Archives pour la catégorie Polars français

Jusqu’à plus soif

Quoi de plus naturel que de lire La soif de Pierre-François Moreau en ce début d’été. Un roman qui m’a un peu laissé sur … ma faim.

MoreauLos Angeles. Pas en Californie, juste un carrefour dans une zone industrielle écrasée de chaleur et de lumière en Andalousie. Victor tient une pharmacie. Ses clients sont souvent des camés armés de fausses ordonnances.

Le coin est pourri. Flics ripoux, politiques corrompus jusqu’à la moelle, chômage de masse, sécheresse et tous les trafics imaginables qui passent par-là, entre un Maroc producteur de drogue et une Europe consommatrice. Dans ce coin aride se croisent les mafias russes, albanaises, marocaines, gitanes, bulgares … Et comme si ça ne suffisait pas, voilà un petit privé minable, la peau cloquée par le soleil et la tripe retournée par une chiasse mémorable qui vient mettre à jour un trafic de fausses bouteilles d’eau minérale. Comme si quelqu’un buvait de l’eau à Los Angeles, Andalousie.

Les quelques critiques que j’ai lues sur les blogs sont plutôt élogieuse, pour ma part j’ai trouvé que ce roman ne tient pas ses promesses, essentiellement pour une raison de mauvaise adéquation entre la quantité des thématiques abordées et la longueur du roman.

Pour faire simple, à mon goût, soit l’auteur a voulu parler de trop de choses, soit il a fait un livre trop court. Ce qui fait que tout est effleuré, les personnages ne sont pas creusés, on ne s’y attache absolument pas, les différents trafics sont exposés de façon trop rapide (et pas toujours de façon très claire), les manigances complexes des uns et des autres, gitans, marocains, flics espagnols des différents services, flics d’Interpol … sont décrites de façon tellement rapide qu’on s’y perd et qu’on finit par ne plus s’y intéresser.

Donc, à mon avis, il aurait fallu simplifier et se concentrer sur un thème, ou accepter le risque et l’ambition d’écrire le « Cartel » du sud de l’Espagne. Et là on est entre les deux.

C’est d’autant plus dommage que certains personnages auraient mérités d’être développés, mieux suivis et qu’on sent qu’ils ont l’étoffe pour nous passionner, mais il leur manque de la chair. Et pourtant, entre la vengeance de l’un, le chant de l’autre, la révolte d’une troisième … Sans compter l’action de journalistes pour mettre à jour la corruption des élus, il y aurait eu de quoi faire. A condition de choisir.

Dommage.

Pierre-François Moreau / La soif, La manufacture des livres (2017).

 

Miss Marple chez les porteños

Si je n’avais pas connu Maïté Bernard, et si le roman ne s’était pas déroulé à Buenos Aires, je n’aurais sans doute pas lu Manuel de savoir-vivre en cas de révolution. Et j’aurais eu tort.

Bernard1810, Buenos Aires, vice-royaume du Rio de la Plata. Felicity Jones est spécialiste en savoir-vivre et en bonnes manières. Elle les connaît sur les bouts de doigts, qu’elles soient espagnoles ou anglaises. Cela ne l’empêche pas de crever de froid et de faim avec son petit-fils Felix. Mais même si elle a tout perdu économiquement, elle ne compte pas laisser filer les seules choses qu’il lui reste : son éducation, ses manières et son nom.

Les choses pourraient s’arranger quand elle se trouve chez les Padilla pour une veillée mortuaire. Le corps d’une jeune femme, abattue d’une balle dans la tête se trouve dans la bibliothèque, portes et fenêtres fermées. Et pourtant Felicity est certaine qu’il ne s’agit pas d’un suicide. A la demande de la maîtresse de maison, Felicity et Felix vont s’installer chez Padilla, officiellement pour essayer de donner un vernis d’éducation à la furieuse Luz, seize ans en rébellion contre sa famille, officieusement pour savoir ce qui s’est réellement passé.

