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87° District de 46 à 50

Avant dernier groupe de 5, ça sent la fin.

Veille de Noël au 87° District c’est de la triche, juste une nouvelle illustrée de 1984. Juste quelques pages pour décrire le chaos des dernières heures du réveillon de Noël au commissariat. Court, très drôle, un sens du dialogue toujours époustouflant et une chute digne des meilleurs. Un bonbon.

McBain-47C’est le numéro 47, Romance, qui prend vraiment la suite du 45. Romance est d’après tous ceux qui la connaissent, hormis son auteur, une assez mauvaise pièce de théâtre. Qui n’a aucune chance d’être montrée hors de la petite salle où elle est montée. Le metteur en scène, les acteurs, les producteurs, tous sont d’accord. Même l’actrice principale, fort belle mais pas très bonne actrice le pense. Quand elle reçoit des menaces de mort, comme le personnage qu’elle joue dans Romance, elle va porter plainte au 87°. Puis elle est poignardée dans la rue, sans grands dommages … Bienvenue dans le monde du théâtre, vous saurez tout sur le montage d’une pièce, son coût, ses vicissitudes. Quand je disais qu’en lisant la série on saurait tout sur la vie à New York dans la seconde moitié du XX° siècle.

Nocturne commence par la découverte de deux cadavres : Une petite vieille et un chat, dans un appartement gelé. La dame se révèle avoir été une grande pianiste internationale, tombée dans l’oubli. Le même soir, une prostituée trouve la mort. Et tout cela va bien entendu arriver dans les mains de Steve et ses collègues. Un épisode très sombre, glacé comme la température, mais son sans humour. Avec l’apparition des répondeurs automatiques insupportables dans l’administration, vous savez, si vous souhaitez truc, tapez 1 si … Et comment cela peut finir par un meurtre.

McBain-49La ville sans sommeil s’ouvre sur la découverte du cadavre d’une jeune femme dans un parc. Il s’avère que c’est une bonne sœur. Ce sont Carella et Brown qui sont en charge de l’enquête. En parallèle Kling et Meyer cherchent à attraper Cookie Boy, un cambrioleur qui laisse des boites de cookies aux pépites de chocolat aux victimes de ses forfaits. A l’aube du XX° siècle Ed McBain s’amuse avec le temps, Carella est très inquiet d’avoir bientôt … 40 ans, alors que cela fait maintenant 43 ans qu’il arpente les rues d’Isola avec ses collègues. L’occasion aussi d’évoquer, avec Brown quelques anciennes enquêtes. Et de faire un point sur l’état des quartiers de la ville, du racisme ordinaire (et extraordinaire avec l’affreux Ollie) … Un excellent numéro.

McBain-50Bienvenue dans la dernière ligne droite et les années 2000 avec La dernière dance. Steve Carella a fêté ses quarante ans, Bert Kling est de nouveau en couple, avec Sharyn, chirurgienne, entre autres en charge des policiers blessés, accessoirement noire. Rien de neuf pour le reste de la bande. Un vieil homme est retrouvé chez lui, mort d’une crise cardiaque d’après sa fille qui l’a trouvé. Sauf que le cadavre a des marques de strangulation. Alors l’a-t ’elle dépendu par peur de ne pas toucher l’assurance ? Ou est-ce plus sinistre ? Pas loin, le gros Ollie enquête sur le meurtre d’une prostituée. Ollie toujours aussi haineux, raciste, pénible, puant … Et bon flic. New York dans le froid, les tensions raciales, ceux qui en souffrent (la grande majorité) et ceux qui en profitent, la difficulté d’une vie de flic, les dialogues impeccables, l’humour. EdMcBain dans toute sa splendeur.

Ed McBain / 87° District volumes 46 à 50 :

(46) Veille de Noël au 87° District (And all through the house, 1984), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

(47) Romance (Romance, 1995), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

(48) Nocturne (Nocturne, 1997), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

(49) La ville sans sommeil (The big bad city, 1999), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

(50) La dernière dance (The last dance, 2000), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

87° District de 41 à 45

J’approche dangereusement de la fin …

87-41Isola blues hiver 89. Soirée du nouvel an. Reagan est encore président, plus pour longtemps. En rentrant, un peu éméchés du réveillon, deux jeunes parents trouvent leur baby-sitter assassinée, et leur petite fille de 6 mois étouffée dans son berceau. Sale cas pour Meyer et Carella. Dans le même temps Kling sauve la vie de d’un truand portoricain en train de se faire tabasser par trois jamaïcains, et Eileen Burke n’arrive pas surmonter les violences qu’elle a subi en faisant son boulot. La routine du 87° District. Un modèle de construction et d’intrigue, les dialogues et l’humour au rendez-vous. On passe du temps avec Eileen Burke et on voit ses collègues, et en particulier Bert Kling à travers son regard. C’est toujours un plaisir.

