Archives pour la catégorie Polars français

Rencontre avec Dominique Forma

Une première (pour moi) à venir samedi. Bien que je sois complètement saturé de télétravail, de réunions virtuelles et autres ersatz inodores, incolores et sans saveur, pour rire, j’ai accepté de tenter l’aventure d’interviewer Dominique Forma à distance.

C’est son éditeur La Manufacture qui organise le bidule. Ce sera samedi prochain à 11h00, juste avant l’apéro.

Je vous attends nombreux, soyez à l’heure, et j’espère que ce sera distrayant, un peu de soleil et de moiteur en cette période sinistre.

« Rencontre avec Dominique Forma à l’occasion de la parution de Manaus
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Manaus

Difficile d’enchaîner après Betty. Il faut complètement changer de registre. Du raide et sec, style trou normand. Coup de chance, j’avais ce qu’il faut sous la main, Manaus de Dominique Forma.

Sa mission : profiter du voyage de De Gaulle en Amérique Latine pour aller en Argentine, et là, dans le nord-est du pays, tuer un ancien de l’OAS. Il pense ensuite retourner en France. Mais les ordres changent.

Il doit se rendre à Manaus, récupérer un dossier. En fait de dossier, c’est son passé qu’il va trouver, un passé récent, de quand il était soldat, en Algérie.

Court, sans empathie aucune, ni pour le narrateur passé de soldat à exécuteur, toujours aux ordres de l’état, ni pour les malheureux qu’il va croiser plus ou moins longuement, sec comme un coup de trique, ce qui est un exploit dans la moiteur de Formosa puis de Manaus.

Dominique Forma maîtrise son récit, n’en dit jamais trop et sans pitié pour ses personnages nous fait transpirer du côté de la forêt amazonienne. Les scènes d’action sont millimétrées, la confrontation finale tendue à souhait, un vrai plaisir.

Un récit d’aventure ristretto, noir et serré. Et la couverture est superbe.

Dominique Forma / Manaus, La Manufacture des livres (2020).

Les nuits rouges

J’avais été assez gêné par plusieurs aspects de L’alignement des équinoxes de Sébastien Raizer pour ne pas poursuivre sa trilogie. Comme j’ai vu que Les nuits rouges était différent, et que je suis curieux, j’ai essayé de nouveau. Je crois qu’il va falloir que je conclue : je ne suis pas compatible avec l’univers de cet auteur.

Quelque part en Lorraine un crassier révèle le cadavre d’un homme qui attend là depuis quarante ans d’être découvert. C’est celui de Gallois, un syndicaliste qui s’était illustré au moment des premières luttes contre la désindustrialisation de la région, et que l’on croyait parti loin avec une autre femme que la sienne.

Pour Dimitri et Alexis, qui avaient 9 ans à l’époque, cette révélation de la mort de leur père, visiblement assassiné, remet des années de croyance d’abandon en question. Alexis, banquier au Luxembourg pourrait vivre avec. Pas Dimitri, camé, qui décide de tuer son dealer et de faire des recherches pour venger leur père.

Aux commandes de l’enquête, Keller, nouveau commissaire adjoint, Faas, un flic complètement hors de contrôle, et l’ombre de Metzger, ancien commissaire à la retraite qui continue à tirer les ficelles. En cet été caniculaire le jeu de massacre peut commencer.

Je regrette de ne pas avoir été convaincu, d’autant plus qu’il y a des passages qui m’ont emballé. Mais j’ai eu l’impression de lire plusieurs ébauches de roman, qui m’ont fait penser à plusieurs auteurs, sans qu’aucune ne soit réellement poussée au bout.

Je ne vois pas bien pourquoi mélanger l’histoire de la désindustrialisation, des mensonges des politiques, des trahisons de certains syndicalistes, avec cette petite histoire de dealer assassiné et de contrôle du trafic par des flics. Le lien me parait artificiel, et à mon goût aucune des deux thématique n’est vraiment creusée comme elle l’aurait mérité.

On a une histoire à la Dominique Manotti, avec l’enquête que mène Dimitri, et une autre avec des personnages à la James Ellroy avec ces deux flics qui contrôlent la criminalité de la ville. Mais on ne va pas ou bout des ressorts de l’affaire industrielle comme l’aurait fait Manotti, et les deux grands méchants ne sont pas aussi crédibles, ni aussi effrayants, que le fascinant Dudley Smith auquel ils m’ont fait penser.