Dans un monde en plein bouleversement, où l’Espagne et l’Angleterre se disputent un Rio de la Plata qui commence à se voir libre et indépendant, certains vont apprendre à connaître notre enquêtrice, qui sous des dehors rigides et policés cache un esprit beaucoup plus libre et affuté qu’on ne pourrait le croire.

Délicieux. C’est le premier adjectif qui me vient à l’esprit. Et piquant. Et puis instructif aussi. Et finalement, émouvant. Ca fait pas mal non ?

Maïté Bernard a écrit un « à la manière de ». A la manière d’Agatha, mais avec une miss Marple beaucoup plus intéressante que l’original (du moins que le souvenir que j’ai de l’original). Plus intéressante car plus complexe. Pour le « à la manière de », c’est la façon de mener l’enquête et de réunir tous les coupables potentiels à la fin pour faire surgir la vérité. Comme c’est pleinement assumé, c’est drôle.

Mais là où c’est intéressant, c’est qu’on a un personnage beaucoup moins monolithique qu’on ne pourrait le croire, et que sous des dehors de femme qui accepte et même revendique la place soumise que lui impose la bonne société, Felicity, sans jamais donner l’impression de se révolter, est loin de se laisser marcher sur les pieds, prend les affaires en main, met les hommes à leur place et, comble du comble, essaie d’apprendre à une jeune révoltée qui va droit dans le mur, comment faire de même. Un véritable manuel de savoir-vivre … révolutionnaire.

Tout cela étant raconté de façon fine, et en mettant en avant le rôle primordial de l’éducation et de la lecture comme armes d’émancipation, comment aurais-je pu ne pas adorer ? N’oublions pas l’humour, avec ces magnifiques ouvertures de chapitres qui sont tellement incroyables que je les espère authentiques. Je vous en cite une pour le plaisir :

« En résumé, une jeune fille excentrique, romanesque et instruite ne peut faire une bonne épouse avant un certain âge. Il faudrait un homme d’une patience à toute épreuve ou d’une trempe certaine pour l’amener à apprécier le bonheur de sa véritable place, la seconde. »

Délicieux vous disais-je.

Pour finir, on y apprend beaucoup de choses sur le contexte historique et sociologique des années qui ont précédé les années de guerre d’indépendance de l’Argentine. Et cerise sur le gâteau, un roman qui commence sur le ton de l’humour discret et léger finit avec quelques touches très émouvantes renforcées par la postface où Maïté Bernard explique la genèse du roman.

A lire donc, vous avez le temps, les vacances arrivent !

Maïté Bernard / Manuel de savoir-vivre en cas de révolution, Le passage (2017).

 

Une réédition bienvenue

Je ne vous abandonne pas, mais j’ai dû un peu lire et relire pour préparer mes interventions le week-end dernier dans le cadre du marathon des mots, puis je suis ensuite tombé sur un machin mal écrit que j’ai lâché au bout d’une cinquantaine de pages. J’en ai aussi profité pour me reposer avec pas mal de BD (j’en causerai plus tard) … Bref, j’avais besoin de quelque chose de rapide, facile et bien écrit. Coup de chance, un copain me vante La princesse de crève de Kââ, un des titres réédités par Jérôme Leroy dans sa collection à la Table Ronde. Bonne pioche.

KaaNous sommes au début des années 80. Le narrateur est un truand-tueur qui travaille en solitaire. Il aime les belles voitures, les flingues, Bach, les grands vins et les bons restaurants. Il vient d’intercepter la voiture d’un pigeon qui devait passer la frontière Suisse pour aller planquer 150 000 francs pour le compte d’un marlou parisien. Le passeur est mort, tout devrait bien se passer.

Sauf quand, au repos en Belgique pour se faire oublier, il tombe sur Michelle qui boit du whisky, en attendant son repas. Blonde, sexy, regard magnifique, énigmatique … D’autant plus énigmatique que, lors de leur promenade digestive dans les dunes, ils se font tirer dessus, et qu’il s’avère que Michelle est armée, qu’elle sait se servir de son Astra et qu’elle descend un des tueurs.

Commence une cavale meurtrière, à travers toute la France, une cavale qui réserve bien des surprises à Michelle et à notre narrateur.

