Docile

Revoilà Milo Malart, le flic torturé de l’écrivain barcelonais Aro Sainz de la Maza. Il revient dans Docile.

Au petit matin un adolescent couvert de sang apparaît devant un commissariat et s’écroule. Il a été frappé, mais le sang dont il est couvert n’est pas seulement le sien. Il est immédiatement amené à l’hôpital. Dans la matinée, non loin de là, une famille entière est découverte massacrée. Cinq morts, seule une fillette de 2 ans a survécu. Ils ont tous été frappés à mort avec des pierres.

Alors que tout semble accuser le jeune homme qui n’a toujours pas repris connaissance, Milo, contre tous ses collègues doute. Dans une ville déboussolée par les manifestations des indépendantistes et des antis, et sous la menace d’attentats islamistes, 5 jours de folie attendent Malart et ses collègues.

Aro Sainz de la Maza poursuit sa description de Barcelone aux mains de quelques familles, même si ce n’est pas le sujet central de ce dernier roman. On retrouve son flic, Milo Malart, toujours hanté par la peur de la folie. Une folie qui trouve un écho dans celle que frôlent les ados qui sont au centre du récit. Et dans celle d’une ville qui vit au rythme des manifestations, avant de subir à son tour en Europe les attaques du terrorisme islamiste.

Tout cela donne une tonalité étrange et sombre à un récit qui va aller en s’accélérant au fur et à mesure que Milo affronte l’étrange jeune homme qui seul sait ce qu’il s’est passé. Un roman auquel on s’attache progressivement pour ne plus le lâcher.

Aro Sainz de la Maza / Docile, (Dócil, 2020), Actes Sud (2021) traduit de l’espagnol par Serge Mestre.

La nuit est tombée sur nos âmes

Je vous avais averti, je continue avec les lectures pas drôles mais ô combien indispensables. La nuit tombée sur nos âmes de Frédéric Paulin.

Juillet 2001, tout ce que l’Europe compte de militants de gauche, de toutes les gauches, se dirigent vers Gênes pour manifester contre l’ordre prôné par les puissants du G8. On y trouve des anarchistes comme Nathalie, des membres de la LCR comme son copain Wag, mais aussi les mouvements plus ou moins radicaux italiens, Attac, les différents partis de gauche. Plus bien entendu la presse, comme Génovéfa Gicquel qui voit là, enfin, l’occasion de faire le métier qu’elle aime.

Côté pouvoir, Berlusconi et ses alliés fascistes entendent bien montrer au monde que la chienlit gauchiste ne viendra pas troubler le bon ordonnancement du sommet et que l’Italie est un pays d’ordre. A la manœuvre, entre autres, Franco de Carli, proche du ministre de l’intérieur, fasciste convaincu qui voit là l’occasion de mater les rouges. Chauffés à blancs par les discours, parqués au soleil dans leurs cuirasses, les flics, carabiniers et autres barbouzes n’attendent que l’étincelle pour massacrer les manifestants.

Pour qui a suivi, à l’époque, l’actualité de ces jours infâmes, il n’y a malheureusement pas de surprise dans ce roman. On ne peut cependant pas s’empêcher, même si ce n’est pas une découverte, de se sentir envahi par une immense incrédulité et une rage impuissante. Rage devant une telle impunité, rage devant le cynisme des politiques, rage devant la docilité de la majorité des médias (qui il faut le reconnaitre appartiennent en grande partie aux amis des politiques).

L’écriture est serrée, acérée même. Je trouve qu’il y a des ressemblances fortes entre les romans de Frédéric Paulin et ceux de Dominique Manotti, dans les thématiques abordées, dans l’efficacité et la clarté de l’écriture. Pas de simplification, les mouvements contestataires sont montrés dans leurs complexité, avec leurs haines, leurs rivalités, leurs raideurs doctrinaires. De même tous les flics ne sont pas des brutes primaires, mais le mécanisme qui va amener un homme « ordinaire » à se comporter en bourreau impitoyable est décrit, sèchement.

C’est d’autant plus atroce et rageant que rien, absolument rien n’a été fait suite à cette honte, dans un pays qui se prétend démocratique et qui s’est transformé, le temps de quelques jours, en une zone de non droit et de violence digne des pires dictatures sud-américaines des années 70. Pire que ça, si des leçons ont été apprises, c’est dans la façon de cadenasser, encore et toujours plus, les lieux de rendez-vous des quelques pourritures qui mènent le monde.

