Archives pour la catégorie Polars grands-bretons

Une étude en noir

On entre en léthargie avant les sorties de janvier. L’occasion de ressortir un recueil du maître John Harvey qui trainait depuis des lustres sur ma table de nuit : Une étude en noir.

On va découvrir Jack Kiley, ancien footballeur professionnel éphémère, ancien flic dans la police londonienne, devenu privé qui vivote avec une petite affaire de temps en temps. On va retrouver Franck Elder au moment où il quitte Londres, encore avec sa femme et sa fille. Et on va retrouver Charles Resnick à Nottingham, à différents moments de sa vie, souvent avec Lynn, toujours avec ses chats.

On va suivre quelques musiciens de jazz anglais pris dans la tourmente de l’héroïne. On va croiser des destins brisés, des amitiés dévastées par l’appât du gain, des gamines massacrées, un ancien d’Irak au bord du gouffre.

Et puis il y a la musique, un peu toutes les musiques, mais surtout le jazz, avec la voix bouleversante de Billie, les accords piquants de Monk, la virtuosité de Art, Bird et Dizzie.

Tout ce qu’on aime dans les romans de John Harvey se retrouve ici, concentré dans ces nouvelles. Son regard lucide sur la société anglaise, son empathie, son humanité dont ses personnages sont les porte-parole, son amour de la musique et des clubs de foot qui ne gagnent jamais, ou presque. Et l’apparente simplicité d’une écriture qui ressemble tant à la voix d’un ami en train de vous raconter une histoire.

A ne pas rater pour les fans du maître du procédural britanique.

John Harvey / Une étude en noir, (2010), Rivages/Noir (2018) traduit de l’anglais par Karine Lalechère et Jean-Paul Gratias.

Je t’attends

Découverte d’une nouvelle voix anglaise, Je t’attends de Gytha Lodge.

Eté 1983, six copains inséparables, entre 16 et 18 ans partent camper et picoler. En fait ils sont 7, Aurora, 14 ans, petite sœur d’une des grandes de la bande est de la fête. Mais le lendemain matin, elle a disparu, et on ne la retrouvera pas. Jusqu’à ce jour de 2013 où des restes sont retrouvés à proximité.

Jonah Sheens, jeune flic en 1983, qui connaissait vaguement les protagonistes se retrouve en charge de l’enquête. Il va falloir ré interroger tout le monde. Qui a menti à l’époque ?

Voilà un livre bien construit et bien écrit qui aurait peut-être pu être bien plus que ça. Si les personnages avaient été un peu plus travaillés. Ils ont tout ce qu’il faut pour qu’on y croit, pour qu’on accroche à leur histoire, mais on entraperçoit des failles, des doutes qui sont juste évoqués et auraient pu donner plus d’émotion au roman s’ils avaient été creusés.

Ceci dit, je n’ai aucun reproche à faire à ce roman. Tout fonctionne, c’est du bon boulot, on est pris et on suit l’intrigue habillement construite entre passé et présent avec plaisir. Un bon moment de lecture, dont cependant je ne peux pas vous jurer que je me souviendrai dans un ou deux ans. Ceci dit si Gytha Lodge écrit un nouveau polar, pourquoi pas avec les mêmes enquêteurs, je le lirai sans doute.

Gytha Lodge / Je t’attends, (She lies in wait, 2019), Fayard/Noir (2022) traduit de l’anglais par Santiago Artozqui.

Duchess

Comme il était invité de TPS, et que tout le monde me disait du bien de son roman, je me suis fait dédicacer Duchess de Chris Whitaker.

Dans la petite ville de Cape Haven, en Californie, Duchess 13 ans est en guerre contre le monde entier. Et en particulier contre le monde des adultes dont elle protège son petit frère Robin, 5 ans. Une mère qui boit pour oublier un passé traumatisant, des hommes qui en profitent, et un seul « exemple », Walk, le flic local, ami d’enfance de sa mère qui les protège tous autant qu’il peut, mais qui est un peu mou.

Un équilibre fragile qui va voler en éclat quand un homme nouveau venu menace sa mère, et que Vincent King, en prison depuis 30 ans, revient dans sa ville.

Autant mettre tout de suite les points sur les « i ». Non, il n’arrive pas au niveau de Betty et My absolute darling, qui eux aussi parle d’enfance maltraitée. Et il s’en faut de beaucoup. Mais c’est quand même un très bon roman. Si vous n’avez pas lu les deux autres, vous le trouverez sans doute excellent, sinon, essayez de ne pas faire comme moi, et de ne pas comparer (mais là je ne vous aide pas).

