Archives pour la catégorie Polars français

Pauvre Rose !

On avait découvert les Mabille-Pons dans Salut à toi ô mon frère, et on en redemandait. Marin Ledun nous a exaucés avec La vie en rose.

LedunPauvre Rose. Les parents, la volcanique Adélaïde et le tranquille Charles sont partis en Polynésie pour fêter le dernier échec de Charles à son concours de notaire, et voilà donc Rose responsable de la famille. Son amoureux Richard Personne, policier de son état est débordé, et Rose apprend que, malgré leurs précautions, elle est enceinte. Pauvre Rose.

Mais ce n’est que le début. Gus accumule les mauvaises notes, heureusement tout le monde l’adore, Camille est nulle en maths, et Rose doit aller voir son prof, et Antoine, en stage dans une maison de retraite, y organise des paries de Strip-poker la nuit.

Puis des lycéens se font tuer à coup de couteau … Voilà qui laisse peu de temps à Rose pour aller faire la lecture à ces dames dans le salon de coiffure de Vanessa.

Un coup de blues ? Stress de fin d’année ? Trop de polars sombres ou de lectures pesantes ? Le dernier cassoulet de l’année vous pèse sur l’estomac ? Une solution, La vie en rose.

Certes vous ne le lirez pas pour suivre une enquête millimétrée ou chaque détail compte. Par contre si vous voulez du rythme, de l’humour, du peps, des cinglés réjouissants, de bons mots, une verve jouissive, des références qui font sourire et donnent le moral, allez-y en toute confiance.

On retrouve la tribu avec beaucoup de plaisir, la mauvaise foi assumée et la langue acérée de Rose, et mine de rien le regard lucide, critique mais aussi tendre de son auteur. Un vrai bonheur de lecture dont il serait bien bête de se priver.

Marin Ledun / La vie en rose, Série Noire (2019).

Frédéric Paulin toujours passionnant

Le premier roman de la trilogie, La guerre est une ruse, de Frédéric Paulin est excellent. La suite Prémices de la chute est tout aussi réussi.

PaulinDébut 1996 un gang écume le nord de la France et n’hésite pas à allumer les flics à la kalachnikov. Il s’avère que ce ne sont pas des braqueurs en quête de fortune, mais un groupe islamiste qui collecte des fonds pour la guerre contre l’occident. Ils sont passés par l’Afghanistan ou la Bosnie, et obéissent plus ou moins à une organisation encore inconnue, Al Qaïda.

Réif Arno, journaliste parisien perdu dans le Nord à la suite de déboires professionnels voit là la possibilité de faire un coup. Par le plus grand des hasards, il sera mis en contact avec Tedj Banlazar, de la DGSE, envoyé autour de Sarajevo pour surveiller les milices islamistes, et qui est toujours aussi peu écouté par sa hiérarchie quand il annonce les catastrophes à venir (voir La guerre est une ruse).

Ludivine Fell, de la DST, qui a confiance dans les intuitions de Tedj, n’a pas plus de chance avec ses chefs. Ils vont utiliser Arno pour enquêter et surtout alerter à leur place. L’avenir, en septembre 2001, montre qu’ils n’y arriveront pas …

Dans une note récente je me plaignais d’un auteur qui assénait ses connaissances sans les intégrer au récit. Frédéric Paulin fait juste l’inverse. On apprend beaucoup, les faits et les informations sont relatés avec beaucoup de précision et de détails, il multiplie les personnages … Et pourtant on ne s’ennuie pas une seconde, on n’est jamais perdu, on n’est jamais lassé. Bien au contraire, on en redemande.

Dans la lignée des grands auteurs de polar qui se servent de ce genre pour décrire notre monde, ses soubresauts et ses dysfonctionnements, à l’instar des DOA et Dominique Manotti chez nous, Giancarlo de Cataldo ou James Ellroy ailleurs, Frédric Paulin est avant tout un merveilleux conteur d’histoires qui vous accroche pour ne plus vous lâcher. Et un conteur qui met son talent au service d’une Histoire réelle dont il démonte les rouages.

C’est prenant en diable, passionnant, et en plus on referme le livre moins bête, et malheureusement bien pessimiste. A lire absolument, comme le précédent, et comme le prochain n’en doutons pas.

