Archives pour la catégorie Polars belges

Cendrillon version Nadine Monfils

Encore une lecture dans le cadre de la préparation du prochain festival TPS, une lecture réjouissante qui permet de se détendre un peu avant quelques titres bien sombres de cette rentrée. Il s’agit d’un roman de Nadine Monfils que j’avais raté à sa sortie : Nickel Blues.

Ralph (le grand) et Tony le petit. Les deux frères Boulon. Ils ont profité du départ des parents et de la mémé en vacances pour faire une bringue d’enfer chez eux. Malheureusement, demain les vieux reviennent, et la mère va faire une crise quand elle va voir l’état cataclysmique de la maison.

Alors Ralph qui ne manque pas d’imagination convainc son frère que la seule solution est d’enlever une Cendrillon dans le voisinage et de l’obliger à tout nettoyer. Le problème est qu’ils tombent mal.  Cendrillon est mariée avec l’Ogre, et que tout va salement dérailler …

Pouf pouf ! Du début au final, à fond, un vrai casse pipe. Amateurs d’intrigues vraisemblables et de bon goût, passez votre chemin. Ici on rigole, parfois gras, on fait des taches, ya du sang et de la mayonnaise sur les murs et des vilains mots partout.

Et pourtant, passé la rigolade, quelle tendresse pour les personnages, quelle galerie de paumés absolument … délicieux n’est pas vraiment le mot, mais presque.

Pour vous donner une idée, ça commence comme ça : « Y a des spaghetti dans tes godasses ! »

Bref du bonheur, que du bonheur.

Nadine Monfils / Nickel Blues, Belfond (2008).

Van In et le tableau volé.

Après La mort à marée basse, voici mon second roman consacré à Van In de Bruges. C’est Le tableau volé et c’est de Pieter Aspe.

Jos Viaene est retrouvé une nuit tabassé dans un parc où se retrouvent habituellement les homosexuels. Triste victime de quelques imbéciles à la recherche d’une proie facile ? Sauf que le lendemain, il est achevé dans son lit d’hôpital par un professionnel. Et qu’il y avait dans la sacoche de son vélo les plans des systèmes de sécurité des musées de la ville de Bruges …

Le commissaire Van In et sa chère et tendre, la juge d’instruction Hannelore Martens commencent à craindre une affaire plus complexe que prévue. Quand Le jugement dernier de Jérôme Bosch est volé et que le cadavre d’un membre de l’ETA est retrouvé à quelques jours de la visite du premier ministre espagnol ils comprennent que ce sera un véritable casse-tête.

Je pourrais reprendre, quasi mot à mot, ce que j’avais écrit à propos du précédent roman : Il ne brille ni par son intrigue, ni par la précision procédurale de l’enquête, mais c’est l’énergie, l’humour et l’écriture qui emportent le morceau.

Pieter Aspe a le chic pour vous donner une folle envie de descendre une bonne bière, ou d’attaquer un plat avec un pote ou une belle (à condition qu’il y ait une bouteille de vin ouverte). C’est sensuel, drôle et picaresque, donne envie d’aller faire un tour à Bruges et on ne s’ennuie pas une seconde.

Alors certes, Pieter Aspe n’invente rien et ne révolutionne pas le genre, mais on ne peut pas non plus lire que des romans géniaux, ce serait épuisant et pour qui recherche un bon divertissement qui ne fait pas perdre son temps, Le tableau volé fait parfaitement l’affaire.

Pieter Aspe / Le tableau volé (Zoenoffer, 2001), Albin Michel (2011), traduit du néerlandais par Emmanuelle Sandron.

Les vacances de Monsieur Destrooper

Vous connaissez peut-être Que tal ? la chanson de Juliette … Et vous avez peut-être aussi vu Tatie Danielle ? Ben tout ça, à côté de la mamie de Nadine Monfils dans Les vacances d’un serial killer, c’est de la gnognotte !

Comme tous les ans la famille Destrooper part à la plage. Alfonse, le roi des boulettes sauce lapin (faudra lire pour savoir ce que c’est) a réservé dans une superbe pension avec vue sur la mer (la mer du nord, certes, mais la mer quand même). Josette, sa douce, a acheté un nouveau bikini et un magnifique chapeau. Steven et Lourdes, les deux ados, s’emmerdent déjà à l’arrière, mais comptent filmer leurs vacances pour passer le temps. Et la mémé (la mère de Josette) est dans la caravane (avec géraniums en plastique), bien décidée à haïr la plage mais à vampiriser le premier maître nageur qui se présente.

Dès les premiers kilomètres, les choses se présentent mal : Josette se fait piquer son sac avec tout l’argent de la famille par un motard et à la station service suivante, Steven et Lourdes qui aiment filmer en douce dans les toilettes, s’aperçoivent qu’ils ont des images d’un cadavre égorgé. Celui du motard justement …

Amateurs d’intrigues ficelées, de style tout en dentelle et de dialogues de haute volée philosophiques … laissez tomber, ce roman n’est pas pour vous. Si au contraire la folie, le mauvais goût assumé et manié avec truculence vous plaisent, si Affreux, sales et méchants est un de vos films préférés, n’hésitez pas une seconde, bienvenue au casse-pipe réjouissant de Nadine Monfils.

C’est qu’on ne s’ennuie pas avec la famille Destrooper. Pas un pour rattraper l’autre, et la pire, c’est bien entendu la mémé, ignoble, mal polie, sans scrupules mais pas sans libido … Elle est géniale.

