Disque-Monde 5

Je continue dans les relectures avec Les annales du Disque-Monde de Terry Pratchett. Cinquième volume, Sourcellerie, avec le retour de Rincevent.

TP5Le Disque-Monde est au bord du chaos total. Pourquoi ? Parce que rejetant toute tradition, un mage (donc à l’origine le 8° fils d’un 8° fils) a décidé de se marier. Et catastrophe, il a eu … 8 fils. Le huitième, nommé Thune est donc une super mage, un mage au carré, un Sourcellier, capable de créer de la magie, et pas seulement utiliser celle qui existe. Pire, au moment de mourir, pour échapper à MORT, le père s’est incarné dans le bourdon qu’il lègue à Thune, comme ça il va pouvoir le « conseiller » …

Un peu plus de dix ans plus tard, un minot arrive à l’Université de l’Invisible, revendiquer la place d’Archichancelier. Ce qui fait marrer tous les mages réunis en banquet. Jusqu’à ce que le gamin en fasse disparaître un. Et là plus personne ne rigole. D’autant que le petit jeune pense que ce sont les mages qui doivent gouverner le monde. Avec les meilleures intentions bien entendu. Les guerres magiques se profilent à l’horizon, avec leur lot de malheurs et de cadavres.

Restent Rincevent et le Bagage. Deux compagnons d’aventure, Conina, la fille de Cohen le Barbare et Nijel le Destructeur, qui est presque un héros, puisqu’il a lu les premiers chapitres du livre « Comment devenir un héros », vont l’aider à sauver le monde.

« Mon père disait toujours qu’il était inutile de lancer une attaque frontale sur une ennemi puissamment équipé d’armes de jet meurtrières », répondit-elle.

Rincevent, qui connaissait le vocabulaire usuel de Cohen, lui adressa un regard incrédule.

« Enfin, ce qu’il disait réellement, ajouta-t-elle, c’était : évite toujours les concours de bottage de cul avec un porc-épic ».

Voilà pourquoi j’adore Pratchett, c’est pour ce genre de dialogues …

A noter que l’on croise les quatre cavaliers de l’Apocalypse, qu’il mettra en scène avec son complice Neil Gaiman dans le génialissime De bons présages. Des cavaliers qui finissent fin bourrés dans une auberge …

Et pour ce cinquième volume, derrière le nez rouge, commence à pointer une réflexion sur notre monde. Pas une réflexion lourde ni appuyée, une réflexion drôle et pleine de fantaisie. Sur le pouvoir absolu, sur la volonté de construire un monde parfait, enfin, parfait selon les critères de celui qui a le pouvoir absolu.

Terry Pratchett / Sourcellerie (Sourcery, 1988), L’Atalante/La Dentelle du cygne (1995), traduit de l’anglais par Patrick Couton.

John Dortmunder – 01

J’avais dit que la réédition de trois aventures de John Dortmunder du génial Donald Westalke m’avait donné envie de tout relire. J’ai profité de ces jours calmes pour commencer avec Pierre qui roule.

Westlake-02Voilà donc la mise en place de la série. John Dortmunder sort de prison. C’est son second séjour, et donc ce doit être le dernier, au troisième c’est la prison à vie. Il est récupéré à la sortie par son ami et complice Kelp, qui, à son habitude, a volé la voiture d’un médecin. Comme il faut bien survivre, Kelp a une proposition.

Deux pays d’Afrique (imaginaires), se disputent une émeraude. Le pays qui l’a (l’émeraude), va l’exposer avec moult mesures de sécurité, en plein cœur de Manhattan. Un représentant du pays qui ne l’a pas (l’émeraude), la veut. Il embauche donc Kelp et John pour la voler. Ils contactent un chauffeur, Stan Murch qui vit avec sa maman chauffeur de taxi, un spécialiste des serrures Roger Chefwick, qui est aussi fanatique de trains miniatures (on verra que cela a son importance), et un homme de main Alan Greenwood.

Pour la première fois sous la plume de Donald Westlake, le plan parfait de John Dortmunder va presque réussir, mais un grain de sable va le faire presque échouer. Ce qui veut dire qu’il devra réaliser pas moins de cinq cambriolages pour finalement mettre la main sur l’émeraude. Pour le plus grand plaisir du lecteur.