Frédéric Paulin / Prémices de la chute, Agullo (2019).

Grise fiord, même pas froid.

Beaucoup d’avis très enthousiastes sur les blogs à propos de Grise Fiord de Gilles Stassart. Mais moi il m’a laissé de glace.

StassartQuelque part dans le grand Nord canadien, Guédalia sort de prison et retrouve sa famille. Sa mère Maggie, son frère Jack avocat qui se bat pour les droits des Inuits, et son père Jo paralysé depuis une chute en motoneige. Guédalia qui pourtant était brillant quand il était jeune est complètement tombé dans l’alcool et la drogue après ses études à Montréal. Des addictions dans lesquelles il va retomber en sortant de prison, apportant le drame dans sa famille.

La seule solution sera peut-être de partir vers le nord, avec ses chiens, sur les traces de Dalia, la vieille chamane qu’il adorait étant enfant.

J’ai vu ici et là qu’il fallait mériter ce roman, faire l’effort d’y rentrer. Je n’ai pas dû essayer assez fort parce que je suis resté complètement extérieur. Certes on apprend beaucoup de choses sur ce qu’ont subi les Inuits, sur la survie dans ce milieu pour le moins hostile. Il y a également de très belles descriptions de paysages glacés. Mais rien, pas d’émotion, même pas froid.

Tout d’abord, une chose m’a un peu agacée. Je n’ai pas le moindre doute sur le fait que les Inuits, comme tous les peuples qui ne se plient pas à la sacro-sainte modernité et nécessité de produire et consommer toujours plus aient été exploités, maltraités, voire massacrés. De là à les présenter comme un peuple entièrement généreux, sans conflits, uniquement pervertis par les étrangers … ça ressemble beaucoup au mythe du bon sauvage, et j’aurais apprécié de voir, chez les Inuits comme ailleurs, des généreux, des fils de pute, des lâches, des courageux, des altruistes etc …

Ensuite, dans la première partie je trouve que les informations sur l’attitude des gouvernements canadiens et américains vis-à-vis de ces populations arrivent de façon artificielle, mal intégrée dans le récit, et j’ai l’impression parfois de lire un suite d’articles de fond, renseignés, intéressants, mais des articles, pas un roman qui m’emporterait.

Ensuite je trouve que le personnage principal manque de profondeur. Je n’ai pas vraiment compris pourquoi il dérive jusqu’à se retrouver en prison, ni ce qui va l’amener à partir vers le grand nord. Et comme je ne m’y suis pas attaché, il n’y a plus aucune tension dans son voyage : comme je ne vois pas ce qu’il cherche, je me fiche de savoir s’il va le trouver, et même sa survie, au final, m’importe assez peu.

Bref, je ne partage pas l’enthousiasme de mes camarades, et Grise fiord m’a laissé de glace.

Gilles Stassart / Grise Fiord, Rouergue/Noir (2019).

Guerre des clans au Havre

Avec Une année de cendres, Philippe Huet quitte les luttes syndicales de la première moitié du XX° siècle pour nous proposer un réjouissant roman de truands à l’ancienne. Toujours au Havre bien entendu.

Huet1976, Le Havre. Ange Antonetti et Baptiste Lanzi sont deux notables installés et bien installés. Arrivés en 1946, comme « représentants » du clan Guérini, ils se sont fait une place dans cette ville qui était à l’époque en pleine effervescence, lieux privilégié pour installer une succursale du crime marseillo-corse. Depuis leur passé turbulent semble oublié et ils font partie de la haute société havraise.

Jusqu’à ce qu’arrivent un groupe de libanais qui s’installe dans la limonade ; mais pas que. Ange aimerait bien laisser faire et profiter de sa fortune. Mais les clans corses ne l’entendent pas de cette oreille, d’autant plus que la modernisation du port laisse entrevoir de nouvelles et lucratives méthodes d’expédition de la drogue aux USA.

