Pour tout bagage

C’est la rentrée. Et je commence très bien avec le dernier Patrick Pécherot, Pour tout bagage.

En 1974 ils étaient une bande de 5 lycéens, en pleine révolte, fascinés par un groupe anarchiste qui venait d’enlever un banquier espagnol. Violence maîtrisée, humour et liberté de leurs revendications, ils étaient leurs modèles. Au point de se persuader qu’ils pourraient les imiter. Malheureusement ils tuent un passant qui se trouvait là par hasard. Comme ils n’étaient absolument pas connus des services de police, ils ne sont pas inquiétés et chacun a fait sa vie, loin des autres.

Presque 50 ans plus tard, l’un d’eux reçoit une lettre annonçant la publication d’un livre, et la mise sur le réseau de révélations sur ce qu’il s’est passé. Alors Arthur va se souvenir, et tenter de retrouver ceux qui ne sont pas morts.

« Plan merdique et blablas foireux, notre armée des ombres faisait branquignole. On posait en guerilleros, on était bidasses en folie. Nanars ambulants … nanarchistes, voilà, nous étions des nanarchistes. »

Voilà qui donne une idée du ton. Alors non, ce n’était pas mieux avant, l’époque n’était pas meilleure, mais ils étaient jeunes, ils avaient des idéaux et des illusions. Les illusions vont voler en éclat en une fraction de seconde.

Le récit est très joliment éclaté, entre le présent et le passé relaté sous la forme de description de photos (des kodachromes pour être précis, un coup de nostalgie pour les moins jeunes de ses lecteurs). L’émotion est toujours présente, jamais assénée lourdement. Le regard en arrière de l’auteur, sans concession pour les conneries, et là il s’agit d’une très grosse connerie est fin, en accord parfait avec une écriture toute en nuance.

Bref, c’est court et excellent, le blues parfait de cette rentrée.

Patrick Pécherot / Pour tout bagage, La Noire (2022).

Histoire universelle des hommes-chats

L’été c’est aussi l’occasion de rattraper des romans qu’on a laissé passer. Dont cette Histoire universelle des hommes-chats de Josu Arteaga.

Olariz, un tout petit village perdu dans les montagnes de Navarre. Comme dit le narrateur, qui vide son cœur « A Olariz, on sait quand quelqu’un va mourir ». Au fil des chapitres le narrateur égrène les anecdotes, raconte les saisons et les habitants d’un village qui se voudrait hors du temps mais qui est quand même rattrapé par le monde qui l’entoure. Des histoires grinçantes, dures, parfois drôles, parfois macabres. Car on meurt pas mal à Olariz, et personne ne pose trop de questions. On sait, mais jamais, au grand jamais, on ne parlera aux étrangers. Que ce soit le curé, la guardia civil ou les journalistes.

Et si autour d’Olariz le monde change, la politique change, toute l’Espagne change, ici on ne voit pas pourquoi on ne devrait pas continuer à traiter les affaires du village comme l’ont fait les grands-pères, et les grands-pères des grands-pères.

Attention roman rugueux. Ceux qui croient qu’il n’y a que les américains capables de décrire le monde rural éloigné de tout et resté bloqué dans une tradition centenaire, ou que le roman de rednecks n’existe que de l’autre côté de l’Atlantique peuvent se préparer à une belle claque.

Car question de dureté, de rudesse de la vie et des habitants, de refus de se laisser envahir par un « étranger » qui commence juste aux frontières du village, vous allez être servis. Le lecteur commence, un peu extérieur à lire des chapitres qui sont comme des nouvelles indépendantes les unes des autres. Petit à petit, sans s’en rendre compte, il se retrouve hypnotisé par ce monde, cette écriture, fasciné par sa cohérence, et happé par un mystère qui apparait, comme un paysage fantomatique dans la brume.

Certes, je ne le conseille ni aux amateurs d’intrigues survoltées, ni aux âmes trop sensibles, mais pour les autres c’est une superbe découverte d’une grande originalité.

Josu Arteaga / Histoire universelle des hommes-chats, (Historia universal de los hombres gatos, 2010), Nouveau monde (2022) traduit de l’espagnol par Pierre-Jean Bourgeat.

Fondation foudroyée

Dernier Fondation avant la rentrée (la suite attendra), Fondation foudroyée, toujours d’Isaac Asimov.

