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TPS n°13, ce fut fait et pas mal fait

Si je n’ai pas donné de nouvelles cette semaine, ce n’est pas que je vous abandonne, mais deux événements se sont ligués contre une production plus régulière : Tout d’abord j’ai abandonné un roman au bout de presque 200 pages, m’apercevant que, bien qu’il soit bien écrit et construit, il ne m’intéressait pas (il faut dire aussi que c’est dur de venir après Padura). Et puis il faut avouer que, entre la première rencontre avec Aro Sainz de la Maza jeudi après-midi, et la fin de TPS dimanche soir, j’ai un peu manqué de temps.

Donc TPS 13° c’est fait. Et c’était, de l’avis de tous, les visiteurs, les auteurs, les organisateurs et ma pomme, beaucoup plus rigolo que l’an dernier. Il reste certes les masques, mais le public était au rendez-vous, toutes les tables rondes ont fait le plein, même celles du samedi matin et du dimanche matin, les dessinateurs de BD doivent être en train de mettre la main dans un seau à glace pour la faire refroidir après deux jours de dédicace non-stop, le bar n’a pas désempli (je serais curieux de savoir combien de futs de bières ont sucombé), bref on était presque revenus à la normale.

Autre grosse satisfaction, je trouve que le prix Violeta Negra est un des prix les plus éclectiques et les plus enthousiasmant du polar (il ne faut jamais laisser passer une occasion de se jeter des fleurs). Après avoir, l’an dernier, récompensé un hybride polar/SF écrit par une écrivaine qui n’est même pas « référencée » noir, à savoir Le temps de la haine de Rosa Montero, il prime cette année l’hilarant Ceci n’est pas une chanson d’amour d’Alessandro Robecchi, alors que si vous regardez les listes chaque année, en général, les prix polar ne font pas beaucoup rire. Détail révélateur, lors de la table ronde italienne à laquelle participaient Marcello Fois, Piergiorgio Pulixi, Valerio Varesi et donc Alessandro Robecchi, seul ce dernier n’avait jamais eu le prix décerné à Milan, comme quoi on est vraiment les meilleurs ! Merci le jury du VN, et merci Alessandro.

Grand plaisir évidemment de revoir les copains, les auteurs habitués et d’en rencontrer des nouveaux, allié à la frustration de ne pas pouvoir écouter toutes les tables rondes et que ce soit trop court. Et comme chaque année, des confirmations et de belles découvertes.

La confirmation, c’est que je savais que les tables rondes sur le polar nordique à la française, avec Olivier Truc et Caryl Férey ne me demanderait pas trop de travail, une introduction, une question et à vous messieurs. Confirmation dès vendredi soir. Pour les espagnols, je savais que ce serait encore plus simple, il suffisait de dire bonjour. Ils ont été grands, comme toujours, entre réflexion et anecdotes, avec la belle dynamique de ceux qui se connaissent, s’apprécient et ont l’habitude de partager les tables de débats. Idem pour la table italienne, je n’ai pu poser que deux questions, auxquelles ils n’ont d’ailleurs pas du tout répondu mais est-ce important ? Non.

Belle découverte avec une table qui a très bien fonctionnée, alors que je partais un peu dans l’inconnu, entre Laurent Guillaume et Minos Efstathiadis. Beaucoup d’échanges entre les deux qui ne se connaissaient pas du tout avant, et quelques pointes d’humour malgré un sujet (la guerre) qui avait tendance à plomber l’atmosphère. Et de beaux échanges aussi entre Hervé Le Corre, Parker Bilal et Caroline Hinault qui ont tous les trois dans leurs romans des approches différentes du « lieu du crime », un vrai plaisir pour l’animateur.

Bref, j’ai découvert de nouveaux auteurs, pu discuter avec eux, j’ai retrouvé avec plaisir ceux que je connaissais, j’ai fini vanné mais très content. Un peu de repos et de lecture au calme ne fera pas de mal avant de commencer à préparer le prochain. Et encore un grand merci aux travailleurs de l’ombre qui préparent toute la logistique, démarchent bibliothèques et établissements scolaires, montent les dossiers de subvention, accompagnent les auteurs, tiennent le bar, montent les chapiteaux, conduisent les auteurs … Une quantité de boulot phénoménale sans laquelle rien ne serait possible.

A l’année prochaine.

Je suis perplexe …

En ce moment, j’avoue que je suis assez perplexe, et que je ne comprends pas, mais alors pas du tout ceux qui sont contre la vaccination.

