Rien que pour le plaisir

C’est vraiment les vacances, et je me suis accordé ce qui est pour moi une véritable friandise, un roman de Pierre Pevel : Haut-Royaume 2 – L’héritier.

PevelSi vous avez lu le premier roman de la série (Le chevalier), vous savez que le Haut-Royaume est dans une mauvaise posture. Le roi se meurt, la reine complote, le Chevalier Lorn a été sorti de l’enfer pour recréer la Garde d’Onyx et … Mais je ne vous dirai pas comment se termine le premier volume, si vous ne l’avez pas lu, ce serait cruel.

C’est donc dans un Haut-Royaume au bord de l’implosion que la Reine va faire déclencher une guerre avec la ville la plus riche et la plus indépendante, juste pour servir ses intérêts. Le Prince Alan, ami d’enfance de Lorn a pris la tête de la garde d’Onyx, et rien ne semble pouvoir empêcher les choses d’aller de mal en pis. Mais les plans du Dragon du Destin ne sont pas toujours faciles à suivre pour les hommes.

Comme le premier volume, ce second est totalement addictif. Dès que vous avez lu la première page, vous êtes pris dans un tourbillon de complots, de coups de théâtre, de batailles, de duels à l’épée, de magie … Et chaque fin de chapitre appelle, irrésistiblement la suite.

Pierre Pevel est un conteur magistral, tous ses lecteurs le savent, ils vous attrape et ne vous lâche plus. Ce qui est cruel, c’est qu’il va falloir maintenant attendre e troisième volume. En attendant, si vous voulez du suspense, du panache, de l’action, de la magie, de la baston et de l’émotion, lisez Pierre Pevel.

Pierre Pevel Haut-Royaume 2 – L’héritier , Bragelonne/Milady (2016).

Bilan 2017

Nous sommes arrivés à l’époque des traditionnels bilans de l’année. Ceux qui suivent ces notes depuis un moment savent que j’ai beaucoup de mal à choisir, que je suis du style fromage ET dessert, c’est pourquoi je ne vais même pas tenter de sortir les 10 ou 12 ou 15 ou 30 meilleurs romans je vais juste faire un bilan avec les lectures qui m’ont marqué.

En regardant en arrière, je m’aperçois que l’année a été particulièrement marquée par la publication d’excellents polars français.

En commençant par trois grands revenants, qu’il a été extrêmement agréable de voir revenir. Je veux parler, of course de Claude Amoz et La découronnée, Hugues Pagan et Profil perdu et Jean-Hugues Oppel et 19500 dollars la tonne. Trois titres aussi différents les uns des autres qu’on peut l’être, et trois très belles réussites.

la decouronee.indd  Pagan   Oppel

Viennent ensuite des auteurs très discrètes, trop sans doute. Et pourtant leurs romans, là aussi très différents l’un de l’autre, valent vraiment que l’on s’y arrête. Il s’agit du délicieux Manuel de savoir vivre en cas de révolution de Maïté Bernard, et du plus âpre Sous nos pas, la neige de Laurence Biberfeld.

Bernard    Biberfeld

Même si cela ne fait pas si longtemps que ça qu’ils écrivent, on ne présente plus ici ces auteurs qui confirment, une fois de plus, tout le bien que l’on a pensé de leurs précédents romans. Je pense à Thomas Bronnec et En pays conquis, Seules les bêtes de Colin Niel, Glaise de Franck Bouysse et Ils ont voulu nous civiliser de Marin Ledun.

bronnec  Bouysse   niel  Ledun

Il est deux auteurs dont, jusqu’à présent, je n’avais apprécié qu’à moitié les romans, et qui cette année m’ont enthousiasmé : le complètement déjanté mais néanmoins cohérent Révolution de Sébastien Gendron, et Ingrid Astier qui, à mon goût, a trouvé le ton qui lui va le mieux avec un Haute voltige plein de panache. Auxquels j’ajoute un auteur que malheureusement je connais mal Frantz Bartelt, et son excellente Hôtel du grand cerf, et un auteur que je découvre cette année et qui m’a emballé : Jacki Schwartzmann et son Demain c’est loin.

gendron  astier Bartelt  Schwartzmann

Et pour en finir avec nos auteurs, les grands de grands n’ont pas déçu, je me suis régalé, là aussi dans des registres totalement différents avec le retour d’Adamsberg dans Quand sort la recluse de Fred Vargas, Hervé Le Corre aussi magistral dans le roman noir classique de Prendre les loups pour des chiens que dans ses romans historiques, je suis un fan absolu de l’humour noir, de la méchanceté incisive, de l’humanité et de l’écriture ciselée d’Hannelore Cayre : La daronne, et Serge Quadruppani nous a livré un roman d’une énergie et d’un humour absolument réjouissants : Loup solitaire.

