaliste bien entendu (pas d’avoir un fou à la Maison Blanche, mais d’avoir un gauchiste), ça part dans tous les sens, on y croise une chatte monstrueuse et terrifiante mais affectueuse, un tueur empereur du crime et tatoueur (vu dans Little Tulip ?), des loups garous, un ancien premier ministre israélien, des banquiers et des tueurs, on s’y intéresse à la fin de l’URSS, à Prague à Kafka, à Saul Bellow, on va à Paris, à Berlin, à Camp David et à New York … C’est plein de références littéraires, musicales, ça désacralise de façon fort bienvenue le grand cirque de la présidence américaine, de la Maison Blanche à Air Force One, tout en rendant hommage à quelques grands anciens.

C’est foisonnant, c’est intelligent, cela demande un peu de concentration, mais on y sourit beaucoup, un sacré antidote à la connerie ambiante actuelle, à Washington et ailleurs.

Jerome Charyn / Avis de grand froid, (Winter warning, 2017), Rivages/Noir (2020) traduit de l’anglais (USA) par Marc Chénetier.

Ce lien entre nous

Ce lien entre nous n’est que le troisième roman de David Joy traduit chez nous, et il est déjà devenu un auteur incontournable pour les amateurs de polars.

« Darl Moody n’avait strictement rien à foutre de ce que l’état considérait comme du braconnage. » Il est donc ce soir-là dans la propriété de Coon Coward qui a dû s’absenter pour quelques jours, sur sa plateforme d’affut, pour essayer d’avoir ce cerf qu’il piste depuis plus de deux ans. La bête ne se présente pas, mais, alors que la nuit tombe dans les fourrés, un sanglier fouille le sol.

Darl tire. Ce n’était pas un sanglier, c’était Carol Brewer, dit Sissy, un homme gentil, venu profiter lui aussi de l’absence de Coon Coward pour lui voler des racines de ginseng. La vie de Darl vient de basculer. D’autant plus que Dwayne, le grand frère de Carol, un colosse, est connu pour sa violence et sa cruauté.

Eloge de la simplicité. Une intrigue d’une simplicité biblique : un accident, un mort, un fou furieux qui va se venger. En deux chapitres le décor et les personnages sont plantés. David Joy peut dérouler son récit. Nous sommes, comme toujours avec lui, dans les montagnes de Caroline du Nord, un pays en osmose avec ses habitants.

« Ici, le sang était lié à l’endroit, de la même manière que certains noms étaient liés aux montagnes et aux rivières, aux combes et aux vallons, aux arbres et aux fleurs et à tout ce qui valait qu’on lui donne un nom. Les gens et les endroits étaient inséparables, liés depuis si longtemps que personne ne savait comment les séparer. »

Limpidité de l’écriture et de l’intrigue, mais que l’on ne s’y trompe pas, c’est très compliqué de faire simple, de donner cette impression de facilité. Et David Joy y arrive dès son troisième roman. Impressionnant. D’autant plus que simplicité ne veut pas dire pauvreté.

Les personnages n’ont pas fini de vous surprendre, et vont s’épaissir, révéler leur profondeur page après page jusqu’à un final époustouflant. On est saisi par la description des lieux, des sentiments, secoués par l’amour, la rage, la peur, le courage des protagonistes de ce drame dont la trame a pourtant été mille fois vue et revue depuis les débuts de la littérature.

Avec Ce lien entre nous, David Joy confirme qu’il est un grand auteur, de la trempe des Ron Rash, Larry Brown ou Daniel Woodrell.

David Joy / Ce lien entre nous, (The line that held us, 2018), Sonatine (2020) traduit de l’anglais (USA) par Fabrice Pointeau.

Lucky

J’ai découvert Joe Ide cet été avec son premier titre qui datait déjà de quelques années. J’ai poursuivi avec le suivant : Lucky.

IdeRevoilà Isaiah Quintabe, dit IQ, petit génie de Los Angeles qui survit grâce aux maigres paiements de ceux qu’il aide par ses enquêtes dans son quartier. Retrouver une broche en toc, protéger un club scientifique de lycée d’une grosse brute, dissuader une autre brute de harceler son ex … Voilà à quoi il s’emploie, quand il ne promène pas son chien, un magnifique pitbull qui a peur des gens. Cela lui laisse le temps de ruminer, encore et encore, la mort de son grand frère Marcus, tué par un chauffard quelques années plus tôt.

