Une cathédrale à soi

Je n’avais pas voulu lire le James Lee Burke précédent. Au vu des blogs qui faisaient part de leur déception, je m’étais défilé. J’ai replongé avec Une cathédrale à soi. Je crois que je vais arrêter.

Les familles Shondell et Balangie se haïssent depuis des décennies. Les deux sont riches, influentes et liées au monde du crime. Pourtant Johnnie Shondell et Isolde Balangie s’aiment et jouent de la musique ensemble. Jusqu’à ce que, pour favoriser une trêve, Isolde soit « cédée » à l’oncle de Johnnie, une pourriture proche des milieux néo-nazis.

Avec la délicatesse et la discrétion qu’on leur connait Dave Robicheaux et Clete Purcel décident alors d’intervenir et de donner un grand coup de pied dans la fourmilière, sans se douter que c’est plutôt un nid de serpents qu’ils dérangent.

Pour éviter de mettre en scène un Dave Robicheaux plus proche du déambulateur et de l’EPHAD que de la castagne, James Lee Burke revient en arrière, au moment où Dave a perdu sa seconde femme et où Helen devient sa chef. Malheureusement, à mon goût, en même temps que ce retour on a droit à un gros problème de répétition.

J’ai eu l’impression de lire des phrases, voire des paragraphes entiers que j’avais déjà lus. Dans les descriptions de Clete, et les états d’âme teintés de mysticisme et de remords liés à l’alcool de Dave en particulier. Et si les descriptions de la nature environnante marchent encore, les réflexions sur le bien, le mal, la religion, le poids des péchés qui passent quand je suis emporté par la lecture m’ont ici agacé.

Autre problème qui m’a sorti de la lecture, si les scènes de baston avec Clete fonctionnent toujours, le final, qui est très limite en termes d’utilisation de ressorts fantastiques et assez peu crédible, passe mal.

Un épisode qui confirme, malheureusement, que l’immense James Lee Burke semble commencer à perdre la main. Il risque de décevoir les fans, et franchement, pour ceux qui ont la chance de ne pas encore connaître cette série, je vous conseille fortement de revenir vers les premiers volumes.

James Lee Burke / Une cathédrale à soi, (A private cathedral, 2020), Rivages/Noir (2021) traduit de l’anglais (USA) par Christophe Mercier.

L’autre bout du fil

Grâce au retard dans la traduction française, il nous reste encore quelques Montalbano à découvrir. Une excellente préface du traducteur, Serge Quadruppani nous apprend que L’autre bout du fil est le premier roman qu’Andrea Camilleri, devenu aveugle, a dicté à sa secrétaire. Comme les précédents, c’est un vrai plaisir.

Mimi, Falzo, Catarella et Salvo sont à bout de force. En plus de leur travail habituel, toutes les nuits ils vont prêter main forte à l’équipe de police qui accueille les bateaux qui ont secouru des migrants en mer. Des bateaux qui portent leur lot de drames, de morts, de blessés, de gamins perdus et de violence. Un travail épuisant, trop dur émotionnellement pour le pauvre Cata, mais qui mine également le reste de l’équipe.

Pour compléter le tableau, Salvo a dû accepter de se faire confectionner un costume sur mesure pour accompagner Livia à un mariage. C’est comme ça qu’il rencontre la très belle et très aimable Elena. Qui se fait assassiner quelques jours après sa première visite à son atelier de couture. Comme si Montalbano n’avait pas assez de tracas.

Que dire. Soit vous êtes fan de Salvo, et la simple annonce de la parution de ce volume suffit à vous précipiter chez votre libraire préféré. Soit vous êtes réfractaire (il parait que c’est possible, même si je comprends mal comment), et cette chronique ne vous intéresse pas, nous sommes dans la droite ligne des précédents.

Pour les premiers, sachez juste que l’on retrouve tout ce que l’on aime, l’humour, l’amour pour la cuisine, les joutes verbales avec Livia et avec le docteur Pasquano, les bourdes de Catarella et sa façon très pirsonelle d’interpréter les noms propres, la langue camillerienne …

Un volume souvent plus grave et émouvant que les derniers parus, quand Camilleri évoque les arrivées de migrants, l’enfer qu’ils ont vécu, la bêtise des politiques européennes, ou la connerie du Questeur qui incarne ici un discours trop entendu en Italie et ailleurs. Signalons également pour les fans et connaisseurs un clin d’œil à un autre enquêteur qui nous est cher, Rocco Schiavone d’Antonio Manzini.

