Archives pour la catégorie Pour les minots

John Connolly pour les jeunes

Il ne vous a pas échappé que je suis un fan de John Connolly. Ni que je m’intéresse aux lectures de mes gamins. C’est comme ça que j’ai été amené à lire à un des romans jeunesse de l’irlandais : Les portes.

Connolly portesSamuel est un jeune garçon un peu … particulier. Disons qu’il s’intéresse à tout et pose parfois des questions qui désarçonnent les adultes. Son meilleur ami est son chien Boswell. Quelques jours avant Halloween il tombe, presque par hasard, sur une scène effarante : dans la cave de ses voisins un étrange lumière bleue est apparue, des monstres en sont sortis qui ont pris place dans le corps des adultes présents. Il semblerait que l’avant garde des démons de l’Enfer soit arrivée, pour préparer la venue de leur Maître et la fin du Monde. Au même moment, au CERN, une étrange particule semble s’échapper du Cyclotron. Il est pourtant étanche ce machin …

Les lecteurs adultes de John Connolly savent qu’il a de l’humour. Les dialogues avec Louis et Angel mettent de temps en temps un peu de soleil dans des romans en général très très sombres. Dans Les portes, il s’en donne à cœur joie ! J’ai entendu plusieurs fois mon fils éclater de rire, et j’ai moi-même beaucoup souri.

Il faut dire que les démons qui arrivent ici, et en particulier le malchanceux Nouilh ne sont pas tristes. Et que les apartés en forme de notes de bas de page valent leur pesant de protons. Parce qu’en plus de raconter une histoire plutôt bien fichue, de bien nous faire rire, John Connolly arrive, dans le même temps, à parler de trous noirs, d’accélérateur de particules et de trous de vers.

Un vrai tour de force, surtout si on ne veut pas perdre le lecteur. Résultat, le roman a autant amusé Gabrile 11 ans que son papa (c’est moi) pas mal plus d’ans. Et si vous avez un coup de blues, je vous le recommande.

John Connolly / Les portes (The gates, 2009), J’ai Lu (2011), traduit de l’irlandais par Pierre Brévignon.

L’étrange vie de Nobody Owens de Neil Gaiman

Je l’avais annoncé, je me suis tellement régalé à lire L’étrange vie de Nobody Owens de l’immense Neil Gaiman à mes enfants que je vais vous en faire un compte rendu complet. Il faut dire aussi que je suis un inconditionnel de cet auteur, que je trouve aussi génial dans ses romans que dans ses scenarii de BD.

Nobody Owens (qui ne s’appelle pas encore comme ça) est un bébé se déplaçant à peine à quatre pattes quand Le Jack, le plus terrible tueur de Londres, massacre sa famille avec son grand couteau. Le hasard ? la chance ? le destin ? font que le bambin se réfugie dans le cimetière voisin où M et Mme Owens, morts depuis bien longtemps, voudraient bien le recueillir. Seulement voilà, dans ce cimetière, l’un des plus anciens de Londres, tout le monde n’est pas de cet avis … Jusqu’à ce qu’une dame vêtue de gris montée sur un grand cheval blanc, que tous connaissent bien vienne dire « Les morts doivent être charitables », ce qui clôt le débat. Le bébé, qui s’appellera Nobody Owens, sera élevé par les morts du cimetière, aidés par Silas, un géant très tranquille qui semble naviguer à son aise entre les deux mondes, celui des morts et celui des vivants. Jusqu’à ce que Nobody grandisse et puisse sortir, affronter le meurtrier de sa famille qui le cherche toujours.

Génial, tout simplement génial. Une histoire superbe, des moments d’émotion intense, de l’humour, du suspense, beaucoup de poésie, d’intelligence, d’inventivité … Bref du grand Neil Gaiman.

On retrouve des pages magnifiques, on retrouve sa façon unique de prendre à son compte les mythes qu’ils soient anciens, très anciens (comme les Dieux de American Gods) ou plus récents comme ceux créé par les premiers géants de la littérature fantastique (vampires, loups-garous, fantômes etc …). Tout cela en les intégrant parfaitement dans un monde actuel.

On retrouve ses méchants inquiétants, entraperçus comme des ombres, et pourtant si réels. Les Jack de ce roman font penser à certains affreux de Sandman, ou à ceux d’un autre chef-d’œuvre, Neverwhere. On retrouve son intelligence dans sa description des rapports entre les gens, qu’ils soient jeunes, vieux, ou morts depuis longtemps. On retrouve son humour (avec ici une mention spéciale aux épitaphes des tombes du cimetière de Nobody …).

