Archives pour la catégorie Polars français

Les cinq sœurs

J’avais beaucoup aimé Le grand jeu de Percy Kemp, j’étais donc content de retrouver son agent secret dans Les cinq sœurs, j’ai été déçu.

Harry Boone est aux anges. Cet agent secret de sa très gracieuse majesté n’est jamais aussi heureux que quand il peut ne rien faire dans un endroit agréable avec sa charmante épouse. Or sous le prétexte un peu fumeux de retrouver avant les islamistes une relique musulmane le voilà locataire d’une maison face à l’Alhambra, à regarder les autres s’agiter.

Malheureusement les meilleurs choses ont une fin, et une menace sur le réseau internet mondial va l’obliger à se bouger, et même, horreur, va faire planer la menace d’un retour à Londres. Heureusement, comme tous les grands fainéants intelligents, Harry a de la ressource.

Ça commençait plutôt bien. Une histoire originale, un ton léger, aussi ironique et détaché que ce cher Harry Boone. Et je ne peux pas dire que ça continue mal, les bifurcations du roman sont intéressantes, la thématique principale, le pouvoir exorbitant des géants d’internet, est on ne peut plus d’actualité (oui vous verrez, on passe d’une relique de l’Islam aux GAFAM).

Alors pourquoi suis-je déçu, Il y a deux raisons à cela.

Tout d’abord je trouve que le roman a manqué d’une relecture un peu critique, et de nombreuses maladresses de style, surtout dans les dialogue avec une multiplication des « dit-il », « disait-elle » … qui alourdissent certains passages. Je sais ce n’est pas grave, mais ça m’a agacé et c’est tellement facile à corriger.

Mais surtout, mettre en scène un dilettante qui passe plus de temps à blablater pour gagner du temps qu’à agir est très délicat. Cela demande, à mon goût, de resserrer le récit pour ne pas lasser. Là je trouve que ça traine et ça se répète. Alors si on a le goût pour les grandes envolées philosophiques et les digressions sur tous les sujets qui passent, on appréciera le roman. Pour ma part, j’ai sauté quelques passages que je finissais par trouver trop bavards.

Chacun ses goûts, vous me ferez peut-être part du vôtre, j’ai vu que le roman avait reçu un très bon accueil dans la presse.

Percy Kemp / Les cinq sœurs, Seuil/Cadre Noir (2023).

Rétiaire(s)

Cela faisait un moment, le plaisir n’en est que plus grand. Voici le dernier DOA : Rétiaire(s).

Nous sommes en France (essentiellement), pendant le second confinement, celui de 2021. Théo Lasbleiz, flic des stups en congé abat devant témoins Nourredine Hadjaj, trafiquant connu des services de police. Amélie Vasseur, gendarme, s’occupe du trafic de drogue dans la région parisienne. Dans son collimateur, entre autres, un clan manouche, les Cerda.

Momo Cerda est en taule, c’est lui le cerveau. Dehors son demi-frère Manu est plus doué pour la violence que pour la réflexion, et Lola, la nièce, fait des études de droit souhaite rentrer dans les affaires familiales.

Ajoutez des rivalités entre renseignements, flics et gendarmes, une juge, des gangs concurrents et une énorme cargaison en provenance de Bolivie via l’Argentine. Secouez, servez chaud.

Facile de parler de ce bouquin. Si vous êtes fan de DOA vous allez adorer, si vous n’aimez pas, n’essayez même pas. Parce que c’est du DOA pur jus.

Dense, documenté, rythmé, sec comme un coup de trique. Il vous faudra faire un petit effort, l’auteur part du principe qu’il s’adresse à des lecteurs capables de concentration et d’attention. Et cet effort sera récompensé mille fois tant vous prendrez plaisir à suivre les différents personnages, à comprendre petit à petit les rouages des luttes, des trafics, des alliances et des rivalités.

Pas de chevalier blanc, ni chez les truands, ni chez les flics, tout le monde en prend pour son grade. Des scènes d’action réglées au millimètre, un beau travail sur la langue, un humour pince sans rire, des dialogues au cordeau, jonglant avec les niveaux de langage, et une maîtrise parfaite de l’intrigue.