Petit rappel, pour les plus jeunes, de mon temps comme disent les vieux comme moi, il y avait encore des gens marqués à vie par la polio. Il n’y en a plus. La vaccination a sauvé des millions de vies dans le monde, y compris celles des quelques rares personnages qui, pour d’excellentes raisons médicales, ne peuvent pas se faire vacciner.

Deux chiffres : 85 % des gens qui entrent à l’hôpital actuellement pour cause de COVID lourd n’ont reçu aucune dose de vaccin, seuls 7% des admissions concernent des personnages ayant les deux doses. La Martinique et La Réunion comptent moins de 15 % de la population vaccinée, résultat, reconfinement. En métropole avec 50 % de vaccinés, pas de reconfinement (pour l’instant).

Bref, le vaccin, ça marche. Alors pourquoi le refuser ?

On peut être un sale con égoïste, qui ne veut pas risquer d’effet secondaire et préfère profiter de l’immunité collective créée par ceux qui se font vacciner. Ceux là peuvent aller crever, de préférence ailleurs qu’à l’hôpital pour ne pas surcharger un personnel déjà bien secoué.

On peut croire que ne pas se faire vacciner est un acte de résistance. A quoi ? Je ne sais pas. A Macron ? Il s’en fout, il préfère sans doute une France soumise à des restrictions de liberté justifiées par la maladie, qui permettent de jouer au petit Napoléon à la télé, sourcils froncés, poings serrés, de refiler un logiciel de merde qui permet de suivre vos déplacement, d’avoir une bonne raison pour interdire les manifs … Et visiblement ça ne réduit pas les bénéfices de ses amis premiers de cordée. Donc c’est un argument assez con.

On peut arguer qu’il ne faut pas donner des sous à l’industrie pharmaceutique qui est une des plus pourrie d’un monde qui en compte pourtant un paquet de bien dégueulasses. OK, mais alors il faut crever chez soi tout seul, sans aller à l’hôpital qui, à ma connaissance, utilise des médicaments. Refuser le vaccin parce que Big Farma c’est des enfoirés c’est aussi con que de ne plus manger de pain parce que des fils de pute spéculent sur le prix du blé. C’est la privatisation de la santé qu’il faut combattre, pas la vaccination.

Il y a ceux qui disent qu’on ne connaît pas assez les effets secondaires. Ben on connaît déjà les effets primaires de ne pas se vacciner : Des morts, des hôpitaux saturés, le confinement, la mort de la culture et du lien social … Et ça ce ne sont pas des effets potentiels, c’est vérifié, donc je prends le risque d’un effet secondaire hypothétique dans longtemps pour vivre aujourd’hui. Pour ceux qui ont peur de ces effets secondaires, n’oubliez pas de ne plus monter en voiture, de déménager loin des villes polluées, de ne plus manger un seul produit de l’industrie agro-alimentaire, de ne plus fumer, de ne plus boire …

Enfin j’ai entendu des compliqués très intelligents qui font des statistiques très compliquées sur les tranches d’âge, les risques,  etc … Pour savoir exactement à partir de quel âge en années, mois, semaines et jours on est mieux protégé en se faisant vacciner que sans le vaccin. Ils oublient un peu vite qu’on se fait vacciner pour se protéger, mais aussi pour protéger les autres, qu’une personne qui n’est pas à risque et forcément amenée, dans sa vie, à croiser des personnes à risque, et que le meilleur moyen de protéger tout le monde, les jeunes, les vieux, les gros, les diabétiques, les stressés, le petits, les grands … et même les cons, c’est d’arriver à la meilleure immunité collective possible. Soit en laissant mourir tous les fragiles pour ne garder que les plus forts, soit en vaccinant tout le monde.

Voilà c’est dit, maintenant, vous pouvez continuer à me lire même si vous êtes contre le vaccin, où vous pouvez comme ça arrive de temps en temps me laisser un commentaire pour me dire que, puisque c’est ça, vous ne me lirez plus. Vous pouvez surtout, si ce n’est déjà fait, aller vous faire vacciner qu’on puisse bientôt boire un coup en vrai en causant bouquins.

Petite lecture bienvenue

Parce que ces périodes pénibles de confinement et de télétravail m’ont amené, comme beaucoup d’autres, à relativiser l’intérêt et l’utilité du boulot, quand on lui supprime les relations sociales.

Parce qu’on nous prend toujours pour des cons en nous disant qu’il faut travailler plus pour gagner plus.