Une lecture indispensable, à défaut d’être aimable et agréable.

Frédéric Paulin / La nuit tombée sur nos âmes, Agullo (2021).

Avant les années terribles

Le dernier roman de Victor del Arbol, Avant les années terribles est publié dans la collection « blanche » d’actes sud. Détail, c’est toujours un excellent roman noir.

Isaïe vit à Barcelone. Il arrivé en Espagne à 17 ans, il est marié et Lucia son épouse attend un enfant. Une vie parfaite. Jusqu’à ce qu’un fantôme de son passé vienne à la porte de son atelier de réparation de vélos. Enmanuel K. fait aujourd’hui partie d’une commission de réconciliation dans leur pays d’origine l’Ouganda. Une apparition qui va obliger Isaïe à retourner dans ce pays où il a connu, et commis, les pires horreurs.

Attention, fini la légèreté et le sourire, avec les romans à venir j’attaque une série éprouvante avec ce roman. On se doute bien à la lecture du résumé ou de la quatrième, que le sujet des enfants soldats n’est pas de ceux qui prêtent à rire ou sourire.

Victor del Arbol le traite à sa manière, toujours humaine, avec sa façon de faire vivre aux lecteurs l’Histoire au travers d’histoires humaines, l’Histoire par les histoires. Et l’on retrouve son humanité, son refus permanent du manichéisme et de la simplification facile et confortable qui verrait s’affronter le bien et le mal.

Pas de chevalier blanc, pas de monstre non plus, mais l’interrogation permanente du lecteur : Comment aurais-je pu survivre à cela ? et comment aurais-je réagi ? Ajoutez la thématique très importante chez lui de la mémoire, et de la façon dont nous-même, falsifions notre propre mémoire, nos propres souvenirs pour les rendre plus acceptables.

Une fois de plus, au travers d’un récit parfaitement maîtrisé et de personnages complexes et attachants Victor del Arbol éclaire un pan de notre histoire récente et nous amène à réfléchir. A lire donc.

Victor del Arbol / Avant les années terribles, (Ante de los años terribles, 2019), Actes Sud (2021) traduit de l’espagnol par Claude Bleton.

Poudre blanche sable d’or

Un nouvel auteur à la manufacture, Matthieu Luzak qui publie son premier roman Poudre blanche sable d’or. Pas convaincu.

Matthieu est journaliste, séparé de sa copine, survivant grâce à des piges ici ou là. Son pote Farid est trafiquant, il vient de sortir de prison et lui propose d’aller quelques jours en vacances en Andalousie. Les voilà partis direction Malaga où Farid va lui montrer les endroits qu’il connait, les coins investis par les truands de toute l’Europe et les lieus de ses précédentes aventures lors de livraisons mouvementées. Entre bières, tapas, lignes de coke et joints Matthieu essaiera de tirer un livre de tout ça.

Si l’on en croit le choix des prénoms et ce que l’on peut trouver sur l’auteur sur le net, voilà un récit fortement autobiographique. C’est courageux car le moins que l’on puisse dire est que l’auteur ne se flatte guère en journaliste pas très vaillants, remettant toujours à plus tard le moment de bosser à son bouquin, pas franchement gentleman avec sa copine et courant les rendez-vous de baise rapide sur internet. Donc c’est courageux et franc.

Mon problème est que ça ne m’intéresse pas. Après à chacun de savoir ce qu’il cherche dans la littérature, l’autofiction m’a toujours profondément ennuyé, avec une seule exception John Fante. Une autofiction centrée sur le rap et des journées passées à glander en fumant avait toutes les chances de m’ennuyer encore plus.

Raté pour moi donc, et attention, glisser une référence à David Simon et à The Wire en fin de bouquin est certes la preuve d’un excellent goût, mais c’est aussi très risqué si cela appelle à la comparaison.

Matthieu Luzak / Poudre blanche sable d’or, La Manufacture des livres (2021).

Dune le film

Je l’attendais avec impatience, j’avais relu le roman pour l’occasion, je suis allé voir le Dune de Denis Villeneuve.