Au résultat, malgré quelques pages puissantes quand Faas part vraiment en roue libre, ou intéressantes quand il décortique les mécanismes de la chute de la région, ce roman a surtout suscité chez moi de la frustration. Frustration de ne pas aller au bout de ce qu’il promet, d’un côté ou de l’autre.

Sébastien Raizer / Les nuits rouges, Série Noire (2020).

Fin d’exploitation

Je ne connaissais les éditions In8 qu’au travers de leurs nouvelles (souvent excellentes d’ailleurs), je découvre un très bon roman noir : Fin d’exploitation de Denis Flageul.

Quelque part dans la campagne bretonne, loin de l’océan. Goulven est revenu au pays, en disposition de l’éducation nationale. Il retape une vielle bâtisse, au-dessus de la ferme de ses potes Fabien et Laura, et attend avec impatience les rares dimanches où il a le droit de voir son fils.

Fabien et Laura eux sont au bout du rouleau. Les emprunts, les intérêts, la banque qui les harcelle et les incite à emprunter encore plus, soi-disant pour augmenter la rentabilité. Plus ils travaillent, plus ils perdent d’argent avec leur élevage.

Dans un coin de sa propriété, Gouven a autorisé deux jeunes, anciens élèves, à loger dans une caravane, mais c’est normalement interdit, et le lieu pourrait être utilisé par ses voisins. En parallèle dans la région, une série de braquages dans des succursales de banques met les gendarmes sur les nerfs.

Une situation explosive qui n’attend que l’étincelle qui va tout faire péter.

Voilà, pas forcément besoin d’aller dans les Appalaches, ou de coller un bandeau racoleur « polar breton » (ça marche avec toutes les régions, bien entendu) pour publier un excellent roman noir, rural, à lire partout, pas seulement en Bretagne.

C’est poisseux, on s’enfonce dans des emmerdes à répétition dont on sent bien qu’elles ne peuvent qu’amener au drame. Dureté de la vie paysanne, désespoir d’hommes et de femmes qui se voient atteints dans leur fierté, qui ont l’impression que chaque mouvement ne peut que les enfoncer un peu plus dans les sables mouvants financiers. Un désespoir qui mène à l’alcoolisme, à l’isolement, au déchirement familial, au drame.

Et pourtant, quelques pages arrivent à rendre la beauté des champs couverts de givre, des nappes de brumes sur les bois, mais ce sont de très rares rayons de lumière dans un roman sombre, qui sonne juste, sans pathos inutile, mais sans concession.

Un très beau rural noir.

Denis Flageul / Fin d’exploitation, In8 (2020).

Le réveil de la bête

Un nouveau venu à la série noire : Jacques Moulins avec Le réveil de la bête.

Deniz Salvère, d’Europol pense qu’un nouveau terrorisme est en train de se structurer en Europe avec le rassemblement de divers mouvements d’extrême droite. Mais difficile de convaincre ses chefs de monter des dossiers qui sont souvent à la limite entre politique, même extrémiste (avec interdiction d’y toucher) et terrorisme (terrain de jeu d’Europol).

L’assassinat à Paris de Maryam Binebine, informatrice de Salvère, va peut-être changer la donne, à condition de trouver rapidement le coupable et de le relier aux réseaux que cible son équipe.

Excellent premier roman, auquel, pour se débarrasser de ça, il manque pour passer de très bon roman à roman enthousiasmant un peu de souffle et d’épaisseur pour les personnages principaux que l’on est forcément amenés à revoir, la fin étant assez ouverte. Ce sont les personnages « secondaires » qui sont le mieux fouillés et avec lesquels, paradoxalement, on partage le plus d’émotion ; en particulier celui de Milosz, jeune slovaque perdu qui va travailler avec des groupes d’extrême droite en Allemagne.