Et si par le plus grand des hasards, certains n’ont jamais lu de romans de cette série, je ne saurais trop vous conseiller de profiter de l’été pour découvrir cette œuvre, en commençant de préférence par le premier (La forme de l’eau) puis en les lisant tous. Cela devrait illuminer vos vacances.

Andrea Camilleri / L’autre bout du fil, (L’altro capo del filo, 2016), Fleuve Noir (2021) traduit de l’italien par Serge Quadruppani.

Terminus

Même si j’ai pas mal de retard, le rythme des parutions a baissé, le bon moment pour faire un pause SF avec Terminus de Tom Sweterlitsch.

1997, l’agent spécial Shannon Moss du NCIS (Naval Criminal Investigation Service), police interne de la marine de guerre américaine est appelée sur le lieu d’un massacre. Un homme a assassiné les membres de sa famille à la hache avant de s’enfuir. Seule la fille ainée, Miriam, absente au moment du crime a peut-être survécu. Le coupable est en fuite.

Pourquoi Shannon ? Parce comme elle, le coupable présumé, Patrick Mursult a vu le Terminus, la fin du monde. Depuis le début des années 80, un programme ultra secret de la marine et de la NASA a permis de mettre au point des vaisseaux capables de voyager très loin, et d’aller dans le futur. Et dans ce futur, dans quelques siècles, ils ont vu Terminus, la fin de l’humanité. Une fin qui, à chaque nouveau voyage semble se rapprocher.

Entre 1997 et 2015 Shannon devra faire de nombreux aller-retours pour découvrir la vérité sur les meurtres, et sur Terminus.

Je ne vais pas vous mentir, ce n’est pas ce qu’on appelle traditionnellement un roman « de plage ». Il faut un peu de concentration et de continuité dans la lecture pour bien suivre les différents aller-retours entre le présent et les différents futurs possibles. Non que l’écriture soit complexe ou confuse, mais c’est le propos qui est dense et un petit peu exigeant.

Ceci dit, une fois cet effort consenti, le lecteur est mille fois récompensé.

Parce que le jeu avec les différentes incarnations des personnages est original et passionnant. Parce qu’en plus d’un roman de SF c’est un suspense implacable avec une multitude de coups de théâtres et de changements de directions parfaitement maîtrisés. Parce que l’idée (pas nouvelle) de voyage dans le futur et de paradoxes temporels donne lieu à des développements originaux.

Aussi parce que l’on s’attache beaucoup à Shannon Moss, ses doutes, ses blessures, sa pugnacité, les difficiles choix moraux qu’elle doit faire tout au long de sa quête. Et parce que dès le début l’auteur nous accroche et nous donne l’envie de plus en plus forte de savoir comment cette histoire étonnante va bien pouvoir se terminer. Terminus ou pas Terminus ?

A vous de le découvrir.

Tom Sweterlitsch / Terminus, (The gone world, 2018), livre de poche (2021) traduit de l’anglais (USA) par Michel Pagel.

Ne me cherche pas demain

Je ne comprendrai jamais pourquoi, en France, les auteurs scandinaves ont tant de succès alors que les irlandais ne trouvent pas leur public. Un mystère. Toujours est-il que l’on retrouve, enfin Adrian McKinty et son flic catholique en Irlande du Nord Sean Duffy dans Ne me cherche pas demain.

Sean Duffy n’a pas la vie facile. Personne ne l’a du côté de Belfast en 1983, mais quand on est flic, irlandais, catholique, il vaut mieux vérifier sous sa voiture tous les matins qu’il n’y a pas de bombe. Quand en plus on est grande gueule et mal vu de sa hiérarchie, les choses se compliquent. C’est comme ça que Sean se fait virer et passe ses journées à boire.

Jusqu’à ce que le MI5 viennent le chercher. Dermot McCann, artificier génial de l’IRA évadé et parti s’entrainer en Lybie préparerait son retour. Dermot était à l’école avec Sean, et Sean est un bon, un très bon flic. C’est peut-être le seul qui a une chance de le retrouver avant qu’il ne frappe un grand coup. Plus au sud, Thatcher est en train de briser les mouvements ouvriers, dockers et mineurs.