Vargas  prendre les loups pour des chiens.indd   Cayre Quadruppani

Ceci dit, il n’y a pas eu que des polars français cette année. On a eu, en particulier quantité d’excellents polars italiens qui viennent confirmer, année après année, la vitalité du genre chez nos voisins qui savent allier humour et noirceur, tendresse et pertinence de la critique. Cette année nous sommes allés à Naples avec Le Noël du commissaire Ricciardi de Maurizio de Giovanni, à Parme avec La pension de la via Saffi de Valerio Varesi, en Sicile avec Une voix dans l’ombre du maestro Andrea Camilleri, dans le Val d’Aoste avec Maudit printemps d’Antonio Manzini, en Calabre avec La vérité du petit juge de Mimmo Gangemi et à Milan avec Le chant des sirènes de Gianni Biondillo.

Varesi  le noel du comissaire ricciardi.indd  Camilleri

Manzini  Gangemi  Biondillo

On ne s’est pas non plus ennuyés chez nos amis américains. On a retrouvé les amis de toujours, James Lee Burke et La fête des fous, Thomas Cook avec Danser dans la poussière, Ron Rash, Par le vent pleuré.

LeeBurke  Cook  Rash

Les « petits nouveaux » ont confirmé, de la bonne série B avec la conclusion de la trilogie de brillants de Marcus Sakey, En lettres de feu, le truculent Todd Robinson et Une affaire d’hommes, on retrouve Peter Farris avec Le diable en personne, et Neely Tucker, reprend son personnage de journaliste dans le beaucoup trop méconnu A l’ombre du pouvoir.

Sakey  Robinson  Farris  Tucker

Pour finir chez les américains, deux découvertes pour moi, Nulle part sur terre de Michael Farris Smith, qui a eu un bon succès, au moins sur les blogs polars, et (In)visble de Sarai Walker dont je n’ai vu parler nulle part et qui pourtant mérite vraiment qu’on le découvre.

FarrisSmith  Walker

Du côté des grands-bretons et des irlandais, nous avons eu cette année les solides et efficaces Sam Millar avec Au scalpel, Stuart Neville, Le silence toujours, le roman historique de Gordon Ferris, La filière écossaise, un bon roman d’espionnage de Mick Herron, Les lions sont morts, et une belle découverte avec le roman noir, mais en même temps roman d’aventures Dans les eaux du grand nord de Ian McGuire.

Millar le silence pour toujours.indd  Herron   McGuirre

Pour finir ce tour du monde, des romans de nos deux auteurs fétiches au festival Toulouse polars du Sud, La veille de presque tout de Victor del Arbol et Attends-moi au ciel de Carlos Salem,

delarbol   Salem

Trois très belles découvertes avec le Mexicain Martin Solares, et un roman très noir N’envoyez pas de fleurs, l’inclassable Bagdad, la grande évasion de Zaad Hossain, et un de mes grands coups de cœur de cette année, le premier roman d’une jeune mexicaine, Gabacho d’Aura Xilonen.

Solares  Hossain  xilonen

Je termine avec deux grands auteurs qui m’ont fait très plaisir cette année, Jo Nesbo en reprenant Harry Hole dans La soif, et le grand roman de Deon Meyer, L’année du lion.

A14504_Nesbo_Lasoif.indd   Meyer

En fait ce n’est pas fini … Il me faut rajouter quelques titres inclassables, mais immanquables. Je veux parler des westerns : Une assemblée de chacals de Z. Craig Zahler, La famille Winter de Clifford Jackman et bien entendu Lune comanche de Larry McMurtry et le grand livre d’aventure Equateur d’Antonin Varenne.

