Archives pour la catégorie Polars scandinaves

Indridason sans Erlendur

J’ai raté le premier roman de la trilogie des ombres d’Arnaldur Indridason, j’attrape le train en marche avec le second, La femme de l’ombre.

IndridasonA Petsamo, en Finlande, une jeune femme attend son fiancé. Islandais comme elle, il vivait à Copenhague, et doit rentrer en Islande à bord d’un paquebot qui va rapatrier tous les islandais se trouvant dans des pays envahis par l’Allemagne nazie. Il n’arrivera jamais.

A Reykjavik, dans une ville occupée par les britanniques puis par les américains, deux cadavres sont retrouvés : l’un, complètement défiguré, vêtu d’un uniforme américain, l’autre, celui d’un noyé porté disparu par son épouse depuis quelques jours.

Deux hommes enquêtent. Thorson, de la police militaire qui est un des rares soldats à parler islandais, et Flogent, de la police de Reykjavik. Deux hommes qui s’estiment et se respectent, malgré l’hostilité ou le mépris qui règne souvent entre locaux et occupants.

J’ai vu de bons billets sur ce roman qui, si l’on en croit la quatrième, a gagné un prix en Islande. Et pourtant, je suis déçu.

Oui l’histoire est fort bien menée, les trois histoires se mêlent petit à petit, et l’auteur s’y entend pour embrouiller son lecteur sans jamais le perdre, pour finalement révéler tous les liens entre ses histoires.

Oui aussi, le contexte historique et social est parfaitement rendu, avec le contraste entre une armée d’occupation riche et les conditions de vie très dures des islandais. Contraste, fascination pour l’Amérique, et en même temps rejet. Mépris des occupants pour une population qu’ils ne cherchent pas à connaître. Poids des conventions et du regard des autres à une époque encore très fermée.

Mais, mais, et c’est là un avis complètement subjectif, à mon goût, les personnages sont loin, très loin d’avoir l’épaisseur de ce cher Erlendur. Je les trouve moins fouillés, plus schématiques. Et du coup, je m’intéresse assez peu à ce qui leur arrive. L’émotion, qui fait la force des romans consacrés à son personnage fétiche est ici absente.

Intéressant, mais froid, sans passion, sans chaleur. Instructif mais pas émouvant. Donc je suis déçu. Et curieux de savoir si je suis le seul et si vous êtes conquis ou pas.

Arnaldur Indridason / La femme de l’ombre (Petsamo, 2016), Métailié (2017), traduit de l’islandais par Eric Boury.

Plus de 500 pages de plaisir

On croyait que Jo Nesbo avait abandonné Harry Hole. Mais non, il revient dans La soif.

A14504_Nesbo_Lasoif.inddHarry Hole c’est rangé. Marié, tranquille, prof à l’école de police, il ne veut plus entendre parler de meurtre, de sang et de tueurs en série. Jusqu’à ce que le cadavre d’une jeune femme soit découvert. Elle a été saigné à mort, et porte des traces de dents à la gorge. Quand un second cadavre est trouvé, Harry, sollicité par Mikael Bellman, directeur de la police et son ancien ennemi intime, finit par accepter de participer à l’enquête.

Pour sauver des vies ? Ou pour reprendre l’enquête, la seule, qu’il n’a pu mener à son terme et arrêter enfin le seul meurtrier qui lui ait échappé ?

Tant qu’à un thriller de temps en temps, autant en lire un bon, voire un très bon. Comme La soif.

Tout le savoir faire de Jo Nesbo. Ses fausses pistes, sa façon de jouer avec le lecteur, de varier les rythmes … Même quand on le connait bien et qu’on se méfie on se fait encore avoir. Enfin moi je me fais avoir. Avec délice.

C’est vrai, certains de ses autres ouvrages avaient un peu plus de fond. Mais arriver à faire passer aussi vite plus de 500 pages, sans jamais donner l’impression qu’il y en ait une seule de trop, ce n’est pas à la portée de tout le monde.