La guerre va donc reprendre, entre anciens, et nouveaux. Sous les yeux d’un jeune inspecteur récemment arrivé … de Corse, Cozzoli, et de Gustave Masurier, dit Gus, journaliste spécialisé dans les faits divers. Tout commence avec un cadavre lancé à l’eau dans une caisse en bois qui, étrangement, semble avoir été conçue pour être retrouvée …

Un vrai plaisir vintage que ce roman de Philippe Huet. Un plaisir qui se construit sur de solides piliers. A savoir : Des personnages hauts en couleur, une parfaite connaissance des lieux, de l’époque et de ses histoires criminelles, une gouaille qui fait mouche, et l’expérience vécue de ce qu’est la vie dans un journal et de ce qui motive un journaliste passionné.

Ajoutez une intrigue bien menée, la passion, l’envie de partager cette ville et cette époque qu’il connait si bien et une touche d’humour, et vous avez un excellent roman qui se lit sourire aux lèvres et qui donnerait presque envie d’aller faire un tour au Havre au sudiste indécrottable que je suis.

Un vrai bonbon qui fait naître des images de Gabin vieux et Delon jeune. Merci à l’auteur pour cette cure de jouvence.

Philippe Huet / Une année de cendres, Rivages/Noir (2019).

Paradigma, un peu aride mais passionnant

Une découverte pour moi aux éditions des Arènes : Paradigma de Pia Petersen.

PetersenLos Angeles, l’usine à rêves et à fantasmes, à la veille de la cérémonie la plus glamour du monde médiatique : les Oscars. Qui risque cette année d’être un peu perturbée.

Sur internet la mystérieuse Luna appelle, sur un blog de plus en plus suivi, tous les homeless de la ville et d’ailleurs à se rassembler lors d’une marche silencieuse pour rendre enfin visibles ces hommes et ces femmes qui ne sont que des chiffres dans les statistiques.

En parallèle, avec un collectif de hackeurs, elle prépare la prise en otage de toutes les données numériques des grandes entreprises et des comptes fédéraux. Le but : constatant que la révolution a déjà eu lieu, qu’il n’y a plus de travail pour tous, et que ce mythe du travail ne sert qu’à faire pression sur tous ceux qui en cherchent, obliger l’état à instaurer une rente universelle qui assure une vie digne à tout le monde.

Bien entendu, ceux qui ont le pouvoir et l’argent ne l’entendent pas de cette oreille.

Voilà un roman qui, s’il n’est pas totalement satisfaisant d’un point de vue romanesque (avis très subjectif) se révèle cependant extrêmement intéressant, voire passionnant.

Ce qui est passionnant ce sont les idées brassées par le récit, au travers des réflexions de Luna. Qui nous mettent le nez dedans.

Un, oui la révolution que certains appellent de leurs vœux a déjà eu lieu, mais pas dans le sens espéré. Il y a déjà des années que toutes les politiques, ou presque, dans tous les pays, ou presque, ont placé l’économie au centre du jeu, reléguant l’humain au rang d’outil et de variable d’ajustement. Ecoutez les discours et les argumentaires … C’est bon ou mauvais pour l’économie, que le discours soit libéral, écologique (où on nous vend des solutions écologiques qui vont créer du travail et donner un avantage … économique à ceux qui seront les pionniers), solidaire (on nous parle bien d’économie solidaire) etc …

Deux nous vivons, combattons, dans l’ancien monde, celui du mythe du travail. C’est terminé, il n’y a plus de travail pour tous, maintenir cette illusion permet de d’exercer une pression insupportable sur ceux qui ont un boulot, et ont forcément peur de le perdre.

Trois, nous acceptons, jusqu’à ce jour, que les pauvres, soient culpabilisés, parce qu’ils sont aidés, assistés comme disent les enflures, parce qu’ils profitent d’une richesse qu’ils ne produisent pas. Alors que, ironie du sort, ceux qui ont accaparé la plus grande partie de la richesse du monde, justement, n’en foutent pas une rame (et oui, que va faire l’inutile qui quitte Airbus pour mériter 37 millions d’euros : il va prendre sa retraite !).

Du coup, quelle autre solution que de profiter de la productivité accrue et des immenses richesses crées pour assurer un minimum de vie digne à chacun, qu’il travaille ou non ?

Donc oui, l’auteur propose une réflexion salutaire.