Zahler  Indridason  McMurtry  Varenne bis

Si vous ne savez pas quoi lire en cette fin d’année, ou en début d’année prochaine, vous pouvez piocher dans cette liste en toute confiance.

Varg Veum de Bergen

Je reste dans le grand nord, avec un personnage que j’aime beaucoup : Varg Veum du norvégien Gunnar Staalesen : Cœurs glacés.

StaalesenComme toujours, les affaires ne vont pas très fort pour Varg Veum, le privé de Bergen. La neige est en train de se transformer en boue quand une jeune femme passe sa porte. C’est une prostituée qui s’inquiète pour une amie et collègue disparue depuis quelques jours. Elle n’est plus réapparue après avoir refusé une passe avec des clients louches. Comme la police s’en fiche, et que leurs souteneurs ne font rien, c’est à Varg qu’elle s’adresse.

Peut-on imaginer point de départ plus classique pour un polar, avec un détective privé comme personnage principal ? Non. Est-ce dire que le roman est bateau, planplan, cliché ? non plus. Gunnar Staalesen a le chic pour s’approprier ce personnage du privé sans flingue, ses enquêtes archi classiques et les transformer, les transmuter en or.

Et il n’est jamais meilleur que lorsqu’il explore les violences faites aux plus faibles, et plus particulièrement aux plus jeunes. Ce qui est le cas ici.

Au travers d’une enquête classique mais efficace, il dresse, une fois de plus, le portrait d’une jeunesse à la dérive, de femmes exploitées et désespérées, et parfois, car il n’est pas angélique, désespérantes. Et surtout, nous montre comme l’enfer est pavé de bonnes intentions, comment la religion ou la charité peuvent faire plus de mal que de bien, comment les pires salopards se cachent derrière des façades de respectabilité, et comment ce sont toujours les plus fragiles qui paient les pots cassés.

Un portrait humain, tendre et désolant, qui serre le cœur du lecteur, comme il serre celui de notre privé mélancolique de Bergen.

Gunnar Staalesen  / Cœurs glacés (Kalde hjerter, 2008), Folio/Policier (2017), traduit du norvégien par Alexis Fouillet.

Neil Gaiman et les dieux vikings

C’est déjà un peu les vacances pour les lectures, plus rien de nouveau en attendant la rentrée de janvier, je me suis donc octroyé quelques récréations. En commençant par La mythologie viking du grand Neil Gaiman.

GaimanComment a commencé le monde et comment finira-t-il ? Comment Thor a-t-il eu son fameux marteau ? Quelle sont les relations entre Loki et le reste des Dieux nordiques ? Et beaucoup d’autres questions que vous vous posez … Ou pas. Une quinzaine de nouvelles réécrites par l’auteur anglais Neil Gaiman répondront en reprenant le folklore du nord de l’Europe.

Tout amateur de Neil Gaiman (et j’espère qu’il y en a beaucoup ici), sait forcément combien il est passé maître dans l’art de reprendre à son compte les récits mythologiques. American gods bien entendu, mais également Anansi Boys, ou les apparitions de différents dieux, dont Odin dans la série Sandman, entre autres.

On n’est donc pas étonné de le voir ici rendre un bel hommage à ceux qui l’ont sans doute le plus inspiré. Comme il l’explique lui-même, sa passion remonte à son enfance et aux Comics mettant en scène Thor. Un peu bourrin, certes, mais heureusement il y a Loki, sans doute son préféré, car comme il le dit « Loki rend le monde plus intéressant, mais moins sûr. »

Il le fait d’une façon peut-être un peu inattendue, en s’effaçant derrière les légendes d’origine, sans « faire du Neil Gaiman ». On peut le regretter ou l’apprécier. Pour ma part, j’ai bien aimé cette plongée en enfance, quand je lisais les « contes et légendes de … ». Ces récits éclairent d’un jour nouveau certains épisodes de ses romans ou du génial Sandman et à ce titre ravissent le fan inconditionnel que je suis.

Et ça m’a permis de patienter, en attendant un prochain grand roman.

Neil Gaiman / La mythologie viking (North mythology, 2017), Au Diable Vauvert (2017), traduit de l’anglais par Patrick Marcel.