Je ne vais pas vous résumer l’histoire. Soit vous l’avez lu, soit vous ne l’avez pas lu et vous allez vous précipiter dans votre bibliothèque préférée, mais vous en avez entendu parler. Sinon j’en ai parlé là.

Avant de dire ce que j’ai pensé du film, deux remarques.

Premièrement, et c’est la plus importante, aucune critique ne m’a averti qu’il s’agissait de la partie 1, et que l’adaptation s’arrête, pour l’instant, à la moitié du roman. J’ai commencé à m’en douter quand je me suis aperçu qu’il restait bien peu de temps pour terminer. J’ai même vu des commentaires narquois qui prévoyaient le 2, puis le 3 puis … Mais bande de truffes, avant d’écrire, ce serait bien de lire au moins le bouquin et de se rendre compte que le film n’adapte pour l’instant que la moitié du roman. Après s’il fallait un minimum de culture pour écrire dans des journaux ou sur internet ça se saurait …

Deuxièmement, je suis vieux. Et j’ai été traumatisé par l’adaptation cataclysmique de David Lynch, qui nous avait, avec beaucoup de potes, plongés dans des abimes de désespoir. Alors si on compare, on a aujourd’hui une adaptation géniale.

Première intelligence de Villeneuve, prendre son temps, justement, et adapter en 4 ou 5 heures. Ce qui permettra (peut-être) à ceux qui n’ont pas lu le bouquin de comprendre quelque chose.

Certes il y a des points faibles. Une musique parfois trop insistante, qui souligne trop l’action, une esthétique très Star Wars … mais ce sont des détails, et il faut bien accrocher une nouveau public.

Thimotée Chamalet qui joue le rôle de Paul est plus que crédible. Fragile, perturbé, loin de l’abominable tête à claques du film de Lynch, il fait le boulot. Dame Jessica, sa mère, est un peu faible face à lui, dommage, elle est censée le dominer dans la première partie. Les autres acteurs sont bons, voire très bons, et je me réjouis d’avance de voir davantage le génial Bardem dans la seconde partie.

Les décors sont beaux, les effets spéciaux, et en particuliers ceux qui étaient ratés dans la version Lynch sont parfaits, les vers sont particulièrement réussis …

Bref, fans de Dune, vous pouvez y aller. Il vous manquera une partie du contexte, il vous manquera forcément une partie de la richesse de ce roman culte, mais franchement, vous passerez un très bon moment, qui devrait vous donner envie d’aller voir la suite.

Et pour ceux qui n’ont pas lu le bouquin, vous savez ce qu’il vous reste à faire une fois que vous aurez vu le film.

Le sniper, son wok et son fusil

Rentrée en fanfare et feu d’artifice à la série noire avec Le sniper, son wok et son fusil du taïwanais Chang Kuo-Li.

Ai Li, dit Alex, a quitté un temps son wok et le riz sauté qui fait le bonheur des touristes et des habitants dans le Cinque Terre pour venir abattre, sur la place de la fontaine de Trevi, la cible que lui a indiqué son contact taïwanais. Il ne sait pas qu’il est lui-même la cible d’un autre sniper.

A Taïwan, le superintendant Wu se retrouve, à 12 jours de la retraite, avec un suicide louche et un meurtre. Deux militaires. Il a donc l’armée dans les pattes, lui qui veut finir sa carrière proprement. Et ce n’est que le point de départ.

Voilà de quoi vous requinquer si vous avez un peu le moral dans les chaussettes. De l’action en veux-tu en voilà, de l’humour, une belle construction, classique avec ses aller-retours vers le passé, mais diablement efficace, des personnages attachants, des recettes qui vous donnent l’eau à la bouche, du suspense, une écriture dynamique … Et toute ressemblance avec les magouilles infernales connues ici sous le nom des « frégates de Taïwan » est forcément le pur fruit du hasard.

Un vrai pur plaisir de lecture au premier degré, et en plus c’est loin d’être bête. Ce serait vraiment dommage de passer à côté.

Chang Kuo-Li / Le sniper, son wok et son fusil, (炒飯狙擊手, 2017), Série Noire (2019) traduit du mandarin (Taïwan) par Alexis Brossollet.

La lumière parfaite

Je poursuis, la redécouverte de l’œuvre de Marcello Fois avec un autre roman ancien, La lumière parfaite.