La saga John Dortmunder se met en place. Deux des autres personnages récurrents sont déjà là (Kelp et Stan Murch), les autres viendront. L’O. J. Bar de Rollo est là. Dès le départ, le personnage de John Dortmunder est planté : génial, malchanceux, maussade, peu causant … Mais attention, celui qui voudrait arnaquer cet homme mince et d’apparence triste et inoffensive pourrait avoir de grosses, très grosses surprises. S’il y a une chose que John ne supporte pas, c’est qu’on se moque de lui, quelques personnages de ce premier roman vont l’apprendre à leurs dépends.

C’est vif, drôle, inventif, pétillant, c’est un vrai bonheur de reprendre les aventures de Dortmunder. Si vous connaissez déjà, sachez qu’on prend autant de plaisir à relire, si vous ne connaissez pas encore … Vous avez beaucoup de chance.

Donald Westlake / Pierre qui roule (The hot rock, 1970), Rivages (2007), traduit de l’anglais (USA) par Alexis G. Nolent.

Un privé singulier

Autre lecture de vacances, conseillée par Kti de Bédéciné : l’intégrale de Nightside de Simon R. Green.

Green.pngJohn Taylor est détective privé. Comme il se doit, il dort dans le canapé pourri qu’il a dans son bureau londonien et ne roule pas sur l’or. Comme il se doit également, tout commence par l’arrivée d’une blonde élégante dans son bureau. Une blonde qui lui demande de retrouver sa fille Cathy disparue.

Jusque là, rien de nouveau. Ce qui change c’est que la dernière fois qu’elle a été vue, Cathy entrait dans le Nighside. Un quartier très peu connu de Londres, son côté caché, sombre, où toutes les perversions sont possibles, ou la magie côtoie la science, où l’on peut croiser toutes sortes de créatures.

Cela faisait cinq ans que John avait quitté le Nightside, son quartier d’origine, où de puissants personnages veulent sa peau, et il s’était bien juré de ne pas y retourner. Mais la cliente a des arguments sonnants et trébuchants, John est à sec, et surtout, surtout, quand on a vécu dans le Nightside, tout le reste paraît bien fade. Et puis John a un pouvoir spécial, celui de trouver tout ce qu’il veut, et dans le Nightside, il est quelqu’un. Quelqu’un de recherché mais aussi quelqu’un de craint.

Alors c’est parti, à la recherche de Cathy. Puis, excusez du peu, pour les autres aventures, la recherche du graal impie, qui va le voir assailli par les anges et les démons. Il croisera le Juif errant, toutes sortes de magiciens, vampires et autres zombies, des truands sans âges, Merlin … La seule qu’il ne croisera pas, c’est sa mère que beaucoup semble craindre, et que lui n’a jamais connue …

Je ne vais pas vous dire que c’est la trilogie de l’année, ou de la décennie. Mais je me suis bien amusé. L’auteur connaît ses classiques, sait utiliser les clichés du polar et en particulier ceux du détective privé, et s’en amuser tout en les respectant. Il multiplie les clins d’œil, le seul objet plus recherché que le Graal étant … le faucon maltais, par exemple, et ne recule ensuite devant aucune extravagance dans la création de son Nightside et de ses habitants.

Quelques coups de griffes à certaines caractéristiques qui ressemblent un peu à notre propre monde, et on a trois courts romans qui se lisent avec le sourire.

Reste une frustration. Il y a 12 romans en anglais, et seulement les trois premiers sont traduits en français. Du coup un certain nombre de questions posées restent sans réponse à la fin des trois romans, des pistes ouvertes ne se referment pas. A quand la suite des traductions ?

Excellente lecture de vacances pour ceux qui aiment le mélange des genres.

Simon R. Green / Nightside : Vieux démons (Something from the nightside, 2003) – L’envers vaut l’endroit (Agenst of light and darkness, 2003) – La complainte du rossignol (Bightingale’s lament, 2004), Bragelonne (2018), traduit de l’anglais par Grégory Bouet.

Robe de marié, tordu à souhait

Les vacances sont là, et avant d’attaquer la très copieuse rentrée de janvier, je repêche quelques bouquins qui s’étaient accumulés sur une des nombreuses piles qui m’attendent. En commençant par combler un manque, je n’avais encore jamais lu de romans de Pierre Lemaitre, je sais c’est étonnant, mais c’est comme ça. Maintenant j’en ai lu un : Robe de marié.

