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Aux vagabonds l’immensité

C’est la période des romans historiques, après Marseille 73, voici Aux vagabonds l’immensité de Pierre Hanot.

HanotMetz juillet 1961. Le FLN s’organise pour frapper aussi en France. Le 1° RCP, régiment de paras, des durs de durs, vient d’être rapatrié manu militari à Metz, pour cause de tentative de coup d’état en Algérie. Rage, frustration, rancœur, un mélange explosif si les bicots s’avisent de les provoquer.

Le 23 juillet, ça explose, c’est la « nuit des paras ». Avec la complicité ou le consentement silencieux de la police et d’une partie de la population.

Récit court, concentré sur quelques journées et éclaté sur une multitude de personnages. L’avantage est que ça donne une multiplicité de points de vue. L’inconvénient est que chaque personnage n’est là que pour son apport à cette fameuse nuit, à peine une silhouette avec une fonction à remplir.

En peu de temps on prend connaissance de l’événement, l’information est là, c’est vif, mais pour moi l’émotion est totalement absente. En ne créant aucun lien entre le lecteur et les personnages, l’auteur s’interdit ce levier extrêmement puissant de la littérature : nous faire vivre d’autres vies dans notre chair, comme si nous y étions. Ici, pour moi, l’émotion était totalement absente.

Aux vagabonds l’immensité répond très certainement à ce que voulait faire l’auteur, et satisfera sans doute certains lecteurs. De mon côté, je demande autre chose à un roman et je reste sur ma faim.

Pierre Hanot / Aux vagabonds l’immensité, la manufacture des livres (2020).

Adios Luis

Saloperie de virus. Ce que cet hijo de la grandisima puta de Pinochet n’a pas réussi, c’est ce virus de merde qui le fait. Luis Sepúlveda est mort.

On lui doit bien entendu du roman qui l’a fait connaître, Le vieux qui lisait des romans d’amour. Mais le texte qui m’a le plus marqué, emballé, c’est le recueil Patagonia express (Le neveu d’Amérique je crois en français), avec un superbe premier texte. Il y raconte les dimanches à Santiago avec son grand-père, anarchiste espagnol exilé au Chili. Le grand-père venait le chercher, et l’amenait en promenade, lui payant tous les sodas et glaces qu’il voulait, mais l’empêchait de pisser. Jusqu’à ce qu’il n’en puisse plus. Alors il l’amenait devant une église, et le laissait se soulager sur la porte. En attendant avec impatience que le curé sorte protester pour pouvoir le pourrir.

Voilà un grand-père selon mon cœur.

C’était, comme beaucoup d’écrivains latinos, un conteur hors pair, à l’oral comme à l’écrit. Nous avons eu la chance de le voir plusieurs fois à Toulouse, où il fut parrain d’un des premiers Toulouse Polars du Sud. Son humanité, son humour, sa combativité, ses histoires vont nous manquer.

Merci Luis, pour tout.

Il y a des charlots quand même

Il y a des responsables de com qui sont quand même de sacré feignasses, ou des buses terribles. Pas celles et ceux de nos maisons d’édition préférées bien entendu, que j’embrasse à distance, mais voyez plutôt les messages que j’ai reçu récemment :

Premier message :

Bonjour,

Pour éviter de se laisser embarquer dans des « fake news » angoissantes et pour bien comprendre les prédictions de l’écrivain français du 16ème siècle, il y a urgence à revenir à l’essentiel : le fac-similé de l’édition de 1557, la seule réellement publiée du vivant de Nostradamus.

Il faut en effet savoir que Les Prophéties nous sont parvenues grâce à des centaines d’éditions. La complexité de la langue de Nostradamus (mélange de français, de latin et d’occitan) a ainsi conduit à toutes sortes de traductions, sans compter les interprétations plus ou moins hasardeuses qui en sont tirées.

Pourtant, aucun essai ni aucune interprétation n’en remplacent la lecture, confrontation obligée avec le texte authentique. Dans le contexte actuel, la transcription du fac-similé et la transcription modernisée de cette édition, sont plus que jamais à mettre entre toutes les mains.

Pour pouvoir lire le texte correctement, ce recueil présente pour la première fois sous format numérique et papier, trois textes complémentaires :

  • le fac-similé de l’édition de 1557, sous forme de clichés des pages ;
  • la transcription de ce fac-similé,  en typographie actuelle et contemporaine, mais sans la moindre retouche ;
  • et une transcription modernisée de cette édition, pour faciliter la lecture et la compréhension.