Que vous dire de plus ? A garder pour une période où vous n’êtes pas fatigués. Avec une très bonne nouvelle, a priori il devrait y avoir une suite.

DOA / Rétiaire(s), Série Noire (2023).

L’enfant rivière

Une belle surprise et une belle découverte avec L’enfant rivière d’Isabelle Amonou.

2030. le climat s’est déréglé, les tornades se succèdent régulièrement, accompagnées de crues dévastatrices. Le climat social aussi a viré à la catastrophe. Les US sont en pleine guerre civile et les réfugiés sont de plus en plus mal vus au Canada où les tensions entre anglophones et francophones se sont exacerbées.

Il y a 6 ans, à la disparition de leur fils Nathan de 4 ans, Thomas et Zoé se sont séparés, violemment. Zoé continue à le croire vivant et le cherche dans la forêt dans les bandes de gamins, de plus en plus sauvages, qui se cachent de la police. Thomas lui a fui, et refait sa vie en France. Mais la mort de son père le ramène à Ottawa. Les vieilles plaies vont se rouvrir, la folie de Zoé et les traumatismes de sa famille refaire surface.

Voilà une belle surprise. Un roman pas trop long, rythmé, original, des personnages que l’on n’oublie pas. Un roman qui brasse une multitude de thématiques sans jamais lasser ni se perdre. Une projection certes peu gaie mais très plausible dans un futur proche, autant d’un point de vue climatique que social. L’évocation des saloperies de l’état canadien envers les indiens. Une enfance massacrée, la difficulté à se reconstruire …

Sans oublier le portrait frappant de groupes de gamins redevenus sauvages avec un bon coup de couteau à la fameuse innocence de l’enfance. C’est parfois très dur, souvent émouvant, très juste dans le ton. Une vraie belle réussite.

Isabelle Amonou / L’enfant rivière, Dalva (2023).

De femme en femme

Après le Thomas Mullen il me fallait quelque chose de vif. Avec De femme en femme d’Hélène Couturier j’ai été servi.

Ilyas est Kabyle (attention, pas arabe). Il enseigne le Krav-maga. Il déteste sa pourriture de géniteur qu’il n’appelle jamais que l’enfoiré et vénère sa mère. A quarante ans, il est célibataire et tous les week-end sort à Paris, danse, et repart en général passer la nuit avec une femme différente. Si elle veut, car Ilyas est très tatillon sur ce point. Il a un immense respect pour les femmes, beaucoup plus que pour les hommes qu’il trouve assez peu malins, et il ne s’impose jamais.

Ce soir il repart avec Elodie, qui s’avère être flic. Qu’importe. Et pourtant ce soir sa vie va basculer.

Ouf, après le Thomas Mullen donc ça fait du bien. Deux cent pages (un peu moins). Ecriture vive, quelques dialogues, des paroles de chanson et la voix d’Ilyas le narrateur. Hélène Couturier trouve la distance parfaite. Ce qui commence comme une chronique se tend, petit à petit, et le malaise s’installe. Quant au final, je n’en dit rien, sinon que ça secoue.

Bref, vif, bien noir, tout ce que j’aime.

Hélène Couturier / De femme en femme, Rivages/Noir (2023).

Bois-aux-renards

Un des romans très attendus de cette rentrée 2023 c’est bien évidemment le dernier Antoine Chainas :  Bois-aux-renards.

Quelque part dans le sud des Alpes, une route abandonnée depuis les années 30, la Voie des cols. Malheur à qui s’y aventure. Dans les années 50, un accident, toute la famille meurt, sauf une petite fille. Plus de trente ans plus tard, dans le coin, une gamine un peu en marge Anna, se promène seule. Un couple, Yves et Bernadette, profitent de leurs vacances pour trucider des autostoppeurs isolés.

Et dans le Bois-aux-renards qui entoure la route, une communauté vit en marge de la société de consommation. Et puis il y a ces contes autour d’un puits, d’une tour, et de femmes renards … tous les éléments du drame sont en place. Moteur.

