Archives pour la catégorie Western et aventure

Un peu de frais ?

Merci à Kim qui m’a mis ce bouquin entre les mains. Un gros bac d’eau glacée en pleine chaleur : Dans les eaux du grand nord de Ian McGuire.

McGuirrePatrick Sumner, ancien médecin de l’armée des Indes s’embarque, pour des raisons assez obscures, sur un des derniers baleiniers en activité. Le Volonteer, du capitaine Brownlee, et son équipage de rudes, voire de brutes est en route pour le grand nord, à la poursuite des baleines, de plus en plus rares, qui y vivent. Mais Brownlee et son armateur Baxter ont d’autres buts que la chasse, et à bord se trouve Henry Drax, un harponneur violent en tordu. Dans l’enfer du grand nord, Sumner va devoir faire plus que réparer quelques coupures.

Un bon roman d’aventure, avec des monstres (et pas seulement dans l’eau), des conditions climatiques extrêmes, un personnage hanté par ce qu’il a vu et vécu en Indes, des hommes livrés aux éléments et à leur cupidité.

Une nature hors normes, des hommes aussi rudes que ce qui les entoure, des mystères à découvrir, une chasse mythique depuis le grand Melville et un adversaire effrayant. Tous les ingrédients sont rassemblés pour prendre un grand souffle glacé dans la figure.

Comme l’auteur sait manier tous ces éléments, qu’il n’est jamais dépassé par son sujet mais au contraire le maîtrise parfaitement, le lecteur est embarqué, emporté par le souffle épique et la violence aveugle, secoué par les conditions extrêmes. Et il se fait sacrément remuer.

A lire par forte chaleur, ou l’hiver près, tout près d’un grand feu.

Ian McGuire / Dans les eaux du grand nord (The North water, 2016), 10×18 (2017), traduit de l’anglais par Laurent Bury.

Bagdad sans dessus-dessous

Le titre et le lieu sont originaux : Bagdad, la grande évasion ! de Saad Z. Hossain, et j’en avais lu le plus grand bien ici et . J’ai donc plongé, avec délices.

HossainBagdad sous emprise américaine. Kinza, un truand très dangereux, et son pote Dagr, ancien prof d’économie fan de mathématiques, viennent de récupérer, de façon assez inattendue, Hamid, tortionnaire de l’ancien régime. Ils se demandent bien à qui ils vont pouvoir le vendre quand celui-ci leur dit connaître l’emplacement d’un trésor à Mossoul.

Comme Hoffman, le Marine avec qui ils font des affaires diverses et variées, a l’air d’avoir disparu, ils décident de partir avec Hamid. Sauf qu’ils ne vont pas aller loin, et se trouver pris dans une guerre millénaire. Pas franchement la joie, mais tant qu’ils ont des munitions, ils sont bien décidés à dézinguer tout ce qui se met sur leur chemin. Ils vont être servis.

Avant d’ouvrir ce bouquin, je n’imaginais pas qu’on puisse écrire un bouquin drôle, déjanté, émouvant et érudit sur le merdier intégral qu’est devenue la situation à Bagdad. J’avais tort, on peut, Saad Z. Hossain l’a fait.

On commence par se dire que c’est drôle et déjanté. Avec des personnages à la morale fluctuante, un américain beaucoup moins couillon qu’il n’y parait, et une hiérarchie militaire très … Comment dire … Très raide, physiquement et intellectuellement. Donc on prend immédiatement beaucoup de plaisir à suivre les tribulations de ces pieds-nickelés.

Puis peu à peu, on plonge dans l’horreur, mais aussi dans le mythe, le roman change de direction, sans rien perdre de sa fantaisie, bien au contraire. Et on va crescendo vers un finish incroyable, impensable, en forme d’exploit pyrotechnique (bien du plaisir à ceux qui voudraient adapter au ciné !).

En chemin on a croisé des êtres de légende increvables, d’abominables pourritures et quelques beaux êtres humains. On a appris beaucoup de choses sans jamais avoir l’impression que l’auteur nous fait la leçon, on a souri, même parfois aux situations les plus atroces et surtout, on a pris un immense plaisir à lire ce roman puissamment jubilatoire.

A ne rater sous aucun prétexte.

Saad Z. Hossain / Bagdad, la grande évasion ! (Escape from Bagdad !, 2013), Agullo (2017), traduit de l’anglais (Bangladesh) par Jean-François Le Ruyet.

Antonin Varenne suite

Comme promis la semaine dernière, après Trois mille chevaux vapeur d’Antonin Varenne, voici Equateur. L’occasion de rappeler que l’auteur sera à la librairie de la Renaissance le vendredi 19 mai à 19h00.