Nous feriez-vous le plaisir d’annoncer cette parution ?

Souhaiteriez-vous recevoir un exemplaire, en vue d’un projet éditorial ? (PDF compte tenu du contexte actuel)

Je vous ai adressé le CP complet en PJ. Version Word et visuels HD disponibles.

Un sujet serait-il susceptible de vous intéresser ? (possibilité d’itw, de reportage)

Alors comment dire ? Est-ce une interview de Nostradamus qui m’est proposée ? Ce brave garçon m’aurait-il envoyé ce mail sans même jeter un coup d’œil sur ce qui m’intéresse ? Ou ai-je écrit, quelque part, une chronique qui laisse penser que je suis fan des prophéties en tous genres ?

Message suivant :

Bonjour,

Nous sommes tous un jour, tôt ou tard, confrontés à la maladie, au handicap et à la mort. Ces sujets que nos sociétés modernes choisissent d’ignorer jaillissent pourtant dans nos vies, les bousculent, les heurtent même, parfois douloureusement.

Mais faut-il pour autant les vivre comme des tragédies ? Et s’il s’agissait plutôt d’initiations qui peuvent être inspirantes pour en sortir grandis ?

Le livre « Olivier, de l’épreuve à la vie », est le bouleversant témoignage d’une famille qui a traversé les difficultés de l’existence avec la même gratitude.

Il raconte l’histoire d’un jeune couple épanoui, qui a deux enfants et un métier passionnant. Et puis un jour tout bascule : le 14 juillet 1997, un accident stupide transforme un père de famille, un vétérinaire apprécié de tous, en infirme tétraplégique complet et sous assistance respiratoire.

Comment ses proches et lui-même ont-ils vécu les seize années qui ont suivi ? Comment ont-ils surmonté les moments de découragement, de tristesse et leurs propres peurs ?

Je vous ai adressé le CP complet en PJ. Version Word et visuels HD disponibles.

Un sujet serait-il susceptible de vous intéresser ? (possibilité d’itw, de reportage).

Là encore non. Et mêmes questions, le messager est-il un branlougat complet qui arrose tous azimuts ? Ou ces deux guignols sont-ils des vautours qui essaient de profiter de l’angoisse généralisée pour vendre leur soupe ?

Mais mon préféré, car moins putassier mais beaucoup plus décalé :

Bonjour,

Nous sommes heureux de vous présenter le nouveau livre CHAPEAUX DIOR ! publié par Rizzoli New York.

Nous serions heureux que vous présentiez ce bel ouvrage dans votre magazine.

Veuillez trouver en pièce jointe le communiqué de presse, ainsi que deux photos de la couverture en haute résolution. N´hésitez pas à nous contacter si vous désirez recevoir un exemplaire du livre, en vue de publier un article.    

La couverture du livre est disponible pour réaliser un article.

Les images destinées à la presse ne peuvent être reproduites que dans le cadre d’un article au sein du magazine, en respectant le titre du livre et en indiquant les droits d’auteur. Aucune image ne peut être recadrée, recouverte avec du texte ou modifiée. Le texte peut être utilisé seulement si la source est citée. Les images sont uniquement destinées à un article de presse réalisé par vous même. Les images ne peuvent pas être transmises à des tiers ou des revues/magazines publiés par le même éditeur. La présentation de ces images en ligne à d’autres fins qu’un article est strictement interdite. Une fois utilisées, les images doivent être supprimées des ordinateurs ou des serveurs et ne doivent pas être stockées sur des serveurs en ligne ou sous forme papier. 

Si vous êtes intéressés par de grandes reproductions, d’autres visuels ou une reproduction de la couverture, nous vous remercions de nous contacter pour obtenir le consentement de DIOR et Rizzoli. Ces images peuvent être soumises à des droits de publication.

En toutes circonstances, il est strictement interdit de scanner, filmer ou photographier les images du livre. Toutes images utilisées sans autorisation seront facturées.

C’est marrant ce mélange de mise en garde, de menaces et de proposition de collaboration. Et je trouve assez rigolo qu’on propose à actu du noir un bouquin sur les chapeaux ! Rigolo, mais ça pose quand même une question sur le professionnalisme de l’attachée de presse. Quant à leurs images et leurs textes, qu’ils se les gardent.

Allez, dites-moi si vous recevez vous aussi des messages rigolos comme ceux-là.