Pour ceux qui ne savent pas du tout de quoi ça cause, je vous renvoie à mes précédentes chroniques … Nous sommes donc arrivés à un statu quo. La première fondation a prospéré, il s’est déjà passé 500 ans depuis la chute de l’empire, donc nous sommes à mi-chemin de l’arrivée d’un nouvel empire d’après les calculs de Seldom. Dans l’ombre, la seconde fondation tire les ficelles. 

Mais de nouveaux affrontements se profilent à l’horizon. A la seconde fondation un esprit plus affuté que les autres s’aperçoit que quelque chose de bizarre dans les calculs pourrait être dû à une troisième force. Et dans le plus grand secret, la première fondation n’a pas oublié qu’il existe peut-être une seconde fondation qui les manipule, quelque part dans la galaxie. Deux hommes vont être au centre d’un nouveau bouleversement et de nouvelles révélations.

L’époque à bien changé ! Pas celle du roman, mais celle à laquelle il a été écrit. Nous sommes maintenant dans les années 80 et cela se sent. Asimov a maintenant une sacrée œuvre derrière lui. Il est passé au format long, cette fois nous suivons une seule trame de cinq cent pages. L’écologie, ou du moins une forme d’écologie apparaît, et nous avons des femmes avec des rôles centraux, et surtout des rôles de pouvoir. 

Toujours très habile dans sa construction de l’histoire, il donne ici plus de chair aux différents personnages, continue à passionner le lecteur avec cette histoire en apparence fort lointaine, varie les thématiques et les points de vue, et amorce un lien avec une autre de ses grandes sagas.

Toujours un plaisir donc, reste à voir quand je vais trouver le temps de lire Terre et Fondation qui conclue la série.

Isaac Asimov / Fondation foudroyée, (Foundation edge, 1982), Denoël/Présence du futur (1984) traduit de l’anglais (USA) par Jean Bonnefoy.

Disque Monde n°15

Comme j’avais eu une semi déception avec La longue terre, pour me remettre j’ai relu le 15° volume des Annales du Disque-Monde du génialissime Sir Terry Pratchett : Le guet des orfèvres.

Les choses changent au Guet de nuit. Le capitaine Vimaire démissionne pour se marier, le Caporal Carotte prend de plus en plus d’importance, mais surtout, pour représenter la diversité de la population d’Ankh-Morpork, le guet a intégré un nain, un troll et même une femme. Ne manquerait plus que des morts-vivants.

C’est à ce moment qu’une nouvelle menace plane sur la cité, alors que certains voudraient absolument voir le retour d’un roi, et que les tensions entre les nains et les trolls sont exacerbées par quelques individus qui ont tout à gagner au chaos.

Encore un très très bon volume, très drôle dans son détournement de toutes les séries policières qui voient arriver petit à petit au côté des italiens et irlandais des latinos, des noirs, et même des femmes. Avec une transposition géniale des guerres et inimitiés qui remontent à l’antiquité, avec la mise à nu des mécanismes d’embrigadement, d’utilisation de la haine à des fins politiques … Bref, tout notre monde décrit dans celui, loufoque, de Sir Pratchett.

Et puis c’est drôle, très drôle, on rit souvent. Et l’intrigue est parfaitement menée. On a l’impression très satisfaisante que l’auteur fait confiance à notre intelligence. Il se trompe peut-être mais c’est quand même très agréable.

Bref, j’adore, à la relecture comme lors de la découverte.

Terry Pratchett / Le guet des orfèvres, (Men at arms, 1993), L’Atalante/La dentelle du cygne (2000) traduit de l’anglais par Patrick Couton.

Notre otage à Acapulco

Si vous êtes un habitué de ce blog, vous connaissez déjà Aurel Timescu, le calamiteux consul inventé par Jean-Christophe Rufin. Il revient dans Notre otage à Acapulco.

Martha Laborne, jeune femme de très bonne famille, fille d’un politicien en vue et surtout en campagne de réélection, a disparu au Mexique, du jour au lendemain. Du côté de Acapulco. Donc le Quai d’Orsay est sur les dents. Il faut au moins faire semblant de se bouger, mais sans faire trop de vagues. Et qui de mieux que notre ami Aurel pour faire semblant ?