Envoutant et dérangeant, comme ces cauchemars horribles non dépourvus d’une beauté vénéneuse dont vous ne pouvez pas vous extraire. Tel est le dernier roman d’Antoine Chainas.

Si vous connaissez l’auteur, vous savez forcément que ce ne sera pas aimable, que cela ne ressemblera à rien que vous ayez lu auparavant, même et surtout sous sa plume, mais que vous allez vous faire embarquer sans rémission. Sinon vous savez maintenant à quoi vous attendre.

Dès les premières lignes on sait que ça finira forcément mal, mais on ne sait pas encore comment et pour qui. Puis on se fait happer par la forêt, par les contes, par la chaleur poisseuse, mais également par la beauté des jeux de lumière ou de l’apparition d’un renard ou d’un oiseau.

L’écriture est d’une extrême richesse, qui vous oblige parfois à ouvrir votre dictionnaire mais sans jamais être pédante. Si ce mot est là, c’est qu’il n’y en avait aucun autre possible.

On brasse des multitudes de thématiques, de la relation de l’homme à la nature à la société de consommation, en passant par le rapport au divin et à la maternité. Mais surtout l’auteur campe des lieux et des personnages à jamais inoubliables. Tout en instaurant une ambiance et une tension qui font passer les plus de 500 pages en un éclair.

Encore une réussite magistrale, ça valait le coup d’attendre.

Antoine Chainas / Bois-aux-renards, La Noire (2023).

Le mur grec

Un nouvel auteur à l’Atalante, Nicolas Verdan : Le mur grec.

Evangelos est agent des services secrets (si j’ai bien compris) à Athènes, bientôt à la retraite. Alors qu’il pense pouvoir laisser couler tranquille tout en profitant de son bar préféré, il est appelé à Evros, à la frontière avec la Turquie, là où passent les migrants. On a retrouvé une tête coupée, et ce n’est pas celle d’un étranger.

Dans une zone très sensibles, où les agents de Frontex côtoient avec des frictions les flics grecs, son enquête va être largement téléguidée par des intérêts qui le dépassent.

J’aurais beaucoup aimé être emballé par ce roman, et pourtant non.

J’ai souvent vu attribuée au maître Elmore Leonard la maxime suivante : « Si ça a l’air écrit, je réécris ». Je ne sais pas si c’est vraiment de lui, mais cela pourrait tant son écriture parait couler de source, la simplicité même. Et sauf de rares exceptions, c’est ça que j’aime. Disons qu’à mon goût Nicolas Verdan aurait dû réécrire …

Et c’est bien dommage parce que le fond est passionnant : la peinture de cette frontière, de la situation des migrants et des flics qui la surveillent est atroce et pour cela salutaire. Celle de la corruption en Grèce est affligeante, et tout aussi nécessaire. La vague allusion au passé de certains flics, obligés de vivre avec des faits qu’ils se reprochent encore des années après la fin de la dictature est sensible et intéressante. La description, trop rapide, des troubles actuels et de leur répression bien utile au lecteur français …

On le voit, beaucoup de thématiques, dont certaines à peine abordées ou effleurées, et à côté de ça des digressions, des effets de styles qui, à mon goût très personnel, n’apportent rien au récit, et ont même eu l’effet contraire de me sortir de l’histoire qui, au contraire, redevient agréable à suivre quand elle retrouve une certaine simplicité.

En résumé, un roman qui a mon goût aurait gagné, soit à être simplifié pour aborder moins de thématiques, soit à s’étoffer pour les développer comme elle le méritaient, et où l’écriture aurait gagné à viser à plus de simplicité. Mais un roman également qui parle de thèmes passionnants et peu présents dans le paysage du roman noir. Comme un goût de rendez-vous manqué.

A noter que mon avis n’est pas partagé par toute la toile où j’ai lu quelques chroniques beaucoup plus convaincues.

Nicolas Verdan  / Le mur grec, L’Atalante/Fusion (2022).

Gueules cassées

Un grand format chez In8, et un beau titre, Gueules cassées de Dominique Delahaye.