 

Fragile est la nuit

Un nouvel auteur napolitain, chouette. Il faut quand même avouer que Fragile est la nuit de Angelo Petrella n’est pas près de supplanter l’immense Maurizio de Giovanni.

PetrellaDenis Carbone est un bon flic. Mais ça ne lui sert plus à grand-chose. Un peu ripoux il a été attrapé la main dans le sac et muté dans le quartier chic de Naples, où rien ne se passe. Jusqu’à ce qu’une femme d’une quarantaine d’année soit retrouvée morte au pied de la tour de sa magnifique villa. La possibilité pour Carbone de faire, enfin, un vrai boulot de flic.

Mais outre qu’on l’oblige à collaborer avec celui qui l’a fait tomber, il semble que son enquête dérange des gens qui ne plaisantent pas, et sont prêts à tout pour la faire capoter. Ils ne savent pas que Carbone est têtu, et surtout qu’il n’a rien à perdre.

Comme je disais donc, Fragile est la nuit souffre de la comparaison avec les deux séries de Maurizio de Giovanni. C’est peut-être injuste de comparer, mais comme les deux auteurs situent leurs histoires à Naples, difficile de ne pas le faire.

De ce court roman on peut dire qu’il est rythmé, que le ton est vif et ne manque pas d’humour et que l’auteur y reprend avec adresse le cliché du flic très limite, tout le temps entre gueule de bois et cuite, en conflit ouvert avec sa hiérarchie. Donc on ne s’ennuie pas.

Mais ça manque de profondeur, dans la description des personnages, et surtout dans celle de la ville. Si les quartiers sont bien dépeints, ce qui manque beaucoup au fan de Ricciardi ou de son collègue contemporain Lojacono c’est le peuple de ces quartiers. Car c’est bien ce qui fait la force des romans de cet autre auteur de Naples, l’empathie et l’humanité avec laquelle il décrit les napolitains. Ici, mis à part les flics, ils sont bien absents du roman qui se concentre uniquement sur son intrigue.

Il reste une bonne série B, menée à un bon rythme. Ni plus ni moins.

Angelo Petrella / Fragile est la nuit, (Fragile è la notte, 2018), Philippe Rey/Noir (2020) traduit de l’italien par Nathalie Bauer.

Ouverture du café

Comme nous tous, je m’emmerde déjà ferme. Les discussions autour d’un café au boulot, lors des répétitions de musique, ou autour d’un verre avec les potes me manquent horriblement.

Donc pour ceux qui veulent refaire le monde à distance, et pour éviter de gaver ce qui n’ont pas envie de parler d’autre chose que de livres, j’ai créé le café d’actu du noir. je vous y attends, si le cœur vous en dit.

Communiqué du Syndicat de la Librairie Française

Je relais ce communiqué que vous pouvez trouver là.

Vente de livres en période d’épidémie : si la vente de livres en librairie n’est pas « indispensable » à la vie de la nation, pourquoi la vente de livres par Amazon ou un hypermarché l’est-elle ?

Publié le 18/03/2020 par La Rédaction
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En application des décisions gouvernementales prises afin de faire face à la propagation du virus covid-19, les librairies, considérées comme commerces « non indispensables », ont interdiction de recevoir du public et ont donc baissé leurs rideaux. Dans le souci de protéger leurs clients, leurs salariés et les livreurs, elles sont une très large majorité à avoir également suspendu tout service de retrait et de livraison et renoncé à une ouverture lorsque la vente d’autres produits comme la presse les y autorisait.

Ces décisions représentent un sacrifice financier mais les libraires le font en responsabilité. Ils sont conscients du manque à gagner pour les auteurs et les éditeurs et le compenseront par un engagement décuplé lorsque cette crise sera surmontée.

Dans le même temps, la grande distribution et les plates-formes de vente en ligne poursuivent, comme si de rien n’était, la vente et la livraison de livres. Commander un livre sur Amazon aujourd’hui, c’est faire se déplacer, travailler et se croiser des salariés dans les entrepôts des éditeurs, des salariés dans les entrepôts d’Amazon, des transporteurs, jusqu’au livreur qui se rend au domicile du client. Les risques sanitaires engendrés par cette chaîne logistique sont très importants alors que les consignes officielles nous enjoignent à limiter au maximum les contacts. Si la vente de livres en librairie n’est pas « indispensable » à la vie de la nation, pourquoi la vente de livres par Amazon ou un hypermarché l’est-elle ?