Nuoro petite ville sarde. Dans les années 70 Cristian et Domenico ont grandis comme deux frères. Puis sont tombés amoureux de la même fille Maddalena. Bien des années plus tard Maddalena rend visite à sont fils, devenu prêtre dans le nord de l’Italie. Bien qu’il ait quasiment coupé tous les liens avec la Sardaigne et Nuoro, elle veut qu’il connaisse l’histoire de sa famille, de sa vraie famille.

Autant Ce que nous savons depuis toujours était léger et drôle, autant ici on baigne dans la tragédie classique, la pesanteur des secrets et des non-dits, des rancœurs et des haines tues. De lourdes histoires de famille et d’amour qui, on le sait, finissent mal en général.

Bien qu’intimiste, l’histoire dresse en arrière fond le tableau de l’Italie, et pas seulement de la Sardaigne, pendant les années de plomb, avec des tournants de l’histoire que je ne révèlerai pas, et une allusion à l’attentat de la gare de Bologne.

J’avoue que, ayant besoin de légèreté et d’optimisme en ce moment, j’ai moins apprécié cette lecture que celle du roman précédent, mais cela ne m’empêche pas de reconnaître la qualité de l’écriture, la finesse des portraits psychologiques et la justesse du portrait d’une société repliée sur elle-même.

A découvrir quand on est en forme.

Marcello Fois / La lumière parfaite, (Luce perfetta, 2015), Seuil (2017) traduit de l’italien par Jean-Paul Manganaro.

Deux films pour se mettre de bonne humeur

Deux films très différents pour vous donner la pêche en cette rentrée bien morne.

Le premier est français, il passe partout, et il fait du bien, il s’agit de Un triomphe d’Emmanuel Courcol avec, entre autres, Kad Merad. Vous avez sans doute vu la bande annonce, ou entendu parler du film. Un acteur qui ne joue plus depuis un moment accepte, pour l’argent, de donner des cours de théâtre en prison. Ce qui commence avec quelques détenus peu motivés par les fables de la Fontaine, va se transformer rapidement en une aventure d’une tout autre ambition : monter En attendant Godot et faire le pari d’aller présenter la pièce dehors.

Comme Kad Merad, le réalisateur fait le choix de ne pas chercher à savoir pourquoi ces hommes sont en prison, on en saura peu, très peu, sur leur vie avant. Tout est concentré sur leur vie maintenant, les contraintes de la prison, et l’évasion que constitue le travail sur la pièce. On s’attend bien entendu au schéma classique : apprentissage, difficultés, obstacles, puis triomphe. Sauf que le triomphe survient plus tôt que prévu et que quelques surprises vous attendent.

C’est drôle, très drôle, parfois émouvant, les acteurs sont tous absolument géniaux, et ça vous file une patate du tonnerre, vous ressortez de là avec un grand sourire. Que demander de plus ?

Pour le plus, vous pouvez vous précipiter voir un film argentin : Le braquage du siècle. Inspiré par le vrai casse du Banco Rio en 2006, lui même inspiré, en partie, par le fameux casse de Spaggiari. Je ne vous cite pas le réalisateur ou les acteurs, ils sont inconnus ici. Classique dans sa construction, avec conception du casse, recrutement des complices, réalisation, puis …

Le braquage du siècle, affiche

Je suis curieux de savoir, si vous y allez, ce que peut en penser un français qui ne parle pas le porteño, à savoir l’argentin de Buenos Aires. Parce qu’au-delà d’un excellent scénario, la tchatche des acteurs est absolument géniale. Et c’est tellement, mais tellement argentin ! Une comédie hilarante quand on comprend la VO, forcément édulcorée en VF vu l’inventivité en termes d’insultes en VO. Ceci dit, rythme, performance d’acteurs, humour, inventivité du casse et, cerise sur le gâteau, une musique absolument enthousiasmante qui joue avec les références à différents genres de musiques de cinéma populaire (du big band, style panthère rose, au rock en passant par le western).

Un vrai plaisir, de quoi vous mettre en joie pour quelques jours.

De rage et de vent

J’avais beaucoup aimé le premier roman traduit du milanais Alessandro Robecchi, Ceci n’est pas une chanson d’amour. J’ai adoré le suivant qui vient de sortir : De rage et de vent.