Varenne bisEquateur commence quelques années après la fin du roman précédent. Pete Ferguson qui avait été recueilli avec son frère dans le ranch de Bowman au moment de la guerre de sécession, est parti quelques années plus tard, accusé d’avoir tué un homme dans la ville voisine.

Il fait équipe pendant un temps avec un groupe de chasseurs de bisons, avant de devoir tuer l’un d’eux qui essayait de le poignarder. Sa fuite continue, en passant par le Mexique puis le Guatemala où il se retrouve pris dans une autre forme de guerre, jusqu’à l’équateur, l’endroit où tout change. Du moins l’espère-t-il.

Trois mille chevaux vapeur suivait la trame d’une enquête aux quatre coins du monde, en passant par les plus grandes villes du moment. Equateur est une quête initiatique solitaire dans les endroits les plus paumés de l’Amérique.

Les deux mettent en scène des hommes traumatisés, qui auraient pu, ou dû être brisés, et qui arrivent quand même à aller au bout de leurs voyages, quitte à arriver à bout de force. Les deux mettent aussi en scène des hommes violents sauvés, au final, par des femmes libres et aussi, sinon plus, fortes qu’eux.

Dans les deux romans Antonin Varenne fait souffler le vent de l’aventure, avec la puissance des destins hors normes, et dans des paysages incroyables où l’homme se sent vraiment petit. Dans les deux il nous fait voyager, découvrir des mondes et des époques mal connus ou oubliés, les bagnards en Guyane, ou cette communauté de femmes libres dans la forêt guyanaise. Il nous rend témoin de la fin de plusieurs histoires : les derniers chasseurs de bisons, les derniers comancheros, la disparition de peuples indiens du Guatemala, dans un monde où ne restent déjà que les ruines des anciens maîtres Maya. Des histoires de fin de monde donc, ainsi que celle du démarrage d’une nouvelle époque. Et toujours avec le même sens du récit qui plonge le lecteur au cœur de l’aventure.

En suivant le voyage de Pete, je croyais qu’après l’équateur Antonin Varenne trouverait le moyen de nous amener jusqu’en Patagonie. La fin du roman n’en prend pas le chemin, mais qui sait, il suffira peut-être de lui demander gentiment. Ces deux premiers romans sont tellement passionnants qu’il serait dommage d’en rester là.

Antonin Varenne / Equateur, Albin Michel (2017).

Avant de rencontrer Antonin Varenne

Au moment de sa sortie, je n’avais pas lu le roman d’aventure d’Antonin Varenne, Trois mille chevaux vapeur. Mais l’occasion faisant le larron, comme il vient à la librairie de la Renaissance le vendredi 19 mai à 19h00, je me suis régalé avant d’attaquer Equateur son dernier.

Varenne1852, le sergent Arthur Bowman est au service de la Compagnie des Indes, bras armé des intérêts commerciaux britanniques en Asie. Lors d’une mission secrète en Birmanie, lui et ses hommes sont capturés, et torturés dans la jungle pendant plus d’un an.

En 1858, Bowman est flic pour la brigade de la Tamise à Londres. Il essaie de tenir les cauchemars à distance, à coup de gin, d’opium et de laudanum. Alors que la sécheresse et la chaleur d’un été étouffant ont transformé le fleuve et toute la ville en un véritable cloaque, un cadavre est retrouvé dans les égouts. Il a été torturé, comme Bowman et les dix hommes qui avaient survécu à l’enfer Birman. Les cauchemars reviennent alors de plus belle, et Arthur n’a d’autres choix que de tenter de retrouver le meurtrier. Une traque qui va l’amener de l’autre côté de l’Atlantique, puis, toujours plus à l’ouest, jusqu’en Californie.

Quel souffle ! Quel idiot je fus d’être passé à côté au moment de sa sortie, et que je suis content de m’être rattrapé ! Un véritable régal, une lecture complètement addictive, un superbe roman total. Une enquête policière comme prétexte, un roman historique, un roman d’aventure, un roman social, une quête initiatique. Tout finalement.

Des personnages hors norme, non parce qu’ils sont des super héros, mais parce qu’ils ont survécu à l’horreur absolu, et que cela en fait des êtres en marge. Du souffle dans la description des espaces et des paysages, de la puissance dans celle des catastrophes (que ce soit la puanteur londonienne ou la répression d’une grève à New-York), le courage de se colleter avec les passages obligés et attendus (comme la rencontre avec un indien), et le talent de s’en sortir avec brio (là où on peut facilement tomber dans le ridicule).

Un roman d’autant plus superbe que l’on sent l’envie de l’auteur d’en « donner pour son argent » au lecteur, de l’embarquer en cinémascope et en couleurs, sans pour autant le prendre pour un idiot. Je ne sais pas pour vous, mais moi j’ai été complètement emballé.

Une petite pause, et je m’embarque dans Equateur, avant d’avoir le plaisir d’animer la rencontre le vendredi 19.