Sinon la construction est impeccable, risquée mais parfaitement réussie. On passe sans cesse d’un personnage à l’autre sans que jamais l’auteur ne nous perde. Les différents milieux dans lesquels se déroule l’intrigue, des combats d’influence au sein d’Europol aux bars populaires du nord de Paris sont très bien décrits, l’intrigue est rythmée, l’écriture claire dispense ce qu’il faut d’informations pour nous éclairer sans jamais pontifier ni sembler faire la leçon. Jacques Moulins sait présenter de l’information mais ne la fait jamais passer avant son histoire et n’en fait pas des tartines.

Passage du travail de journaliste au travail d’écrivain parfaitement négocié donc pour un roman ambitieux, complexe sans être compliqué. On ne peut s’empêcher de se demander où est la limite entre les faits mis à jour par le journaliste et l’imagination fertile du romancier. Un peu effrayant et vivement la suite.

Jacques Moulins / Le réveil de la bête, Série Noire (2020).

Entre fauves

Après un roman guyanais, Colin Niel nous balade entre Pyrénées et désert namibien dans Entre fauves.

Charles est un vieux mâle. Chassé par deux jeunes du groupe dont il était le dominant, il survit dans le désert namibien. Pour son malheur il a attiré l’attention des hommes en dévorant leurs chèvres et leurs vaches. Le gouvernement va donc autoriser, exceptionnellement qu’il soit « prélevé ». L’occasion de faire venir des touristes prêts à payer un prix d’or pour la carcasse d’un lion.

Kondjima, jeune homme Himba, fils d’un pasteur pauvre et méprisé, amoureux fou d’une belle promise à quelqu’un de bien plus riche que lui. Kondjima rêve de tuer le lion qui a tué les chèvres de sa famille, pour conquérir la belle.

C’est Apolline Laffourcade, 20 ans, étudiante en droit à Pau, fille à papa fortuné, chasseuse à l’arc qui se fera offrir ce cadeau royal par son papa gâteau si fier de sa fille qui chasse mieux que les hommes.

Quand Martin, garde du parc des Pyrénées en vallée d’Aspe découvre sur internet la photo d’une jeune femme fière du lion qu’elle a abattu, il voit rouge. De plus en plus dégoutté par l’inaction des politiques et de ses chefs face à la destruction programmée de la nature, avec un petit groupe, ils ont décidé de passer à des actions plus violente contre les chasseurs et autres destructeurs. Cette conne sera sa prochaine victime.

Pour la première fois avec Colin Niel j’ai eu un peu de mal à entrer dans le roman. Sans doute la faute de deux personnages qui m’ont repoussé. Martin, aigri, dont on aimerait partager les convictions (dont d’ailleurs on partage pas mal d’analyses), mais tellement agressif et misanthrope, tellement aigri, qu’il arrive à créer autant de rejet chez le lecteur que chez ses collègues. Et Apolline, complètement inexistante dans le début de roman, comme une gentille fille qui fait ce qui fera plaisir à son cher papounet qui est un gros con jovial typique du sud-ouest, avec une bonhommie, une tchatche et une bonne humeur qui cachent pas mal de vide, voire de connerie.

Heureusement il y a Charles et Kondjima. Puis le roman avançant, la tension monte, Martin plonge dans la folie, devenant plus intéressant, Apolline gagne en épaisseur, et on termine sur une très belle construction qui vous fait lire les derniers chapitres en apnée.

Une belle réussite au final, qui rend tout un peu plus complexe que les schémas manichéens habituels, et ça c’est très bien.

Colin Niel / Entre fauves, Rouergue Noir (2020).

Le bal des absents

Je connais mal l’œuvre de Catherine Dufour, mais j’avais beaucoup aimé Le goût de l’immortalité. La voir éditée dans une collection polar ne pouvait qu’exciter ma curiosité. Et je n’ai pas été déçu par Le bal des absents.

Claude est arrivée au bout du bout. 40 ans, pas de boulot, pas de vie de couple, expulsée de son appartement. Alors quand un avocat américain la contacte pour qu’elle aille enquêter sur la disparition d’une famille, quelque part dans une campagne paumée, elle accepte. Elle sera logée dans la demeure où on a vu en dernier la famille en question, et touche 1000 euros pour commencer.

Une aubaine, et Claude ne peut pas se permettre d’être trop regardante. Et elle arrive au « Logement de tante Colline ». Il ne faut quand même pas oublier que dans ce manoir, une famille de 7 personnes a disparu.