Que ça fait du bien de retrouver la littérature noire irlandaise. Cette façon unique de décrire les pires horreurs en gardant lucidité désespérée, humanité et sens de l’humour. Ca m’avait manqué depuis qu’Adrian McKinty et l’immense Ken Bruen n’étaient plus traduits chez nous. Espérons que cette parution tardive marche bien et qu’elle redonne l’envie aux éditeurs (et surtout aux lecteurs) d’aller regarder du côté de l’Irlande. C’est d’ailleurs à l’occasion d’une telle sortie que l’on mesure à quel point les blogs ont une influence nulle sur les chiffres de vente, sinon Ken Bruen serait la star des tables de libraires.

Bref, une excellente intrigue, à double détente, mais je vous la laisse découvrir, des personnages que l’on adore, Sean Duffy en tête et la peinture de l’horreur d’une guerre que l’on a déjà oubliée, mais également celle de la misère sociale de l’Irlande du Nord. La connerie des argumentaires des uns et des autres (la visite d’un membre du clan Kennedy est à ce titre particulièrement réussie), la connerie encore plus grande d’une répression aveugle qui précipite des jeunes dans les rangs de l’IRA par brassées, et les petites pourritures qui, là comme ailleurs, profitent des plus faibles pour les exploiter.

Bref, du grand roman noir, désespéré et pourtant pas désespérant, du 100 % irlandais, comme je les adore. Encore !

Adrian McKinty / Ne me cherche pas demain, (In the morning I’ll be gone, 2014), Actes Sud/ Actes Noirs (2021) traduit de l’anglais (Irlande) par Laure Manceau.

Le sourire de Jack Rabbit

Oyez oyez, réjouissez-vous, Hap et Leonard sont de retour dans Le sourire de Jack Rabbit. Vive Joe R. Lansdale, Vive Hap et Leonard !

Hap et Brett ont finalement décidé de se marier. Et c’est au moment de l’arrivée des invités que débarque un couple improbable, Judith Mulhaney, et son fils Thomas qui porte un teeshirt clamant « White is right ». Mauvaise pioche, car parmi les dits invités se trouve, entre autres, le charmant Leonard qui, comme les savent les lecteurs fidèles, est noir, homosexuel, spécialiste d’arts martiaux et soupe au lait, pour ne pas dire un rien provoquant.

Malgré un mauvais départ, ils arrivent à embaucher nos amis pour retrouver leur sœur Jackrabbit dont ils n’ont plus de nouvelles depuis quelques semaines. Une jeune femme qui semble s’être détournée de Dieu (quelle horreur) et pourrait même avoir eu des relations avec des n…, enfin, vous, savez, des gens comme ça.

Parce qu’ils payent, parce que l’argent n’a pas d’odeur même si, on s’en doute, ni Brett, ni Hap, ni Leonard ne les aiment beaucoup, ils acceptent le boulot et vont se retrouver, une fois de plus, dans une petite ville texane qui est tombée sous la coupe d’un gros con raciste. La routine.

Il vous faut une lecture réjouissante, de belles scènes de baston et des dialogues qui vous feront éclater de rire ? Facile, il suffit de lire le dernier Hap et Leonard, le duo de privé le plus iconoclaste du polar.

Comme un bonheur n’arrive jamais seul, en prime vous aurez le portrait d’une Amérique complètement paumée, livrée aux prédicateurs les plus tarés et aux manipulateurs populistes les plus cupides.

Alors si vous n’avez pas le palais trop délicat et que des personnages qui appellent une bite une bite, font des blagues de cul et se réjouissent de tarter les gros cons comme ils le méritent ne vous rebutent pas, précipitez-vous, c’est le bon moment de ce début d’été.

Joe R. Lansdale / Le sourire de Jack Rabbit, (Jackrabbit smile, 2018), Denoël/Sueurs Froides (2021) traduit de l’anglais (USA) par Frédéric Brument.

Noir d’Espagne

Philippe Huet poursuit sa chronique havraise du début du XX° siècle, mais fait cette fois un détour par l’Espagne en guerre avec Noir d’Espagne.

Sur les docks du Havre Marcel Bailleul sombre dans la dépression depuis l’assassinat de son père Victor. Seule la révélation que l’assassin, ancien soldat proche des croix de feu, est parti s’engager dans la légion Jeanne-d ’Arc auprès des franquistes le réveille. Il n’a plus qu’une idée en tête, partir dans les brigades internationales et le retrouver.

Louis-Albert Fournier, journaliste au « Populaire » rêve lui aussi de partir en Espagne, il se voit grand reporter. Son rêve va devenir réalité.

Des rêves ou des désirs qui vont se fracasser sur l’horreur du siège de Madrid, alors qu’au Havre, discrètement, la famille Hottenberg règne toujours en maître.