Bord de Seine quelque part en banlieue. Julien, Cindy et Simon vivent dans une péniche, petits boulots et galères. Leur copain Issa est souvent avec eux mais vit avec sa famille dans une des barres voisines. Une sœur qui bosse, un frère qui veut enregistrer un album et un autre, le plus jeune, qui tourne mal, se mettant au service du caïd du coin, Kodama.

Et autour de la zone désaffectée qui attise les convoitises, un architecte prêt à tout, de l’argent sale en quête de blanchiment, des politiques tiraillés entre les réels besoins de la collectivité et les pots de vin qui pourraient assurer leur réélection. Une situation explosive, ne manque plus que l’étincelle.

Je ne vais pas prétendre que l’on a là le polar de l’année, mais c’est du bon boulot solide. Le lieu et les enjeux associés sont bien décrits, les personnages attachants, décrits avec beaucoup d’humanité et de tendresse, sans cacher leurs contradictions et leurs failles. L’intrigue se déroule bien, sans concession ni à un happy end forcé, ni à une noirceur exagérée.

Ajoutez quelques scènes bien rudes et d’autres très émouvantes et vous avez un très bon polar social, qui ne cache pas ses valeurs mais ne fait jamais passer le message au détriment de l’intrigue ou des personnages. Que demander de plus ?

Dominique Delahaye / Gueules cassées, In8 (2022).

Paysages trompeurs

Je ne connaissais absolument pas Marc Dugain qui a pourtant déjà une longue et belle carrière. Je le découvre avec Paysages trompeurs, un vrai régal.

Une mission pour libérer des otages en Somalie se solde par un fiasco complet. Les otages morts, le commando décimé. Seul Ben survit, mais il décide de disparaître. Son seul ami, un producteur de documentaires, ancien militaire, parfois utilisé par les services secrets français semble bien être le seul à le regretter.

Jusqu’à ce que Ben le contacte pour lui demander de l’aide. Et que s’enclenche une machine infernale.

La première chose à dire, est que l’écriture, le sens du rythme de Marc Dugain font qu’on ne lâche plus le bouquin une fois qu’on l’a ouvert. Chapitres courts, écriture limpide, avec cette simplicité si difficile à atteindre, sens du rythme, maîtrise des flashbacks. Les scènes d’action sont aussi sobres qu’efficaces, l’intrigue est tordue à souhait, avec des enchaînements de retournements de situation, comme il se doit dans un bon roman d’espionnage.

L’auteur ne cherche pas à coller à la réalité du travail d’espion ni à la minutie dans sa description chères au maître John Le Carré, il nous régale de scènes plus « grand public », tout en évitant les outrances hollywoodiennes à la James Bond.

Un vrai pied de lecture au premier degré. Mais ce n’est pas tout. Sans prêchi prêcha, et sans jamais lasser le lecteur, au détour d’un chapitre, Marc Dugain se sert de son histoire pour éclairer les recoins les plus obscurs de la géopolitique, et braquer son projecteur sur un certain nombre de maux qui ronge notre joli monde, quels que soient les pays, du nord au sud, de l’est à l’ouest. Tout le monde en prend pour son grade, et ce qui ressort c’est la prédominance du fric, du fric et encore du fric, qui nous amène droit dans le mur climatique.

Donc en plus d’être très divertissant, c’est intelligent. Que vous faut-il de plus ? Une suite peut-être ?

Marc Dugain / Paysages trompeurs, Gallimard/Espionnage (2022).

Les sentiers obscurs de Karachi

Olivier Truc quitte le grand nord pour Les sentiers obscurs de Karachi.

Le 78 mai 2002, un attentat devant l’hôtel où logent les ingénieurs et techniciens français de la Direction des Constructions Navales (DCN) qui travaillent au transfert de technologie et à la livraison de 3 sous-marins au Pakistan fait des dizaines de blessés et 14 morts, dont 11 ingénieurs français.

