Archives pour la catégorie Polars américains

Un voisin trop discret

Parmi les auteurs que je suis content de retrouver, il en est qui arrivent toujours à me surprendre et à m’amuser. Iain Levison est l’un d’eux. C’est encore le cas avec Un voisin trop discret.

Jim Smith, chauffeur Uber dans une petite ville est aussi discret que son nom. La soixantaine, il fait tout pour éviter les contacts avec ses concitoyens. Sa toute nouvelle voisine, Corina, qui semble latino, – mais comment le lui demander sans commettre un impair ? – maman d’un gamin de 4 ans, ne semble pas du tout gênée ses réponses laconiques et l’oblige à avoir des conversations comme il n’en avait pas eu depuis … Reagan ?

Et puis il y a Grolsch, sniper en Afghanistan. Dont la dernière mission foire un peu. Et Kyle, soldat dans les forces spéciales, qui propose à Madison, qu’il a connue au lycée de l’épouser. Comme ça elle bénéficiera de son assurance santé pour elle et son gamin, et lui pourra gravir les échelons sans risquer de révéler son homosexualité.

Quel est le rapport entre tous ces gens ? Seul Iain Levison le sait.

C’est toujours un plaisir de lire cet auteur. Le style est vif et drôle, les personnages originaux, les pièces qui semblent venir de puzzles différents se mettent finalement en place. Et l’image finale est toujours inattendue.

Sans en avoir l’air, Iain Levison observe nos travers, les dissèque, les couche sur le papier, mais ne donne jamais de leçon. Il décrit, avec précision et humour. Et évite très soigneusement les fins attendues et moralisatrices. La pirouette finale est à ce titre particulièrement réussie. Et tout cela en 200 pages.

Vous auriez bien tort de ne pas vous précipiter.

Iain Levison / Un voisin trop discret, (Parallax, ??), Liéna Levi (2021) traduit de l’anglais (USA) par Fanchita Gonzalez Battle.

Un dîner chez Min

Il y a peu paraissait une aventure du fameux juge Ti écrite par Xiaolong Qiu. Vous verrez qu’elle a un rapport avec le dernier épisode des aventures de son légendaire inspecteur Chen Cao, Un dîner chez Min.

Légendaire l’inspecteur Chen de Shanghai, mais surtout gênant à force d’être honnête. Le voilà muté directeur du Bureau de la réforme du système judiciaire. Un placard dangereux tant il faut marcher sur des œufs si l’on veut critiquer et réformer le système judiciaire voulu par le Parti. D’ailleurs Chen est officiellement malade et doit rester chez lui.

C’est alors que le Vieux Chasseur, le père de son ancien collègue qui gagne quelques sous comme détective privé le contacte. Un très riche et mystérieux client a contacté son agence pour faire libérer Min. Belle, cuisinière hors pair, elle ouvre tous les mois un salon très privé et très cher où les plus riches et les plus influents de la ville sont conviés. On dit que certains sont ses amants. Sa cuisinière a été retrouvée assassinée au lendemain d’un diner. C’est Min qui est accusée. Certains voudraient qu’elle parle, d’autres le redoutent. Un vrai nœud de vipères dans lesquels Chen et sa toute jeune secrétaire vont mettre les pieds.

Un nouveau roman, (le dernier ?) qui répond à la novella parue récemment Une enquête du vénérable juge Ti, et voit l’inspecteur Chen de plus en plus en danger. Si le ton reste fleuri et exotique, entre les noms des plats, les poèmes que récite Chen et les marques de respect ampoulées qui semblent faire partie de la culture locale, le fond est sombre et désabusé.

La corruption règne en maître, et la surveillance permanente qui s’appuie maintenant sur des multitudes de caméras et sur les réseaux sociaux rend l’atmosphère particulièrement étouffante, d’autant plus que les maîtres du pouvoir, qu’ils soient anciens ou nouveaux, sont bien décidés à ne pas en lâcher une miette. Si l’on ajoute des inégalités de plus en plus criantes, un fossé abyssal entre les « Gros-Sous » et le citoyen de base, on arrive à un constat accablant.

Un constat qui va peut-être pousser Chen vers la sortie. Un légendaire inspecteur un peu perdu entre l’évolution de la société et les nouvelles habitudes et compétences de la jeunesse, et qui voit bien que son honnêteté est sur le point de causer sa perte. C’est là qu’intervient le fameux Juge Ti de Van Gulik, et je vous laisse découvrir le lien, habile et savoureux avec la précédente novella.

