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Deux infos polar

Deux infos polar :

Mercredi 22, la Librairie de la Renaissance et Toulouse polars du Sud invitent Hervé le Corre, pour discuter, entre autres de son dernier roman : Prendre les loups pour des chiens.

Ce sera à 20h30, rencontre puis signature.

Le prix Mystère 2017 de la critique a été attribué à :

  • Cloé Medhi / Rien ne se perd pour le prix du meilleur polar français
  • Don Winslow / Cartel pour celui du meilleur polar étranger.

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Hervé Le Corre, grand auteur de roman noir

Après l’excellent polar historique Après la guerre, Hervé Le Corre revient à notre époque avec le non moins excellent Prendre des loups pour des chiens.

prendre les loups pour des chiens.inddFranck sort de prison. Il s’attend à voir Fabien, son frère avec qui il a commis le braquage qui l’a envoyé au trou. Et profiter avec lui de l’argent. Mais c’est Jessica qui vient le chercher. Jessica et ses yeux bleus gris qui semblent capter la lumière. Jessica la copine de son frère qui lui annonce que Fabien est en Espagne pour affaires et qu’il rentrera dans une ou deux semaines.

En attendant, Franck peut loger dans une caravane, sur le terrain de la famille. Une famille vénéneuse qui trempe dans des trafics louches. Le père et la mère, hostiles, la très troublante jeune femme, et Rachel, sa fille, étrange gamine qui ne parle presque jamais. Dans un no man’s land écrasé par la chaleur estivale, les choses ne peuvent que déraper.

Vous l’avez sans doute lu ici ou là sur les blogs qui ont déjà parlé de ce dernier roman d’Hervé le Corre, il touche ici à la quintessence du noir tel qu’on l’aime quand on aime Jim Thompson, David Goodis ou Harry Crews, pour n’en citer que trois.

Si l’on s’en tient au squelette de l’intrigue, on a tous les clichés : la femme fatale, le looser sortant de prison pris dans une situation à laquelle il ne comprend rien, le personnage (le frère) qu’on attend et qui n’apparaît jamais, l’environnement vénéneux … Et la situation qui se dégrade inexorablement dès que le personnage principal essaie d’en sortir.

Des dizaines de polars sont construits sur ce schéma, beaucoup sont sans intérêt, quelques-uns, dont Prendre les loups pour des chiens sont magnifiques. Pourquoi ? Ce n’est pas toujours facile à dire mais je peux avancer quelques pistes. Et me risquer à mon tour à un cliché : l’écriture.

Parce qu’Hervé le Corre excelle dans la description de lieux étouffants (même en pleine nature), qu’il nous fait ressentir, dans notre chair, la chaleur étouffante, les moustiques, l’ennui, l’odeur des pins et de la terre surchauffée. Parce que le contraste avec la fraicheur limpide d’une nuit près de la montagne est saisissant.

Parce que son personnage de Jessica est inoubliable, fantasme incarné. Ses yeux en particulier hypnotiques, fascinants et effrayants en même temps vont regarder le lecteur un bon moment. Parce que l’étrangeté de la gamine prend aux tripes ; et qu’il laisse, jusqu’au bout, des zones d’ombre et de mystère qui vont, longtemps après qu’il ait refermé le bouquin, hanter le lecteur.

Parce qu’il est capable de la plus profonde noirceur, qu’il sait magnifiquement rendre le sentiment d’une famille toxique, mais qu’il n’hésite pas à écrire, du fond de cette noirceur, des pages limpides et étincelantes qui amènent une lueur d’espoir et la possibilité d’une rédemption et d’une sortie. Et parce qu’il ose terminer de façon ouverte laissant à ses personnages, et au lecteur, le choix de leur avenir.

La seule chose qui me reste à dire est : Lisez absolument Prendre des loups pour des chiens.

Hervé Le Corre / Prendre des loups pour des chiens Rivages/Thriller (2017).

Le retour de Jack Lennon de Belfast

Je suis fan des premiers romans de l’irlandais Stuart Neville. Je n’avais pas été convaincu par son roman historique Ratlines. Il revient avec son personnage de flic cabossé dans Le silence pour toujours. Je redeviens fan.

le silence pour toujours.inddRevoilà donc Jack Lennon, suspendu après une fusillade contre un flic ripoux, boitant bas, et accro aux analgésiques (voir Les âmes volées). Il essaie de profiter de sa fille, et vivote, en attendant de voir s’il pourra recevoir une pension ou si les affaires internes vont le clouer au pilori.

C’est alors que Rea Carlisle, une ex, l’appelle : Elle vient de découvrir dans la maison d’un oncle décédé un album atroce, preuve que l’homme a tué et torturé pendant des années. Sa mère et son père ne veulent rien dire à la police pour ne pas nuire à la brillante carrière politique monsieur Carlisle. Le temps qu’un Jack sceptique vienne la voir, l’album a été volé. Peu après sa visite, Rea est sauvagement assassinée, et Jack est le dernier à avoir été vu entrant chez elle …

On retrouve donc le Jack Lennon et le Stuart Neville teigneux des premiers romans. Il y a du Jack Taylor dans ce Jack de Belfast ! Il va de plus en plus mal, chaque jour qui vient lui apporte son nouveaux lot d’emmerdes, toutes plus graves les unes que les autres, ses ennemis triomphent auprès des puissants et lui paraît de plus en plus minable mais … mais il ne lâche rien, jamais.

Et c’est pour ça qu’on l’aime. Une histoire bien noire, avec une vraie tendresse pour les perdants qui se battent. Une corruption partout présente, des politiques sans morale et sans âme, des flics toujours prêts à se vendre. Mais aussi des irréductibles, des gens qui souffrent, des pions qui ont été manipulés, et ont tout perdu, sauf la dignité, et qui ont des mouvements de révolte et d’humanité.