Autre grande réussite du roman, la description de la marche des pauvres, encadrée par les gangs de LA, dans les quartiers les plus ostensiblement friqués de LA. C’est le morceau de bravoure du roman, il est réussi, ample, spectaculaire, il a du souffle.

Mais c’est aussi là, en lisant cette fin réussie, que je me suis pris à rêver de ce qu’aurait fait le regretté Ayerdhal d’une telle thématique. Comment il nous aurait planté des personnages, la galerie d’originaux, de membres de gangs, de femmes qu’il vaut mieux de pas chercher qu’on aurait découverte. Comme on aurait trouvé jouissif de vivre avec eux le temps de cette marche, de découvrir quelques pans de leur vie, comme on aurait tremblé pour leurs vies, fêté leurs succès, comme on a vibré par exemple avec les personnages de Rainbow Warriors.

Ici, si la scène d’ensemble est impeccable, il m’a manqué ça, cette incarnation des idées, pour que ce roman passionnant mais parfois un peu aride se transforme en livre bouleversant et enthousiasmant.

A lire quand même, malgré ces regrets.

Pia Petersen / Paradigma, Les arènes / Equinox (2019).

Tuer Jupiter un livre politique ? Pas sûr.

Dans le cadre Toulouse polars du Sud, je participe avec 5 collègues et amis au prix des chroniqueurs, initié l’an dernier par Laurence de Evadez-moi. C’est dans ce cadre que je lis avec un peu de retard, Tuer Jupiter de François Médéline.

MedelineVous avez forcément déjà lu ici ou là de quoi il s’agit : Le 3 décembre 2018 Macron entre au panthéon. Il a été assassiné le 11 novembre. Du 3 décembre 2018 à fin 2017, où se décide l’assassinat, nous allons remonter le temps pour voir, à rebours, comment tout cela s’est passé, et comment et pourquoi les autoproclamés grands du pays et du monde ont réagi.

Alors, suis-je convaincu ? Pas complètement.

Côté positif il y a l’effet de surprise (amoindri il est vrai en lisant le roman bien après tout le monde), une plume alerte, vive, des scènes assez loufoques, une irrévérence envers ceux qui se prennent pour les rois du monde. J’ai lu assez rapidement, souvent avec le sourire aux lèvres. Le recours à Twitter est assez bien vu, certains portraits sont savoureux et il y a des traits d’esprit qui font mouche.

Mais ensuite, je me suis dit : So what ? Et oui. Pour commencer, si en Corée du nord, au Maroc, ou en Arabie Séoudite il doit être assez gonflé d’écrire un livre où on tue le chef, en France, on ne risque pas grand-chose. Mais ce n’est pas grave.

Je ferais deux reproches essentiels au roman.

Tout d’abord sa structure inutilement compliquée. Pourquoi cette marche arrière ? Pourquoi certains détours en cours d’intrigue ? Ca donne une impression de complexité, de construction savante, mais est-ce que ça apporte quelque chose ? Pour moi non.

Et surtout j’ai plus eu l’impression de lire une suite de sketchs qu’un vrai roman structuré. Deux sketchs avec Trump, bien trouvés, mais on sait déjà qu’il n’a pas inventé la machine à dénoyauter les pois chiches comme dit Oppel. Un avec Poutine. Quelques-uns avec le couple Macron, bien gentils d’ailleurs, quelques autres avec les ministres. Une jolie imitation du célèbre François Molins … Mais une série de sketchs, aussi réussis soient-ils ne fait pas un roman, et là ça manque de liant, et même de véritable intention. Ou du moins je ne l’ai pas vue.

Et puis, c’est bien de rendre hommage à Ellroy (même si je trouve dommage d’expliciter la référence en bas de page), et d’écrire une demi-page dans le style David Peace dans Rouge ou mort, mais l’exploit ce n’est pas de tenir une demi-page, c’est d’arriver à faire avaler ce style à un lecteur qui se fiche du foot pendant 500 pages ! Donc c’est sympathique, mais ça souligne quand même l’écart entre les deux auteurs.