Le roman a deux grandes forces pour moi. Tout d’abord, le personnage principal, une gamine porc-épic, qui envoie bouler tous ceux qui veulent la prendre en pitié et démolit ceux qui s’attaquent à elle ou son frère. Le personnage est fort mais pas caricatural, Chris Whitaker arrive très bien à décrire le mélange difficile à rendre d’enfance et de maturité forcée, de force incroyable et de fêlure. C’est sa grande réussite.

L’autre chose qui m’a beaucoup plu est l’absence de manichéisme. Tous les personnages révèlent, à un moment ou un autre, des forces et des faiblesses. Ils font des erreurs terribles, mais sont aussi capables de grandeur. Et c’est une enquête bien menée avec ce qu’il faut de suspense et de retournements de situation qui va tour à tour mettre en avant les côtés sombres et les côtés lumineux de chacun.

Sans être un chef d’œuvre, une belle réussite.

Chris Whitaker / Duchess, (We begin at the end, 2020), Sonatine (2022) traduit de l’anglais par Julie Sibony.

L’espion qui aimait les livres

Voici donc le dernier roman de John Le Carré, publié par son fils après sa mort : L’espion qui aimait les livres.

Julian a laissé un boulot très lucratif à la City pour reprendre une librairie dans une petite ville. Une vie calme, voire morne en perspective. Jusqu’à ce que Edward, gentleman au léger accent difficile à identifier fasse irruption dans sa librairie.

Plus loin, à Londres, Stewart Proctor, haut placé dans le service d’espionnage britannique, se voit confier une mission urgente et délicate. Des fils se tissent, mais qui est l’araignée et qui sera sa victime ?

Ce n’est peut-être pas le roman le plus dense de John Le Carré. Mais bon sang, quel talent. Dès le premier chapitre, le lecteur est attrapé, happé et enchanté. Et cela ne changera pas jusqu’à la dernière page. Alors certes il n’y a pas la tension de L’espion qui venait du froid, mais on ne peut qu’être emballé par l’ironie du propos, la simplicité et l’élégance de l’écriture et la limpidité d’une trame pourtant complexe.

Avec un côté très désenchanté sur le rôle des services secrets britanniques, leurs rivalités internes, leur hypocrisie, les buts pas toujours très clairs qu’ils poursuivent.

Classe, pertinent et mélancolique, heureusement que son fils est allé rechercher ce texte qui nous permet d’entendre une dernière fois la voix du maître.

John Le Carré / L’espion qui aimait les livres, (Silverview, 2021), Seuil (2022) traduit de l’anglais par Isabelle Perrin.

Brandebourg

Cela faisait un bon moment que je n’avais pas lu de roman du britannique Henry Porter, un des élèves talentueux du maître Le Carré. J’ai profité du calme relatif du début d’été pour lire Brandebourg que j’avais dans mes piles.

En cette fin des années 80, Rudi Rosenharte est professeur d’art en RDA. Il traine quelques casseroles. Il est le fils d’un ancien dignitaire nazi et son frère jumeau Konrad, cinéaste contestataire, est dans le viseur de la Stasi. Il se retrouve donc obligé, pour sauver la vie de son frère et sortir sa belle-sœur et ses neveux de prison, d’aller retrouver Annelise, une ancienne taupe britannique qui a refait surface du côté de Trieste.

Là où tout se complique, c’est que les services anglais et américains aussi s’intéressent à Rudi et Annelise. Et surtout, Rudi sait que la femme qu’il doit rencontrer est morte depuis des années. Pour sauver son frère et sa famille, Rudi va devoir commencer un jeu compliqué, d’autant plus que le KGB est aussi sur le coup, et que la RDA durcit ses positions en réaction à l’ouverture prônée à l’Est par Gorbatchev.

Quand vous prenez un excellent auteur de romans d’espionnage, et une période fascinante comme ces derniers jours précédents la chute du mur, le résultat ne peut qu’être passionnant. Et il l’est.