Bienvenue en 1990 avec Vêpres Rouges. Un soir de printemps le curé d’une paroisse située en limite entre un quartier italien et un quartier noir est assassiné de multiples coups de couteau. Et bien qu’il ne soit plus croyant depuis bien longtemps, ce meurtre trouble Steve Carella. D’autant plus que son enquête va révéler de nombreuses tensions autour de l’église. Et des mensonges, les uns après les autres. Une variation autour du thème de Rashomon, avec la même histoire racontée de différentes façon, chacune avec ses mensonges, et un petit clin d’œil au lecteur, avec Steve qui se dit qu’il ne voit pas le temps passer, qu’il pourrait s’être passé aussi bien 15 ans que 40. Et oui, Steve qui ne vieillit pas, ses jumeaux ont 11 ans, et pourtant il est sur le pont depuis 56 … un très bon épisode, assez sombre.

87-44Les veuves, ce sont celles d’Arthur Shumacher, abattu de quatre balles, en même temps que son chien. Son épouse inconsolable, son ex, ravie, ses filles, mitigées … Et aussi une amante trouvée peu de temps avant tuée de multiples coups de couteaux. En plus d’être grandes, blondes aux yeux bleus, elles semblent vite toutes être également en danger. Une affaire pour Steve Carella et Arthur Brown. Pauvre Steve qui va devoir enquêter sur son beau-frère, entre autres drames en ce mois de juillet torride où la chaleur rend fou. De son côté Eileen commence une nouvelle carrière de négociatrice lors de prises d’otages, et sa relation avec Kling reste au point mort. Un modèle du genre. Des scènes de tension magnifiques, la peinture de relations raciales compliquées, où le racisme réel, et les réactions qu’il suscite sont attisés par des prédicateurs en mal de publicité. Des quartiers à l’abandon, de braves gens, des enfoirés … Tout en si peu de pages, avec un tel rythme. Un chef-d’œuvre, une de plus du maître d’Isola.

Kiss. C’est dans une ville sous la neige, blanche, froide, mais surtout dévastée par la drogue où des quartiers entiers sombrent dans la misère que Carella et Meyer enquêtent sur deux tentatives d’assassinat. La victime, une jeune femme belle et riche a reconnu son agresseur : l’ancien chauffeur de son mari. Quelques jours plus tard l’homme est retrouvé mort. Son agresseur facilement retrouvé. Et l’enquête des deux hommes sera vite et facilement bouclée mais … un volume pessimiste, malgré la beauté de la ville sous la neige. Le constat de l’impunité, de la frustration des policiers face à des avocats et des malfrats très organisés. Moins d’humour cette fois et une tonalité très sombre.

87-45Poissons d’avril voit le retour du Sourd. Steve Carella reçoit des lettres lui conseillant de lire un obscur roman de SF. Et le mois d’avril approche. Dans le même temps, des tagueurs se font abattre la nuit par quelqu’un qui ne semble pas apprécier leurs graffitis, et il semble y avoir une épidémie de personnes âgées atteintes de troubles de la mémoire abandonnées aux portes des hôpitaux. Alors que le printemps tarde à venir, les inspecteurs du 87° ne sont pas près d’être au chômage. Encore un épisode très sombre, presque sans humour, avec le constat désabusé d’un pays où les communautés se font la guerre, où la drogue fait des ravages, et où les plus faibles souffrent, encore et toujours. Décidément, ce début des années 90 est sinistre pour le 87°, et le talent d’Ed McBain pour dépeindre la société américaine et la ville de New York tout en entremêlant ses intrigues vraiment incomparable.

Ed McBain / 87° District volumes 41 à 45 :

(41) Isola Blues (Lullaby, 1989), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

(42) Vêpres rouges (Vespers, 1990), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

(43) Les veuves (Widows, 1991), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

(44) Kiss (Kiss, 1992), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

(45) Poissons d’avril (Mischief, 1993), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

87° District de 36 à 40

Un coup de mou ? hop quelques aventures de Carella et les autres et c’est reparti. Bienvenue dans les années 80 à Isola en compagnie des flics du 87° district.

87-36Nid de poulets (quel titre français pourri !) s’ouvre sur le meurtre de Sally Anderson, danseuse dans une revue, loin du 87°. A priori, rien qui concerne les flics de la bande de Carella. Sauf quand la balistique découvre que l’arme utilisée est la même que celle qui a servi à tuer Paco Lopez, un dealer du 87° qui ne manque à personne. Et c’est comme ça que Carella se retrouve en charge des deux enquêtes. Il va y entrainer Bert Kling en pleine déprime depuis qu’il a divorcée de sa mannequin d’épouse qu’il aime toujours et qu’il voit tous les jours sur les couvertures des magazines. Sans être un des meilleurs, un excellent volume qui permet d’explorer le monde des comédies musicales, et remet en scène le personnage d’Eileen Burke, flic qui joue les appâts pour attirer les violeurs et assassins de femmes. Un personnage qui prend de l’importance dans …