C’est alors qu’il est contacté par Sarita, la fiancée de Marcus au moment de sa mort. Elle a entendu parler de ses exploits et voudrait qu’il aide sa sœur, Janine, joueuse compulsive, qui s’est mise dans un sacré pétrin à Las Vegas. Accompagné par Dodson son, ami ? faire valoir ? il part pour la cité du jeu, sans savoir où il va mettre les pieds.

Si je devais avoir une petite restriction, je dirais que ce second volume ne bénéficie pas de l’effet de surprise du premier. Surtout pour moi qui l’ai lu il y a peu. Donc il peut laisser une impression d’un peu moins bon.

Mais objectivement, toutes les qualités de ce premier roman sont là. La description que l’on sent juste de ce quartier de LA, avec ses habitants qui essaient de vivre tranquillement mais aussi sa culture de gangs dans laquelle sont pris les plus jeunes. La dénonciation sans morale mais sans concession du choix de la violence comme mode de vie.

Et puis des dialogues impeccables et souvent très drôles, quelques personnages qui murissent et évoluent, y compris IQ qui, peut-être, va commencer à être un peu moins sauvage et s’apercevoir que même lui a besoin d’un peu de chaleur humaine, et le rythme trépidant de deux enquêtes en parallèle avec tout ce qu’il faut de rebondissements et de scènes d’action.

Bref, c’est tout bon, et j’attends la suite vu qu’il semble y avoir 4 volumes publiés aux US.

Joe Ide / Lucky, (Righteous, 2017), Denoël/Sueurs Froides (2020) traduit de l’anglais (USA) par Dominique Garneray.

87° District de 46 à 50

Avant dernier groupe de 5, ça sent la fin.

Veille de Noël au 87° District c’est de la triche, juste une nouvelle illustrée de 1984. Juste quelques pages pour décrire le chaos des dernières heures du réveillon de Noël au commissariat. Court, très drôle, un sens du dialogue toujours époustouflant et une chute digne des meilleurs. Un bonbon.

McBain-47C’est le numéro 47, Romance, qui prend vraiment la suite du 45. Romance est d’après tous ceux qui la connaissent, hormis son auteur, une assez mauvaise pièce de théâtre. Qui n’a aucune chance d’être montrée hors de la petite salle où elle est montée. Le metteur en scène, les acteurs, les producteurs, tous sont d’accord. Même l’actrice principale, fort belle mais pas très bonne actrice le pense. Quand elle reçoit des menaces de mort, comme le personnage qu’elle joue dans Romance, elle va porter plainte au 87°. Puis elle est poignardée dans la rue, sans grands dommages … Bienvenue dans le monde du théâtre, vous saurez tout sur le montage d’une pièce, son coût, ses vicissitudes. Quand je disais qu’en lisant la série on saurait tout sur la vie à New York dans la seconde moitié du XX° siècle.

Nocturne commence par la découverte de deux cadavres : Une petite vieille et un chat, dans un appartement gelé. La dame se révèle avoir été une grande pianiste internationale, tombée dans l’oubli. Le même soir, une prostituée trouve la mort. Et tout cela va bien entendu arriver dans les mains de Steve et ses collègues. Un épisode très sombre, glacé comme la température, mais son sans humour. Avec l’apparition des répondeurs automatiques insupportables dans l’administration, vous savez, si vous souhaitez truc, tapez 1 si … Et comment cela peut finir par un meurtre.

McBain-49La ville sans sommeil s’ouvre sur la découverte du cadavre d’une jeune femme dans un parc. Il s’avère que c’est une bonne sœur. Ce sont Carella et Brown qui sont en charge de l’enquête. En parallèle Kling et Meyer cherchent à attraper Cookie Boy, un cambrioleur qui laisse des boites de cookies aux pépites de chocolat aux victimes de ses forfaits. A l’aube du XX° siècle Ed McBain s’amuse avec le temps, Carella est très inquiet d’avoir bientôt … 40 ans, alors que cela fait maintenant 43 ans qu’il arpente les rues d’Isola avec ses collègues. L’occasion aussi d’évoquer, avec Brown quelques anciennes enquêtes. Et de faire un point sur l’état des quartiers de la ville, du racisme ordinaire (et extraordinaire avec l’affreux Ollie) … Un excellent numéro.

McBain-50Bienvenue dans la dernière ligne droite et les années 2000 avec La dernière dance. Steve Carella a fêté ses quarante ans, Bert Kling est de nouveau en couple, avec Sharyn, chirurgienne, entre autres en charge des policiers blessés, accessoirement noire. Rien de neuf pour le reste de la bande. Un vieil homme est retrouvé chez lui, mort d’une crise cardiaque d’après sa fille qui l’a trouvé. Sauf que le cadavre a des marques de strangulation. Alors l’a-t ’elle dépendu par peur de ne pas toucher l’assurance ? Ou est-ce plus sinistre ? Pas loin, le gros Ollie enquête sur le meurtre d’une prostituée. Ollie toujours aussi haineux, raciste, pénible, puant … Et bon flic. New York dans le froid, les tensions raciales, ceux qui en souffrent (la grande majorité) et ceux qui en profitent, la difficulté d’une vie de flic, les dialogues impeccables, l’humour. EdMcBain dans toute sa splendeur.