L’auteur s’attache ici à décrire ce moment, et les intenses manipulations des différents pays au travers de leurs agences d’espionnage (MI6, CIA, KGB et Stasi en tête) au travers de personnages qui, s’ils sont pris dans cette folie, ne sont pas de purs espions. L’accent est bien évidemment mis sur l’intensification de l’action de la Stasi au moment où l’état est allemand sent la situation lui échapper. Et en miroir, le bouillonnement, caché et réprimé dans un premier temps, explosif à la fin, dans une société civile qui sent que tout se lézarde et qu’un changement est possible.

Tout cela au travers de destins individuels et de personnages de chair et de sang auxquels on s’attache très vite. C’est passionnant au premier degré, grâce au suspense de cette histoire d’espions. C’est aussi passionnant parce l’époque l’est que l’auteur sait superbement la transcrire.

Même s’il est plus court que La compagnie (500 pages quand même), un roman qui vous tiendra en haleine pour quelques heures de vacances.

Henry Porter / Brandebourg, (Brandenburg Gate, 2005), Points/Policier (2009) traduit de l’anglais par Jean-François Chaix.

Tu marches parmi les ruines

Une découverte étonnante au seuil, Tu marches parmi les ruines de Tyler Keevil.

Elle a trente ans quand sa vie bascule. Alors qu’elle rentre du cinéma avec son mari, il est assassiné sous ses yeux par un junkie. Ce n’était pas une vie très excitante, mais c’était la sienne, et elle se sent maintenant détachée de tout. Au point de décider de lâcher son boulot, et de partir pour Prague, où Tod l’avait demandée en mariage.

Des journées de vide, à faire semblant d’apprendre le tchèque, et elle accepte de passer la frontière et d’aller chercher un colis en Ukraine, pour le ramener. Moyennant finance bien entendu. La nature du colis va tout changer.

Un roman assez étonnant. Le choix de la narration à la deuxième personne du singulier introduit tout de suite une certaine distance. Jusqu’au moment du récit où il s’explique. A partir de là, on se rapproche de la protagoniste. Cela tombe bien entendu au moment où sa vie bascule de nouveau. Un choix de récit qui trouvera sa justification finale dans le dernier chapitre. Un choix qui intrigue et s’avère payant.

Tout cela au service d’un récit qui d’étonnamment détaché va devenir de plus en plus émouvant, et qui va confronter le lecteur à la misère et à ce que l’homme est capable de faire juste pour gagner plus d’argent. Qui va surtout l’amener à se poser des questions sur ce qui le retient dans sa vie de tous les jours, ce qui lui semble inamovible et pourrait pourtant changer de tout au tout, en quelques instants, pour une bêtise.

Un roman original et intéressant et un auteur que j’ai découvert avec plaisir.

Tyler Keevil / Tu marches parmi les ruines, (Your still beating heart, 2020), Seuil / Cadre Noir (2022) traduit de l’anglais (Pays de Galles) par Fabrice Pointeau.

Rien que le noir

Le retour de Jack Laidlaw, policier d’un des pères du polar écossais William McIlvanney sous la plume du maître Ian Rankin, voilà un rendez-vous qu’aucun amateur de polar ne peut manquer. Le titre dit tout : Rien que le noir.

Nous sommes à Glasgow, au début de années 70. Un cadavre est trouvé dans une ruelle derrière un pub. Celui de Bobby Carter, avocat et éminence grise de Cam Colvin, un des chefs de la pègre locale. Une guerre des gangs s’annonce t’elle entre Cam et les deux autres cadors locaux, Matt Mason et John Rhodes ? C’est ce que semble penser le flic, très ambitieux, qui a hérité de l’affaire.

Mais ce n’est pas forcément l’avis de Jack Laidlaw, jeune policier atypique et incontrôlable qui connait les rues et les pubs de la ville comme sa poche.

Pour tout lecteur de polars commençant à atteindre un âge avancé (et c’est mon cas), William McIlvanney et ses trois romans consacrés à Jack Laidlaw, ainsi que son chef-d’œuvre (avis subjectif mais assumé) en marge de la série : Big Man font partie du patrimoine, des grands classiques à lire. Et nous regrettons tous que le boss de Glasgow n’ait pas écrit davantage. Retrouver sa ville, son flic, sous la plume d’une autre légende écossaise est forcément un immense plaisir.

Parce que Ian Rankin fait le boulot, et le fait bien, et arrive à se couler dans le monde de son aîné, et de son personnage sans y mettre de morceaux de Rebus, mais avec tout son talent de raconteur d’histoires et de créateur de personnages incarnés.