Lightning. Steve est appelé un petit matin parce qu’on a découvert le corps d’une jeune femme, pendu à un lampadaire. Quelques temps plus tard, une deuxième étudiante est découverte dans un autre quartier. Manque de chance pour les flics du 87°, c’est celui de l’affreux Ollie Weeks qui adore travailler avec Carella (mais la réciproque n’est pas vraie). Pendant ce temps, Eileen, qui est plus ou moins en couple avec Kling joue l’appât pour piéger un homme qui a déjà violé plusieurs femmes, et surtout les a violées plusieurs fois. Très bon volume centré sur les violences faites aux femmes. Par des meurtriers et violeurs qui ont chacun leurs raisons, mais aussi par les associations très catholiques qui veulent interdire l’avortement (voir l’évolution retracée mine de rien dans les romans depuis Adieu cousine de 1975). Un volume à la fois très drôle (comme chaque fois qu’intervient le gros Ollie) et très émouvant. Et qui annonce le suivant avec le retour du Sourd.

87-38Huit chevaux noirs voit donc le retour du Sourd. Fin octobre, alors que l’été semble vouloir faire son retour, les flics du 87° reçoivent une enveloppe anonyme avec dessus huit photos de chevaux noirs. Viendront des matraques, des casquettes de flic … Tout cela ressemble fort à leur pire cauchemar, le retour du Sourd. Mais ils ont d’autres chats à fouetter, avec la découverte du cadavre d’une jeune femme, déposée nue dans le parc à proximité du commissariat. Rien ne bouge, Noël et les fêtes approchent, l’hiver est arrivé, et Carella, Brown et les autres tournent toujours en bourrique sans savoir ce que leur réserve leur pire ennemi. Comme toujours quand ce personnage est présent un chef-d’œuvre d’ingéniosité et de suspense. Ed McBain se permet même le luxe de rappeler la définition du suspense par maître Hitchcock ! Et quel sens du dialogue, quel humour, avec une mention spéciale pour la description de la mauvaise humeur de certains inspecteurs à l’approche de Noël et de sa joie obligatoire. Un vrai délice, du pur génie sans avoir l’air d’y toucher.

Poison. Alors que le printemps tarde à venir Steve Carella et Hal Willis pataugent littéralement dans la merde. Auprès d’un homme qui s’est vidé en mourant. Il s’avèrera qu’il a été empoisonné avec de la nicotine. Rapidement l’enquête tourne autour de la très belle et très mystérieuse Marilyn Hollis. La victime était un de ses amis intimes. Quand un second est égorgé, le mystère s’épaissit, et le petit Willis tombe amoureux … un volume émouvant, qui rend hommage au printemps à New York, et brosse le portrait d’une femme étonnante et inoubliable.

87-40Quatre petits monstres (Tricks en anglais), se déroule en une nuit, la nuit d’Halloween. Quatre gamins dévalisent les marchands d’alcool, et descendent les propriétaires sans somation. Un magicien disparaît après une représentation dans un lycée. Un cadavre est découvert, coupé en morceaux. Eileen va se déguiser en pute pour piéger un tueur de prostituées. Autant dire que nos amis du 87° ne vont pas passer une nuit paisible. Un petit détail amusant, au détour d’une phrase Ed McBain signale que la tradition d’Halloween est en train de démarrer à Londres et prédit que dans quelques années même les petits anglais se promèneraient dans les rues déguisés en criant « treat o trick » il n’avais pas prévu que la mode se répandrait dans toute l’Europe … Sinon, un modèle de construction et de suspense. Ajoutez-y l’humour de l’auteur, et quelques mises en scène macabre et vous aurez un parfait épisode de pur plaisir.

Ed McBain / 87° District volumes 36 à 40 :

(36) Nid de poulets (Ice, 1983), traduit de l’anglais (USA) par M. Charvet.

(37) Lightning (Lightning, 1984), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

(38) Huit chevaux noirs (Eight black horses, 1985), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.

(39) Poison (Poison, 1987), traduit de l’anglais (USA) par Philippe Sabathé.

(40) Quatre petits monstres (Tricks, 1987), traduit de l’anglais (USA) par Philippe Sabathé et Jacques Martichade.

87° District de 31 à 35

Vous reprendrez bien un peu de 87° District d’Ed McBain ?

McBain 31N’épousez pas un flic, le 31° volume commence avec le mariage de Bert et Augusta, la mannequin avec qui il est en couple. Et dès la nuit de noce Augusta est enlevée. Commence alors une course contre la montre où McBain fait preuve de son sens du rythme et des dialogues habituels. D’autant plus efficace que l’abominable Ollie est de la partie. Un excellent numéro plein d’humour.