Un pur plaisir.

Jo Nesbo / La soif (Tørst, 2017), Série Noire (2017), traduit du Norvégien par Céline Romand-Monnier.

Dans le grand nord suédois

Je n’ai pas lu tous les romans de la suédoise Asa Larsson, mais j’avais été suffisamment conquis par son premier, Horreur Boréale paru à la série noire il y a quelques années, pour essayer de suivre les aventures de Rebecka Martinsson dans le grand Nord. Le dernier s’appelle : En sacrifice à Moloch.

LarssonKurravaara, un village du côté de Kiruna, dans le grand nord suédois. Rebecka Martinsson, qui travaille pour le procureur de Kiruna y vit seule, avec ses chiens. Un dimanche elle accompagne deux voisins voir si une femme du village n’a pas eu de problème : Elle ne s’est pas présentée à son travail. Ils la trouvent assassinée, à coups de fourche et son petit-fils, qui vivait avec elle, terrorisé, est caché dans la niche du chien.

Alors que Rebecka se fait voler la responsabilité de l’enquête par un collègue arriviste et insupportable, elle s’aperçoit que trois mois auparavant, le cadavre du père de la victime avait été retrouvé, en partie dévoré par un ours. Suite de malchances ? Hasard ? Et quel peut bien être le rapport entre ces deux morts et l’arrivée, en avril 1914, d’une nouvelle institutrice dans la toute nouvelle ville de Kiruna ?

Je ne vais pas vous dire qu’on a là le polar de l’année, ou la révélation scandinave, mais En sacrifice à Moloch, malgré un titre un poil racoleur, est un bon polar bien fichu, intéressant et dépaysant.

Dépaysant car dans la vague scandinave où l’on ne trouve pas que du bon, loin de là, rares sont les romans qui nous amènent aussi loin au Nord. Loin des grandes villes, dans des coins où on peut encore se faire bouloter par un ours. Des coins où la solidarité est nécessaire à la survie, mais où tout le monde sait tout sur tous.

Le lieu est dépaysant, et la plongée dans le passé, au moment de la construction de la ville apporte un éclairage intéressant. Un moment charnière, où certains mouvements de révolte et d’émancipation se heurtaient à la férocité assumée du capitalisme. Un capitalisme toujours aussi féroce, mais maintenant beaucoup plus sournois, soit dit en passant.

L’intrigue tient la route, et les personnages sont bien incarnés. Rebecka est une vraie héroïne de polar, têtue comme une mule, fragile par bien des aspects, humaine mais capable d’être méchante comme une teigne. Sa copine policière, en permanence débordée entre son boulot et sa famille donne lieu à des scènes criantes de vérité. Les personnages secondaires ne sont pas négligés, et, pour parachever le plaisir, le connard de service est très réussi, et comme il finit par morfler, c’est bon.

Bref sans être un chef-d’œuvre, un bon moment de lecture.

Asa Larsson / En sacrifice à Moloch (Till offer at Moloch, 2012), Albin Michel (2017), traduit du Suédois par Caroline Berg.

Zack II

Mons Kallentoft et Markus Lutteman font dans le titre court. Après Zack, voici Leon.

kallentoftL’inspecteur Zack Herry, toujours en lutte contre ses démons est appelé quand le pilote d’un drone découvre, au sommet d’une tour d’usine promise à la démolition, le corps d’un adolescent. Quelques jours plus tard les flics de la brigade criminelle reçoivent un lien vers une vidéo où on voit le gamin en cage, terrorisé. La vidéo s’achève sur la mise à mort du gosse, lacéré par un homme portant une peau de lion.

Alors que tout le monde est à la recherche de l’identité de la victime, et de celle du bourreau, un autre adolescent est enlevé …

A propos de Zack j’évoquais une série B bien fichue, distrayante, ni plus ni moins. Je ne vois pas trop quoi dire de plus à propos de ce deuxième volet des enquêtes mouvementées de Zack Herry.