Du bon vrai roman noir irlandais comme on l’adore ! Vivement le prochain.

Stuart Neville / Le silence pour toujours (The final silence, 2014), Rivages/Thriller (2017), traduit de l’anglais (Irlande) par Fabienne Duvigneau.

Bonne année … quand même

Je ne vais pas vous mentir, 2016 a été une année de merde, 2017 s’annonce comme au moins aussi pourrie. Que nous reste-t-il ?

Comme pour cette année, on peut espérer de grandes lectures. Vu comment ça part, de ce point de vue là ça devrait aller.

Je peux aussi souhaiter à tous du bonheur avec les amis et la famille.

Après j’ai un peu de mal. Les agités du bocal ont pris le pouvoir ici et là, les pires tordus en robe (quel que soit le style de la robe) excitent les paumés, et chez nous, on peut s’attendre à voir arriver aux manettes des infects qui essaient de nous faire croire que revenir aux conditions de vie et de travail du XIX° siècle est un pas en avant.

Alors même si on risque d’avoir pas mal d’occasion de se sentir comme ça …

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Ou comme ça :

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Je vous souhaite à tous de bons moments comme ça …

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Une courte pause

Je ne vous abandonne pas, mais je suis assez pris et j’ai attaqué le DOA qui est … copieux et pour l’instant passionnant.

Donc quelques jours sans nouvelles.

Si vous vous ennuyez, sur l’insistance de mon ado de fille (et un peu aussi pour voir ce qu’elle publie de son côté …), je me suis créé un compte instagram où je publie des photos et des petits collages. A partir, pour l’instant, de photos de voyage.

Il faut chercher jm.laherrere.

A bientôt, soyez sages.

doa

 

Rentrée série noire, pas totalement convaincu

C’est aussi la rentrée à la série noire. Pour patienter en attendant le DOA, Cabossé de Benoît Philippon.

philipponRoy est un colosse avec une sale gueule. Ancien boxeur, il bosse comme fracasseur de cranes pour des truands. Guillemette est petite, jolie comme un cœur et un peu paumée. Quand Roy rencontre Guillemette, c’est le coup de foudre. Tout pourrait aller pour le mieux, mais rien ne va jamais pour le mieux dans la vie de ces deux cabossés.

Alors un soir Roy massacre l’ex de Guillemette qui a commencé à la maltraiter. Grave erreur ! Et les voilà partis sur les routes, en cavale.

Mitigé sur ce premier roman.

Côté pile, je ne me suis pas ennuyé, l’auteur a une langue, un sens de la formule qui font mouche, il sait créer des personnages truculents et son hommage à la culture populaire américaine ne peut que toucher quelqu’un qui aime la soul, le jazz, le blues, les films noirs américains et sa culture polar.

Côté face on a l’envers de tout ça. Les bons mots systématiques finissent par ne plus surprendre. Et surtout il manque une tension, une évolution des personnages ou de l’intrigue qui fait qu’on a plus l’impression de voir une succession de scènes (Roy et Guillemette et les malfrats, Roy et Guillemette et la petite vieille, Roy et Guillemette et la petite fille …) qui finissent par frôler le cliché qu’une vraie histoire avec un fil narratif.

ranxUne impression mitigée donc, un moment de lecture agréable sans être enthousiasmant, pour un roman qui parfois m’a donné l’impression que l’auteur avait confié des personnages cabossé à la David Goodis au dessinateur de Ranxérox (rendons à César, c’est Christophe qui a cité cette ressemblance dont je n’ai pas pu me défaire tant elle m’a parue juste).

Benoît Philippon / Cabossé, série noire (2016).

Impact, fin de la trilogie, fin du monde

Voilà une série qui ne risque pas de jouer les prolongations : Impact de Ben H. Winters conclue la trilogie Dernier meurtre avant la fin du monde.

impact_wintersLa fin approche. Cette fois l’astéroïde Maia est à moins d’une semaine de l’impact qui va détruire toute, ou presque toute, la vie sur Terre. Plus rien ne fonctionne, mais Hank Palace, ancien flic d’une petite ville ne renonce pas : Il doit retrouver sa sœur Nico qui est partie avec un groupe d’illuminés qui croient à un complot du gouvernement.

En chemin, et pour ses derniers jours, il va croiser des groupes plus ou moins fous, plus ou moins violents, plus ou moins résignés. Et découvrir enfin ce qui fait courir sa chère sœur, juste à temps.

Beau final pour une trilogie originale qui ose aller au bout du propos. On connait les romans post-apocalyptiques (ils sont d’ailleurs à la mode), je ne connaissais pas avant de lire Ben H. Winters les romans pré-apocalyptiques.

Dans un monde qui s’écroule, le personnage de Hank Palace est de plus en plus émouvant dans son obstination à faire son boulot jusqu’à la dernière minute. Jusqu’au bout il sera intègre, jusqu’au bout il recherchera la vérité en se lamentant de n’avoir pas eu le temps d’apprendre suffisamment pour être un bon flic.

Une façon de vivre en attendant la fin programmée. L’auteur nous en présentera d’autres, qui chacune ne fait d’exacerber les penchants des différents personnages croisés par son héros : certains tenteront de prendre le poids du monde sur leurs épaules, d’autres profiteront des derniers moments, et quelques-uns, comme toujours, voudront manipuler et dominer leurs compagnons.

Un vrai concentré d’humanité en attendant une fin parfaitement réussie par l’auteur. A lire vraiment, dans l’ordre bien entendu !

Ben H. Winters / Impact (World of trouble, 2014), Sonatine (2016), traduit de l’anglais (USA) par Valérie le Plouhinec.