Ca fait du bien un bon polar à l’ancienne, dans un monde où on allongeait quelques beignes pour obtenir une information au lieu de pirater un serveur, dans un monde où on pouvait prendre l’avion sans être contrôlé mille fois et repéré grâce à sa carte biométrique. Dans un monde où un tueur et deux belles en cavale pouvaient prendre le temps de s’arrêter dans un bon restau. Un monde qui n’a bien entendu pas vraiment existé (mais un peu quand même) où toutes les femmes sont sexy, libres et dangereuses, où les hommes costauds, solitaires et dangereux, où on pouvait conduire de belles voitures, fumer en buvant de grands vins … on voit parfaitement ce qui plait à Jérôme Leroy dans ce monde d’avant écrit par Kââ.

Ca fait surtout du bien parce que l’auteur mène son affaire tambour battant, sans un mot de trop, sans discours moralisateur, sans la moindre boursouflure, et avec un vrai sens du rythme et de la beauté. On lit d’une traite, sourire nostalgique aux lèvres. Et mine de rien, derrière cette histoire de gens extraordinaires, on devine le portrait de toute une époque que l’auteur n’idéalise aucunement. Vraiment une lecture parfaite pour se reposer, s’amuser ou se remettre de quelques bouquins un peu pénibles.

Kââ / La princesse de crève, La Table Ronde/La petite vermillon (2017).

Gargantua chez les flics belges

J’ai très peu lu Franz Bartelt (et c’est un tort). Mais j’avais beaucoup aimé Le jardin du bossu. Et comme plusieurs blogs disaient du bien de Hôtel du Grand Cerf, je me suis lancé. Avec grand plaisir.

BarteltNicolas Tèque, journaliste pas vraiment débordé par le boulot, accepte de se rendre à Reugny dans les Ardennes belges pour enquêter en vue de faire un film sur des faits vieux d’une bonne quarantaine d’années : Rosa Gulingen, star de cinéma se trouvait avec son amant Armand Grétry à Reugny, à l’hôtel du Grand Cerf pour tourner un film. Après moins de deux semaines de tournage, elle avait été retrouvée, noyée dans sa baignoire. La police avait conclu au suicide.

Un ami et employeur de Nicolas veut tourner un documentaire sur cette fin dramatique et lui demande d’aller interroger les survivants de l’époque. Mais, car il y a un mais, les habitants de ce petit village des Ardennes n’aiment pas parler aux étrangers. Et ce n’est pas l’assassinat, la veille de l’arrivée de Nicolas d’un douanier à la retraite détesté de tous qui va les rendre bavards. D’autant que d’autres drames viennent frapper Reugny, et que l’éléphantesque inspecteur Vertigo Kulbertus qui vient enquêter sur les troubles actuels ne fait pas dans la dentelle.

Hôtel du Grand Cerf est avant tout un vrai plaisir de lecture, une friandise qui met en joie tout en agaçant les dents. Le lecteur jubile tout au long du roman, emballé par le style enlevé, l’humour fin et cruel, la méchanceté assumée des personnages et de l’écriture, l’impression que l’auteur ne s’est rien refusé, rien censuré, et que pourtant, le tout est cohérent et fonctionne, que toutes les fils du récit finissent de former un vrai tableau, là où un auteur moins talentueux nous aurait laissé un vrai sac de nœuds. Parce que tout marche, tout se recoupe, pour le plus grand plaisir d’un flic gargantuesque inoubliable, qui malheureusement prend sa retraite à la fin du bouquin.

Autre grand plaisir, si à la fin les coupables sont découverts, n’allez pas croire pour autant qu’ils seront forcément châtiés, ou du moins, pas de façon très conventionnelle. Là aussi, l’auteur fait preuve d’une inventivité, d’une malice et d’une drôle de morale particulièrement jouissives.

Pour finir, derrière la farce, le portrait d’une petite communauté, liée par les secrets, les mensonges, les cadavres cachés dans les différents placards, une communauté où on s’épie, on se jalouse et on se trompe, mais où on fait face à celui qui vient d’ailleurs, ce portrait est cruel et particulièrement juste.