Le voilà donc à Acapulco, bien décidé à faire ce qu’il réussit le mieux : rien. Malheureusement l’ambiance sur place, dans l’hôtel qu’il a choisi, ancien repère des stars hollywoodiennes des années 50-60 ravive ses souvenirs, et étonnamment son courage. D’autant plus qu’il y a un vieux piano dans l’hôtel. Alors, dans une ville transformée en poudrière par les rivalités entre les différents cartels, Aurel va craquer une allumette.

J’aime de plus en plus ce brave Aurel. Son empathie, ses goûts cinématographiques et musicaux, ses tenues étonnantes. J’adore ces histoires où tout paraît si simple, ou l’écriture coule de source, où l’on sourit beaucoup, où l’on rit souvent. J’aime beaucoup le regard plein d’humanité que pose son auteur sur les lieux où il envoie son héros, et l’humour avec lequel il égratigne un milieu diplomatique qu’il connaît très bien.

Ce détour par Acapulco est un des meilleurs de la série, qui est pourtant excellente. On est ému, on apprend, l’horreur n’est pas cachée, et en même temps on s’amuse beaucoup. Vraiment cette série est une bien belle réussite. Vivement le prochain.

Jean-Christophe Rufin / Notre otage à Acapulco, Flammarion (2022).

La longue Terre

En fouinant dans une librairie je suis tombé sur La longue terre, de Stephen Baxter et Terry Pratchett. Comment un Pratchett que je ne connaissais pas ? Je me suis précipité. Un peu vite peut-être.

Le jour du Passage, quelques dizaines de gamins qui avaient construit une boite d’après des plans publiés sur internet, avec une patate, et quelques composants électroniques ont disparu. Ils sont revenus quelques heures plus tard, accompagné par Josué, un ado solitaire. Depuis Josué est devenu un spécialiste du voyage vers les Terres parallèles auxquelles donne accès le dispositif. Des millions de terres vierges sur lesquelles ont peut aller avec une seule restriction : aucun objet contenant du fer ne passe.

Des années plus tard certains vont se perdre dans cette longue Terre, d’autres y cherchent fortune, d’autres encore veulent construire de nouvelles communautés. Josué est embauché par Lobsang, ancien réparateur de mobylettes tibétain réincarné dans une IA toute puissante pour une mission d’exploration qui réservera bien des surprises.

Je n’ai jamais été tenté par les romans de Baxter, en lisant les résumés j’avais l’impression d’être au boulot. Par contre cela n’a échappé à personne que je suis fan de Pratchett. Le roman n’est pas mauvais, mais il est un peu longuet.

Dommage parce qu’on retrouve la folie de Pratchett, ses dialogues incroyables, mais beaucoup plus dilués que dans les romans du Disque Monde. Et si il y a de très intéressants passages sur les possibilités, mais également les difficultés et le frustrations de repartir de zéro, sur une Terre vierge, le roman n’échappe pas par moment au défaut d’aligner des mondes et des situations, sans créer de tension narrative.

Pas mauvais donc, mais pas suffisamment bon pour que je lise la suite.

Stephen Baxter et Terry Pratchett / La longue terre, (The long earth, 2012), Pocket/SF (2021) traduit de l’anglais par Mikael Cabon.

Seconde fondation

Je continue la série Fondation, avec Seconde fondation, toujours d’Isaac Asimov.

Pour le contexte, je vous laisse vous reporter à la chronique sur les deux premiers volumes. Nous en avons maintenant fini avec la montée en puissance de la Première Fondation, elle a été mise à mal par un Mutant, le Mulet, je ne vous dirai pas comment, si vous comptez vous lancer dans la série.

Et maintenant apparaît la Seconde Fondation créée par Hari Seldom, celle qui avait à peine été évoquée auparavant, et qui va venir sur le devant de la scène. Elle affrontera le Mulet, puis on verra se mettre en place la rivalité entre les deux Fondations.

Les personnages commencent à prendre de l’épaisseur, les femmes sont un peu plus présentes, mais les rôles restent encore très très marqués. Ceci dit le talent de conteur d’Asimov fait merveille, même si là aussi le souvenir que j’avais gardé de l’histoire m’a empêché d’être surpris par quelques uns des coups de théâtre qui sont savamment distillés.

