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Une courte pause

Je ne vous abandonne pas, mais je suis assez pris et j’ai attaqué le DOA qui est … copieux et pour l’instant passionnant.

Donc quelques jours sans nouvelles.

Si vous vous ennuyez, sur l’insistance de mon ado de fille (et un peu aussi pour voir ce qu’elle publie de son côté …), je me suis créé un compte instagram où je publie des photos et des petits collages. A partir, pour l’instant, de photos de voyage.

Il faut chercher jm.laherrere.

A bientôt, soyez sages.

doa

 

Rentrée série noire, pas totalement convaincu

C’est aussi la rentrée à la série noire. Pour patienter en attendant le DOA, Cabossé de Benoît Philippon.

philipponRoy est un colosse avec une sale gueule. Ancien boxeur, il bosse comme fracasseur de cranes pour des truands. Guillemette est petite, jolie comme un cœur et un peu paumée. Quand Roy rencontre Guillemette, c’est le coup de foudre. Tout pourrait aller pour le mieux, mais rien ne va jamais pour le mieux dans la vie de ces deux cabossés.

Alors un soir Roy massacre l’ex de Guillemette qui a commencé à la maltraiter. Grave erreur ! Et les voilà partis sur les routes, en cavale.

Mitigé sur ce premier roman.

Côté pile, je ne me suis pas ennuyé, l’auteur a une langue, un sens de la formule qui font mouche, il sait créer des personnages truculents et son hommage à la culture populaire américaine ne peut que toucher quelqu’un qui aime la soul, le jazz, le blues, les films noirs américains et sa culture polar.

Côté face on a l’envers de tout ça. Les bons mots systématiques finissent par ne plus surprendre. Et surtout il manque une tension, une évolution des personnages ou de l’intrigue qui fait qu’on a plus l’impression de voir une succession de scènes (Roy et Guillemette et les malfrats, Roy et Guillemette et la petite vieille, Roy et Guillemette et la petite fille …) qui finissent par frôler le cliché qu’une vraie histoire avec un fil narratif.

ranxUne impression mitigée donc, un moment de lecture agréable sans être enthousiasmant, pour un roman qui parfois m’a donné l’impression que l’auteur avait confié des personnages cabossé à la David Goodis au dessinateur de Ranxérox (rendons à César, c’est Christophe qui a cité cette ressemblance dont je n’ai pas pu me défaire tant elle m’a parue juste).

Benoît Philippon / Cabossé, série noire (2016).

Impact, fin de la trilogie, fin du monde

Voilà une série qui ne risque pas de jouer les prolongations : Impact de Ben H. Winters conclue la trilogie Dernier meurtre avant la fin du monde.

impact_wintersLa fin approche. Cette fois l’astéroïde Maia est à moins d’une semaine de l’impact qui va détruire toute, ou presque toute, la vie sur Terre. Plus rien ne fonctionne, mais Hank Palace, ancien flic d’une petite ville ne renonce pas : Il doit retrouver sa sœur Nico qui est partie avec un groupe d’illuminés qui croient à un complot du gouvernement.

En chemin, et pour ses derniers jours, il va croiser des groupes plus ou moins fous, plus ou moins violents, plus ou moins résignés. Et découvrir enfin ce qui fait courir sa chère sœur, juste à temps.

Beau final pour une trilogie originale qui ose aller au bout du propos. On connait les romans post-apocalyptiques (ils sont d’ailleurs à la mode), je ne connaissais pas avant de lire Ben H. Winters les romans pré-apocalyptiques.

Dans un monde qui s’écroule, le personnage de Hank Palace est de plus en plus émouvant dans son obstination à faire son boulot jusqu’à la dernière minute. Jusqu’au bout il sera intègre, jusqu’au bout il recherchera la vérité en se lamentant de n’avoir pas eu le temps d’apprendre suffisamment pour être un bon flic.

Une façon de vivre en attendant la fin programmée. L’auteur nous en présentera d’autres, qui chacune ne fait d’exacerber les penchants des différents personnages croisés par son héros : certains tenteront de prendre le poids du monde sur leurs épaules, d’autres profiteront des derniers moments, et quelques-uns, comme toujours, voudront manipuler et dominer leurs compagnons.