Cette série de Philippe Huet c’est du roman noir social à l’ancienne, solide, documenté, construit sur des personnages incarnés. Avec un vrai talent pour décrire des lieux et des atmosphères, que l’on soit dans les grandes demeures de la bourgeoisie havraise, dans un troquet de dockers ou dans le chaos sanglant de la guerre d’Espagne.

On a beau avoir lu tant et tant de romans sur ce conflit, la triple vision proposée ici – côté franquiste – côté brigades internationales avec la guerre interne entre communistes et anarchistes – et pour compléter un journaliste qui voudrait bien être aussi grand que les Kessel ou Hemingway – n’en est pas moins passionnante.

Pendant ce temps au Havre on voit comment, malgré les luttes, pas grand-chose ne change et la grande bourgeoisie capitaliste comprend l’importance d’acheter les media.

Le tout en racontant l’Histoire au travers des histoires individuelles de personnages attachants. Un roman indispensable pour tout amateur de roman noir social.

Philippe Huet / Noir d’Espagne, Rivages/Noir (2021).

Le baiser des Crazy Mountains

Chez Gallmeister, il y a depuis maintenant quelques années les aventures de Walt Longmire dans le Wyoming, et plus récemment celles de Dean Stranahan et Martha Ettinger dans le Montana de Keith McCafferty. La dernière en date : Le baiser des Crazy Mountains.

Max Gallagher, écrivain en panne d’inspiration, vient s’installer dans un bungalow du Montana. Quand il veut allumer le feu dans la cheminée, il a la mauvaise surprise de la trouver bouchée par un cadavre. Il s’avère que c’est celui de Cindy Huntington, jeune fille d’une quinzaine d’années disparue depuis plusieurs mois de chez elle.

La shérif Martha Ettinger va demander à Sean Stranahan, guide de pêche, peintre et privé occasionnel de proposer ses services à la mère de la jeune fille, une ancienne star du rodéo pour l’aider à découvrir ce qu’il s’est passé durant ces mois de fuite.

Keith McCafferty a vraiment trouvé son rythme de croisière depuis le roman précédent. Ca fonctionne du feu de dieu. Une galerie de personnages épatants, de plus en plus attachants, des descriptions d’une nature à la fois rude et magnifique très réussies, de l’humour, des dialogues qui fonctionnent, et des intrigues bien menées.

Comme donc chez son collègue du Wyoming, on prend énormément de plaisir à ces lectures qui nous apportent le dépaysement, le suspense, l’émotion et le sourire qui manquent cruellement en cette période. Un vrai plaisir, avec en prime ici quelques personnages secondaires bigger than life.

Ce serait dommage de s’en priver.

Keith McCafferty / Le baiser des Crazy Mountains, (Crazy Mountains kiss, 2015), Gallmeister (2021) traduit de l’anglais (USA) par Marc Boulet.

La nuit n’existe pas

Je n’avais pas été vraiment convaincu par le premier roman d’Angelo Petrella que j’avais lu. Une bonne série B sans plus disais-je. Le suivant, La nuit n’existe pas, me convainc encore moins, ce sera ma dernière tentative avec cet auteur.

On retrouve Denis Carbone, flic hardboiled et borderline napolitain, toujours fâché avec sa hiérarchie, ciblé par les puissants et hanté par la mort de sa sœur. Son enquête sur la mort d’une gamine d’origine nigériane qui a été torturée va l’amener à douter de tous, et à affronter des adversaires qui ne reculent devant rien. Des adversaires qui ont des soutiens jusque dans les plus hautes sphères.

Dans ma note sur Fragile est la nuit je trouvais que Angelo Petrella ne décrivait pas du tout Naples, et surtout ne disait rien de ses habitants. Que c’était une série B survoltée sauvée par son humour et son ton vif. Malheureusement cette fois, les défauts (à mes yeux) sont toujours là, et les qualités ont disparu.

Toujours aucune existence réelle de la ville dans ce roman, si l’on excepte les noms de rues, ou de monuments. On pourrait se trouver n’importe où. Mais surtout, l’humour a disparu, et le côté survolté ou frénétique tourne cette fois à l’hystérie et au grand guignol. Avec secte satanique, grand complot, grand maître et explosions, hémoglobines et coups de théâtres absolument invraisemblables à tous les chapitres. Seul avantage, c’est court.

Donc ce sera tout, Denis Carbone continuera ses aventures sans moi.

Angelo Petrella / La nuit n’existe pas, (La notte non esiste, 2019), Philippe Rey/Noir (2021) traduit de l’italien par Nathalie Bauer.