Ca fait une paye, paru un an après, commence avec le meurtre d’un aveugle, en route vers chez lui avec son chien. La nuit suivante son épouse, elle aussi aveugle est assassinée chez elle. Au grand effroi des proches et des flics du 87°. Parce que vraiment, qui peut bien vouloir tuer des aveugles ? C’est gentil des aveugles, c’est comme tuer des gamins ! Une enquête pleine de rebondissements qui permet à Ed McBain de visiter Harlem, pardon, l’équivalent de Harlem à Isola, de dire ce qu’il pense des sitcom qui montrent des familles noires vivant dans le confort bourgeois, ainsi que tout le bien qu’il pense des séries policières avec des privés hardboiled et des tueurs géniaux, d’enrichir sa description de Manhattan, d’insister sur l’importance du téléphone dans le travail d’un flic, et de ciseler les dialogues dont il a le secret.

McBain 33Calypso, ici c’est la musique. Et c’est un guitariste de Calypso qui se fait tuer un soir d’octobre sous une pluie battante. Son agent qui marche avec lui, sur le coup de minuit, sauve sa peau et décrit l’agresseur comme mince et jeune. Puis une prostituée est également tuée, avec ce qui semble être la même arme. Mais quel rapport peut-il bien y avoir entre les deux ? Bien entendu, Steve Carella, Meyer Meyer et les autres finiront par le savoir. L’occasion de répéter l’attachement viscéral de Carella, et donc de l’auteur à la ville de New-York, présentée comme La Ville, l’endroit parfois haï, violent, injuste … Mais le seul où il puisse vivre.

Un poulet chez les spectres, se déroule à Noël, en pleine tempête de neige. Une femme est découverte poignardée au pied de son immeuble. Et plus haut dans les étages, un écrivain à succès (mais dont aucun flic du 87° n’a lu le moindre bouquin) a été assassiné de 19 coups de couteaux. L’enquête va patauger et mettre en contact Steve Carella avec une belle collection de cinglés, dont une témoin ayant vu Superman tuer la jeune femme avec son immense pénis avant de s’envoler ! Et comme dans Calypso précédemment, avec son ironie très personnelle, Ed McBain va dire tout le « bien » qu’il pense du maire, sans que l’on puisse savoir s’il s’agit du maire officiant en 1980 ou des maitres de New-York en général.

McBain 35Avec Coup de chaleur on passe du froid au chaud. En pleine canicule Steve Carella et Bert Kling sont appelés par une femme qui, en rentrant chez elle d’une semaine de voyage, a découvert son mari mort depuis plusieurs jours. Tout semble indiquer un suicide. Un homme dépressif, alcoolique … Mais quelque chose fait tiquer les deux policiers : Pourquoi la clim était-elle éteinte alors que tout le monde meurt de chaud en ce mois de juillet ? Pendant ce temps un prisonnier récemment libéré veut se venger, et le mariage de Kling n’est pas au mieux … un bon cru, avec quelques dialogues très drôle entre Steve et les compagnies de téléphone, et la première apparition d’un personnage qui travaille dans l’informatique.

(31) N’épousez pas un flic (So long as you both shall live, 1976), traduit du l’anglais (USA) par M. Charvet puis Pierre de Laubier.

(32) Ca fait une paye (Long time no see, 1977), traduit du l’anglais (USA) par Michel Deutsch puis Anne-Judith Descombey.

(33) Calypso (Calypso, 1979), traduit du l’anglais (USA) par Rosine Fitzgerald puis Pierre de Laubier.

(34) Un poulet chez spectres (Ghosts, 1980), traduit du l’anglais (USA) par Rosine Fitzgerald puis Pierre de Laubier.

(35) Coup de chaleur (Heat, 1981), traduit du l’anglais (USA) par Jean-Bernard Piat.

 

87°, de 26 à 30

L’actualité polar ayant été très riche ces derniers mois, peu de temps pour continuer l’intégrale du 87° District d’Ed McBain. Voici quand même, avant les vacances, les volumes 26 à 30, pour le New York des années 70.

McBain 27Steve Carella croyait que rien ne pouvait l’étonner. Pourtant le démarrage de Après le trépas va le laisser sans voix : l’homme qui l’accueille devant le cadavre sanglant de sa femme lui annonce « bien content qu’elle soit morte ». Et il sait ce qu’il fait, il est avocat d’assises. Les flics du 87° aimeraient bien pouvoir coincer ce mari arrogant et trop sûr de lui. Une intrigue bien tordue, le portrait touchant d’une femme originale et malheureuse, de jolis coups de théâtres, la morgue d’un avocat qui nargue des flics du haut de sa culture et de sa richesse, la ville à la veille de Noël (avec une description très McBain de la veillée au 87° !), et Bert Kling qui se fait mener en bateau pour un épisode délicieux.

Le 27° Le sourdingue, est la troisième apparition de cet adversaire terrifiant des flics du 87°. C’est le printemps, l’air sent bon, le soleil réchauffe les cœurs, les gens se promènent le sourire aux lèvres. Tout commence par un coup de fil, qui tombe sur Meyer Meyer, et le Sourd fait monter la pression … Comme si ça ne suffisait pas, un cambrioleur visite systématiquement les appartements des gens partis en vacances. Et abandonne des petits chats morts pour signer son forfait. Et le Sourd rappelle pour annoncer : « Avec votre aide […], je vais voler cinq cent mille dollars le dernier jour du mois d’avril. » Et Bert Kling va rencontrer Augusta Blair, mannequin de son état, et tomber désespérément amoureux. Un excellent divertissement, comme chaque fois que nos amis affrontent le Sourd.