Alors que les libraires, commerces fragiles économiquement, risquent de payer un très lourd tribut à cette crise, leurs concurrents de la grande distribution et d’internet en profitent pour accroître encore davantage leurs bénéfices. Bénéfices qu’Amazon localisera au Luxembourg afin de ne pas payer d’impôts en France !

La poursuite des commandes et des retraits de livres via la grande distribution ou Amazon représente une hérésie sanitaire et une concurrence déloyale et nous appelons le gouvernement à y mettre fin. 

Bons débuts

Il est des débuts de romans qui vous embarquent instantanément, et vous savez alors que tout va bien se passer, certains m’ont marqué à jamais, les voilà, je vous laisse retrouver les romans en question (mais je réponds aux questions dans les commentaires).

  1. « Bien des années plus tard, face au peloton d’exécution, le colonel Aureliano Buendia devait se rappeler ce lointain après-midi au cours duquel son père l’emmena faire la connaissance avec la glace. »
  2. « Quand j’ai finalement rattrapé Abraham Trahearne il était en train de boire des bières avec un bouledogue alcoolique nommé Fireball Roberts dans une taverne mal en point juste à la sortie de Sonoma, en Californie du Nord ; en train de vider le coeur d’une superbe journée de printemps. »
  3. « A Santa Cruz de Natividad, la Mort vient toujours par le fleuve. »
  4. « A l’âge où les trois quarts des jeunes Ecossais retroussent les jupes des demoiselles, labourent, creusent leurs sillons et répandent leur semence, Mungo Park, lui, exposait ses fesses nues aux yeux du hadj Ibn Fatouni, émir de Ludamar. »
  5. « Quand le téléphone sonna, Parker était dans le garage, il tuait un homme. »
  6. « – Pigeon vole …
    – Ta gueule ! »
  7. « Tous les 15 juin, au commissariat de North precinct, la relève A et l’équipe de nuit partaient tuer des chiens. »
  8. « A New York, tout le monde cherche quelque chose. Des hommes cherchent des femmes, et des femmes cherchent des hommes. Au Trucks, des hommes cherchent des hommes, tandis que chez Barbara et au MLF, des femmes cherchent des femmes. »
  9. « Call me, Ismahel »

A vous pour vos préférées.

TPS n°11

Retour à la vie normale après une fin de semaine folle, comme toujours avec TPS. Une édition un peu moins animée peut-être côté public, pour cause de grosse manifestation samedi qui a obligé à reporter le rallye au dimanche et a surement fait hésiter plus d’un visiteur à affronter les lacrymogènes et les stations de métro fermées, mais une édition passionnante.

Qui a commencé de façon mouvementée mercredi en fin d’après-midi : Je vais retrouver Leonardo Padura, pour aller avec lui à la rencontre des lecteurs de la médiathèque de Montauban, et patatras, pneu crevé. Donc j’ai changé une roue de ma voiture avec l’aide de Padura, ce n’est pas donné à tout le monde ! Plus sérieusement, belle rencontre, avec plus de 80 personnes, et l’occasion pour moi de discuter tranquillement avec lui de littérature, de série, de Conde, de tout et de rien, que du bonheur.

Jeudi, « la routine », une rencontre en médiathèque avec Victor del Arbol. Là aussi du bonheur, le plaisir d’échanger avec un auteur que je connais bien maintenant, avec lequel nous avons réussi à tisser une certaine complicité qui transforme l’animation d’une rencontre en discussion entre amis … Une discussion durant laquelle bien entendu l’un parle beaucoup plus que l’autre, étant donné qu’il a beaucoup plus de choses intéressantes à raconter.

Et vendredi, nouvelle rencontre avec Leonardo Padura, en ouverture du festival, à la librairie de la Renaissance. Une fois de plus amphi archiplein, et une rencontre qui a prouvé, à ceux qui en douterait encore, que Padura est une mine inépuisable d’histoires, d’anecdotes et de réflexion. Mis à part lors de certaines réponses à des questions du public, c’était complètement différents des rencontres de la semaine précédente à Ombres Blanches, et de celle de Montauban. On apprend entre autres, que son prochain roman ne sera pas un Conde, mais bien que Mario ait une hygiène de vie déplorable, entre rhum, cigarettes et privations de nourriture suivie de repas gargantuesques, il compte bien le faire encore vivre longtemps, au-delà des 60 ans qu’il a fêtés dans le dernier roman.