Un nouvel épisode qui laisse un sale goût dans la bouche, malgré les délices que déguste Chen.

Xiaolong Qiu / Un dîner chez Min, (Inpector Chen & Juge Dee, 2020), Liéna Levi (2021) traduit de l’anglais (USA) par Adélaïde Pralon.

Justice indienne

Les avis sur les blogs que je suis régulièrement n’étaient pas complètement enthousiastes, mais j’ai quand même voulu essayer Justice indienne de David Heska Wanbli Weiden. Ils avaient raison, c’est moyen.

Sur la réserve indienne de Rosebud, dans le Dakota, vivent essentiellement des Lakotas. Comme la justice américaine se soucie peu de ce qui se passe à l’intérieur, Virgil Wounded Horse est une sorte de privé-flic-vengeur, qui applique une justice assez expéditive. Contre rétribution, et s’il considère que le coupable mérite une punition, il distribue les mandales et protège les plus faibles qui n’ont d’autres recours.

Ben Short Bear, un des membres importants de la réserve le contacte pour punir un petit trafiquant qui aurait commencé à vendre de l’héroïne à Rosebud. Bien qu’il ait bien envie de casser la gueule du truand qui est une brute, Virgil se pose des questions. Pourquoi cela préoccupe-t-il Ben qui n’est pas particulièrement altruiste ? Et de l’héroïne vraiment ? il n’y en a jamais eu sur le réserve. Quand son neveu Nathan dont il s’occupe depuis la mort accidentelle de sa sœur fait une overdose, Virgil décide qu’il est temps de faire taire ses soupçons et d’agir pour éliminer ce fléau.

Les bonnes intentions ne font pas forcément les bons bouquins. Justice indienne en est le parfait exemple. Ce n’est pas non plus un roman indigne, juste moyen et perfectible, mais franchement, quand on lit les commentaires repris en couverture, qui parlent de « merveille », de « brillante méditation », ou qui en appellent à Dashiell Hammett, on se pince pour vérifier qu’on ne rêve pas.

Certes, c’est très bien de situer un roman dans une réserve indienne, c’est très bien de ne pas idéaliser les personnages et de mener une réflexion sur le fait de s’ériger en justicier. Les questions que se posent les personnages sur leur culture, sur le retour à des valeurs passées laminées par le mode de vie américain qui leur a été imposé sont intéressantes. Donc on peut lire ce roman et y prendre un certain plaisir. Mais …

Mais il y a des défauts, non rédhibitoires, mais qui empêchent quand même de s’enthousiasmer. L’écriture est sage, scolaire, explicitant trop ce que pensent chacun des personnages, leurs raisonnements, le pourquoi de leurs actions, il faudrait que l’auteur fasse plus confiance à ses lecteurs pour comprendre sans tout lui mâcher.

L’intrigue est bateau, avec pour moi un gros défaut : j’aime beaucoup que l’on mêle du fantastique à une intrigue policière, mais à condition que certains éléments de résolution n’arrivent pas par miracle, par une vision chamanique ou par l’action du Saint-Esprit ; or c’est une facilité que se permet l’auteur, et là non, c’est tricher.

Et puis, si cela était complètement nouveau … Mais par exemple, la vie dans les réserves, le dilemme entre suivre les enseignements anciens ou pas, Tony Hillerman l’a magnifiquement fait dans toute sa série, dans son opposition entre Jim Chee et Joe Leaphorn. Quant à la violence, la corruption et la drogue dans une réserve Lakota, cela a aussi été traité de façon magistrale, violente, crue, et bouleversante par le comic Scalped de Jason Aaron et R.M. Guéra.

Et si le roman n’est pas complètement raté, Justice indienne souffre de ces comparaisons. Donc il y a du bon, mais peut mieux faire. Je suivrai quand même le suivant, si suivant il y a, pour voir si l’auteur s’améliore après ce premier roman.

David Heska Wanbli Weiden / Justice indienne, (Winter counts, 2020), Gallmeister (2021) traduit de l’anglais (USA) par Sophie Aslanides.

Bluebird, bluebird

Décidément Attica Locke fait preuve après 4 romans traduits chez nous d’autant de cohérence dans ses thématiques que de variété dans leur traitement. Elle en apporte la preuve avec Bluebird, bluebird.