La tempête Marin Ledun

Après En douce, Marin Ledun reste à la campagne avec Ils ont voulu nous civiliser.

LedunJanvier 2009, la tempête Klaus s’abat sur les Landes (entre autres). C’est là que Thomas Ferrer survit, de petits trafics, de petits larcins. Le pauvre Thomas choisit mal son moment pour péter les plombs : rendu enragé par l’humiliation de trop, il bastonne Baxter, à qui il revend ses produits et lui prend l’argent qu’il a entrevu dans son tiroir.

Malheureusement pour lui, Baxter survit, et cet argent n’était pas à lui, mais à deux truands beaucoup plus méchants. Alors que la tempête fait rage, et que les pins sont arrachés par dizaines, Thomas tente d’échapper aux trois hommes. Sa route va croiser celle de Pécastaing, un vieux misanthrope qui s’est isolé dans la forêt pour ruminer sa haine de l’humanité toute entière.

Avec En douce et ce dernier roman, il me semble que Marin Ledun a trouvé un ton et une narration qui lui conviennent parfaitement et qu’il maîtrise à merveille. Avec ces deux récits au ras du sol, au plus près de personnages qui n’ont rien d’extraordinaire (au sens premier du terme), en restreignant volontairement le cadre, il nous parle extraordinairement (toujours au sens premier du terme) de toute notre société.

Thomas, ses poursuivants, le vieux Pécastaing sont des victimes de la société. Ils en ont conscience (à peine), mais de façon intuitive, sans comprendre ni pourquoi ni comment. Tout comme très intuitivement ils savent que leurs petits mouvements de révolte, qui peuvent s’avérer violents pour ceux qui se trouveront au mauvais endroit au mauvais moment, ne changeront rien à cette société qui les laisse crever dans leur coin, et que s’ils disparaissent, des milliers d’autres viendront les remplacer, immédiatement.

Ils savent que la chimère (quelques liasses de billets) derrière laquelle ils courent ne représente que les miettes d’un festin auquel ils ne seront jamais invités. Ce qui ne les empêchent pas de la poursuivre avec une rage terrible.

Et c’est cette rage, cette violence, cette urgence que l’auteur a si bien su mêler à celle de la nature, bien indifférente aux conneries des hommes. Rage, violence, urgence que le lecteur prend en pleine poire, en même temps que les tempête, dans une montée parfaitement maîtrisée du récit vers la destruction finale inévitable.

Superbe récit noir, emporté par le souffle de Klaus, parfait dans sa concision, Ils ont voulu nous civiliser est vraiment un des romans français à ne pas manquer cette année.

Marin Ledun / Ils ont voulu nous civiliser, Flammarion (2017).

Un bon polar historique

En attendant de me plonger dans les romans de début 2018, j’en ai repêché quelques-uns qui étaient restés enfouis sous la pile. Dont La maison pâle de Luke McCallin.

McCallin1944, Le capitaine Gregor Reinhart est affecté dans les Feldjägerkorps, une unité de police militaire aux pouvoir étendus nouvellement créée, et envoyé à Sarajevo, livrée aux oustachis et cernée par les partisans. Tout en organisant la retraite de l’armée allemande, cet ancien soldat de la première guerre, ex policier berlinois, enquête sur des massacres qui se multiplient dans une ville de plus en plus folle : Des civils, mais également des soldats allemands ont été tués, en marge des combats, certains complètement défigurés.

Son enquête va déranger beaucoup de monde.

La maison pâle est un bon polar historique, solide et bien mené. Gregor Reinhart est un personnage attachant, même si j’aurais sans doute gagné à lire le premier volume de ses aventures auquel il est fait plusieurs fois allusion. On peut commencer avec ce roman, mais j’ai eu l’impression de perdre un peu de la compréhension du personnage et de ce qui l’anime. Les seconds rôles ne sont pas sacrifiés, oustachis, partisans, nazis convaincus, soldats allemands corrompus, ou simple trouffions pris dans un engrenage qu’ils ne savent comment combattre. Ils ont une vraie identité et ne sont jamais réduits à des caricatures.