Un vrai bijou noir particulièrement savoureux qui mêle avec bonheur la finesse de la description à la farce la plus extravagante.

Franz Bartelt / Hôtel du Grand Cerf, Seuil/Cadre noir (2017).

Le retour de Claude Amoz

C’est décidément la période des grands retours. Après Jean-Hugues Oppel, Hugues Pagan ou Hannelore Cayre, voici Claude Amoz qui publie La découronnée.

la decouronee.inddViâtre, une petite ville de la vallée du Rhône. Les frères Mesel ont échangé leur appartement. Guy, complexé, torturé en permanence par une maladie de peau, vient s’installer dans celui de Johan, le scientifique brillant, grand grimpeur qui s’éloigne de la vallée le temps de quelques semaines.

Maïa, leur mère vit dans une ancienne loge de concierge. Elle est venue à Viâtre depuis sa ferme de montagne pour se rapprocher de Johan. Mais aussi pour essayer de retrouver un passé traumatisant.

Camille, seize ans, a des souvenirs très embrumés de disputes entre ses parents, et d’une certaine violence. Sa mère est décédée très jeune, il y a dix ans, et son père vit maintenant avec son ancienne baby-sitter, Zahra, avec qui elle a une relation excellente.

La vieille, grosse et généreuse Habiba règne sur la cuisine du foyer de sans-abris de la ville, et veille sur sa nièce Zahra et sur la jeune Camille.

Parce qu’il ouvre une lettre destinée à son frère, Guy va faire remonter le passé douloureux qui lie toutes ces personnes.

Quel plaisir de retrouver ici Claude Amoz que l’on croyait perdue pour le monde du polar. Et quel plaisir de croiser à nouveau l’incroyable, la généreuse Habiba et tout son petit monde. Même si son rôle est limité, ce pont que l’auteur tend entre ce nouveau roman et Etoiles Cannibales que j’avais tant aimé a immédiatement recréé une complicité que je croyais oubliée.

Et tout aussi immédiatement, j’ai retrouvé le plaisir que l’on a à côtoyer ses personnages : meurtris, abimés, traumatisés par des passés qui se révèlent petit à petit au lecteur. Pour les plus anciens, on pense au moment magique où sur le papier plongé dans le révélateur, la photo apparaît peu à peu dans la lumière rouge du laboratoire. C’est comme ça que se révèlent Guy, Johan, Maïa, Zahra ou Camille. Sans oublier la mystérieuse grande petite dame vêtue de bleu …

Certains secrets sont révélés, pas tous, et tout ne sera pas résolu. Mais entre-temps on ressentira la chaleur, la douleur, des êtres forts se montreront vulnérables, d’autres seront inflexibles dans leur fragilité. C’est émouvant, bouleversant parfois, tellement vrai quand on entend parler Maïa et son français hésitant.

Un vrai bonheur, en espérant ne pas devoir attendre de nouveau quinze ans le prochain.

Claude Amoz / La découronnée, Rivages/Thriller (2017).

Le retour de Pagan

Après Jean-Hugues Oppel, voici un autre revenant, chez Rivages cette fois : Hugues Pagan sort Profil Perdu.

Pagan31 décembre 1979, quelque part dans le nord-est de la France. Il fait froid, il neige, les flics de l’Usine se préparent à une dure soirée. Meunier, flic trop honnête pour être bien vu par le groupe des stupéfiants bien ripoux interroge un dealer connu. Il n’en tire rien, sinon que celui qui sait ce que veut Meunier c’est Schneider, le chef du groupe criminel.

Schneider est inclassable : Ancien d’Algérie, très respecté (à défaut d’être aimé) par ses hommes, craint par tous, flics et voyous, froid et distant, se foutant complètement de sa carrière et de sa hiérarchie. Cette nuit-là Schneider va, un peu contre son gré, à une fête organisée par un notable de la ville, un ami, ancien d’Algérie lui aussi, avec lequel il a des rapports chaotiques.

Cette nuit-là il rencontre Cheroquee, jeune femme qui va le bouleverser. Cette nuit-là va changer les vies de presque tous les flics de la ville. Mais ils ne le savent pas encore.