Lark, petit village du sud du Texas, traversé par la Route 59. D’un côté de la route, le café de Geneva, un havre de paix pour les noirs qui veulent faire une pause. En face, le manoir de Wallace Jeferson III, propriétaire de quasiment toutes les terres de Lark. A l’autre extrémité du village, Jeff’s Juice House, repaire des blancs, domaine de la Fraternité Aryenne du Texas.

Deux corps ont été retrouvés dans le bayou derrière le café de Geneva. Tout d’abord celui de Michael Wright, noir, noyé après avoir été tabassé. Puis celui de Missy, jeune femme blanche, serveuse au Jeff’s Juice House.

Le ranger du Texas Darren Mathews envoyé pour enquêter parce que le shérif local ne semble se préoccuper que d’un seul de ces meurtres sait qu’il ne sera pas le bienvenu. Parce qu’il dérange les autorités locales, et parce qu’il est noir.

Après avoir parlé de la question raciale dans la ville de Houston avec Marée noire et l’excellent Plaesantville, et du poids toujours présent de l’esclavage dans les plantations dans La récolte, Attica Locke nous amène dans le Texas rural. Là les relations ne se sont guère apaisées, chacun vit dans son coin, le shérif et le « seigneur » local font la pluie et le beau temps et le KKK a été remplacé par un gang d’extrême droite né en prison.

C’est dans cette ambiance lourde et poisseuse, sur fond permanent de blues et de soul des années 50-60, avec aux papilles le goût d’une cuisine riche et épicée qu’elle déroule une intrigue classique mais non dépourvue de surprises. Choc entre noirs et blancs, ruraux et citadins. La veuve, issue de la bourgeoisie noire du nord ne comprend pas pourquoi c’est ici, chez lui, que Darren veut que justice soit rendue, et semble aussi étrangère, voire plus, aux clients de Geneva que les blancs fachos du coin.

Et au final, sur cette toile de fond de peur, de ressentiments et de danger, ce sont des personnages plus complexes que prévus qui se révèlent à nous. Une vraie réussite, une fois de plus, et peut-être un personnage à revoir plus tard en la personne de ce Texas Ranger noir qui ne manque pas de contradictions.

Attica Locke / Bluebird, bluebird, (Bluebird, bluebird, 2017), Liana Lévi aire (2021) traduit de l’anglais (USA) par Anne Rabinovitch.

Une femme d’enfer

Comme les parutions de janvier tardent un peu, j’ai voulu récupérer deux bouquins oubliés sur la pile l’année dernière. Deux échecs, deux romans abandonnés au bout de quelques pages pour l’un, quelques chapitres pour l’autre. Heureusement de mes années rugby j’ai retenu un principe : Quand ça ne marche pas, on retourne aux fondamentaux. Et dans les poches qui prenaient bêtement la poussière, il y avait Une femme d’enfer du grand Jim Thompson. Là, pas de risque d’abandonner en cours de route.

Frank Dillon est poursuivi par la mouise. C’est du moins comme ça qu’il explique sa situation précaire. Vendeur au porte-à-porte pour un magasin minable, il passe ses journées à essayer de récupérer les traites pour les objets pathétiques qu’il vend auprès de clients toujours fauchés. Une survie au jour le jour, qui l’amène à piquer dans la caisse pour boire un coup avant de rentrer dans son taudis retrouver Joyce, une souillon qui ne lui prépare même pas à manger !

Jusqu’au jour où il tape à la porte d’une harpie qui lui propose, en guise de paiement, sa nièce. Frank accepte, puis au vu de la demoiselle, s’émeut et promet de l’aider. Mais comme il le dit toujours, Frank n’a pas de chance, son patron est contre lui, ses clients cherchent à l’arnaquer et les femmes sont toutes des trainées. Et lui qui est d’un naturel gentil, se retrouve à commettre des actes … Mais ce n’est pas sa faute, c’est la malchance.

Si vous cherchez une lecture réconfortante pour ce début d’année morose, passez votre chemin. Pas de gentils ici, aucun personnage auquel se raccrocher. Cupidité, folie, mesquinerie, violence, jalousie … saloperie à tous les étages. Et si le narrateur peut faire illusion dans les premières pages, même s’il n’est jamais présenté comme un preux chevalier, l’auteur nous fait peu à peu glisser dans la folie de sa pourriture ordinaire avec une maestria confondante.

Parce ce n’est pas non plus un génie du crime, un psychopathe absolu, le Mal incarné. Pas de ça chez Jim Thompson. Juste la méchanceté et l’envie ordinaire qui transforment celui qui aurait pu être un petit bonhomme insignifiant en un affreux bien visqueux. Et c’est là toute la force de l’écriture et de la construction d’un auteur qu’on ne lira et relira jamais assez. Sans effets, sans grand coup de théâtre, sans leçon ni grandiloquence, nous plonger au cœur d’un mal ordinaire, commun.