Ed McBain / 87° District volumes 46 à 50 :

(46) Veille de Noël au 87° District (And all through the house, 1984), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

(47) Romance (Romance, 1995), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

(48) Nocturne (Nocturne, 1997), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

(49) La ville sans sommeil (The big bad city, 1999), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

(50) La dernière dance (The last dance, 2000), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

Gangs of L.A.

Je l’avais laissé passer en grand format, je me rattrape en poche grâce aux vacances. Gangs of L.A. de Joe Ide.

IdeIsaiah Quintabe, dit IQ, est noir, habitant d’un quartier populaire de L.A. Il rend service aux uns et aux autres grâce à ses talents d’investigateur, et à son intelligence hors du commun. Et se fait payer quand il peut, parfois en muffins immangeables. Mais là il va peut-être avoir une affaire qui va enfin lui rapporter de l’argent. Un rappeur qui a reçu des menaces de mort et a fait appel à Dodson, connaissance d’IQ, aussi magouilleur qu’IQ est honnête, aussi agité qu’il est calme.

Comment Isaiah qui semblait promis à un brillant avenir en est arrivé là ? Pourquoi connait-il une crapule comme Dodson ? Et en quoi consiste cette mission ? Il faudra lire pour le savoir.

Ouvrez, plongez, et c’est parti, à fond, pour un bon moment de pure énergie. Une écriture dynamique en diable, des dialogues parfaits, la description sans pitié du milieu archi bling bling des rappeurs californiens, une vulgarité hors norme. Des scènes d’action très réussies, un vrai talent pour accélérer et ralentir le rythme comme il faut pour le suspens.

Bref tout le savoir faire de nos amis ricains, au service d’une histoire parfois émouvante, souvent très drôle. Un vrai moment de bonheur que cette lecture jubilatoire.

Et comme IQ ressemble fort à un personnage qui pourrait revenir, je vais regarder tout de suite s’il n’est pas déjà de retour en grand format.

Joe Ide / Gangs of L.A., (IQ 2016), Folio Policier (2020) traduit de l’anglais (USA) par Diniz Galhos.

PS. Le titre français est quand même un peu con, et n’a rien à voir avec le roman.

La Vénus de Botticelli creek

Besoin d’un bol d’air pour cet été ? Ça tombe bien, voici le troisième roman de Keith McCafferty, La vénus de Botticelli Creek.

McCaffertyNous revoilà dans le Montana, du côté du parc de Yellowstone, avec Martha Ettinger, shérif, et Sean Stranahan, guide de pêche, peintre et privé, que Martha sollicite parfois pour l’aider dans ses enquêtes les plus difficiles. Et il semble que ce soit le cas avec la disparition de Nanika Martinelli, jeune femme flamboyante qui vient de disparaitre alors qu’elle est employée comme guide dans un des ranchs de la région.

Lors des recherches, un jeune cow-boy trouve la mort et l’enquête de Sean et Martha est dans une impasse, alors qu’autour du parc rangers et écologistes s’affrontent autour de la présence des loups. Loups et grizzlis … Mais comme le dit un des personnages, dans le coin, le prédateur le plus dangereux n’est pas forcément celui qui a les plus grandes dents et les plus grandes griffes.

Du bon boulot, solide pour un grand bol d’air, des paysages grandioses, la pêche dans les rivières du Montana (à laquelle l’auteur arrive à m’intéresser alors que je n’ai jamais pêché de ma vie). Deux personnages principaux auxquels on s’attache de plus en plus, une belle galerie de personnages secondaires, et une histoire qui offre ce qu’il faut de rebondissements et de scènes d’action pour que les pages tournent toutes seules.

Ajoutez que l’auteur décrit aussi bien les habitants du coin que la nature, sait éclairer des conflits particuliers à cette région, ici avec la lutte entre locaux, bergers et écologistes et naturalistes autour de la présence du loup (et oui, là-bas comme ici), et que l’écriture passe de façon très fluide du lyrisme à la colère, avec en prime l’humour de dialogues ciselés, et vous avez un vrai bon polar, très addictif, dans la veine des grands espaces.