Un peu comme dans le dernier Hervé Le Corre, mais dans un tout autre style, on a là un très beau travail d’amoureux du roman noir. Parce qu’ici aussi on a l’utilisation de tous les clichés et passages obligés, et leur transformation en or par la grâce de l’écriture.

Flics ripoux, femme fatale, flic solitaire blessé et intraitable. Immédiatement j’ai « vu » la silhouette de Delon jeune dans un film de Melville. Accumulation donc d’images déjà vues et de personnages classiques. On pourrait s’ennuyer ferme, au contraire on se passionne pour cette histoire à la fois intemporelle et totalement ancrée dans son époque.

L’écriture d’Hugues Pagan nous plonge, pour commencer, dans un tourbillon de sensations. On sent le froid, l’humidité, on voit les rues envahies de neige fondue brunâtre, on entend claquer le zippo de Schneider, on sent l’odeur permanente des cigarettes (ce qui ramène les moins jeunes d’entre nous à des voyages en wagons fumeurs, ou à des salles de réunions et des bars enfumés) …

Un auteur qui a le chic pour nous révéler juste ce qu’il faut des personnages, de leur passé, de leurs relations. Juste ce qu’il faut pour que l’on comprenne, un peu, et qu’on s’attache, beaucoup. Mais rien de trop, pour laisser une grande part de mystère, pour qu’ils restent en partie dans le flou. Un flou résumé par cette phrase du seul personnage qui semble connaître un peu Schneider : « Vous ne savez pas qui est Schneider. Personne ne sait qui est Schneider. Ce que je sais, c’est ce qu’il a fait. »

Et finalement, plus que la résolution de l’affaire (ou des affaires), c’est l’attachement aux différents personnages, qu’ils soient de premier plan ou juste esquissés, qui fait qu’on ne peut pas se décrocher du bouquin, qu’on le lit d’une traite. Rien de tel que des clichés bien maîtrisés pour vous prendre aux tripes et ne plus vous lâcher. Et Hugues Pagan les maîtrise à merveille.

Hugues Pagan / Profil Perdu, Rivages/Thriller (2017).

Ingrid Astier sur les toits de Paris

Ingrid Astier se lance dans la Haute Voltige.

astierRanko est le roi de la cambriole. Il escalade en solo toutes les façades de Paris, vole de toit en toit, et pénètre dans les intérieurs les plus riches et les plus haut perchés. Pour le commandant Suarez il est devenu une véritable obsession, le Gecko.

Un jour, pour obéir à son oncle Astrakan, truand de haut vol, Ranko organise, avec d’autres, l’attaque du convoi d’un riche saoudien en route vers l’aéroport. Butin énorme en bijoux, liquide et montres. Mais aussi, Ylana, perdue, sublime, prête à toutes les aventures.

Après un tel coup d’éclat, toutes les polices de Paris sont sur les dents. La partie devient plus dure pour Ranko et Astrakan.

Je me trompe peut-être, mais j’ai l’impression qu’avec ce gros roman, romanesque et romantique, Ingrid Astier a vraiment trouvé sa voie/voix. Et son monde. Un monde « bigger than life » où tous les hommes sont beaux, forts et audacieux, toutes les femmes sublimes, où l’on vole de toit en toit, en apesanteur, loin des contingences, où l’on vit dans un luxe inouï (quitte à ce que cela soit celui des autres), où les personnages sont des mythes, dignes d’entrer dans une BD d’Enki Bilal, une des références permanentes du roman.

Pas de médiocres ici (ou si peu), que du flamboyant, avec du panache, des amours fous, des rêves sans limite, les toits et le ciel de Paris. Ingrid Astier en digne héritière de Dumas magnifie Paris et ses personnages qui brûlent d’une flamme d’autant plus vive que la combustion sera courte.

Si vous voulez du souffle, de l’héroïsme, du beau et du rêve, c’est pour vous. Si vous voulez du terre à terre, du réaliste, du sang dans le boue, attendez ma prochaine chronique polar.

Ingrid Astier / Haute Voltige, Série Noire (2017).