Les chiens de Pasvik

Après un détour par le roman historique, Olivier Truc revient à la police des rennes avec Les chiens de Pasvik.

Entre Kirkenes, Norvège, et Nikel, Russie, de nombreux clandestins passent la frontière. C’est le cas d’une cinquantaine de rennes de Piera Kyrö, qui sont allés se perdre dans le parc naturel côté russe. Ou des chiens de Pasvik, abandonnés par les russes et qui viennent tuer des rennes côté norvégien, et risquer de répandre la rage. Si on ajoute des trafics de langues de rennes offertes aux visiteurs chinois, de riches abrutis de Mourmansk qui viennent « chasser » à la kalach en 4×4 et laissent pourrir la viande sur place, les revendications des Samis qui voudraient pouvoir utiliser les pâturages de leurs ancêtres … Voilà de quoi occuper Klemet de la police des rennes, en plus de ses problèmes personnels. D’autant que Nina qui a été mutée à la police des frontières est de retour.

Les chiens de Pasvik est un polar sans délit. Du moins pendant une bonne partie du roman. Pas de meurtre, pas de vol, pas de trafic … Juste une frontière plus imperméable aux hommes qu’aux animaux. Et l’absurdité de tracés pour un peuple qui, pendant des siècles, c’est déplacé de pâturage en pâturage, au gré des saisons.

Le fil narratif se tisse autour des tensions entre pays, entre organisations, et le mystère, lui, nait des intentions cachées qui font avancer les différents protagonistes, de chaque côté de la frontière. Puis de nouvelles questions surgiront …

Comme les autres romans de la série, celui-ci plonge ses racines dans le passé, et nous décrit un monde que nous découvrons totalement (je parle au moins pour moi qui suis totalement ignorant de l’histoire de cette région).

Comme le récit s’appuie sur une belle écriture qui sait rendre la beauté et la dureté de paysages hors norme, et que l’on s’attache aux personnages, le résultat est passionnant.

Olivier Truc / Les chiens de Pasvik, Métailié/Noir (2021).

PS. Olivier Truc sera à Ombres Blanches mercredi à partir de 18h00, j’aurai le plaisir d’animer la rencontre.

El Edén

Dernièrement les polars qui nous arrivent du Mexique sont rarement joyeux et légers. Et ce n’est pas El Edén d’Eduardo Antonio Parra qui va déroger à cette règle.

Dans une cantina de Monterrey le narrateur qui s’abruti au rhum reconnaît Dario dans l’alcoolique qui enchaine les seaux de bières au comptoir. Quelques années auparavant, il était professeur de littérature au collège de la petite ville d’El Edén. Dario était son meilleur élève, star du collège et de son équipe de foot.

C’était quand la ville méritait son nom, avant qu’elle ne devienne l’enjeu d’une lutte de territoire entre deux cartels. Avant qu’ils ne la mettent à feu et à sang. Après la première nuit de carnage, le narrateur avait quitté la ville et son poste. Quelques temps plus tard, c’est Dario qui vivait une nuit d’épouvante. Entre verres de rhum et bouteilles de bière glacée, ils vont revivre des jours atroces, le temps d’une nuit.

Je ne vais pas vous mentir, El Edén n’est pas un livre aimable dont la lecture vous rendra souriant et content de faire partie de la compagnie des hommes. C’est dur, dense, d’un seul tenant, sans chapitres, avec une alternance de description de l’état d’éthylisme qui va en avançant, de souvenirs du narrateur et de récits de Dario.

Les deux parties, qui n’en font qu’une, qui se passent dans le village martyr sont dures, hallucinantes, même si quelques souvenirs heureux arrivent à s’y glisser, éclairant de façon émouvante et étonnante autant de noirceur. Le constat d’impuissance face à de véritables armées de narcos, tueurs sans pitié qui, quand ils n’ont pas quelqu’un du camp adverse sous la main se défoulent en massacrant la population locale est terrible. L’action, toujours tardive, des différentes « forces de l’ordre » est au mieux affligeante de nullité, au pire vient mettre du sel sur les plaies, les flics et soldats, se vengeant sur la population de ne pas pouvoir, ou vouloir, combattre les véritables assassins.

On lit en apnée, avec l’impression de subir la même gueule de bois que les deux personnages. Un roman impressionnant qui marque durablement.

Eduardo Antonio Parra / El Edén, (Labirento, 2018), Zulma (2021) traduit de l’espagnol (Mexique) par François-Michel Durazzo.