Antonin Varenne / Trois mille chevaux vapeur, Livre de poche (2016).

Un très bel hommage à Kipling

Je continue les découvertes avec un auteur à côté duquel j’étais complètement passé. Une chronique de Yan m’a convaincu d’essayer Le grand jeu de Percy Kemp.

KempDes terroristes aidés par l’inaction complice des services secrets britanniques ont jeté le monde dans le chaos. En faisant exploser une charge nucléaire dans un immense volcan aux US ils ont couvert le monde d’une nuage de cendres qui a tout bouleversé. Après un hiver de plus d’une année, tout le nord de la planète meurt de faim, la civilisation basée sur l’électricité s’est effondrée et le Brésil et l’Australie, beaucoup plus épargnés, sont en train de devenir les nouvelles grandes puissances.

C’est dans ces conditions qu’Harry Boone, ex espion de sa gracieuse majesté réfugié à Sydney est remis en service par son ancien chef qui lutte pour conserver la suprématie anglo-australienne face au Brésil, à la Chine qui lutte de toute ses forces, et même face aux US. Il s’agit de retrouver l’inventeur d’un procédé génial permettant de synthétiser quasiment sans énergie des protéines à partir d’algues. Celui qui lui mettra la main dessus tiendra l’avenir de l’humanité. Les chinois et les américains sont déjà sur sa piste, en Inde.

En Inde justement, Mick, douze ans, est un des rares rescapés après l’attaque d’Auroville, une utopie construite avant la catastrophe dans le sud du pays par des gens venus du monde entier. Une utopie qui arrivait à survivre, et a attiré la convoitise de pirates qui l’ont rasée. Après quelques centaines de kilomètres à travers le sud du pays, Mick dont les parents ont été tués dans l’attaque d’Auroville arrive à Cochin, où Boone doit débarquer. Les voilà partis pour « le grand jeu ».

Deux choses m’ont frappé à la lecture de cet excellent roman. La première c’est la référence, évidente, à Kim de Kipling. Référence qui vient à l’esprit dès la lecture du résumé, et qui est assumée de façon ouverte par les personnages du roman qui s’y réfèrent souvent. La seconde, c’est quand j’ai cherché partout le titre original et le traducteur, tant j’étais persuadé que seul un anglais pouvait écrire un roman d’espionnage d’une telle qualité. Il est bien britannique (ouf !), mais il écrit en français.

Je découvre donc, enfin, Percy Kemp avec ce roman, et je suivrai attentivement les suivants ; je me suis régalé. Tout pour plaire. Ce très bel hommage à Kipling qui avait enchanté ma jeunesse est un roman riche et passionnant : roman d’aventure, roman d’espionnage, roman d’initiation, dystopie qui permet à l’auteur d’explorer les relations internationales dans un cadre où les rapports de forces auraient changé  …

Les personnages sont attachants, l’auteur raconte, décrit, sans porter de jugement marqué (au lecteur de se faire son opinion), les coups de théâtre ne manquent pas, et l’auteur sait parfaitement alterner les passages de pure aventure et les analyses géopolitiques sans que cela ne ralentisse jamais le récit.

Un vrai plaisir, original et intelligent. Bonne nouvelle, au vu du final très ouvert, il devrait y avoir une suite.

Percy Kemp / Le grand jeu, Seuil (2016).

Sébastien Rutés et Juan Hernández Luna à quatre mains

J’ai repéré le billet chez Yan. Un roman écrit à quatre mains par Sébastien Rutés et le regretté Juan Hernández Luna, cela ne pouvait qu’exciter ma curiosité. C’est Monarques.

Rutes-LunaComment, en cette fin de 1935 Jules Daumier, jeune parisien, livreur de l’Humanité et Augusto Solís, illustrateur vivant à Mexico ont-ils pu entrer en contact ? Que viennent faire ici un nain fan de lucha libre (en France le catch), un bocal d’escargots, une mystérieuse espionne allemande (prétexte à la rencontre entre les deux hommes), des dignitaires nazis et Walt Disney, sur le point de réaliser son premier long métrage : Blanche Neige ?

Quelles répercussions l’agitation de ces personnages peut-elle bien avoir sur deux jeunes gens à la fin du XX° siècle ? Qu’est-ce donc que cette histoire de trésor ? Autant de questions insolites qui trouveront leur réponse dans Monarques.

Bien évidemment, on pense à Paco Ignacio Taibo II (qui d’ailleurs fait une brève apparition dans le roman). Comment pouvait-il en être autrement dans ce livre écrit à quatre mains par deux de ses amis, son compadre mexicain présent dans tant de ses livres, et son ami français, auteur d’une thèse sur son œuvre ?