Bref un régal de bout en bout, aussi bien pour mes deux minots qui ont adoré, que pour moi. A lire à voix haute, à voix basse, pour soi, pour les autres et à tout âge.

Neil Gaiman / L’étrange vie de Nobody Owens (The graveyard book, 2008), J’ai Lu2012 (2012), traduit de l’anglais par Valérie Le Plouhinec.

Lectures familiale, ça continue

Ca faisait un bon moment que je ne vous avais pas causé des lectures à voix haute avec mes deux affreux. Le plus beau, en fait, c’est que je continue, et qu’ils en redemandent, alors qu’ils sont en CM1 et 6°. Tant que ça dure …

Un peu moins de grands classiques ces derniers mois, et plus de lectures plus récentes, conseillées souvent par l’incontournable Cathie Martin, grande spécialiste en SF, fantazy et autres fantastiques.

A noter quand même que j’avais commencé à leur lire Les enfants de la terre, le premier volume. Qui a bien accroché dans l’ensemble avec quelques sérieux coups de mou lors de descriptions un poil trop longues et surtout très très didactiques. Du coup je n’ai pas poursuivi et je leur laisse le soin, s’ils le désirent, d’aller plus loin.

Ensuite on a varié les plaisirs : polar écolo rigolo avec Comme un poisson dans l’eau de Carl Hiaasen et son appel à la désobéissance pas forcément passive face aux gros cons qui ont les autorités dans la poche (ça devrait leur servir dans quelques années). Drôle, allumé, iconoclaste, écolo … Gros succès.

Gros succès de l’histoire d’univers parallèle de La conspiration Merlin de Diana Wynne Jones qui aurait sans doute eu du mal à passer sans un peu d’aide vu le nombre de questions posées. Il faut dire que l’histoire est éclatée entre plusieurs personnages vivant, a priori, dans des univers différents et que faire le lien n’était pas facile pour eux.

Gros succès également malgré trop de scènes d’amour (avis partagé, frère et sœur d’accord pour un fois), de la trilogie Leilan de Magali Ségura. Des affreux vraiment affreux, un justicier masqué, un prince qui ne veut pas être prince mais manie l’épée et l’arc comme pas un, une princesse qui n’en est pas une et qui se bat au moins aussi bien que le prince, des combats, de la magie, du suspense … Tout ce qu’il faut, avec les rebondissements et surprises quand il faut.

Rigoler en se faisant peur, la recette est bonne et marche à tous les coups quand elle est bien appliquée. C’est le cas de Démons de Royce Buckingham qui voit deux ados mal dans leur peau (pléonasme) et surtout assez peu intégré dans l’inculture générale affronter une espèce d’abomination qui dévore tout sur son passage. Frissons et rires assurés grâce aux démons type Gremlins qui mettent une pagaille innommable.

Les deux derniers en date resteront aussi dans les mémoires : le magnifique Doglands, dont je vous ai déjà causé ici. Il a posé beaucoup de questions et permis de réfléchir à l’attitude de l’homme face à la nature en général, aux animaux domestiqués en particulier. Il a aussi suscité beaucoup d’émotions, cris de rage et d’incrédulité à la mort de certains personnages, des rire les larmes n’étaient pas loin, bref gros succès.

Et là on a attaqué L’étrange vie de Nobody Owens de l’immense Neil Gaiman, qui démarre très fort, et franchement, je me régale (tellement que je crois bien que je vous ferai un petit billet quand j’aurai fini de le leur lire …).

En réserve ensuite, un autre Neil Gaiman, Les trois mousquetaires et quelques autres. Donc tant qu’ils en redemandent, on continue.

Un conseil à tous ceux qui ont des enfants, lisez-leur, lisez-leur, sans vous arrêter quand ils commencent à lire leurs propres livres (et les miens dévorent les bouquins, de Harry Potter à La guerre des clans, en passant par Les chevaliers d’émeraude, Conan Doyle ou le club des cinq). Pour ma part je ne compte m’arrêter que lorsqu’ils n’en demanderont plus.

Tim Willocks pour les petits ?

Un Tim Willocks en littérature jeunesse, quand on a lu La religion ou Bad city blues ça parait un peu risqué. Risqué mais prometteur. N’écoutant que mon sens du devoir, j’ai donc décidé de lire Doglands avant de le mettre dans les pognes de mes deux affreux. Il y a des sacrifices plus douloureux.