Parce que dans de plus en plus d’endroits ce travail perd son sens, quand on nous impose des chefs qui ne sont que des comptables, quand on met des directeurs d’écoles de commerce à la tête de l’éducation nationale, quand on brade les services de l’état et qu’on donne des millions à des cabinets de consultants, avatars modernes des charlatans d’hier …

Parce que ma fille révisait le thème travail pour un devoir de philo, et que son prof n’avait pas cité le seul auteur indispensable à mon humble avis.

Pour toutes ces raisons je suis allé repêcher un des rares essais perdus au milieu des polars, livres de SF et BD de ma bibliothèque. J’ai relu le début, et c’est tellement lumineux, tellement évident, tellement bien écrit que j’ai lâché le dernier Quadru (j’y reviendrai) pour le relire d’un trait.

Voilà comment ça commence :

« Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne à sa suite des misères individuelles et sociales qui, depuis deux siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l’amour du travail, la passion moribonde du travail, poussée jusqu’à l’épuisement des forces vitales de l’individu et de sa progéniture. »

Plus loin on lit :

« la passion aveugle, perverse et homicide du travail transforme la machine libératrice en instrument d’asservissement des hommes libres : sa productivité les appauvrit. »

Et :

« En présence de cette double folie des travailleurs, de se tuer au surtravail et de végéter dans l’abstinence, le grand problème de la production capitaliste n’est plus de trouver des producteurs et de décupler leurs forces, mais de découvrir des consommateurs, d’exciter leurs appétits et de leur créer des besoins factices. »

« Tous nos produits sont adultérés pour en faciliter l’écoulement et en abréger l’existence. (…) Ces falsifications, qui ont pour unique mobile un sentiment humanitaire, mais qui rapportent de superbes profits aux fabricants qui les pratiquent, si elles sont désastreuses pour la qualité des marchandises, si elles sont une source intarissable de gaspillage du travail humain, prouvent la philanthropique ingéniosité des bourgeois et l’horrible perversion des ouvriers qui, pour assouvir leur vice de travail, obligent les industriels à étouffer les cris de leurs consciences et à violer même les lois de l’honnêteté commerciale. »

C’est très court (il ne faudrait pas que le lire soit un travail), c’est lumineux, c’est drôle, c’est magnifiquement écrit, c’est visionnaire, c’est Le droit à la paresse de Paul Lafargue, ça a été publié en … 1880.

Vous le trouverez dans toute bonne librairie ou bibliothèque.

2020 est morte, vive 2021

Comment ne pas espérer que 2021 soit une année moins merdique et pénible que 2020 ? Mais comme on n’est pas prêt de rigoler de nouveau, quelques liens pour détendre l’atmosphère.

Si j’avais su que notre bon président serait autant amené à montrer sa sinistre binette à la télévision, sur, j’aurais voté Jean Lassalle au premier et au second tour. Parce que, pour ceux qui ne connaitraient pas, avouez qu’il y bien plus drôle que le Napoléon d’opérette qui vient souvent, très souvent, serrer ses petits poings et froncer les sourcils de façon pathétique à la télé (non je ne regarde jamais). Avec le berger de la vallée d’Aspe la guerre au virus au moins nous aurait fait rire, et il n’aurait pas pu faire pire en tant que Président.

Pour conjurer la tristesse, la maudite distanciation sociale, ces putains de masques, 5 minutes de jeunesse, d’insouciance, et de ce talent magnifique qui fait tout paraître si simple et facile. 5 minutes de pur bonheur.

Et pour finir, même si ces vœux sont connus archi-connus, ils me font toujours rire.

Portez-vous bien, et à bientôt j’espère.

Bilan d’une année de merde

Comme je me considère comme en vacances, le moment est venu de faire un bilan très subjectif de de cette année de lecture. Une année de merde, tout le monde en conviendra, mais malgré tout de très bon bouquins. Comme tous les ans, impossible de me restreindre à mes 5, 10 ou 15 préférés, et après tout, pourquoi le faire, je ne suis ici que pour donner envie de lire les livres qui m’ont touché, amusé, remué … Et on ne sait jamais, peut-être que quelques chroniques ont pu vous échapper, donc c’est parti.