Plus que recommandable donc, et vivement le prochain !

Keith McCafferty / La vénus de Botticelli Creek, (Dead man’s fancy, 2015), Gallmeister (2020) traduit de l’anglais (USA) par Janique Join-de Laurens.

La fille aux papillons

Trouver l’enfant de l’américaine Rene Denfeld avait été une belle découverte. La fille aux papillons, la suite, est une superbe confirmation du talent de cette auteur hors norme.

DenfeldRevoilà Noémi, la femme qui trouve les enfants. Elle est de retour à Portland où elle a retrouvé une très vague trace de sa sœur, enlevée avec elle et qu’elle avait laissé aux mains du monstre en se sauvant à l’âge de huit ans. En parallèle d’autres disparitions l’occupent : des gamines vivant dans la rue sont tuées depuis quelques semaines, leurs corps nus jetés dans le fleuve. La police ne se mobilise pas trop, ce ne sont finalement que des mendiantes, des prostituées, il y a des affaires plus importantes à régler.

Parmi ces mômes, Celia, qui a fui un beau-père violeur, survit au jour le jour, grâce à quelques amis, et aux papillons qu’elle va admirer, tous les jours, dans les pages de son livre préféré à la bibliothèque.

Trouver l’enfant jouait sur l’imaginaire des contes de fées. La fille aux papillons va vous plonger au raz du trottoir, avec les gamins qui vivent dans la rue dans des conditions dantesques. Pas des ados en fuite, pas des étrangers en situation irrégulière, juste des mômes, de 10 à 12 ans, américains qui, dans la belle Amérique toute puissante survivent dans la rue, se prostituent pour manger et dorment sous un pont.

Cela pourrait être misérabiliste, chercher à vous tirer les larmes, pas du tout. C’est enragé, engagé, au-delà de l’indignation. Ces gamins sont incroyables de justesse, ce n’est jamais forcé, leurs voix, leurs rêves, leur désespoir sonnent juste et vous prennent aux tripes.

Et n’ayez crainte, l’intrigue n’est pas négligée, et on retrouve avec énormément de plaisir Noémi, sa rage, son obstination, son courage, ses cauchemars. Le plaisir de lecture, le plaisir de l’histoire au premier degré sont là, les pages tournent.

Mais je vous garantis que ce ne sont pas les ressorts de l’histoire qui resteront à jamais gravés en vous, ce sont Celia et Noémi. Deux figures inoubliables.

Rene Denfeld / La fille aux papillons, (The butterfly girl, 2019), Rivages/Noir (2020) traduit de l’anglais (USA) par Pierre Bondil.

Le livre, l’écriture, la force de l’émotion suffisent à vous bouleverser. Mais si vous voulez savoir pourquoi les propos de Rene Denfeld sonnent si juste, allez lire ce petit texte, il finira de vous retourner les tripes.

Noyade

J’ai voulu un polar facile, qui se lise sans se faire mal à la tête. J’ai essayé Noyade de J. P. Smith. Raté, c’est juste ennuyeux.

SmithAlex Mason est un sale con. C’était déjà un sale con quand il avait 18 ans, qu’il était maître-nageur dans un camp, et qu’il avait abandonné le pauvre Joey, huit ans, sur un ponton au milieu du lac pour qu’il apprenne à nager. Le soir Joey n’était pas revenu, il n’était plus sur le ponton, il n’est jamais réapparu. Et ce sale con d’Alex n’avait rien dit.

20 ans plus tard Alex Mason est un entrepreneur à succès, pourri de fric, superbe femme trophée, deux filles blondes, et toujours un sale con, mais avec plus de pouvoir. Mais voilà que le spectre de Joey revient, et pourrait signer sa chute. Qu’il crève.

Raté donc. Pour commencer il n’y a pas de fond, pas d’intérêt dans la description d’un milieu d’une époque, d’une ville, d’une situation particulière. Les personnages sont assez caricaturaux, aucun n’est particulièrement attachant ou repoussant, on ne ressent pas d’émotion.

Cela pourrait donc être un thriller, un bouquin que l’on lit pour le suspens, le plaisir de laisser les pages tourner toutes seules, la gourmandise d’une écriture jouissive. Et bien même pas. Ecriture sans intérêt. Et surtout des accumulations de ficelles, de coïncidences énormes, de facilités, de mystères censés exciter la curiosité du lecteur mais qui ne sont jamais expliqués.

Bref un plof que vous pouvez éviter sans remord ni regret.

J. P. Smith / Noyade, (The drowning, 2019), Série Noire (2020) traduit de l’anglais (USA) par Philippe Loubat-Delranc.