20 ans plus tard, alors qu’à Cherbourg on prépare les commémorations, les victimes savent que la vérité ne sera jamais faite sur cet attentat. L’enquête a révélé tout un système de corruption en France, mais les véritables coupables n’ont pas vraiment été recherchés. Jef Kerral, jeune journaliste au canard local, fils d’un employé de la DCN, et ami du fils d’une des victimes, Marc Dacian, qui a survécu, décide de partir sur place, rencontrer un ancien ami pakistanais de Marc, Shaheen Ghazali. Peu de temps avant l’attentat Shaheen avait mis Marc en garde en lui disant qu’il se tramait quelque chose de louche.

A Karachi il va vite se rendre compte qu’il est plus dangereux d’enquêter sur les services secrets pakistanais à Karachi que sur la fête du cidre à Cherbourg.

Roman intéressant, mais à mon avis moins abouti que les précédents romans de l’auteur. Et cela tient, à mon goût, à des personnages auxquels on croit moins et auxquels on s’attache moins qu’à ceux de Klemet et Nina. J’ai tout d’abord eu un peu de mal à croire à celui de Jef Kerral, spécialiste des fêtes dans les EPHAD locales qui, d’un coup, part enquêter à Karachi comme un vrai baroudeur. Et celui de Sara, sur place, aurait mérité d’être plus fouillé, c’était celui qui pouvait s’avérer le plus intéressant. Pour finir, les personnages secondaires manquent de complexité, trop tout blanc ou tout noir. Même si le méchant de service est assez réussi, ce qui, on le sait tous, est absolument indispensable.

Ceci dit le roman se lit quand même avec plaisir. La découverte de Karachi au travers du double regard du candide Jef et de la locale Sara est intéressant. Ce que l’on apprend de cette affaire pour le moins trouble est passionnant, et la résolution de l’intrigue arrive à être assez éclairante tout en ne recherchant pas le scoop improbable.

Intéressant donc surtout sur le fond, sans être le polar de l’année.

Olivier Truc / Les sentiers obscurs de Karachi, Métailié (2022).

Une petite société

Deuxième roman de Noëlle Renaude chez rivages, Une petite société.

Une grande maison, anachronique dans un quartier qui a beaucoup changé. En face une usine de biscuits. Dans la maison, une famille étrange. Un homme âgé et élégant, deux jeunes femmes, un enfant handicapé, Tom. Puis les uns meurent, les autres disparaissent, d’autres font leur apparition. En face, depuis sa fenêtre, Louise qui travaille à la compta imagine, soupçonne …

Quand Tom devenu ado « enlève » la fillette des voisins c’est le chaos. Viendront les flics, une assistante sociale. Et Louise se perd dans ses soupçons et ses suppositions. Ils sont nombreux à essayer de comprendre cette famille, ils ont eux aussi leurs histoires. Et au final, qui pourra bien savoir la vérité, toute la vérité ?

Je n’ai absolument rien d’objectif à reprocher à ce roman. Toujours de façon objective, il est même excellent. Noëlle Renaude parvient parfaitement à rendre ces vies ordinaires, Louise qui s’invente des histoires à partir de faits anodins, essentiellement pour occuper sa vie terne, des vies où il ne se passe rien ou presque. La construction est habile, les passages d’un point de vue à un autre donnent du rythme et de la variété, l’écriture teintée d’humour léger est en accord avec le propos. La description du personnage de Tom est particulièrement réussie, on le voit, on comprend ses joies et ses angoisses.

Mais, car vous sentez qu’il y a un mais, sur la longueur, pour le dire très schématiquement, ça ne m’intéresse pas. Je reconnais que c’est fin, intelligent, bien écrit, mais très personnellement, ce n’est pas ce que je recherche quand j’ouvre un roman. Je veux plus de bruit et de fureur, plus de tension, quelque chose qui sorte un peu plus de l’ordinaire. La description, aussi réussie soit-elle de vies vides ne m’intéresse pas. Au début ça marche, j’accroche à la présentation des différents protagonistes, puis je me lasse.

J’avais eu le même problème avec son précédent roman, Les abattus, c’est bien écrit, bien construit, mais ce n’est pas pour moi.

Noëlle Renaude / Une petite société, Rivages (2022).