Autant avertir le lecteur tout de suite, même si ce roman parait dans la collection cadre noir du seuil il y a de vrais morceaux de fantastique dedans. Donc si vous êtes résolument allergiques à tout ce qui n’est pas 100 % rationnel, ce n’est pas pour vous.

Pour les autres, vous allez commencer par vous régaler avec l’écriture de Catherine Dufour. Humour noir, au vitriol parfois. Dans un autre genre, le style vachard d’Hannelore Cayre. Un petit exemple, dès le début du roman :

« Les liens affectifs dont elle disposait étaient du genre à tolérer la distance : quelques anciennes collègues avec lesquelles elle échangeait des chats sur Facebook, et une nichée de cousins-cousines éparpillée autour de Vitry-le-François. Elle n’avait pas d’autre relations, et surtout pas sexuelles. De plus, suite à un épisode pénible, elle s’était fait ligaturer les trompes. Pour finir, elle était allergique aux poils de chat. Tout cela, bien qu’assez mélancolique, la laissait libre de toute attache. »

J’adore, je me suis régalé tout au long du roman et j’avais envie de noter au moins une phrase par page. Mais je suis fainéant …

Ensuite l’histoire, particulièrement réjouissante. Bel hommage à la littérature et au cinéma fantastique, dans lesquels Claude va aller chercher les solutions pour se débarrasser de l’horreur qui la guette dans le manoir. Hommage parfois moqueur, souvent sincère. Les scènes d’horreur sont particulièrement réussies, mélange de tension flippante et d’un léger second degré absolument délicieux. Le récit est d’une totale cohérence d’un bout à l’autre. Et certains affreux meurent de façon résolument satisfaisante.

Mais ce qui fait de ce roman bien plus qu’une bonne histoire avec un personnage attachant, c’est que Catherine Dufour en profite pour régler son compte avec notre société et la façon particulièrement dégueulasse qu’elle a de se débarrasser de ceux qui ne lui rapportent pas assez. Là encore, c’est taillé au scalpel, c’est sanglant, méchant et tellement juste. Et la description des horreurs vécues, non à cause d’une improbable créature, mais à cause de la façon dont on réduit à une pauvreté épuisante et dégradante des femmes comme Claude est bien plus dure, effrayante et émouvante que toutes les attaques du fameux clown du King. Magistral.

Quant à la fin, elle est tout simplement géniale, et je suis prêt à offrir à celui qui la devinerait avant le dernier chapitre son poids en cacahouètes. La conclusion parfaite d’un roman rageur et enthousiasmant.

Catherine Dufour / Au bal des absents, Seuil/cadre Noir (2020).

Ce qu’il faut de nuit

Les blogs polar en ont déjà parlé, c’est une des découvertes de la rentrée : Ce qu’il faut de nuit de Laurent Petitmangin. C’est mon tour.

En Lorraine, aujourd’hui. Le narrateur, qui travaille à la SNCF élève seul ses deux fils depuis la mort de « moman » après une agonie de trois ans, cancer. Il fait ce qu’il peut. Se débrouille pour qu’il y ait à manger, essaie, autant que possible de les pousser à l’école.

Ca a été difficile pour Fus, l’ainé, 13 ans au moment de la mort de sa mère. Alors il va le voir quand il joue au foot, et espère qu’il s’en sortira. Il y arrive mieux avec Gillou qui ira à Science Po, à Paris. Et puis Fus commence à fréquenter des infréquentables, proches du FN, alors que papa est encarté au PS et a toujours été syndiqué. Les relations se tendent. Reste le foot, les matchs de Metz, le lien indestructible entre les frangins. Jusqu’au drame.

Sacré découverte et sacré claque. Dans un style d’une fausse simplicité admirable, qui colle à la voix off du narrateur l’auteur déroule une vie qui mène au drame. C’est à la fois pudique et bouleversant. Comme dans Les feuilles mortes (sur un autre registre) du grand Thomas Cook on ne peut pas s’empêcher de gamberger et de se demander comment on aurait réagi à la place du père.