Un vrai concentré d’humanité en attendant une fin parfaitement réussie par l’auteur. A lire vraiment, dans l’ordre bien entendu !

Ben H. Winters / Impact (World of trouble, 2014), Sonatine (2016), traduit de l’anglais (USA) par Valérie le Plouhinec.

CARTEL

Enfin, il est arrivé. Depuis qu’on sait que Don Winslow était en train d’écrire la suite de La griffe du chien, on était sur les dents. Puis le roman est sorti aux US, je l’avais vu au printemps en Espagne, et ici, rien. Mais là, ça y est, Cartel est enfin sorti chez nous.

winslow2004. Les deux ennemis mortels de La griffe du chien, le narco Adan Barrera et Art Keller l’ex agent de la DEA qui l’a fait tomber sont au calme. Barrera dans une prison de haute sécurité en Californie, Keller dans un monastère où il s’occupe des abeilles. Jusqu’à ce que deux collègues de Keller le retrouvent : Barrera est extradé au Mexique, et il a mis la tête de Keller à prix : Deux millions de dollars.

La guerre sanglante entre les deux hommes va reprendre, dans un Mexique livré à un chaos total où les différents cartels se font une guerre sans pitié. Une guerre dont les premières victimes sont les journalistes, et comme toujours les plus pauvres, les plus fragiles, ceux dont tout le monde se fout complètement.

Je vais répondre sans attendre aux deux questions que vous me posez :

Oui c’est du même niveau que La griffe du chien, monumental donc.

Oui on peut le lire indépendamment du précédent. Mais franchement, donnez-moi une seule bonne raison pour ne pas tout lâcher et se précipiter sur La griffe du chien si vous ne l’avez jamais lu ?

Du coup, est-il utile d’aller plus loin ? Dire que c’est la digne suite du précédent devrait suffire pour vous persuader de vous précipiter. Tout en sachant que vous allez être secoués. Parce que la situation ne s’est pas améliorée, bien au contraire, et que Don Winslow ne fait aucun cadeau.

Un prologue qui vous plonge immédiatement dans le bain, une écriture directe, et la description et l’analyse acérée de tout ce qui se joue autour de cette frontière. Une guerre contre la drogue qu’en fait personne ne veut gagner, tant les masses d’argent en jeu sont importantes, une guerre livrée uniquement au Mexique, avec des victimes uniquement mexicaines (et un peu guatémaltèques) alors que l’acheteur est … américain. Une guerre sale (comme toutes les guerres) et tordue (comme toutes les guerres) car, si les cartels ne sont plus directement soutenus par la CIA comme durant la période précédente décrite par la griffe, les alliances politiques entre Washington et Mexico font que certains sont vus avec plus d’indulgence que d’autres.

Corruption généralisée, polices (locales, d’état ou fédérale) et armée pourries jusqu’à la moelle, politiques mouillés jusqu’au plus hauts postes de l’état, indifférence du grand voisin du Nord aux dizaines de milliers de morts, et des populations prises en tenaille entre les différentes armées, car ce sont des armées. La situation est atroce. Sans jamais se complaire dans le voyeurisme l’auteur ne fait aucun cadeau, on prend le choc en pleine figure.

Ce serait insupportable sans son sens de la construction, sa puissance narrative qui emporte tout et surtout, l’humanité avec laquelle il crée une multitude de personnages inoubliables. Courageux, salauds, admirables, pourris, menés par la haine, l’amour, le courage, pris dans un tourbillon qui les dépasse ou résistant avec un courage inouï, ils sont tous extraordinaires : Keller et Barrera, liés jusqu’à la mort par la haine qu’ils se vouent, des chefs narcos fous furieux comme Ochoa, se voyant en stars de cinéma comme narco Polo, ou voulant entrer dans la bonne société de la capitale comme Martin et Yvette Tapia, portrait saisissant d’un enfant tueur pris dans le tourbillon de folie, des hommes et de femmes qui basculent dans la haine ou la peur, et de magnifiques personnages féminins, dans tous les camps, vamps, victimes, bourreaux, manipulatrices et manipulées, incroyablement courageuses et terrorisées, inoubliables.