LemaitreSophie est une jeune femme très perturbée. Elle est la nounou du fils d’un couple aisé et, pour ses employeurs, semble n’avoir aucun passé. Pourtant elle a été mariée, et heureuse. Mais elle a sombré petit à petit dans la folie, insidieusement, et sa belle vie est partie en lambeaux. Et là elle a très peur de rechuter, elle recommence à oublier, à perdre, et elle commence à haïr le gamin qu’elle garde. Jusqu’où va-t-elle sombrer ? Comment fuir cet enfer ? Peut-elle vraiment y échapper ? Et si tout cela n’était pas le fruit du hasard ?

Excellente lecture pour cette période de vacances et de fatigue. Construction parfaite, belle écriture, et je me suis laissé embarquer avec plaisir et quelques frissons, même si je n’ai jamais vraiment cru à l’histoire. Mais ce qui compte c’est que ce soit cohérent et bien mené. Et c’est très cohérent et surtout très bien mené.

Pour que je sois vraiment enthousiaste il aurait fallu que sois un peu ému par cette histoire, pris aux tripes. Ce ne fut pas le cas, j’y ai vu un exercice intellectuel brillant, j’ai pris plaisir, et j’ai refermé le bouquin en pensant : bien joué !

Très bonne lecture de vacances.

Pierre Lemaitre / Robe de marié, Livre de poche (2018).

Bilan 2018

Les habitués le savent, je suis incapable de me restreindre et de sélectionner les 5, 10 ou même 20 romans de l’année. Donc comme l’an dernier je vais essayer de remettre sur le devant de la scène les bouquins qui m’ont marqué, et on ne sait jamais, il vous reste peut-être quelques cadeaux de Noël à acheter (dans une bonne librairie bien entendu, pas chez les vautours du net).

Cette année encore le polar français se porte bien, très bien même. On retrouve les auteurs qui nous enchantent depuis des années, avec Racket de Dominique Manotti, Hével de Patrick Pécherot, Power de Michael Mention, La petite gauloise de Jérôme Leroy, et le retour en Guyane de Colin Niel avec Sous le ciel effondré.

Manotti PecherotMention  Leroy Niel

C’est avec un grand plaisir que j’ai retrouvé certains auteurs, dont je n’avais rien lu depuis un moment, comme François Muratet, Tu dormiras quand tu seras mort, le dérangeant Animal Boy de Karim Madani, Que la guerre est jolie de Christian Roux, et Antoine Chainas magistral dans L’empire des chimères.

Muratet  Madani   Roux Chainas

J’ai pour ma part découvert avec grand plaisir un certain nombre d’auteurs : le plus bordelais des canadiens, Eric Plamondon et son étonnant Taqawan, le très émouvant L’été circulaire de Marion Brunet, et La guerre est une ruse de Frédéric Paulin, dont j’attends la suite avec impatience.

Plamondon   Brunet  Paulin

Et puis il y a ceux qui ne sont plus des nouveaux venus, mais pas déjà des habitués (du moins pour moi). Le toujours très drôle Jacki Schwartsmann et sa Pension complète, la consécration méritée de Nicolas Mathieu avec Leurs enfants après eux, je vais abuser et classer ici Rivière tremblante de Andrée Michaud, parce qu’elle écrit en français, que j’ai déjà parlé de Plamondon, et que j’ai la flemme de faire un paragraphe québécois, et je finis par celui qui m’a sans doute le plus surpris par son changement total de ton, Marin Ledun et son euphorisant Salut à toi, ô mon frère.

Schwartzmann  Mathieu  Michaud  Ledun

D’année en année, l’Italie continue à nous offrir d’excellent polars, avec des noms bien connus ici (pas de découverte de petit nouveau cette année). On a retrouvé la Calabre de Gioacchino Criaco dans La soie et le fusil, l’Ethiopie coloniale de Carlo Lucarelli dans Le temps de hyènes, et mes personnages préférés, à savoir Soneri de Valerio Varesi dans Les ombres de Montelupo, l’incontournable Montalbano d’Andrea Camilleri dans Nid de vipères, le napolitain Maurizio de Giovanni qui fête Les Pâques du commissaire Ricciardi, et Rocco Schiavone de Antonio Manzini dans Un homme seul.

criaco   Lucarelli

Varesi  Camilleri  Giovanni  Manzini

Continuons le tour du monde, avec pour commencer ces personnages récurrents que l’on retrouve toujours avec plaisir. Hap et Leonard du texan Joe R. Lansdale sont revenus dans Honky Tonk Samouraïs, l’increvable John Rebus de Ian Rankin continue à arpenter les rues de Glasgow dans Le diable rebat les cartes, Walt Longmire fait la loi dans le Wyoming de Craig Johnson (Tout autre nom) j’ai retrouvé avec plaisir Einar, le journaliste islandais d’Arni Thorarinsson dans Treize jours, et comme tous les ans, Charlie Parker de John Connolly est venu apporter une légère touche de fantastique au polar avec Le temps des tourments.