C’est glauque, c’est dérangeant, c’est du grand art.

Jim Thompson / Une femme d’enfer, (A hell of a woman, 1954), Rivages/Noir (2013) traduit de l’anglais (USA) par Danièle Bondil.

Justice de rue

J’avais été très déçu par le précédent roman de Kriss Nelscott, Quatre jours de rage. Mais comme j’avais bien aimé les premiers de la série Smokey Dalton, j’ai persévéré et lu le dernier, Justice de rue. C’est mieux, beaucoup mieux.

Janvier 1970, il fait un froid polaire à Chicago. Lacey, 13 ans, est secourue par son frère Keith et Jimmy, celui qu’ils considèrent comme un cousin, alors qu’elle était violée et frappée dans un hôtel juste à côté de leur collège. Sachant que la police corrompue et raciste de la ville se moque éperdument de ce qui peut arriver à une gamine noire, Smokey Dalton, le père adoptif de Jimmy qui travaille comme privé sans licence, va prendre les choses en main. Et mettre à jour un réseau de prostitution qui s’attaque aux collégiennes.

J’avais trouvé l’écriture du précédent assez catastrophique, avec des lourdeurs rédhibitoires. Elles ont disparu ici. Et si on ne peut pas dire que le roman brille par la beauté ou l’originalité de sa prose, elle n’est pas gênante.

Ce qui permet de s’intéresser à l’histoire. Qui semble mieux convenir à l’auteur que la précédente. Dans Quatre jours de rage il lui manquait du souffle et de la puissance pour évoquer émeutes et chaos. Ici l’histoire est plus resserrée autour de quelques personnages, plus intime et émouvante, et elle semble plus à l’aise dans ce registre.

L’intrigue est bien menée, les personnages ont de l’épaisseur, on partage leurs émotions, on est embarqué avec Smokey. Tout fonctionne mieux. Une intrigue plus resserrée ne veut pas dire qu’on se désintéresse de la situation du pays ou de la ville. On ressent le froid glacial de Chicago. On a un bon aperçu de la corruption, de l’injustice d’un système scolaire qui se désintéresse complètement des quartiers noirs, et des violences que subissent les plus fragiles. A savoir ici des adolescentes noires, triplement victimes potentielles, parce que pauvres, noires et femmes.

Smokey n’est pas un chevalier blanc, il a ses préjugés, ses faiblesses, ses incohérences, ses doutes, et le final, très réussi, va le voir remettre en question un certain nombre de ses certitudes. Après un volume raté, un bon épisode de la saga, qui, sans être le roman le plus marquant de l’année, est un bon polar historique.

Ecrit originalement en 2014 et décrivant la réalité des années 70, il est encore tristement d’actualité.

Kris Nelscott / Justice de rue, (Street justice, 2014), L’aube noire (2020) traduit de l’anglais (USA) par Benoîte Dauvergne.

Little Caesar

La série noire a eu l’excellente idée de rééditer un roman fondateur, écrit par un auteur moins connu que Hammett ou Chandler, et qui eut pourtant une importance capitale avec son Little Caesar : William R. Burnett.

Cesare Bandelli, dit Rico, est un des truands de la bande de Sam Vettori, un des caïds de Chicago. Mais un des truands qui monte. Il ne boit pas, ne s’intéresse pas aux femmes, mais il veut devenir quelqu’un, et tous les moyens seront bons. Rico est organisé, il réfléchit, est sans cesse en mouvement et n’hésite pas à tuer. Son ascension est inévitable. Sa chute aussi.

A lire ce résumé on se dit que l’on a déjà vu et lu mille histoires sur un truand parti de rien, qui arrive au sommet avant de retomber. Et c’est vrai. Mais celle-ci est la première, ou du moins une des premières et celle qui a inspiré les suivantes, grâce aussi, sans doute, au film qui en a été tiré avec l’immense Edward G. Robinson.

L’introduction écrite en 57 par l’auteur lui-même lors d’une réédition du roman est passionnante. Il y explique comment il décide, après plusieurs manuscrits refusés par les éditeurs, de changer totalement de style, le laisser tomber l’anglais littéraire de mise à l’époque et de passer au langage et au vocabulaire de la rue.