C’est aussi un hommage appuyé aux journalistes qui payent un très lourd tribut à cette guerre (c’est à eux tous qu’est dédié le roman), Oscar, Ana, Pablo … et également au peuple mexicain qui lutte, se révolte, manifeste, se relève, croit encore et toujours à la culture, à la démocratie et à la dignité, malgré l’immensité des malheurs qui l’accablent.

« Je parle pour ceux qui ne peuvent pas parler, les sans voix. J’élève la mienne, j’agite les bras et je crie pour ceux que vous ne voyez pas, que vous ne pouvez peut-être pas voir, les invisibles. Pour les pauvres, les faibles, ceux qui sont privés de droits, les victimes de cette prétendue « guerre contre la drogue », pour les quatre-vingt mille personnes assassinées par les narcos, par la police, par l’armée, par le gouvernement, par les acheteurs de drogue, par les marchands d’armes, par les investisseurs dans leurs tours étincelantes qui ont fait fructifier leur « argent nouveau » avec des hôtels, des centres commerciaux et des lotissements.

Je parle pour ceux qui ont été torturés, brûlés et écorchés vifs par les narcos, battus à mort et violés par les soldats, électrocutés et à moitié noyés par la police. (…)

Ce n’est pas une guerre contre la drogue.

C’est une guerre contre les pauvres.

Une guerre contre les pauvres et les faibles, contre les sans voix et les invisibles que vous voudriez balayer de vos rues comme ces déchets qui viennent salir vos chaussures.

Félicitations.

Vous avez réussi.

Vous avez fait le grand nettoyage. (…)

Je préfère être avec eux qu’avec vous.

Je suis sans voix désormais.

Je suis …» A vous de le découvrir.

Ah aussi, c’est un grand roman politique. Voilà … Lisez Cartel.

Don Winslow / Cartel (Cartel, 2015), Seuil (2016), traduit de l’anglais (USA) par Jean Esch.

PS. Juste un petit truc. Don Winslow est un écrivain majeur, qui connaît sur le bout des doigts les affaires de drogue, de politique, la vie au Mexique etc … Par contre sur les satellites, il écrit n’importe quoi, c’est dommage.

Non on ne peut pas commander le survol d’une zone par un satellite. Un satellite a une orbite non modifiable (pas plus que celle de la lune). On peut par contre lui demander de prendre une image quand (et seulement quand) il passera au-dessus de la zone intéressante. Et on n’a pas besoin de demander l’autorisation du pays qu’on prend en photo, même si c’est un pays « ami ».

Non on ne peut pas reconnaître une personne à partir d’une image satellite (reconnaître un visage, si tant est qu’on le voie avec une vue prise à des centaines de kilomètres par-dessus, demande une résolution de quelques millimètres, non accessible). On peut tout au plus compter les gens qui sont sur la photo, pendant les quelques secondes que dure la photo …

Et non on ne peut pas capter une conversation depuis l’espace. Comme disait l’affiche d’un vieux film, « dans l’espace personne ne vous entend crier », parce qu’il n’y a pas d’air pour propager le son.

C’était la petite mise au point du casse-bonbons …

Après le chaud, le froid

Je continue les rattrapages en attendant la folie de la rentrée : L’invention de la neige d’Anne Bourrel.

BourrelNeigeLaure vient de perdre son grand-père. Et Laure va très mal, elle pleure sans arrêt et ne se remet pas de la perte de celui qui l’a élevée, la personne dont elle se sentait la plus proche. Son compagnon Ferrans ne comprend pas l’ampleur de son chagrin, commence à s’impatienter et pense qu’un week-end à la neige, dans les Cévennes, pourra le remettre d’aplomb.

Les voilà à l’auberge du bonheur, la mal nommée, dans un village anesthésié par une vague de froid polaire et, paradoxalement, par l’absence totale de neige. Dans l’auberge tristounette, Ferrans, ses deux filles et Laure tournent en rond, les tensions montent, le malaise s’installe jusqu’à …

Anne Bourrel aime les endroits isolés et les températures extrêmes. Après la canicule d’une station-service de l’Aude en plein été, le froid polaire de l’auberge d’un village déserté lors d’un hiver sans neige dans les Cévennes.