Lansdale Rankin Johnson  Thorarinsson  Connolly

Ils nous rendent visite plus rarement, mais cette année ils étaient là : Santiago du chilien Boris Quercia promène sa déprime hargneuse dans La légende de Santiago, et on retrouve Perro Lascano, le flic d’Ernesto Mallo dans le Buenos Aires d’avant la junte dans La conspiration des médiocres. Et s’il y avait une équipe que je ne m’attendais pas du tout à retrouver, c’est celle de George Smiley, de l’immense John Le Carré que revoilà pourtant, dans un magnifique roman testament : L’héritage des espions. De même qui s’attendait à revoir Hanson, l’ex soldat du Vietnam, flic à Portland que l’on retrouve à Oakland : Un soleil sans espoir de Kent Anderson.

Quercia Mallo  Le Carré  Anderson

Cette année 2018 a également été riche en démarrage de nouvelles séries. Du moins c’est à cela que ressemble ces quatre romans, en espérant que nous lirons bientôt les suites. Il s’agit de Les chemins de la haine de l’anglaise Eva Dolan, Janvier Noir de l’écossais Alan Parks, Dégradation de l’anglais Benjamin Myers, et pour finir Darktown de l’américain Thomas Mullen. Des romans qui nous promènent d’Atlanta en 48, au Glasgow des années 70 en passant par les landes anglaises et une petite ville gangrenée par le racisme et le travail au noir.

Dolan  Parks  Myers  Mullen

Deux autres découvertes pour moi. Celle du très bon roman d’espionnage Moscou 61 de Joseph Kanon, et chez Super 8, un nouveau roman inclassable, de Adam Sternberg, Population : 48.

Kanon  Sternbergh

Continuons avec des confirmations d’auteurs déjà appréciés. Attica Locke continue son exploration de la communauté noire de Houston dans Pleasantville, Noah Hawley change complètement de thématique et de style avec le très bon Avant la chute, Joe Meno nous offre un roman à la fois très noir et lumineux, Prodiges et miracles, on retrouve avec plaisir l’anglais Nick Stone dans un polar judiciaire particulièrement accrocheur, Le verdict, David Joy confirme tout le talent que l’on pouvait percevoir dans son premier roman, Le poids du monde est particulièrement abouti, et le troisième arrivé l’année prochaine, et faut-il encore présenter ici Benjamin Withmer et son nouveau roman âpre et rugueux, Evasion ?

Locke Hawley  Meno

Stone  Joy  Withmer

Je termine avec deux poids lourds, deux romans qui secouent. Corruption, de Don Winslow et La mort selon Turner de Tim Willocks.

Winslow   Willocks

Une bien belle année, et pour le peu de ce que j’en sais, 2019 s’annonce fort bien.

 

Kent Anderson, rare et indispensable

Kent Anderson ne sort pas un livre par an, mais je me souviens encore du choc de la lecture de Chiens de la nuit. Nouveau choc bien des années plus tard avec Un soleil sans espoir.

AndersonHanson, le double de Kent Anderson, ancien des forces spéciales au Vietnam, déjà personnage central du précédent roman Les chiens de la nuit, a quitté son poste de flic à Portland et vient à Oakland. Son objectif : tenir 18 mois dans la police qui opère dans le quartier noir de East Oakland pour obtenir un certificat qui lui donne le droit d’exercer partout dans l’état.

Détesté par ses instructeurs et ses chefs (il est trop efficace et absolument pas malléable), il s’impose dans ce quartier très dur grâce à un mélange de respect envers des habitants habitués à être traités systématiquement comme des délinquants par la police, de capacité à laisser exploser une violence imprévisible, et de folie suicidaire. Il croisera Weegee, un gamin vif et intelligent qui sillonne les rues à vélo, Felix Maxwell, parrain du quartier et trafiquant de drogue, et bien d’autres, camés, violeurs, voleurs, gamins perdus, vieillards victimes du racisme etc …

Ceux qui ont aimé Les chiens de la nuit vont adorer Un soleil sans espoir où l’on retrouve le même personnage, sa folie, ses cauchemars, son humanité, son empathie pour les plus faibles. N’attendez pas un roman tendu avec un suspense haletant, c’est la chronique de la vie d’un flic dans un quartier abandonné de tous que propose Kent Anderson.