McBain-29jpgBranle-bas au 87° démarre commence par la découverte de 6 cadavres, dont un bébé, jetés en plein hiver dans une tranchée ouverte dans le rue. Leur sang a gelé et c’est mêlé à la boue. Steve Carella et Bert Kling (qui hésite à demander son amie mannequin en mariage, ce qui donne quelques dialogues assez savoureux) sont en charge de l’enquête. Une enquête qui va les mener dans les quartiers les plus déshérités de la ville, livrés aux gangs qui se font la guerre. Des quartiers qu’il décrit avec une précision toute journalistique sans jamais cependant lasser le lecteur avec cette conclusion : « Une vie d’écrasante pauvreté, de fureur impuissante et de frustration désespérée attendait ceux qui survivaient. Il ne fallait pas s’étonner que la police de ce secteur ait des dossiers sur plus de neuf mille membres de gangs des rues. » Et malgré ce constat désespérant, et une situation qui, on le voit, n’est pas nouvelle (gangs, tags sur les murs, morts quotidiennes de jeunes, assassinats, drogue …), Ed McBain garde son sens de l’humour et du rythme.

Flouze commence en plein mois d’août alors que Steve Carella rentre juste de vacances. En pleine paperasse il est pris à partie par un homme qui voudrait que l’enquête sur l’incendie de son entrepôt aboutisse vite, pour être remboursé par les assurances. Seulement à trop prendre les flics pour des poires, il va leur mettre la puce à l’oreille, et ne pas s’en tirer aussi bien qu’il le voudrait. Un des volumes les plus drôles de la série, qui pourtant ne manque pas d’humour, grâce, entre autres, à l’apparition du délicieux Ollie Weeks, gros, gras, misogyne, raciste, vulgaire, suant et puant … mais excellent flic qui se prend d’amitié pour Carella qui se demande bien ce qu’il a pu faire pour mériter ça. Mais ne peut s’empêcher de reconnaitre que le gros et délicieux Ollie connait son boulot, même s’il ne comprend pas pourquoi ça gène les gens qu’il appelle les nègres des nègres !

McBain 30Adieu cousine commence par une nuit de septembre. Sur le coup de une heure du matin, une jeune fille ouvre les portes du 87° hagarde, les mains en sang. Au même moment Steve est appelé par un flic en patrouille, le cadavre d’une jeune femme, tailladée de multiples coups de couteau est trouvé dans l’entrée d’un immeuble désaffecté. Les deux jeunes femmes sont cousines, la première a réussi à échapper au tueur, un homme qu’elle n’avait jamais vu. Le genre d’affaire où on ne retrouve jamais le tueur. A moins que … Une intrigue au cordeau et un éclairage intéressant sur les mœurs en 1975, ce qui était considéré comme légal ou moral il y a plus de 40 ans …

Ed McBain / 87° District volumes 26 à 30 :

(26) Après le trépas (Sadie when she died, 1972), traduit de l’anglais (USA) par Janine Hérisson, puis Pierre de Laubier.

(27) Le sourdingue (Let’s heart it for the deaf man, 1973), traduit de l’anglais (USA) par Rosine Fitzgerald puis Pierre de Laubier.

(28) Branle-bas au 87° (Hail to the chief, 1973), traduit de l’anglais (USA) par Janine Hérisson, puis Anne-Judith Descombey.

(29) Flouze (Bread, 1974), traduit de l’anglais (USA) par S. Hilling, puis Pierre de Laubier.

(30) Adieu cousine (Blood relatives, 1975), traduit de l’anglais (USA) par Jeannine Hérisson, puis Pierre de Laubier.

87° District, 21 à 25

L’été est favorable à la lecture du 87° District d’Ed McBain : volumes 21 à 25 nous entrons dans les années 70.

McBain-21Le 21° volume, 80 millions de voyeurs nous amène dans le monde de la télévision. Stan Gifford est un amuseur, ancien acteur de cabaret qui a maintenant son émission de télévision regardée en direct par des millions de spectateurs, dont Steve Carella. Et c’est en direct, pendant son show, qu’il s’écroule, mort empoisonné. Comme les studios se trouvent dans le 87° district, c’est Steve et Meyer Meyer qui sont en charge de l’affaire. En parallèle Bert Kling doit protéger une jeune femme, harcelée par une brute qu’elle ne connait absolument pas. Le problème est que la demoiselle a déjà eu affaire à Bert, et qu’elle ne le supporte pas. Humour, intrigue parfaite, dialogues étincelants, et cette manière incroyable qu’a Ed McBain de nous intéresser aux procédure les plus arides de l’enquête policière, ici l’identification d’un poison possible à partir du travail de la police scientifique, magie de l’écriture d’un maître ! En prime, la peinture sans concession du milieu de la télévision. Quand je vous disais qu’en lisant le 87° district on avait une idée complète de la société américaine dans toutes ses composantes.