Résultat, un roman sec, beaucoup de dialogues, une action ramassée et centrée sur Rico, sans une page qui ne serve à l’intrigue ou à l’évolution du personnage. Là encore, on a revu tout cela ensuite, et un lecteur d’aujourd’hui peut avoir une impression de déjà vu. Mais c’est que nous avons là l’un des précurseurs.

A découvrir pour ceux qui souhaitent connaître un peu mieux le roman noir et ses racines. Un roman qui, de par la simplicité de son écriture, au plus près des personnages et de l’action, reste étonnamment actuel tout en étant le reflet de son époque.

William R. Burnett / Little Caesar, (Little Caesar, 1929), Série Noire (2020) traduit de l’anglais (USA) par Marcel Duhamel, révisée par Marie-Caroline Aubert.

Le prix de la vengeance

Un nouveau Don Winslow, ça ne se refuse pas. Le prix de la vengeance est assez atypique, puisqu’il rassemble 6 novellas. Un pur plaisir de lecture.

Un recueil très cohérent, et varié. Il s’ouvre et se referme sur deux textes sombres et durs. Entre les deux, on a droit au Don Winslow cool. Dans l’ordre d’apparition :

Le prix de la vengeance. Une histoire de … vengeance (sans blague) à la Nouvelle-Orléans. Vengeance de flic dans le monde déjà violent de la drogue. C’est trash, dans un monde qui peut rappeler celui de Corruption. Pas de gentils, que des enfoirés, certains un peu plus que d’autres, mais les fics sont aussi violents, hors la loi et dérangés que les trafiquants auxquels ils sont confrontés.

Crime 101, dédié à Steve McQueen est un bel hommage au cinéma, et à la côte ouest. Des personnages très cools et très pros, des dialogues à la Elmore Leonard, un hommage aux films de Steve McQueen bien entendu, mais également à La main au collet d’Hitchcock pour cet affrontement entre un gentleman cambrioleur qui ne fait que des gros coups en s’en prenant aux détenteurs de bijoux, et un flic atypique de San Diego. C’est pétillant, orchestré au millimètre, dialogué au scalpel. Le pied.

Le zoo de San Diego, dédié à Elmore Leonard justement est la novella la plus drôle. Ca commence avec un agent en patrouille appelé pour récupérer un chimpanzé échappé du zoo. A priori, cela ne le concerne pas. Sauf que l’animal est armé. D’un flingue. Et que Chris (c’est le flic) qui va devenir une vedette sur internet suite à ses aventures simiesques veut absolument comprendre d’où vient le flingue. Surprise pour ceux qui ne connaissent que le Don Winslow de La griffe du chien, oui, il peut être hilarant.

Les deux suivantes, située à San Diego (Sunset) et Hawaï (Paradise) sont un vrai cadeau aux fans de l’auteur. On y retrouve, dans le désordre : Neal Carey, son premier héros (de Cirque à Piccadilly à Noyade au désert), Bonne Daniels et tous ses potes de La patrouille de l’aube et L’heure des gentlemen, Bobby Z de Mort et vie de Bobby Z, Frankie Machianno de L’hiver de Frankie Machine, Ben, Chon et O de Cool et Savages, et Jack Wade de Du feu sous la cendre. En deux novellas tous les héros cool de Don Winslow sont là. Et forcément, ça fait des étincelles, il y a du surf, de l’amitié, on boit des coups, les dialogues sont impeccables, les déroulés des intrigues et les scènes d’action sont magistraux. Un vrai régal, à déguster sans restriction. Soit on se régale de retrouver des personnages que l’on connaît, soit on se précipite pour lire ce qu’on a raté de cet auteur qui est un conteur hors pair.

Avec La dernière chevauchée Don Winslow redevient sérieux, et sa secoue. On y suit Cal Strickland, texan de la frontière, ancien soldat, qui a voté Trump et s’est engagé dans la police de la frontière. Ses convictions et ses croyances en des valeurs partagées commencent à vaciller quand il croise le regard d’une gamine de 6 ans dans une cage :

« La première fois qu’il a vu la fillette, elle était dans une cage.

Y a pas d’autre mot pour ça, s’est dit Cal sur le moment. On peut bien employer des noms différents – « centre de détention », « camp de rétention », « refuge temporaire » -, quand des personnes sont regroupées derrière un grillage, c’est une cage. »

A partir de là, Cal se dit que s’il veut respecter ce que lui a enseigné son père, texan, républicain et rancher, il ne peut pas laisser une gamine de 6 ans seule dans une cage. Même si les services sensés s’occuper d’elle ne l’aident pas, tant ils sont débordés, même si ses collègues commencent à le mettre à part, même s’il doit tout risquer :

« Son père disait toujours que la plupart des gens sont prêts à faire ce qui est juste quand ça ne coûte pas grand-chose et que personne n’est prêt à le faire s’il faut tout sacrifier.