Pour la petite histoire, moment amusant lors du repas après la rencontre, pris dans les locaux de la Renaissance, qui sont aussi ceux du PC toulousain, quand en tournant la tête il est tombé sur une affiche de soutien à Cuba avec Fidel en photo …

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Après, samedi et dimanche, on est pris dans le grand tourbillon, avec le moment toujours long de l’inauguration, qui a permis quand même cette photo qui témoignait de la richesse de notre plateau hispano, pour mon plus grand plaisir bien entendu. Vous reconnaitrez de gauche à droite, Ernesto Mallo, Leonardo Padura, Victor del Arbol, Carlos Salem, Boris Quercia et Martin Solares. Content j’étais.

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D’autant plus content que côté italien, même s’ils étaient moins nombreux, il y avait quand même Gioacchino Criaco et Maurizio de Giovanni, qui remporte en plus le prix Violeta Negra pour Les Pâques du commissaire Ricciardi. Suis-je content ? Forcément, à force d’insister, je vais y arriver TOUT LE MONDE VA LIRE MAURIZIO DE GIOVANNI. Et ceux qui ne l’ont pas encore fait vont s’y mettre ou être punis.

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Sur les tables rondes je n’ai pas pu assister à tout, mais quelques bons moments quand même : De beaux échanges entre Victor del Arbol et Valentine Imhof.

Une table ronde passionnante avec Gioacchino Criaco, inspiré et passionné, défenseur magnifique du peuple de l’Aspromonte en Calabre, Hervé le Corre égal à lui-même et toujours passionnant quand il parle des perdants de la Commune, ou des secrets de l’après-guerre à Bordeaux, Jean-Christophe Tixier qui a scotché tout le monde en parlant de ses Mal-aimés, et un Maurizio de Giovanni très drôle, qui m’a fait un très grand plaisir en parlant de son superbe personnage de Bambinella (ceux qui ne savent pas qui c’est, obligation absolue de lire les Ricciardi, j’insite) qui lui fait répondre quand on lui demande s’il y a un peu de lui dans tous ses personnages : Non.

La dernière table de cette édition n’a pas été la plus ordonnée, un panorama du polar latino-américain avec l’Argentine d’Ernesto Mallo, le Chili de Boris Quercia et le Mexique de Martin Solares, le tout modéré, si on peut parler de modération par Carlos Salem. Où on apprit que le premier roman latino fut une arnaque écrite par Amerigo Vespucci qui inventa une Amérique riche pour soutirer les sous aux Borgia, ce qui fit dire à Carlos que c’était donc le premier argentin. On apprit aussi que Boris était un des fils cachés d’Ernesto, et bien d’autres choses.

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Dans cette galerie haute en couleur d’auteurs plus passionnants les uns que les autres, pour moi, une figure s’est détachée cette année, parce que cette rencontre a été celle d’une légende. Il s’agit de Kent Anderson, l’auteur mythique des Chiens de la nuit, polar qu’on se conseillait lors de soirées d’amateurs de romans noirs très très noirs des années 90, ce polar qu’il fallait avoir lu, au même titre que The brave ou J’étais Dora Suarez. Un auteur disparu jusqu’à la parution de Un soleil sans espoir, et un auteur qui était là, à Toulouse, avec nous. Un homme adorable, qui vous explique, en vous regardant droit dans les yeux qu’il écrit pour partager les horreurs qu’il a vues, comme pour s’assurer qu’il les a bien vues, et pour vous demander s’il est fou ou s’il est un monstre, lui qui ne s’est jamais senti aussi vivant que lorsqu’il devait tuer ou être tué au Vietnam. Qui se lève pour revivre sous vos yeux une situation de danger, avant de réciter magnifiquement du Yeats, un poète dont un recueil l’accompagnait toujours en opération, et qu’il relisait quand il commençait à douter de son humanité. Une sacrée expérience que la rencontre avec ce bonhomme, aussi forte que celle de la lecture des trois romans consacrés à son double, le sergent Hanson.

Que retenir d’autre ? Le plaisir de retrouver les copains du polar, venus parfois de loin, comme les niçois de la Noir Rôde, les fondus au noir de Nantes, Cédric de Genève, Bruno de Montpellier et Yan de Carcassonne, un vrai plaisir, avec cette année également l’occasion de discuter un moment avec un habitué du blog venu de Clermont. Le plaisir de discuter avec Jérôme Leroy, Jean-Hugues Oppel, Hervé Le Corre, Marin Ledun, Jacky Schwartzmann … Et bien entendu les moments avec les potes de TPS.