On a eu les parutions attendues avec une grande impatience de nos amis récurrents que l’on retrouve tous les ans avec un immense plaisir, seuls amis d’ailleurs qui n’ont pas souffert de ce satané virus et de l’impossibilité dans laquelle on se trouve de voir ses potes, non littéraires, en vrai. On a retrouvé le Kub de Wojciech Chmielarz (qui s’améliore de roman en roman) dans La cité des rêves ; notre ami Soneri de Parmes de Valerio Varesi dans Or, encens et poussière ; Charlie Parker accompagné de ses deux « anges gardiens » dans Le pacte de l’étrange de John Connolly ; mon très cher commissaire Ricciardi dans la Naples fasciste de Maurizio de Giovanni dans Des phalènes pour le commissaire Ricciardi .

Walt Longmire s’est un peu fait attendre, mais on l’a retrouvé avec Vic et l’Ours dans un volume drôle et léger, Une évidence trompeuse de Craig Johnson ; malgré la disparition de son créateur Andrea Camilleri, Salvo Montalbano est toujours en charge des affaires de Vigata dans Le manège des erreurs, mais pour combien de temps ? Et pour finir, Antonio Manzini lève le voile sur le passé romain de Rocco Schiavone dans 07.07.07

Auprès de ces habitués, de ces amis même, d’autres séries sont en train de démarrer et de se construire du moins ici, certaines sont déjà bien installées chez leurs auteurs. C’est en particulier le cas du norvégien Jorn Lier Horst dont on découvre un quatrième volume avec Le disparu de Larvik, solide polar qualité scandinave. Plus noir et plus rock, McCoy d’Alan Parks revient dans la Glasgow des années 70 dans L’enfant de février, on retrouve Aidan Waits de Joseph Knox toujours à Manchester, toujours dans la mouise avec Somnambule, et les premiers flics noirs d’Atlanta créé par Thomas Mullen sont de retour dans les années 50 dans Temps noirs.

IQ, le privé atypique des quartiers pourris de LA créé par Joe Ide revient dans Lucky, toujours sur un rythme trépidant, et c’est avec beaucoup de plaisir que l’on retrouve deux suites attendues. Celle de René Denfeld qui reprend sa détective privée en quête de son passé dans La fille aux papillons, et la suite de l’excellente série historique d’Abir Mujherkee dans l’Inde coloniale, Les princes de Sambalpur. Finalement Keith McCafferty vient occuper le créneau « pêche et polar au Montana » avec son duo privé/flic avec un vrai savoir-faire pour un polar qui aère la tête : La vénus de Botticelli creek. De son côté l’anglais Mick Herron, dans la très british spécialité du roman d’espionnage change de personnages pour un excellent Agent hostile.

Pour ceux qui voudraient voyager loin, très loin, ou dans des pays moins habituels malgré l’épidémie, on a pu faire un petit tour du monde cette année, autant avec des auteurs français qu’étrangers. Vous avez le choix : L’Albanie du communisme au chaos du libéralisme et de la mafia avec Les aigles endormis de Danü Danquigny. Une version hallucinée de la guerre du Vietnam dans Je suis le fleuve de T. E.Grau, ou un roadtrip, tout aussi halluciné au Mexique sous la plume de Sébastien Rutés : Mictlan. Vous pouvez vous perdre dans la pampa désolée de l’argentin Ricardo Romero de Je suis l’hiver, ou dans le foule du Caire avec La cité des chacals de Parker Bilal.

Benoit Viktine nous amène en zone de guerre, à la frontière entre la Russie et l’Ukraine dans Donbass, et c’est avec plaisir que l’on retrouve Lagos, en pleine campagne électorale dans Feu pour feu de Leye Adenle.

Une nouveauté cette année, l’arrivée des éditions Matin Calme qui nous font découvrir le polar coréen. J’en ai lu deux très différents, Sang Chaud, version coréenne de Little Caesar de Un-Su Kim, et le très déjanté Carnets d’enquêtes d’un beau gosse nécromant de Jung Jaehan. Pour finir, attention au chaud et froid avec le dernier roman de Colin Niel, Entre fauves qui vous fera passer sans transition de la vallée d’Aspe en hiver au désert namibien.

Voyage également dans le temps et dans l’ouest américain avec Les dynamiteurs de Benjamin Withmer et Le sang ne suffit pas d’Alex Taylor. Et comment passer sous silence la superbe conclusion d’une non moins superbe série, Les rues de Laredo qui voit la fin de la bande de Lonesome Dove de Larry McMurtry.