Le 22° La rousse, voit le retour du sourd, le redoutable adversaire des flics du 87° déjà rencontré dans A la bonne heure. Un anonyme au 87° une lettre annonçant que si on ne lui fournit pas 5000 dollars il tuera le responsable des parcs de la ville. Les flics hésitent à prendre la chose au sérieux, l’homme est assassiné. Puis c’est au tour du premier adjoint au maire, pour lequel l’inconnu demandait 50000 dollars. Le 87° a alors deviné qu’elle a affaire à son pire adversaire, le Sourdingue. Pendant ce temps, alors qu’une vague de froid sans précédent s’abat sur la ville, Carella essaie de piéger deux jeunes qui s’amusent à faire brûler les clodos, et d’autres sont sur la piste d’un cambriolage. L’auteur fait ici preuve d’un humour très noir, particulièrement efficace. On sourit souvent aux mésaventures de nos flics préférés, en manque de chance complet, baladés d’un côté à l’autre, tabassés, brulés, perdus, qui ne devront qu’à un immense coup de chance de ne pas laisser trop de plumes dans l’affaire.

McBain-22La mort d’un tatoué démarre comme une affaire assez facile à résoudre. Un couple sauvagement assassiné chez lui. Personne n’a rien entendu, l’homme tient dans la main un fusil qui va être vite identifié, son propriétaire fait donc un coupable parfait. Reste à le trouver. Sauf que quelques détails ne collent pas. C’est Carella et Kling qui sont aux manettes. Un Bert Kling qui est tombé amoureux, mais va avoir du mal à rester fidèle, une des jeunes et séduisante personne rencontrée lors de l’enquête ayant décidé qu’il était à son goût. Nous sommes en 1969, les femmes prennent de plus en plus l’initiative et le jeune Kling va se retrouver fort perturbé. Et par le plus grand des hasards, les flics du 87° vont résoudre une vieille affaire, vieille de 5 ans, joli clin d’œil de l’auteur à lui-même.

En pièces détachées est un puzzle. Dans un appartement, un cambrioleur et un cambriolé se sont entretués. Dans la main de l’un, un bout de papier, une pièce de puzzle. Il s’avère que les deux hommes sont connus des policiers. Affaire réglée donc. Sauf quand un privé débarque au commissariat. Il est sur la piste du butin d’un cambriolage depuis 6 ans, pour le compte d’une assurance. Et il est certain que la pièce de puzzle révèle l’endroit où il est caché. Bien que peu convaincu, Peter Byrnes, le chef des inspecteurs du 87° accepte que Brown et Carella fouillent un peu, en plus de toutes les affaires qu’ils ont sur le feu. L’occasion pour Brown d’être à son tour la cible d’une jolie femme, et de voir que le racisme n’a pas disparu du jour au lendemain. Quant à l’homosexualité, elle n’est pas franchement bien vue …

McBain-25Tout le monde sont là commence à minuit. Entre minuit et deux heures du matin, cette nuit d’octobre, une danseuse de cabaret est assassinée, une femme vient se plaindre que des fantômes ont volé un collier et une broche dans le coffre-fort de sa somptueuse villa, un inconnu, blanc, a lancé une bombe dans une église fréquentée par des noirs et des portoricains. Et ça, ce n’est que pour l’équipe de nuit. La routine du 87°. Un nouveau volume assez différent dans sa forme. Pas de grande enquête ici, mais une multitude de petites affaires, résolues dans la journée (ou la nuit). La chronique de 24 heures du commissariat, pour un tableau de la bêtise, de la haine, du racisme, de la cupidité, du désespoir ordinaires. Tout ça en moins de 200 pages, sans prêche, avec humour et humanité. Du grand art.

Cinq volumes de plus pour aborder les années 70, et New York, de jour, de nuit, belle à en tomber amoureux, laide et dangereuse à faire fuir, vivante, amante parfois meurtrière.

Ed McBain / 87° District volumes 21 à 25 :

(21) 80 millions de voyeurs (Eighty million eyes, 1966), traduit de l’anglais (USA) par André Bénat.

(22) La rousse (Fuzz, 1968), traduit de l’anglais (USA) par Denise May et Pierre de Laubier.

(23) La mort d’un tatoué (Shootgun, 1969), traduit de l’anglais (USA) par Alain Chataigner.

(24) En pièces détachées (Jigsaw, 1970), traduit de l’anglais (USA) par Simone Hilling et Anne-Judith Descombey.

(25) Tout le monde sont là (Hail, hail, the gang’s all here, 1971), traduit de l’anglais (USA) par M. Charvet et Pierre de Laubier.

 

87° District de 16 à 20

Suite du 87° District d’Ed McBain, les volumes 16 à 20.