Et puis, elle les aime bien ses paumés Nadine Monfils. Elle se moque, elle en rit mais elle les aime. Car comme le dit, quittant son nez de clown l’espace de quelques lignes : « Parce que la vraie obscénité n’est pas dans le vocabulaire. Elle est dans la violence gratuite. Dans ces trous-du-cul qui nous font gober n’importe quoi pour s’en mettre plein les poches. Dans ce putain de monde où tout part en couilles, où les riches se pavanent sur le tas de pognon sans même jeter un regard à ceux qui crèvent la dalle. La grossièreté c’est pas causer comme un pilier de comptoir, mais c’est avoir un langage châtié et de foutre la planète en l’air en remplissant des piscines alors que des mômes crèvent de soif. »

Voilà, c’est dit. Et ça n’empêche pas de se marrer durant tout le bouquin.

Nadine Monfils / Les vacances d’un serial killer, Belfond (2011).

Commissaire Van In de Bruges

Je suis dans une série de personnage récurrents … Après Charitos, Petra et Fermín, Varg Veum, voici le commissaire Van In de Pieter Aspe dans La mort à marée basse. J’avais entendu parler de cette série, sans jamais en lire aucun, oubli maintenant réparé.

Tout commence avec Miriam, fille d’un huissier de justice influent, qui vient voir le commissaire Vin In de Bruges pour porter plainte pour viol. Cela continue avec un cadavre retrouvé enterré jusqu’au cou sur la plage. Et se conclue, dans la même journée, par l’ordre de son chef d’enquêter sur l’importation de contrefaçons en provenance d’Asie.

Van In aimerait bien s’occuper en priorité des vivants, et donc de l’affaire de viol, mais il n’a pas le choix. Et peu à peu, les fils des enquêtes commencent à s’emmêler, et Van In se met à remuer la vase dans la bonne société de Bruges. Ce qui n’aura pas l’heur de plaire à tout le monde. Mais cela, Van In s’en moque.

J’attrape donc la série au beau milieu, en ayant raté quelques épisodes. Même si je n’ai pas l’impression d’avoir découvert l’Auteur à ne pas manquer, j’ai passé un bien bon moment, malgré quelques faiblesses.

Commençons par ce qui n’est pas trop réussi : Si l’intrigue est bien menée, on ne peut pas dire de même de sa conclusion. La fin est tirée par les cheveux, pour ne pas dire pas vraiment crédible. Et les motivations des uns et des autres (en ce qui concerne les criminels), ne sont pas franchement très claires.

Un défaut qui pourrait être rédhibitoire si l’énergie et l’humour de l’ensemble n’emportait pas le morceau . En effet, si rien n’est révolutionnaire (on est dans le procédural pur et dur), le style est vif et mordant, les répliques fusent, les personnages intéressants, et la ville de Bruges, ses bars, ses restaurants, ses bières, ses rues, son ambiance fort bien croquée.

L’ensemble est habité par une énergie, un allant et une vie communicatifs. Les « bourgeois » chantés par Brel ne sont pas ratés. Et on referme le bouquin avec une envie terrible d’aller écluser quelques bières avec Van In.  Donc on passe un excellent moment de lecture.

Pieter Aspe / La mort à marée basse (Dood Tij, 2000), Albin Michel (2010), traduit du néerlandais par Marie Belina-Podgaetsky et Emmanuèle Sandron.

Paul Colize sur les traces des tueurs du Brabant

Il y a des livres qui échouent sur la pile à lire (ce qui reflète déjà un premier choix), mais qui y restent longtemps, parce qu’il y en a toujours un ou deux qui leur passent devant. La troisième vague de Paul Colize fut de ceux-là. Parce que je fais plutôt confiance aux éditions Krakoen (c’est pour ça qu’il était dans la pile), mais aussi parce que le traitement romanesque d’un fait divers ne me tentait pas assez pour je m’en saisisse. Je l’ai saisi …

Vassili Sokolovski est un habitué de l’horreur. Photographe à l’agence Associated Press, il est à Bagdad quand  il reçoit un coup de fil de son ami Pierre. Celui-ci lui confie un nom, puis se tait. Quelques minutes plus tard, le frère de Pierre l’appelle, il a été abattu, à Bruxelles. Vassili s’y rend immédiatement, et décide de découvrir pourquoi son ami est mort. Son enquête va l’amener à s’intéresser à un affaire judiciaire belge vieille de vingt ans : Deux vagues de massacres, perpétrés essentiellement autour de petits commerces, ayant fait une trentaine de morts. Les coupables n’ont jamais été identifiés.

Impeccable. C’est le mot qui vient spontanément à l’esprit à propos de ce roman que Paul Colize a écrit à partir de faits réels, l’affaire des tueurs du Brabant. Le style, en premier lieu, est remarquable. Sec, précis, rythmé. On dirait du Manotti. La construction ensuite, qui accroche immédiatement le lecteur, insère toujours au bon moment, quelques retours vers le passé qui finiront, à la toute fin, par reconstituer le puzzle.

De la très belle ouvrage, qui ne se lâche plus une fois qu’on a lu les premières pages. Le roman est complété par un dossier très complet sur l’affaire judiciaire réelle.

Paul Colize / La troisième vague, Krakoen (2009).