La référence est une arme à double tranchant, de celles avec lesquelles on a vite fait de se couper si on la manie mal. Heureusement, les deux auteurs sont des experts. Ils manient la référence, jouent avec, sans qu’elle soit jamais écrasante.

C’est qu’on s’amuse beaucoup dans ce roman en trois parties.

La première, composée d’un échange de lettres entre Daumier et Solís, agrémentée des mots que le jeune français utilise pour communiquer avec sa mère sourde plante le décor, ou plutôt les décors, de chaque côté de l’Atlantique. Et présente les personnages, dont on suit les évolutions (y compris d’écriture) d’une lettre à l’autre. Première partie au style vif, particulièrement bien construite avec les ellipses créées par des échanges forcément fragmentaires : les lettres mettent du temps à aller d’un narrateur à l’autre, s’arrêtent souvent en plein suspense, mêlent deux lieux et deux actions qui n’ont, a priori, rien à voir. C’est virtuose et très réjouissant.

La seconde partie totalement rocambolesque est un mélange d’aventure avec femme fatale, un peu de Casablanca mâtiné d’Indiana Jones. Chasse au trésor, complots nazis, délires mystiques autour de Blanche Neige et de ses nains … Parfois un peu trop riche et chargé à mon goût, moins enlevé que la première partie, mais l’humour arrive à tout faire passer.

La troisième partie voit un nouvel échange, de mails cette fois, entre deux descendants des protagonistes de départ. Echange plus grave, retour sur les blessures encore visibles de l’histoire de ce XX° siècle. Mais échanges là encore agrémentés par des considérations assez drôles sur la symbolique de ce fameux Blanche Neige, avec même l’apparition de … Shreck ! Et toujours, en toile de fond La femme fatale, la Princesse putain autour de qui tout le roman tourne.

L’ensemble est cohérent, virtuose, jouissif et réussit à être à la fois un hommage à la culture populaire et un ouvrage érudit. Sébastien Rutés a malheureusement dû terminer le travail commencé avec son ami, décédé en 2010. Il ne pouvait pas mieux honorer sa mémoire.

Sébastien Rutés et Juan Hernández Luna / Monarques, Albin Michel (2015).

Un grand roman d’aventure chez Gallmeister

C’est parti pour la rentrée, avec une belle claque venue de chez Gallmeister. La quête de Wynne, premier livre traduit en France de l’américain Aaron Gwyn.

couv rivireRussell, élevé par ses grands-parents a hérité de son grand-père un talent exceptionnel pour dresser les chevaux. Très jeune il s’engage dans l’armée américaine et se retrouve en Irak. Lors d’un combat, au mépris de toutes les règles, il s’expose pour sauver un cheval se trouvant par hasard dans la zone de feu. Son exploit est filmé et diffusé sur youtube, et sa gloire passagère lui vaut, dès sa sortie de l’hôpital, d’être envoyé en Afghanistan.

Là il va devoir travailler avec le capitaine Wynne, homme mystérieux et charismatique qui a besoin de quinze chevaux pour une intervention secrète dans des montagnes inaccessibles. Russell commence à travailler, sans se douter qu’il entame un voyage au cœur des ténèbres avec un homme que tous sont prêt à suivre au bout du monde, sans percevoir ce qui le motive.

Voilà un roman qui m’a remis du cinéma grand écran plein la tête ! D’Apocalypse now à L’homme qui voulait être roi, excusez du peu. Là où Pukhtu de DOA, au travers de destins individuels, s’attache à démonter les mécanismes de la guerre et de l’économie qui l’accompagne, La quête de Wynne n’apporte aucune explication, se contentant de décrire le quotidien d’hommes qui, finalement, ne se posent que très peu (ou pas) de questions.

Une première partie lente et belle (sauf pour ceux que le dressage de chevaux n’intéresse pas du tout peut-être …) met en place les personnages, hommes et chevaux et commence à esquisser la silhouette de Wynne qui restera un mystère jusqu’au bout.

Puis c’est le départ pour la grande aventure, la quête dont je ne dirai rien ici. Une aventure vécue par le lecteur au cœur d’un groupe d’hommes qui espèrent, tremblent, aiment, haïssent. Un groupe où le courage, la fidélité, le mensonge, la cruauté et la grandeur ont leur place.

Dans des paysages grandioses, et sans le moindre manichéisme, l’auteur nous plonge au cœur d’une guerre étrange, à la fois vieille comme le monde et archi-moderne, où la dernière technologie côtoie les sentiments les plus ancestraux, où l’on monte à cheval en utilisant le GPS et où les motivations profondes de chacun se révèleront peu à peu …

Un grand roman de guerre, un grand roman d’aventure, un grand suspense, du souffle et une immense humanité. Que vous faut-il de plus ?

Aaron Gwyn / La quête de Wynne (Wynne’s war, 2014), Gallmeister (2015), traduit de l’anglais (USA) par François Happe.