La greffe prend parfaitement, on se retrouve des années en arrière dans les pas de ce flic solitaire qui n’hésite pas à aller provoquer les caïds de la pègre chez eux, mais sait aussi parler aux mamies qui ramène leur bouteille de Gin avant de se poser derrière leurs rideaux. On parcourt avec lui les rues de Glasgow, des ruelles les plus sordides aux quartiers les plus cossus, et on savoure ce plaisir incomparable de retrouver des amis littéraires que l’on croyait à jamais perdus.

A lire donc, absolument, pour les fans de l’original, ou pour découvrir un nouveau personnage et ensuite lire les romans de William McIlvanney que Rivages a eu la bonne idée de rééditer. D’ailleurs, Rivages, tant que vous y êtes, vous ne pouvez pas rééditer aussi Big Man ?

William McIlvanney et Ian Rankin / Rien que le noir, (The dark remains, 2021), Rivages/Noir (2022) traduit de l’anglais (Ecosse) par Fabienne Duvigneau.

Tokyo revisitée

Je n’avais pas arrêté de lire, j’avais juste attaqué un monument qui demande du temps et de la concentration. Mais la lecture de Tokyo revisitée de David Peace rend au centuple les efforts consentis.

1949, dans une ville sous occupation américaine, Sadanori Shimoyama, nouveau président des chemins de fer japonais est assassiné. Dans un pays en proie à la misère, à la lutte contre le parti communiste, à la haine des étrangers, nombreux étaient ceux qui voulaient la peau du trop honnête Shimoyama. A commencer par les 100 000 cheminots que les autorités américaines, soutenues par les grands patrons japonais l’obligent à licencier.

Entre 1949, 1964 à la veille des JO, et 1988 année de la mort de l’empereur, trois hommes vont enquêter sur ce meurtre : Harry Sweeney, flic américain originaire du Montana, Murota Hideki, privé chargé de retrouver un écrivain fasciné par l’affaire Shimoyama, et finalement Donald Reichenbach, traducteur, en poste à Tokyo pour le compte de l’espionnage américain depuis 1948.

La lecture de Tokyo revisitée demande donc du temps, et même du temps de cerveau disponible car il faut un minimum de concentration. Non que l’histoire ou l’écriture soient compliquées. Mais le style, hypnotique, incantatoire donne envie de s’arrêter souvent, et presque de lire à haute voix pour vérifier comment le rythme que l’on sent, qui transporte, fonctionne à l’oral. A ce sujet deux remarques. La première, chapeau monsieur Jean-Paul Gratias. Garder en changeant de langue cette qualité rythmique plus proche de la poésie que de la prose, respect et admiration. La deuxième, j’ai raté la rencontre avec David Peace à Toulouse, mais il parait que le voir et l’entendre lire son texte est une expérience marquante.

Je suppose que l’on peut être immédiatement expulsé du bouquin si on n’est pas emporté par le flot. Et d’ailleurs habituellement je préfère les styles qui font dans la simplicité et la fausse impression d’évidence que ceux que l’on pourrait qualifier de plus « littéraire » (parce que c’est aussi très littéraire de faire simple). J’adhère la plupart du temps à la maxime d’Elmore Leonard, « si ça ressemble à de l’écrit, alors je réécris ». Mais là, exceptionnellement, j’ai été emporté et fasciné.

Il est d’ailleurs rarissime que je parle plus de style que d’intrigue, de fond ou de personnages. Ce qui ne veut pas dire que le fond n’est pas intéressant, bien au contraire. C’est pour moi une découverte, comme chaque roman japonais de l’auteur. La misère juste après la guerre, la guerre américaine contre le communisme exportée au Japon, le racisme envers les immigrés coréens, le paysage d’une ville puante, ravagée, le choix parfait de trois moments clés du récit … Tout est au diapason de l’écriture magistrale.

Alors si vous vous sentez d’attaque, si vous êtes prêts à vous plonger pendant quelques jours dans une lecture exigeante mais ô combien gratifiante, n’hésitez pas, Tokyo Revisitée est sans conteste un des grands romans de cette année.

David Peace / Tokyo revisitée, (Tokyo redux, 2021), Rivages/Noir (2022) traduit de l’anglais par Jean-Paul Gratias.

Bobby Mars forever

Harry McCoy, flic à Glasgow dans les années 70 est de retour dans Bobby Mars forever, toujours sous la plume d’Alan Parks.