Quelques belles découvertes cette année, avec de vraies surprises, tout autour du monde. Bel hommage au genre avec le très classique et très efficace Riposte du canadien David Albertyn. L’espagnol Agustín Martinez confirme son talent et sa phobie de la campagne et des petits villages dans La mauvaise herbe. Un autre espagnol, Andres Barba nous amène dans une ville imaginaire sous les tropiques, et nous interroge sur l’innocence de l’enfance, entre autres, dans Une république lumineuse. Alessandro Robecchi démontre une fois de plus la richesse et le talent du polar italien, avec Ceci n’est pas une chanson d’amour. Et en Grèce, Le plongeur de Minos Efstathiadis nous amène dans un décor à la Angelopoulos.

Chez les français, j’ai belle découverte de Alain Van der Eecken et Des lendemains qui hantent, avec un magnifique tempête bretonne, Laurent Petitmangin a fait une quasi unanimité méritée avec le très beau Ce qu’il faut de nuit, Catherine Dufour dont je connaissais quelques titres en SF m’a emballé avec le très réjouissant Le bal des absents, je suis retourné en Bretagne avec un roman dans la grande lignée du roman noir social avec Fin d’exploitation de Denis Flageul, et Marion Brunet a confirmé son talent pour camper de magnifiques personnages féminins dans Vanda.

Et pour finir il y a les grands qui nous emballent chaque fois qu’ils publient un roman. Cela faisait un éternité que je n’avais pas lu de Stephen King, j’ai dévoré L’institut, Hannelore Cayre est toujours aussi drôle, cinglante et pertinente avec Richesse oblige, La fabrique de la terreur conclut parfaitement la trilogie incontournable de Frédéric Paulin, j’ai retrouvé avec plaisir Marseille décrite par Dominique Manotti, Marseille 73.

Un immense auteur nous a quitté, mais nous avait offert un dernier roman magistral, Retour de service de John Le Carré, Deon Meyer revient au polar avec La proie entre l’Europe et l’Afrique du Sud, David Joy est déjà un grand, Ce lien entre nous le confirme, et toujours aux US, le grand Jérôme Charyn campe son Isaac Sidel en … Président des USA dans Avis de grand froid. Un autre personnage illustre revient, le roi d’Espagne, sous la plume, bien entendu de Carlos Salem dans La dernière affaire de Johnny Bourbon, et Don Winslow nous régale avec 6 novellas qui reprennent, pour certaines certains de ses personnages emblématiques dans Le prix de la vengeance.

Je sais, je suis long et je ne sais pas choisir, mais je ne pouvais pas conclure ce tour d’horizon sans parler de deux bouquins, qui ne sont pas des polars, mais à côté desquels il serait dommage de passer. Il s’agit du roman plébiscité de Tiffany McDaniel, Betty, et de la novella très flippante de Robert Jackson Bennett, Vigileance. Je sais aussi, il est trop tard pour les cadeaux de Noël, mais il n’est jamais trop tard pour se faire plaisir, piochez là-dedans et vous ne devriez pas vous ennuyer.

Sale époque

Etranges coïncidences. Au moment où reparait Little Caesar, petit truand à la trajectoire parabolique, un personnage qui lui ressemble par bien des côtés disparait.

Diego Maradona, el pibe de oro, la main de Dieu, venu des « villas », les bidonvilles argentins, devenu l’idole d’une ville (Naples) et d’un pays (l’Argentine), aussi génial que tricheur, tombé dans l’addiction, et les excès. Ami de camorristes et de Fidel Castro, idole des  plus pauvres roulant en Ferrari. Capable dans le même match d’une magnifique triche et d’un but génial. Autant haï et méprisé que vénéré.

(43-31) : FRANCE’S CHRISTOPHE DOMINICI GOES AROUND NEW ZEALANDS CHRISTIAN CU LLEN TO SCORE A TRY

Si on ajoute à cela un autre personnage de roman hier, Christophe Dominici, ailier fantasque, qui un beau jour d’octobre 1999 devant un stade de Twickenham archi plein passa en revue la moitié de l’équipe des ogres All Black en revue avant d’offrir à ses potes le premier essai d’un match phénoménal.

Et puisque j’en suis à parler de mes souvenirs, un autre bout de mon enfance et adolescence est disparu hier, Jacques Secrétin, grand champion de ping-pong, dont on retenait forcément le nom rigolo, et que j’avais vu avec son compère Vincent Purckart dans leur show de Harlem globetrotters du pingpong.