Le 16° volume, Les heures creuses est assez atypique, et il faut bien avouer que ce n’est pas le meilleur de la série. Il s’agit de trois nouvelles. La première voit Carella et ses collègues enquêter, dans la chaleur écrasante du mois d’août, sur le meurtre d’une jeune femme qui vivait seule. Pour la deuxième nouvelle, nous sommes le 1° avril. Mais cette année pas de blague, c’est la mort qui s’invite. Une jeune homme, couvert de peinture, retrouvé mort dans une ruelle. L’occasion d’aller dans la communauté juive, et de révéler un antisémitisme qui n’a pas disparu partout, même à Isola. Une affaire qui va mettre les nerfs de Meyer Meyer à rude épreuve. La dernière, une fois n’est pas coutume, va nous éloigner d’Isola, pour suivre Cotton Hawes qui amène une de ses conquête faire du ski. Bien entendu, il va y avoir un meurtre, et le week-end en amoureux va tourner court.

McBain-17Pour le 17° Dix plus un, volume nous sommes au printemps. Or comme le dit Ed McBain « Rien n’a le droit de mourir au printemps. Il y a une loi qui le dit (…) Cet article interdit formellement la mort entre le 21 mars et le 21 juin, mais il y en a toujours qui transgressent la loi, il n’y a rien à faire« . Et un homme va se faire abattre, d’une balle en pleine tête. Puis un autre, et un autre … Sans lien apparent. Le cauchemar des flics du 87° semble prendre forme : Un canardeur. La même chose qu’un tireur d’élite militaire, mais sans l’excuse de l’armée. Dialogues scintillants, humour noir, intrigue savamment tricotée. Du pur bonheur.

McBain-18La hache se déroule en hiver. Un début de mois de janvier déprimant, sans neige, plafond bas, nuages gris, froid. Un homme est retrouvé dans le sous-sol d’un immeuble, une hache plantée dans le crâne. Ed McBain manie ici magnifiquement le comique de répétition, avec un pauvre Steve Carella confronté à plusieurs « couples » mère-fils particulièrement difficiles. Lui et son collègue vont affronter le froid, la folie, le racisme, et pour finir la tristesse d’un meurtre pour quelques misérables pièces … Mais je n’en dis pas plus pour ne rien dévoiler de l’intrigue. Un régal.

Le 19°, Entre deux chaises, est une fois de plus atypique. Les hommes du 87° District ne seront que croisés, aperçus, cherchés puis évités par un homme venu, en plein hiver, de sa campagne, vendre la production d’articles en bois de sa petite fabrique. Un homme un peu simple, perdu dans la grande ville. L’occasion de nous la faire voir avec d’autres yeux que ceux des flics blasés du 87°.

McBain-20Cause toujours, ma poupée, est sans doute le plus dramatique de cette série de cinq. Bert Kling ne se remet toujours pas de la mort de sa fiancée et se rend insupportable, Steve Carella va se retrouver en très grand danger, et même si la victime, sauvagement assassinée à coup de couteaux est mannequin, la folie sordide n’est pas très loin. Une vraie course contre la montre parfaitement orchestrée par le Maître.

Comme on le voit, en cinq volumes, une fois de plus, on voit la ville en toutes saisons, et dans différents milieux sociaux. Une étude complète et surtout un vrai plaisir de lecture, sans cesse renouvelé.

Ed McBain / 87° District volumes 16 à 20 :

(16) Les heures creuses (The empty hours, 1962), traduit de l’anglais (USA) par G. Louedec

(17) Dix plus un (Ten plus one, 1963), traduit de l’anglais (USA) par Rosine Fitzgérald et Pierre de Laubier.

(18) La hache (Ax, 1964), traduit de l’anglais (USA) par Jane Fillon.

(19) Entre deux chaises (He who hesitates, 1965), traduit de l’anglais (USA) par Jane Fillon.

(20) Cause toujours, ma poupée (Doll, 1965), traduit de l’anglais (USA) par Rosine Fitzgérald et Pierre de Laubier.

 

87° District, volumes 11 à 15

De temps en temps, quand j’ai besoin de souffler ou de lire du très bon sans risque de me tromper, je continue l’intégrale du 87° District d’Ed McBain. Dont voici les cinq volumes suivants.

McBain 12Nous sommes maintenant en 1960. Et il pleut sur Isola dans La main dans le sac. Genero, un des flics de base du 87° voit une silhouette en manteau oublier un sac à un abris bus. Quand il veut le rendre, la silhouette a déjà pris le bus. Une grosse surprise attend Genero, dans le sac : une main. Un suspense parfaitement maîtrisé, des dialogues toujours au cordeau, un tour dans le milieu des impresarios de seconde zone et des clubs de striptease, et un petit coup de flash sur Hernandez, flic d’origine portoricaine qui subit les agressions du flic le plus imbécile et raciste du 87°, et qui se trouvera au centre d’une historie à venir.