L’intrigue est bien menée, même si je trouve qu’elle aurait sans doute gagné à être élaguée. Je me suis perdu parfois, et je n’ai pas réussi à voir si la complexité de l’histoire, et la multiplicité des personnages étaient vraiment indispensables pour rendre compte de la complexité d’un lieu et d’une époque, ou s’ils auraient pu être simplifiés sans nuire au propos.

Ce qui fait tout l’intérêt du roman, c’est la peinture d’un moment historique avec lequel le lecteur français n’est guère familier : la fin de l’occupation de Sarajevo par l’armée allemande et ses alliés oustachis, au moment où ces derniers sentent que leur fin est proche. La violence et la folie de ce moment sont très bien rendus. La rage désespérée des alliés d’un nazisme qui s’écroule est palpable, le martyre (un de plus) d’une ville, Sarajevo est terrible. Une période d’autant plus intéressante qu’elle annonce les drames à venir, des décennies plus tard.

En résumé si l’on n’a pas là un chef d’œuvre, c’est un roman historique solide, qui tient ses promesses, et donne envie de découvrir le roman précédent, et de suivre les prochains.

Luke McCallin / La maison pâle (The pale house, 2014), Folio/Policier (2017), traduit de l’anglais par Nicolas Zeimet.

Dernier roman avant l’apocalypse ?

Dernière série noire de l’année (et peut-être la dernière programmée par Aurélien Masson ?), j’y suis allé un peu à reculons, le thriller techno n’étant pas mon genre de prédilection : Sept jours avant la nuit de Guy-Philippe Goldstein. Moyennement convaincu.

GoldsteinJulia O’Brien, agent de la CIA retenue prisonnière quelque part en Sibérie est enfin délivrée par les forces spéciales. Mais c’est pour être immédiatement envoyée en Inde : Une poignée de fanatiques de l’extrême droite hindoue (si le terme a du sens …) a réussi à détourner de l’uranium enrichi et à fabrique une bombe. Ils menacent tous les ennemis de l’Inde millénaire, à savoir à peu près le monde entier. Où la bombe risque-t-elle d’exploser ? A Londres ? New-York ? Pékin ? Karachi ? Ce qui est certain, c’est que, quel que soit l’endroit, les risques de guerre atomique généralisée sont réels.

Je ne sais pas si l’hiver me rend morose, ou si vraiment la production polar de cette fin d’année est faiblarde, mais une fois de plus, je ne suis guère enthousiaste. Pas non plus complètement négatif, mitigé.

Commençons par ce qui fonctionne. L’auteur, si j’en crois la quatrième, est analyste. Et je veux bien le croire, la description de l’enchainement de folies, de mauvaises décisions et de connerie paranoïaque pouvant amener le monde à un cataclysme nucléaire est horriblement parfaite et crédible. Oui on peut avoir un président des US complètement débile, religieux et buté. Oui bon nombre de gouvernants, pour sauver la face ou préserver leur poste, sont prêts à sacrifier l’humanité entière. Oui, sans le moindre doute, bon nombre de gens aux manettes sont complètement incultes en matière scientifiques, ce qui les empêche de comprendre, un minimum, les effets de leurs décisions. Et oui il y a de par le monde des illuminés prêts à tout.

Donc tout cela est très bien analysé, l’escalade macabre et fatale vers une catastrophe inévitable est très bien décortiquée et démontée. Du beau travail d’analyste et/ou de journaliste.

Là où ça pêche pour moi c’est le passage au roman et à la littérature. Qui dans mon cas passe beaucoup par les personnages. Et avec moi aucun n’a fonctionné. Ni Julia, ni son chef, ni son homologue indien … pas de chair, pas de tripes, que des neurones et du discours. Et là où j’aurais dû être inquiet, là où les pages auraient dû tourner toutes seules en avançant dans l’histoire, je me fichais de la fin. Apocalypse ou non ? Ca m’était égal.

J’avoue avoir sauté pas mal de passages de discours que j’ai trouvé interminables, coupant le rythme du récit qui aurait dû s’emballer, juste pour aller au plus vite à la fin voir par quelle pirouette la situation bien mal embarquée allait se résoudre.

Pour résumer, de façon un peu caricaturale, convaincu par le fond, pas par la forme.

Guy-Philippe Goldstein / Sept jours avant la nuit, Série Noire (2017).