Alors que la chaleur s’installe sur Glasgow, tout va mal pour Harry McCoy. Son nouveau chef, Raeburn, le déteste cordialement. Du coup quand la petite Alice Kelly 13 ans disparait, Harry est quasiment le seul flic du commissariat à ne pas faire partie de l’équipe qui la recherche. A la place on lui confie des dossiers pourris, des cambriolages pour lesquels il n’y a aucun indice.

Pour que son malheur soit complet, il est appelé dans un hôtel pour constater que Bobby Mars, ex Rock Star, grand guitariste, est mort d’une overdose. Un bel été bien pourri qui s’annonce.

Alan Parks et Harry McCoy c’est du solide et du fiable. On sait ce qu’on vient y chercher, et on en a pour son argent. Superbe évocation de Glasgow, ses quartiers populaires, les ravages des afflux de drogue, la musique toujours présente, ses pubs qui changent, chassant les vieux accrochés à leurs pintes au profit de jeunes attirés par les jukebox … L’auteur continue sa chronique de la ville dans le début des années 70.

McCoy fidèle à lui-même, toujours en équilibre instable sur le fil de la loi, un pied dans la police, supportant de plus en plus mal les abus de pouvoir et de force, un pied dans la pègre avec son ami Cooper.

L’intrigue est toujours parfaitement menée, avec cette fois un petit tour en Irlande et des liens fortuits avec l’IRA.

Bref c’est solide, c’est très bien fait, c’est un plaisir.

Alan Parks / Bobby Mars forever, (Bobby Mars will live forever, 2020), Rivages/Noir (2022) traduit de l’anglais (Ecosse) par Olivier Deparis.

Avec la permission de Gandhi

Abir Mukherjee soigne son entrée en matière pour son troisième roman Avec la permission de Gandhi :

« Un cadavre dans un funérarium n’a rien d’inhabituel. Il est rare en revanche d’en voir un y entrer par ses propres moyens. Cette énigme mérite d’être savourée, mais le temps me manque, attendu que je suis en train de courir pour sauver ma peau. »

Nous retrouvons donc le capitaine Wyndham dans une mauvaise posture. En fuite quand une descente a lieu dans une fumerie d’opium du quartier chinois de Calcutta. Il s’en sort bien entendu, mais quand un peu plus tard il est appelé sur les lieux d’un meurtre, il a la surprise de trouver une infirmière travaillant dans un hôpital militaire tuée de la même façon que le cadavre qu’il a découvert dans ces circonstances rocambolesques. Sauf qu’il ne peut pas le dire.

Dans la ville, la révolte menée par un certain Gandhi fait de plus en plus d’adeptes, les manifestations se multiplient et le prince héritier n’a pas de meilleure idée que de venir faire une tournée en Inde. Autant de circonstances qui vont compliquer le travail de Wyndham et du sergent Banerjee, qui se retrouve pris entre sa loyauté envers les siens et son travail d’enquête auprès de son supérieur et ami. D’autant que les services secrets ne vont pas tarder à s’en mêler.

« Comme dans le premier volume, la qualité de l’écriture et de la narration fait que l’on apprend beaucoup en se passionnant pour l’histoire au premier degré. Que demander de plus ? le troisième volume. » Ai-je écrit en conclusion du second volume. Voilà, le troisième est là, et Wyndham et Banerjee sont devenus des personnages familiers, des amis que l’on a grand plaisir à retrouver.

C’est toujours intelligent, le double regard d’un anglais (assez critique vis-à-vis des puissants de son pays) et d’un indien qui a fait le choix de rester dans la police du colonisateur permet de rendre toute la complexité de la situation. C’est passionnant de découvrir ce lieu et cette époque, assez mal connus (et c’est peu de le dire dans mon cas) du lecteur français. C’est encore plus passionnant à ce moment où le seul nom que je connaissais, à savoir Gandhi commence à apparaitre.

Et pour finir de vous convaincre, l’auteur fait preuve d’une maîtrise impressionnante du suspense dans un final digne des meilleurs spécialistes du polar. Je ne vois pas bien ce qu’il faudrait dire de plus pour que vous lisiez ce troisième volume, si vous avez déjà lu les 2 premiers. Ou que vous vous précipitiez sur les trois si vous ne connaissez pas cet auteur.

Abir Mukherjee / Avec la permission de Gandhi, (Smoke and ashes, 2018), Liana Levi (2022) traduit de l’anglais par Fanchita Gonzalez Battle.