Bref j’ai continué avec plaisir, et je verrai si j’ai le temps d’attaquer les deux derniers romans, plus conséquents que ceux-ci. Je continue à conseiller pour qui voudrait une lecture de vacances divertissante, tout en découvrant un des monuments de la SF du XX°.

Isaac Asimov / Seconde fondation, (Second Foundation, 1953), Denoël/Présence du futur (1966) traduit de l’anglais (USA) par Pierre Billon.

Les abeilles grises

J’en avais pas mal entendu parler, et il me semblait que c’était une lecture d’actualité. Les abeilles grises d’Andreï Kourkov.

Dans un village entre les lignes de fronts des séparatistes russes et des ukrainiens, dans le Donbass, ne restent que Sergueïtch et son ennemi-ami intime Pachka. Ils survivent, mais Sergueïtch s’inquiète surtout de ses abeilles, qui ne peuvent pas butiner sereinement en temps de guerre. C’est pourquoi le printemps venu, il va charger ses 6 ruches dans sa camionnette, et partir à la recherche d’un endroit sans bombardements.

Magnifique, tout simplement. D’une humanité qui vous prend aux tripes. Il est inoubliable Sergueïtch, ses questions simples, sa vie qui tourne autour de ses abeilles, son étonnement permanent devant l’absurdité de la guerre, des brimades, des différences artificielles construites entre les hommes.

On se laisse prendre au rythme de sa vie simple, de ses déplacements, des amitiés qu’il lie, de ses joies, de ses peines. On referme chaque fois le bouquin bouleversé et apaisé, malgré les horreurs qui se déroulent autour des ruches de Sergueïtch. Horreur qu’il n’ignore pas, mais qu’il arrive à surpasser, l’une après l’autre.

Vraiment un roman qui donne l’impression de rendre meilleur.

Andreï Kourkov / Les abeilles grises, (Cерые пчелы, 2019), Liana Levi (2021) traduit du lrusse (Ukraine) par Paul Lequesne.

Petit exercice pour patienter

C’est suite à un échange avec un lecteur qu’il m’a suggéré cette idée, le genre de machin que je ne peux plus me sortir de la tête une fois qu’elle y est rentrée : faire un TOP quelque chose de mes BD préférées.

Mais comme je n’aime pas trop classer, et encore moins choisir, ce sera une liste de mes BD préférées, celles que lis et relis, et relis encore, sans ordre de préférence. Je ne sais pas en commençant combien il y en aura …

Franco-belge

Manu Larcenet / Blast et Le combat ordinaire

Gosciny et Uderzo / Astérix

Giraud et Charlier / Blueberry, la suite allant de Chihuahua Pearl au Bout de la piste

Wilfrid Lucano et Paul Cauuet / Les vieux fourneaux

Gotlib / Les rubriques à brac et les Dingo dossiers

Etienne Davodeau / Les ignorants

Régis Loisel / Peter Pan et Magasin général

Maëster / Sœur Marie-Thérèse des Batignolles

Binet / Les bidochons

Guy Delisle / Chroniques de Jérusalem

Enki Bilal et Pierre Christin / Les phalanges de l’ordre noir

Vautrin et Tardi / Le cri du peuple

Franquin / Gaston Lagaffe et Idées noires

Comix

Neil Gaiman et … / Sandman (tout)

Jeff Lemire et Dustin Nguyen / Descender et Ascender

Jeff Lemire / Sweet tooth

Warren Ellis et Darick Robertson / Transmetropolitan

Jason Aaron et Jasan Latour / Southern Bastards

Brian K. Vaughan et Fiona Staples / Saga

Jason Aaron et R. M. Guera / Scalped et The godamned

Garth Ennis et Steve Dillon / Preacher

Alan Moore et David Lloyd / V pour Vendetta

Alan Moore et Dave gibbons / The watchmen

Bill Willingham et … / Fables

Art Spiegelman / Maus

Brubaker Ed et Phillips Sean / Fondu au noir

Ailleurs

Hugo Pratt / Corto Maltese (tout)

Quino / Mafalda

Juan Diaz Canales et Juan Guarnido / Blacksad

Antonio Altarriba et Kim / L’art de voler et L’aile brisée

Sur ce, j’abandonne mon logis aux jeunes qui nous chassent, je serai sans doute moins présent pendant la semaine.