Les auteurs ont un vrai savoir-faire, ils attrapent le lecteur et lui font tourner les pages, et même passer sur quelques petites incohérences et ficelles jusqu’à ce que, la dernière page tournée, on repense à tête reposée à ce qu’on a lu. C’est agréable, on passe un bon moment, un peu comme quand on regarde un James Bond avec un vrai méchant bien horrible, mais ça ne marque pas et c’est presque aussi vite oublié que lu.

La fin laisse la porte entrouverte pour la conclusion de ce qui est annoncé comme une trilogie, que je lirai sans aucun doute avec plaisir, mais sans en attendre de miracle. Juste pour me divertir.

Mons Kallentoft et Markus Lutteman / Leon (Leon, 2015), Série Noire (2017), traduit du suédois par Hélène Hervieu.

Nesbo chez les sames

Après Du sang sur la glace, Jo Nesbo poursuit ses courts romans noirs avec Soleil de nuit.

nesboJon Hansen était employé par Le Pêcheur, le plus gros trafiquant de drogue d’Oslo, chargé de récupérer les dettes en souffrance. Puis il l’a doublé et a tenté de s’en sortir en gardant l’argent. Mais on ne double pas Le Pêcheur. C’est comme ça que Jon se retrouve dans l’extrême nord du pays, dans un bourg très religieux. Sans grand espoir, mais la vie est tenace et il espère survivre. Sauf qu’on n’échappe pas comme ça au Pêcheur.

C’est certain, ce n’est pas un Jo Nesbo qui a l’ambition et l’ampleur des meilleurs romans de la série Harry Hole. Est-ce que cela en fait pour autant un roman quelconque ? A mon avis non. Je me suis fait très plaisir tout au long de ses quelques deux cent pages.

L’écriture de Nesbo est toujours aussi efficace, son sens du suspense et du contrepied toujours aussi affuté, on sent qu’il s’amuse à faire frémir le lecteur, à l’induire en erreur. La construction de l’intrigue, avec sa double interrogation : « Comment Jon a-t-il doublé Le Pêcheur ? » et « comment va-t-il s’en sortir ? » est certes classique mais menée de main de maître. Et les personnages sont intéressants. On a donc une excellente histoire, fort bien contée.

Et un peu plus : J’ai beaucoup aimé cette incursion dans un grand Nord peu connu, un voyage en pays same, mais vu d’un autre point de vue que celui d’un Olivier Truc. Pas de rennes ici mais le poids de la religion, l’étouffement de vivre dans une toute petite communauté, le poids du regard des autres, surtout quand ces autres sont persuadés de la supériorité de leur morale religieuse.

Un roman certes moins impressionnant que les meilleurs Hole, mais néanmoins très recommandable.

Jo Nesbo / Soleil de nuit (Midnight sun, 2015), Série Noire (2016), traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier.

La jeunesse d’erlendur, suite.

Arnaldur Indridason poursuit avec Le lagon noir l’exploration de la jeunesse d’Erlendur. Et c’est toujours aussi bien.

IndridasonNous sommes à la fin des années 70. Le jeune Erlendur est maintenant inspecteur à la brigade criminelle, sous les ordres de Marion. Ils sont appelés quand le cadavre d’un homme est retrouvé par une baigneuse dans un lagon réputé pour ses vertus médicale. L’homme est visiblement mort à la suite d’une chute d’une grande hauteur, et les responsables sont venus le cacher là. Quand il est identifié, il s’avère qu’il travaillait sur la base américaine voisine. Une base dont la présence en Islande n’est pas appréciée de tout le monde. L’enquête s’annonce d’autant plus difficile que les autorités militaires américaines refusent que la police islandaise vienne poser des questions sur la base.

En parallèle, Erlendur reste intrigué par la disparition, 25 ans plus tôt, d’une jeune fille, sortie un matin de chez elle pour aller à son école, et jamais revue depuis. Avec la permission de Marion il décide de reprendre les recherches sur son temps libre.