Willocks doglandsLa fosse de Dedbone, véritable enfer canin. Les lévriers y sont parqués, réduits en esclavage et entraînés pour la course. Ceux qui ne font pas l’affaire sont éliminés. C’est là que naissent Fulgur et ses trois sœurs, promis à la mort. Si leur mère est Keeva est la plus rapide, leur père est un maraudeur exceptionnel qui, par amour, réussit à entrer et à ressortir de cet enfer. Bâtards, les quatre chiots sont promis à la mort. Mais Fulgur signifie « Brave » en langue chien. Il entend l’appel de Doglands, lieu mythique où courent les chiens libres, et il décide de se rebeller contre la tyrannie des hommes.

Pas de doute, on est bien chez Willocks, et c’est bien accessible aux minots.

On est chez Willocks, en premier lieu, parce qu’il y a une sacré histoire, c’est un conteur exceptionnel ce bonhomme, et cela se vérifie une fois de plus. On est chez Willocks parce qu’il y a de la colère, de la rage, de la révolte. On est chez Willocks parce ce que même quelqu’un qui comme moi n’aime pas les chiens se passionne pour les aventures de la bande. On est chez Willocks parce qu’il y a de la violence, jamais gratuite, mais bien présente. On est chez Willocks car il y a une écriture puissante et poétique et de grands moments d’émotion.

Et c’est accessible parce que, heureusement dirais-je, la violence n’atteint pas les niveaux de ce qu’on peut lire dans ses romans adultes. Essentiellement pour ce qui est de la violence psychologique. Parce que ça saigne quand même pas mal et un certain nombre de personnages restent sur le carreau.

Je m’apprête donc à le lire à mes deux clients préférés, je vous dirai s’ils ont autant aimé que moi.

Tim Willocks / Doglands (Doglands, 2011), Syros (2012), traduit l’anglais par Benjamin Legrand.

Lectures en famille

Cela fait un bout de temps que je ne vous avais pas parlé de lectures pour les minots. Ca avait commencé avec Le seigneur des anneaux, on a ensuite continué avec des classiques et des moins classiques.

Comme annoncé dans ce dernier billet, depuis on a lu ensemble Les contes du chats perché, un certain nombre de Roald Dahl, dont ses deux livres de mémoires (sur son enfance et sur sa participation à la deuxième guerre mondiale), Tom Sawyer et Huckleberry Fynn (qui nous a donné l’occasion de parler de l’esclavage, du racisme …), le très beau Moonfleet qui a permis de mettre le doigt sur les libertés que peut prendre un réalisateur quand il tourne un film d’après un roman (dans ce cas le roman ET le film sont magnifiques), Croc Blanc, beaucoup plus complexe et philosophique que dans mon souvenir de môme qui n’avait retenu que la partie aventure du roman …

Et pour finir, un roman d’aujourd’hui, avec lequel on s’est, une fois de plus, tous régalés, moi autant qu’eux : Panthère de Carl Hiaasen. Un peu compliqué pour des enfants de 7 et 9 ans (parce que les personnages sont adultes ou grands adolescents, avec le langage que cela suppose), mais très bien à leur lire, parce que pour jeunes comme pour moins jeunes, Carl Hiaasen reste Carl Hiaasen.

C’est-à-dire qu’il y a de sacrés énergumènes (dont un personnage de Mal de chien), que les salauds sont très méchants, très nuisibles, mais heureusement très bêtes et qu’à l’arrivée ils en prennent plein le museau, avec l’inventivité que l’on connaît (et qui a enchanté le jeune public !), parce qu’il y a du suspense, parce que la morale plus que la loi est respectée (en gros, pour châtier les salauds, les « gentils » se permettent quelques légères infractions à une loi trop rigide, style coller un emmerdeur à poil contre un arbre ou voler les tuyaux d’une bande de pollueurs). Parce qu’on y voit des animaux sauvages ce qui plait toujours à cet âge.

Résultat, ils en redemandent (et il y en a d’autres) et ils demandent déjà quand ils pourront lire mes Hiaasen à moi (un peu plus tard), et quand ils pourront lire Le gang de la clé à molette (parce qu’un des personnages de Panthère a Hayduke pour modèle, c’est dire !).

Conclusion : on s’est bien marré, et ils ont encore plus envie de lire. Bingo !

Suite au prochain épisode.