Sobre, sans éclats de voix chez ces gens qui parlent peu (on est loin des engueulades homériques de Marius et Jeannette, et c’est une partie du problème), tout en retenu, on ne juge jamais, on arrive à ressentir la gêne, la douleur d’une distance qui se crée alors que le père et le fils s’aiment toujours, la capacité des deux frères à passer outre …

On est happé par ce quotidien par la force de l’écriture, de l’évocation, des sentiments. Et la fin vous balance une très grosse claque. Magistral.

Laurent Petitmangin / Ce qu’il faut de nuit, La Manufacture des livres (2020).

Ici finit le monde Occidental

Un titre et une couverture intrigants. J’ai essayé Ici finit le monde occidental de Matthieu Gousseff.

Comment Thomas, jeune homme un peu rond, un peu mou, cheveux longs et gras, content de son boulot dans une animalerie se retrouve-t-il attaché à une chaise, torturé par un militaire parti en vrille ? Quel rapport cela a-t-il avec son nouveau boulot dans les locaux d’Atlantest, à Brest, où on teste des médicaments sur les rats ? Et d’ailleurs c’est qui ce militaire ? Et où est donc parti son patron ?

Réponses à toutes ces questions dans Ici finit le monde occidental de Matthieu Gousseff. Roman qu’il vous faudra lire jusqu’au bout pour comprendre le titre.

Il y a du bon dans ce roman. La phrase a du rythme, l’humour n’est pas absent, la description de Brest ne manque pas d’intérêt.

Malheureusement, à mon goût, il lui manque du travail. Du travail essentiellement pour simplifier. Simplifier une construction inutilement complexe qui en devient confuse. Elaguer pour éliminer certaines intrigues et thématiques secondaires qui n’apportent pas grand-chose à l’histoire principale. Et ensuite développer un peu certains caractères qui se révèlent essentiels ou certaines scènes qui auraient mérité une meilleure attention.

Dommage car on sent qu’il en reste sous le pied, que ce roman aurait pu être beaucoup plus abouti tant certains dialogues et certaines scènes fonctionnent bien. Mais c’est trop dilué dans une construction confuse. Comme un jongleur qui voudrait lancer en l’air trop de quilles, et finit par en laisser tomber quelques-unes.

A suivre quand même s’il y a un prochain roman.

Matthieu Gousseff / Ici finit le monde occidental, La Manufacture des livres (2020).

Soleil de cendres

Je découvre Astrid Monet avec un roman catastrophe, Soleil de cendres. Et je ne suis pas vraiment convaincu.

Dans un futur plus ou moins proche, l’Europe crève de chaud, l’eau est rare, les lacs sont à sec. Marika qui vit sur la côte atlantique avec son fils Solal de 7 ans revient pour la première fois depuis la naissance de Solal à Berlin où vit le papa Thomas, un homme de théâtre. Alors qu’elle a laissé le père et le fils faire connaissance, une éruption volcanique et un tremblement de terre transforment Berlin en décor de film catastrophe. En plein chaos Marika part à la recherche de son fils.

Je n’ai rien à reprocher à l’écriture du roman, et l’évocation d’une Europe suffocant de chaleur est assez convaincante. La description de Berlin est belle, elle donne envie d’aller visiter une ville qui semble libre et animée.

Mon problème est que l’auteur n’a pas réussi à me faire croire à son histoire. Et pourtant, si c’est bien emballé je peux marcher, croire le temps d’un roman à un monde porté sur le dos d’une tortue, au retour de requins préhistoriques, ou à un créateur d’émissions de télé poubelle qui a des états d’âme. Mais là je n’ai cru à quasiment aucun des ressorts de l’intrigue. Ni le volcan, ni le tremblement de terre, ni la façon violente dont est gérée l’évacuation, rien.

Et ça m’a totalement sorti du récit, et m’a désintéressé de la recherche de Marika (en plus je me doutais bien de comment ça allait se terminer). Je crois que je n’ai pas non plus été convaincu par la relation d’amour exclusif, limite maladif entre la mère et son fils. Autant Vanda m’a bouleversé, autant là je suis resté de marbre.

Pour résumer, malgré une belle écriture et un décor intéressant, je n’ai ni saisi, ni embarqué par ce Soleil de cendres.

Astrid Monet / Soleil de cendres, Agullo (2020).