Tout ce qu’on aime chez Indridason. Et très mystérieusement, chez Erlendur. Mystérieusement parce qu’on ne peut pas dire qu’il soit très glamour le jeune Erlendur. Comme dit sa chef, il paraît déjà vieux, il est trop sérieux, et il ne s’intéresse qu’à son boulot. Un boulot qu’il fait bien, à sa manière lente, sans un mot plus haut que l’autre, pas rebelle ni borderline (loin de là !) mais, à sa façon à lui, n’en faisant qu’à sa tête et avançant toujours, implacable. Et on l’aime quand même !

Grace à lui, l’auteur met en scène la confrontation entre deux mondes : Une Islande encore pauvre et isolée, très campagnarde, face à l’armée américaine, représentante arrogante de la nation la plus puissante et la plus moderne du monde. Une confrontation où les autochtones, comme dans le reste de l’Europe mais de façon peut-être plus marquée oscillent entre la fascination et la rage et le rejet.

Et surtout, une fois de plus Indridason excelle dans les portraits sensibles de ses personnages secondaires : une jeune fille pleine de vie qui ensoleille son entourage, des hommes brisés par la vie, le froid, la solitude, la folie ou le remords … A chacun il accorde son importance, chacun prend vie et devient un être de chair et d’émotions, un être que nous pouvons comprendre.

On peut regretter qu’Arnaldur Indridason n’ait pas souhaité poursuivre les aventures de son héros si peu charismatique dans l’Islande post-crise. Mais on ne peut que se réjouir de cette plongée dans le passé.

Arnaldur Indridason / Le lagon noir (Kamp Knox, 2014), Métailié/Noir (2016), traduit de l’islandais par Eric Boury.

Un Thorarinsson sans Einar

Arni Thorarinsson est connu ici pour sa série (excellente) consacrée au journaliste Einar. Le crime histoire d’amour, qui vient de sortir en France est un court roman qui n’a rien à voir avec le bon Einar, si ce n’est qu’il se déroule également en Islande.

thorarinssonJusqu’à l’âge de huit ans Frida a vécu avec des parents aimants. Du jour au lendemain, ils se sont séparés et l’ont laissée à la garde de sa grand-mère paternelle. Son père, professeur à la faculté et psychologue a vaguement gardé le contact, sa mère a sombré dans l’alcoolisme, la dépression et la dépendance aux médicaments.

Ils lui ont promis de lui expliquer la cause de cette rupture brutale le jour de ses dix-huit ans. C’est aujourd’hui, Frida va enfin savoir.

Pour ce court roman, Arni Thorarinsson a choisi de jouer sur l’émotion. C’est du moins mon impression. Le thème est fort, les relations familiales sont au cœur du sujet, des relations très proches de filiation et d’amour dans un couple. Et là, ça passe ou ça casse. Soit on est pris et on est happé par l’histoire, soit on reste extérieur, et il ne reste plus grand-chose du roman.

Et je n’ai pas marché. L’explication du mystère m’a certes surpris (je ne voyais absolument pas où voulait en venir l’auteur), je trouve le développement cohérent, les personnages sont bien construits et pourtant, malgré tout, le sort des protagonistes m’indiffère.

La faute d’un cœur de pierre ? Un problème d’écriture que je n’ai pas su identifier ? Le mauvais moment pour lire ce roman ?

En tout cas c’est raté pour moi donc, alors que j’aime beaucoup les romans de cet auteur, avec une mention particulièrement pour l’excellent L’ange du matin.

J’ai vu, ici et là sur les blogs que les avis sont partagés, entre ceux qui, comme moi, n’ont pas marché et ceux qui ont été bouleversés. A vous de vous faire une idée.

Arni Thorarinsson / Le crime histoire d’amour (Glæpurinn-Astarsaga, 2013), Métailié (2016), traduit de l’islandais par Eric Boury.