Elle aime aussi décrire, avec beaucoup de finesse et de justesse des êtres en fuite, au bord de la rupture. Elle aime prendre son temps, installer une tension d’autant plus subtile et dérangeante qu’on n’arrive pas à bien mettre le doigt sur ce qui cloche vraiment. Elle aime les secrets enfouis, et elle aime retourner son lecteur comme une chaussette par un final qui le laisse sans voix.

Du moins c’est ce qu’on peut déduire de ce second roman, qui offre autant de ressemblances (dans la structure et certains décors) que de différences (dans les personnages et les thématiques) avec le précédent.

L’invention de la neige, qui mêle habilement présent et passé et tisse son histoire avec la patience de l’araignée certaine d’attraper cette pauvre mouche de lecteur dans sa toile, apporte la confirmation du talent d’Anne Bourrel. Que nous réserve-t-elle pour la suite ?

Anne Bourrel / L’invention de la neige, La manufacture des livres (2016).

Brésil suite et fin

Dernier épisode …

Les stars du Pantanal donc. Tout d’abord les oiseaux, des centaines, des milliers d’oiseaux. Des oiseaux sur la rive, des oiseaux sur l’eau, des oiseaux dans les branches en s’éloignant un peu du fleuve.

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Des toucans, des perroquets, des pics, des cigognes locales (appelées Tuiuiu), des ibis, des hérons de toutes sortes, des rapaces, des mouettes pas aussi rieuses que celle de Gaston, des marins-pêcheurs, grands, petits, verts, des perruches, des cormorans …

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Des oiseaux de partout, de toutes formes, tailles et couleurs.

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Il y a ensuite un animal qu’on trouve généralement « mignon ». La loutre. C’est mignon une loutre qui nage sur le dos et se nettoie les moustaches. La loutre de fleuve présente dans le Pantanal est plus prédatrice que mignonne. Et sur les photos, on ressent bien ce que doit en penser le poisson … Elle mesure facilement 1,5 mètres, vit en groupe, est impressionnante de vivacité et de rapidité dans l’eau.

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Moins impressionnante, certes, quand elle vient de faire une sieste le museau dans le sable.

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Et pour finir, si on vient dans le Pantanal nord, c’est pour voir un animal magnifique, très difficile à voir ailleurs, et qui aime bien venir au bord du fleuve quand la journée est trop chaude. On nous avait garanti qu’en restant quelques jours, on était certains d’en voir. On ne nous avait pas menti. Cet animal c’est « la onça » … Le jaguar.

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Carnet de voyage 2

On continue la balade … Le voyage au Brésil a commencé avec l’envie d’aller dans un endroit paumé et passionnant, le Pantanal.

Pour accéder au Pantanal nord (c’est là qu’on allait), on prend un avion jusqu’à la ville de Cuiaba, puis une centaine de km de route jusqu’à Poconé, et après c’est la Transpantaneira, piste de 150 km, en terre, avec ses 120 ponts de bois plus ou moins en état … Tout ça pour arriver au bord du fleuve. En hiver, c’est jouable, en été, à la saison des pluies, c’est une autre affaire sans doute.

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A part les ponts et la piste, des deux côtés, des pousadas (des endroits où dormir donc) ou des fazendas pour l’élevage. Pas la foule non plus … Et surtout de l’eau, de la végétation et des bêtes.

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Après 150 km, on arrive au bord du fleuve. Deux pousadas en tout et pour tout, avec des amateurs de bêtes et des pêcheurs. Là, deux sorties par jour sur une barque à moteur, une tôt le matin, une tard le soir, pour aller voir la nature, et les bestioles. Toute la famille adore les bestioles !

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Avant de passer aux stars du Pantanal, voici les seconds couteaux : yacarés (caïmans en français) par milliers, le capivara (Carpincho en Argentine, Cabiai en Guyane), le tamanoir, des singes, des iguanes … Et des chauves-souris par milliers.

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Entraperçus également, mais sans pouvoir faire de photos un ocelot, des petits renards gris et des cerfs.

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Demain on passe aux stars.