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Un grand merci aux auteurs, aux visiteurs, et à tous ceux qui se sont démenés pendant des semaines, et encore plus ces trois jours pour que tout ce grand cirque puisse fonctionner sans heurts, ou du moins sans heurts visibles. Et comme on disait dans les rédactions de CE2 : Et je suis rentré, fatigué mais content d’avoir passé un si beau week-end !

Incroyable mais vrai

La connerie humaine donne une idée de l’infini disait un prof de math de mes parents.

Je le sais bien, mais là je suis resté baba. Après tout, l’esprit humain ne peut appréhender l’infini qu’en voyant reculer, jour après jour, les limites qu’il croyait avoir atteintes. Dans le domaine de la bêtise, la superficialité et le mauvais goût voilà une limite qui recule.

Carnets de voyage 2

Etape suivante retour au Pantanal, où nous avions déjà séjourné il y a 3 ans. Le Pantanal nord plus exactement, seul endroit au monde, à ma connaissance, où on a l’assurance de voir de jaguars en liberté. Refuge également de plus de 600 espèces d’oiseaux.

On atterrit à Cuiaba, puis une route mène à Poconé, dernière ville, petite ville à l’échelle du Brésil puisqu’elle compte moins de 30 000 habitants, et à quelques kilomètres de là commence la Transpantaneira, route de terre de 150 kilomètres, environ 130 ponts dont la majorité en bois, qui finit sur le fleuve, territoire des jaguars.

On s’arrête d’abord deux nuits au début de la route, dans une pousada, véritable paradis des oiseaux. Autour de la maison, le long du chemin qui sépare la maison de la route, dans les champs, des oiseaux de toutes les couleurs et de toutes les tailles.

Des petits très colorés comme ces deux espèces de cardinal

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Des perruches de toutes sortes

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Des pics

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Le fameux Blue, mais également ses cousins dont un venait manger dans la main les fruits qu’on lui proposait.

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Des rapaces de toutes sortes.

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Et des oiseaux beaucoup plus gros comme cette petite autruche ou le Tuiuiu, assez laid il faut bien l’avouer, et qui ressemble à un bombardier quand il vole.

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Et comme l’eau n’est jamais très loin, des oiseaux aquatiques, hérons, jacanas, martins pêcheurs etc …

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Comme l’eau est présente, les caïmans aussi.

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Et le miracle est qu’en l’absence de chasseurs, les animaux ont beaucoup moins peur de l’homme, mais vraiment beaucoup moins, comme en témoigne cette rencontre, vers 6h30, sur le chemin entre la pousada et la route. Promis juré, ce n’est pas un montage et ce petit renard n’est pas apprivoisé.

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Quand on reprend la route pour Porto Jofre, au bord du fleuve, c’est essentiellement pour voir des jaguars. Le programme : lever très tôt, sur la bateau de 7h30 à 11h30, repas et sieste, re-bateau de 14h30 à 18h00, repas et au lit.

Avant la star, d’autres habitants du coin.

Les toucans.

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Les cormorans qui sont partout sur le fleuve, aussi nombreux que les caïmans.

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Deux mammifères très faciles à voir, les loutres de fleuve et les capybara, le plus gros rongeur du monde.

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Et puis voilà la vedette, et on en voit vraiment, quasiment à chaque sortie. Parfois ils baillent et dorment, activité proche de zéro, après tout, ce sont de gros chats (qui atteignent quand même plus de 100 kg).

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Mais cette fois on en a vu un traverser le fleuve à la nage.

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Et un autre chasser, grand moment. Et là le gros chat devient beaucoup plus impressionnant voire inquiétant. Le chasseur :

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Le chassé :

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L’attaque ratée :

 

 

 

 

 

 

 

Sauvé.

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Dépité.

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Un endroit unique, magique, qui commence à être connu, beaucoup plus de monde qu’il y a trois ans, plus de chambres, plus de bateaux hôtel sur le fleuve, plus de bateaux pleins de photographes sur le fleuve. Les brésiliens sauront-ils, comme les argentins avec les baleines de la Peninsula Valdez limiter l’accès et les autorisation pour les guides pour préserver ce patrimoine unique, où vont-ils tuer la poule aux œufs d’or avec les risque de voir la faune se déplacer d’une vingtaine de kilomètres en amont ou en aval pour retrouver le calme ? Mystère.