C’est très sombre, c’est souvent désespéré, et pourtant il y a de beaux rayons de soleil, des fulgurances poétiques, des visions qui flirtent avec la folie. La situation décrite est à pleurer, avec sa collection de junkies, d’ivrognes, de mecs violents, de flics qui tabassent sans raison. Et pourtant, Hanson qui parfois se dégoute à faire du chiffre et à arrêter des gens qu’il sait être victimes et non bourreaux amène une lueur d’espoir avec son humanité, sa façon de toujours traiter les autres avec respect, protégé par une folie que les habitants perçoivent.

Un Hanson qui gagne respect et même une certaine amitié de tous, dealers, bikers, truands mais surtout de tous ceux qui essaient juste de survivre dans cet environnement difficile. De magnifiques chroniques, noires mais pas totalement désespérées.

Kent Anderson / Un soleil sans espoir (Green sun, 2018), Calmann Lévy / Noir (2018), traduit de l’anglais (USA) par Elsa Maggion.

700 pages de divertissement signées Nick Stone

Cela faisait longtemps que l’on n’avait plus de nouvelles de Nick Stone, auteur de l’excellente trilogie consacrée à Max Mingus. Il revient avec un roman complètement différent, Le verdict.

StoneTerry Flint est greffier chez KRP, un gros cabinet d’avocats londonien. Il a coupé les ponts avec sa famille qui vit encore dans un quartier populaire de la capitale. Ainsi qu’avec les souvenirs embrouillés d’une jeunesse qui l’a vu souvent perdre les pédales sous l’emprise de l’alcool. Il est maintenant casé, marié, père de deux enfants.

Sa vie pourrait changer quand sa chef, Janet Randall, le prend comme assistant pour un procès retentissant : l’homme d’affaire Vernon James, très en vue depuis quelques années est accusé du meurtre d’une jeune femme. Toutes les preuves sont contre lui et Janet est en charge de la défense. L’occasion pour Terry de se faire remarquer et la première marche pour devenir avocat. Mais, car il y a un mais, Terry connait bien Vernon, son ami d’enfance et d’adolescence. Et surtout l’homme qui l’a trahi et l’a fait plonger dans l’alcool. Un passé que ses employeurs ignorent complètement.

Ceux qui ont lu les trois premiers romans de Nick Stone, avec leur enracinement dans l’histoire des haïtiens, que ce soit chez eux ou dans la communauté de Miami risquent d’être surpris, et peut-être un peu déçus. Cette toile de fond est ici absente et ce dernier livre est moins dense que les trois premiers.

Par contre quel plaisir de lecture. Nick Stone rentre dans un cadre très anglo-saxon et très codifié : le thriller judiciaire. Et il le fait très bien. Il respecte tous les codes, n’élude aucune scène obligatoire, passe par tous les clichés, fait monter le suspense, et termine sur le point d’orgue attendu : le procès, qu’il mène de main de maître avec ce qu’il faut de tension, de coups de théâtre, et de joutes d’avocats … Je ne lirais pas que ça, mais quand c’est aussi bien mené, c’est une vraie récréation.

Mais alors me direz-vous, pourquoi lire Le verdict plutôt que n’importe quel autre roman de procès ? Et vous aurez raison ! Je ne vais pas rentrer dans de la publicité comparative, juste vous dire que l’auteur a réussi à imprimer sa patte à cet exercice de style.

Grâce à Terry, personnage attachant, qui se débat avec ses problèmes et avec son passé (passé qui sera aussi révélé petit à petit avec une vraie science de l’intrigue), grâce à l’accusé qui est particulièrement antipathique, et qu’on voudrait quand même voir innocenté, vu que l’on suit son équipe de défense, grâce à une réflexion sur la justice, sur le rôle de la défense et celui du jury.

On ne se fait pas secouer comme chez Don Winslow, on n’apprend pas autant de choses que chez Colin Niel, on n’est pas ému comme chez Nicolas Mathieu, mais on passe un très bon moment de lecture, les pages tournent toutes seules, et on n’a pas l’impression d’avoir été pris pour un imbécile. C’est parfois ce que l’on cherche en lisant un polar.

Nick Stone / Le verdict (The verdict, 2014), Série Noire (2018), traduit de l’anglais par Frédéric Hanak.