Où l’on retrouve Carlo Monterossi, tête pensante d’une belle émission pourrie, Crazy Love, dans la « Grande Usine à Merde », à savoir la télé italienne. Après un diner pénible avec la tête de nœud qui dirige la chaine, Carlo va prendre un verre, flirte avec Anna, se laisse inviter chez elle, boit, discute, puis s’en va en refermant doucement la porte, sans profiter de ses services d’escort de luxe.

Quand le lendemain elle est découverte morte, torturée et tuée de façon atroce, Carlo ne peut s’enlever le petit clac de la porte de la tête et culpabilise d’avoir facilité la tâche de l’assassin. Et avec la culpabilité lui vient la rage, et la nécessité d’arrêter le salaud. Avec l’aide du journaliste indépendant Oscar, et celle de Ghezzi, flic têtu en congé maladie forcé, il va mener une enquête parallèle à celle des policiers.

Quel plaisir de retrouver cette bande milanaise, et comme il me tarde déjà de lire le suivant.

C’est vraiment la touche italienne, la richesse de ce polar qui m’emballe tellement avec des Camilleri, De Giovanni, Manzini, Varesi … Le mélange enthousiasmant d’une belle écriture, d’humanité, de tendresse et d’humour qui font contrepoids à la description sans censure de la dureté d’un monde où les puissants écrasent sans la moindre vergogne tous ceux qui sont plus faibles qu’eux.

Alessandro Robecchi, avec son propre style, et dans la ville de Milan fait vraiment partie de cette école. Sa description d’une ville congelée, assaillie par un vent glacial est superbe, j’aime ses personnages, que ce soient les trois récurrents où certains personnages secondaires que l’on ne verra sans doute plus mais qu’il décrit avec les mêmes passion et empathie que les autres. J’adore les échanges burlesques entre Carlo et Katrina, son ange gardien moldave qui ne sont pas sans évoquer les relations entre Montalbano et sa cuisinière. Les dialogues entre un Ghezzi convalescent et son épouse valent eux aussi leur pesant d’or.

Et au passage quelques politiciens démagos, la télé, les vieilles familles milanaises prennent quelques balles perdues alors que l’on s’émeut du sort de deux ou trois « perdants », ou désignés comme tels par notre société de merde.

Bref, un vrai bonheur, qui fait sourire, rire et pleurer. Vivement le prochain.

Alessandro Robecchi / De rage et de vent, (Di rabbia e di vento, 2016), L’aube noire (2021) traduit de l’italien par Paolo Bellomo avec le concours d’Agathe Lauriot dit Prévost.

Ce que nous savons depuis toujours

Marcello Fois sera un des invités de TPS début octobre. J’animerai une table ronde sur le polar italien, et je ne connais que très partiellement son œuvre, je fais donc un peu de rattrapage, en commençant par Ce que nous savons depuis toujours.

Un cadavre criblé de balles est retrouvé sur un chantier, il s’agit de Michele Mariongiù, dont le frère ainé s’est suicidé quelques années auparavant. Le tout nouveau commissaire Sanuti, un continental récemment arrivé en Sardaigne va avoir bien besoin de l’aide du juge Salvatore Corona pour démêler des histoires qui remontent parfois à bien longtemps. Et oui, il y a des choses que les locaux savent depuis toujours et qui restent bien mystérieuses pour le nouvel arrivant.

Ne prenez pas ce roman si vous recherchez une intrigue léchée avec suspense et rebondissements. Par contre quel plaisir de lire une telle écriture. C’est fin, léger mais en même temps profond, il y a des changements de rythme, on passe de dialogues ironiques (comme entre Montalbano et son légiste préféré) à un conte sarde qui éclaire (ou pas) le pauvre commissaire, d’une réflexion poétique à un constat désabusé sur l’histoire locale.

Un vrai régal. Que j’imagine encore meilleur quand on lit et on comprend en VO, mais c’est suffisamment bien traduit pour que le lecteur français ait une idée de la saveur de la langue.

Et mine de rien, sans que cela paraisse, derrière ce plaisir gourmand du texte, on a le portrait d’années de corruption, de compromissions et d’occasions ratées.

Quelle chance cette venue de cet auteur qui me donne l’occasion de la redécouvrir.

Marcello Fois / Ce que nous savons depuis toujours, (Dura madre, 2001), Seuil (2003) traduit de l’italien par Nathalie Bauer.