Je sais, ce ne sont « que des sportifs », ils ne vont pas laisser de grands romans, de grands films et des chansons inoubliables derrière eux. Mais ça fait quand même mal, c’est un petit morceau de mémoire collective et populaire qui disparaît. Un morceau qui manquera, qui manque déjà.

Qui manque d’autant plus en cette période sinistre, où l’on ne peut plus se voir, se toucher, où un Président qui ressemble de plus en plus au Sourire envahit plus qu’aucun autre avant lui les écrans, où les libertés sont rognées, l’une après l’autre, au nom de la sécurité. Une époque qui manque cruellement de légèreté, d’excès, d’humour, de génie, de fantaisie, d’actes gratuits et flamboyants. Une époque de comptables fascisants.

Salut les artistes, vous nous laissez tomber au plus mauvais moment.

Vous nous manquez déjà

Je sais bien que 92 ans c’est un bel âge, mais il aurait pu attendre une période un peu moins sinistre Alain Rey pour nous abandonner à notre bien triste sort.

Il aurait pu décortiquer avec gourmandise, et ce sourire dans la voix que j’aimais tant sur France Inter, les mot guerriers qu’affectionne notre Napoléon de gouttière qui va encore ce soir froncer les sourcils, serrer ses petits poings et tenter de prendre la tête du Chef De Guerre, Père De La Nation, sévère mais juste.

J’aurais tant aimé l’entendre nous expliquer l’origine et les évolutions de « Couvre-feu », de « confinement », ou même de « laïcité », qui est confisquée par tous les abrutis qui chassent à droite en s’étonnant qu’il y ait des étagère ceci ou cela dans les super marchés, et bizarrement, ceci ou cela ce n’est jamais l’étagère italienne ou mexicaine.

En ces temps où les plus pourris parmi les pourris tentent de s’approprier les mots, les vident de leur sens, les tordent pour les adapter à leur rhétorique de merde, combien il aurait été indispensable l’éclairage aussi cultivé qu’humaniste de ce grand bonhomme. Je me souviens encore de sa chronique, motivée par un discours moisi, où il avait expliqué, avec quel talent, qu’être « de souche » n’était pas forcément un compliment, la souche étant par essence immobile et morte. Oui vous allez nous manquer Alain Rey, mais merci mille fois pour tout.

Elmet

Les blogs ont beaucoup parlé de Elmet de Fiona Mozley. En bien. Donc je l’ai lu. Mais je n’ai pas du tout marché.

MozleyDaniel et Cathy vivent dans les bois avec leur père John Smythe. Ils ont construit une maison éloignée de tout dans le Yorshire, sur une terre ayant appartenu à leur mère. John a gagné de l’argent en se battant, lors de combats clandestins, c’est une légende, invaincu dans toutes les îles britanniques. Ils pourraient vivre là en paix, mais un homme ne l’entend pas de cette oreille. Il veut que John revienne travailler pour lui, briser des os pour lui.

C’est Price, qui possède quasiment toute la région, fermes, maisons en location, tous ou presque lui doivent un loyer ou travaillent pour lui. La paix sera de courte durée.

Désolé, je n’ai pas été du tout conquis.

Pour commencer la quatrième de couverture est un modèle de ce qu’il ne faut pas faire, résumant absolument toute l’histoire, même des événements n’intervenant qu’à la toute fin du roman. Et la phrase reprise en couverture est complètement ridicule. Dommage ça gâche ce que pourrait être le plaisir de la lecture.

Ensuite l’auteur fait le choix de se placer dans une ambiance de conte, où l’atmosphère de la forêt est plus présente que la vie des êtres humains, où malgré le choix d’avoir un narrateur on ne partage pas vraiment sa vie, ni ses sentiments, ses joies, ses rages. Toutes les aspérités sont comme gommées par un brouillard onirique. La mise en place est très lente, et la montée de la tension extrêmement abrupte, sans prémisses ou presque.

Et comme je n’ai pas été sensible à la poésie de l’écriture que beaucoup ont ressentie, je me suis pas mal ennuyé, trouvant que le final annoncé tardait beaucoup à arriver. Et même là, tout est trop manichéen, trop décrit de loin, avec des protagonistes aux réactions trop caricaturales, trop « parfaites », donc sans émotion pour moi.

Bref je suis visiblement un cas isolé d’indifférence totale à l’écriture de Fiona Mozley. Dommage.

Fiona Mozley / Elmet, (Elmet, 2017), Joëlle Losfeld (2020) traduit de l’anglais par Laetitia Devaux.