Mais parfois, c’est vrai, il faut tout sacrifier. »

Très belle novella, construite autour de personnages beaucoup moins flamboyants que ceux précédemment cités, tiraillés, mal dans leur peau, et finalement magnifiques.

Don Winslow / Le prix de la vengeance, (Broken, 2020), Harper Collins (2020) traduit de l’anglais (USA) par Isabelle Maillet.

Swag

Qu’est-ce qu’on fait quand on aligne les déceptions, que l’ambiance est sinistre et que les jours baissent ? On revient aux fondamentaux. Et heureusement, cette semaine, Rivages a l’excellente idée de publier la traduction révisée d’un auteur fondamental : Elmore Leonard. Swag.

Franck Ryan est vendeur de voiture d’occasion, mais il y a quelques années il a fait quelques casses. Quand Ernest, Stickey Jr, dit Stick lui vole une voiture sous le nez, il est vexé, mais aussi admiratif de l’aplomb. Alors dans un premier temps il signale le vol, et quand il s’agit de reconnaître Stick au tribunal, il prétend que ce n’est pas lui.

En sortant du tribunal, il l’emmène boire un coup et lui propose de monter des braquages à deux. Pas des banques, trop risqué, des magasins. Et pas à Detroit où la police est féroce, mais en banlieue. Pour cela Franck a édicté dix règles d’or.

Ca marche. Bientôt les deux hommes sont bien habillés, et logent dans une résidence avec piscine, avec des tas de jolies femmes autour de la piscine. Mais les règles créent des exceptions, et la facilité entraine l’imprudence …

Je ne dirais pas que c’est le meilleur Elmore Leonard, mais quelle impression de facilité, de simplicité. C’est, avec les personnages cools et les dialogues impeccables la marque de fabrique de cet auteur.

Tout semble couler de source, tout est évident, les dialogues claquent, les péripéties s’enchainent, on lit sourire aux lèvres, tranquille, sans même s’apercevoir qu’on avance dans le roman. Et puis d’un coup, très vite, trop vite, c’est fini. On a « juste » passé quelques heures de plaisir, hors du temps et de l’ambiance de merde.

Pour cela, merci maître.

Elmore Leonard / Swag, (Swag, 1976), Rivages/Noir (2020) traduit de l’anglais (USA) par Elie Robert-Nicoud.

Une évidence trompeuse

On est gâté (en littérature) en ce moment, après le nouveau Ricciardi, voilà le nouveau Longmire, le shérif de Craig Johnson dans Une évidence trompeuse.

Walt et Henry Standing Bear se retrouvent à Hulett, Wyoming, pour que l’Ours puisse participer à une course de moto. L’occasion pour la petite ville d’être envahie de milliers de motards, pas tous débonnaires. Le cauchemar des autorités de la ville.

Cela devrait être des vacances, mais l’Ours tombe sur Lola, une ex que l’on pourrait qualifier de toxique, qui leur demande de l’aide : son fils est dans le coma, suite à un accident de moto, un accident qui semble bien avoir été provoqué. Plus de vacances donc, d’autant plus que certains gangs de motards sont particulièrement remuant, voire sinistres.

Quand Vic Moretti, la Terreur, vient les rejoindre pour voir la course de l’Ours et participer à l’enquête, l’ambiance qui était devenue assez chaude tourne au bouillant.

400 pages de pur plaisir qui se lisent sourire aux lèvres. Craig Johnson maîtrise à merveille son sujet, joue avec les dialogues et les personnages, accentue à l’envie le côté hardboiled de la belle Vic, enfile les répliques qui claquent et les scènes d’action millimétrées.

Les personnages secondaires sont excellents, le trio Henry, Vic, le Chien est extraordinaire et vole la vedette à notre shérif préféré. Un vrai pied de lecture d’un bout à l’autre, le meilleur antidote à la situation lourde et sinistre que nous vivons. Un bouquin qui devrait être remboursé par la sécu, mieux que tous les antidépresseurs.

Craig Johnson / Une évidence trompeuse, (An obvious fact, 2016), Gallmeister (2020) traduit de l’anglais (USA) par Sophie Aslanides.