Et c’est là qu’on s’aperçoit que, quand au travers du destin d’un homme public (en l’occurrence l’entraineur des Reds de Liverpool) David Peace décrit tout un peuple et toute une époque, avec Tuer Jupiter, François Médéline s’amuse à décrire quelques figures médiatiques qui m’intéressent assez peu. Que restera-t-il du roman quand tout le monde aura oublié les Macrons, Collomb, Larcher et autres Trump ? On pourrait me reprocher de faire cette comparaison qui n’a peut-être pas lieu d’être, mais c’est lui qui l’a cherchée !

Bref, amusant, sans plus. Mais c’est peut-être moi qui suis allergique aux Macron, Poutines et autres emplumés qui trônent ici et là. Plusieurs de mes collègues du prix des chroniqueurs ont vraiment apprécié.

François Médéline / Tuer Jupiter, La Manufacture des livres (2018).

Eric Plamondon au Pays Basque

Après la découverte enthousiaste d’Eric Plamondon avec Taqawan, est venu pour moi le temps de la confirmation : Oyana.

PlamondonMai 2018, Oyana apprend que l’organisation ETA est dissoute, quelques années après avoir renoncé à la lutte armée. Elle décide alors de quitter le Québec et son mari Xavier pour rentrer à Ciboure. Avant elle lui écrit pour lui raconter ce qui l’a amenée au Mexique puis à Montréal, et lui révéler ce qu’elle lui a toujours caché.

Un récit et une rupture qui ne sont pas simples. Et qui sont pourtant moins compliqués que le retour dans un pays quitté 15 ans auparavant.

Pour commencer, dans la lettre d’Oyona, Eric Plamondon retrace superbement l’ambiance d’une enfance et d’une adolescence au Pays Basque et les sentiments vis-à-vis de l’ETA.

Il m’a remis tout ça en mémoire en quelques phrases. Le sentiment de sympathie qui a perduré assez unanimement, même chez des jeunes absolument pas nationalistes (comme moi), et même en général très opposé à toute forme de nationalisme … Une sympathie qui avait pour terreau la résistance à Franco, la mise en orbite de Carrero Blanco et les premiers attentats d’extrême droite du GAL, et qui s’est rapidement évaporée après l’attentat de Barcelone dans le supermarché. Une sympathie affichée, des blagues sur le rôle de l’église dans l’ETA (voir pour les plus jeunes Les phalanges de l’ordre noir de Bilal et Christin), sur les assassinats de guardias civils considérés comme positifs, sur la justification de la lutte armée, avec ses « dégâts collatéraux » … une époque assez difficilement imaginable aujourd’hui.

Pour se faire une idée, aucune soirée festive, aux fêtes de Bayonne ou ailleurs ne se déroulait sans chanter :

« Carrero Blanco ministro naval
tenia un sueño volar y volar
hasta que un dia ETA militar
hizo su sueño una gran realidad

Voló, voló Carrero voló y hasta las nubes llegó »

Et donc avec Oyona, Eric Plamondon m’a fait un peu l’effet de la fameuse Madeleine, qui en l’occurrence serait plutôt un verre de sangria ou de rosé limé (depuis j’ai élevé mes standards alcooliques, et mon foie s’est fragilisé). Et il décrit si bien le plaisir de retrouver l’océan … A croire que lui aussi est un faux québécois et qu’il a vécu son adolescence entre Bayonne et Hendaye …

Ca c’est pour le ressenti très subjectif. Sinon, en peu de pages, il construit très bien son intrigue, insère des pages plus informatives sur la situation en Pays Basque, comme dans Taqawan glisse quelques chapitres en apparence sans lien avec le sujet, tend peu à peu son histoire, et nous embarque avec Oyona, vers un final de plus en plus « polar ».

En chemin il reprend très bien la rhétorique nationaliste et indépendantiste, de façon vivante et pas didactique pour un sou, et la confronte, sans leçon de morale, à la réalité brute des drames, et au ressenti de son héroïne.

Alors c’est vrai, il n’y a pas la surprise du précédent, mois de ces étonnants et rafraichissants changements de directions que dans Taqawan. Pas le dépaysement non plus. Mais j’ai pris un immense plaisir à me retrouver plongé plus de trente ans en arrière.

Pour le plaisir de lecture, et pour ce retour de mes jeunes années, merci monsieur Plamondon !

Eric Plamondon / Oyana, Quidam éditeur (2019).