Toujours en 1960 dans A la bonne heure. Nous sommes au printemps, le roman débute sur une magnifique description du personnage principal de la série en ce mois d’avril : Isola, alias New York. Puis on rentre dans le vif du sujet de façon très intrigante : un commerçant reçoit des menaces de mort. Soit il quitte un local, pourtant très quelconque, avant la fin du mois, soit on le tuera. Un mystère incompréhensible pour Meyer Meyer qui le reçoit. Ailleurs, d’autres commerçants sont menacés, mais le tableau d’ensemble n’apparaît pas … Incroyable construction par un génie du crime qui va revenir plus tard dans la série : Le Sourd, adversaire redoutable du 87° district, qui déjà en 1960, s’amuse à provoquer la police, comme le feront bien plus tard les serial killers. Une plongée également dans une autre époque, où l’on pouvait se balader dans New York en trimballant des bombes, pour aller les déposer dans des endroits publics sans jamais être contrôlé par quiconque.

McBain 13Juillet et canicule pour une incursion dans le quartier portoricain de la ville dans Mourir pour mourir. Un truand qui a déjà échappé plusieurs fois à la police a été repéré dans le quartier. Tout le 87° va venir au rendez-vous, devant une population partagée entre ceux qui voient dans le tueur un héros qui affronte une police raciste pour qui tout portoricain est un délinquant, et ceux pour qui il est un tueur qui jette le discrédit sur toute une population et tout un quartier. Mais même au sein du 87°, entre Hernandez qui veut prouver qu’on peut être d’origine portoricaine et être un bon flic, respectueux de la loi et de la population quelle que soit son origine, et Parker sale con raciste, tout n’est pas qu’ordre, calme et sérénité. Ajoutez à cela des jeunes qui rivalisent de provocations et de violence arbitraire juste pour « se faire respecter » et appartenir à tel ou tel gang en vue, et vous avez un épisode toujours aussi prenant, mais particulièrement noir, sombre et social. Un épisode qui nous montre que les problèmes liés à une immigration mal reçue et mal intégrée, à des jeunes de quartiers difficiles qui se sentent repoussés et rejetés et réagissent violemment, ne date pas d’aujourd’hui. Et que malheureusement les discours et le manque de réactions intelligentes sont les mêmes depuis, au moins, 1960.

McBain 15Démarrage particulièrement dramatique pour Le dément à lunettes. Un massacre en apparence arbitraire et absurde dans une librairie : trois morts. Steve Carella et Bert Kling sont envoyés sur place. Claire, la fiancée de Bert est une des victimes. Un volume particulièrement émouvant qui illustre bien comment cette série permet de suivre l’évolution de la société des années 50 à nos jours. Ici, au centre de l’enquête, la question de l’avortement, interdit en 1961 aux US. Avec toutes les conséquences de l’interdiction sur les jeunes femmes qui, pour une raison ou une autre, veulent avorter et sont obligées de la faire de façon illégale, au risque de leur vie. Avec également les questions autour de ceux et celles qui luttent pour le droit, et les questions autour de l’application de la loi par les flics. Tout cela, comme toujours sans jamais tomber dans le pamphlet ou le prêche, juste en racontant avec cette facilité apparente qui est la marque du génie d’Ed McBain.

On termine avec On suicide. Un volume moins dramatique, plus concentré sur l’intrigue, qui met en lumière les difficultés des relations humaines, en ce printemps 1962 qui semble pourtant inspirer bonne humeur et espoir. Même Steve Carella, qui vient d’échouer à empêcher le suicide d’une jeune fille est morose. Quand deux jeunes se suicident à leur tour en s’empoisonnant au gaz, il lui semble que quelque chose cloche dans la scène. Une enquête va le confronter aux mensonges des uns et des autres. Un épisode émouvant et comme toujours parfaitement mené.

Ed McBain / 87° District volumes 11 à 15 :

(11) La main dans le sac (Give the boys a great big hand, 1960), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Jean Charles Provost.

(12) A la bonne heure (The heckler, 1958), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Claire Céra.

(13) Mourir pour mourir (See them die, 1960), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Georges Monny.

(14) Le dément à lunettes (Lady, lady, I Dit it !, 1961), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Jean Charles Provost.

(15) On suicide (Like love, 1962), traduit de l’anglais (USA) par Chantal Wourgaft.

87° District, 6 à 10.

En cette toute fin de vacances j’ai poursuivi l’intégrale du 87° district du génialissime Ed McBain.

Les suivants : Crédit illimité, Souffler n’est pas tuer, Soupe au poulet, Pas d’avenir pour le futur, Rançon sur un thème mineur.

Isola donc, réplique imaginaire, mais pas tant que ça de Manhattan. Isola, son 87° district, ses flics. Steve Carella, et sa femme Teddy, sourde-muette dont il est follement amoureux. Meyer Meyer, juif au nom ridicule, conséquence de l’humour particulier de son père, patient. Cotton Hawes, nouveau venu dans l’équipe, grand, costaud, qui tombe amoureux chaque fois qu’il croise une belle et se fait petit à petit à ce quartier populaire. Bert Kling, le petit jeune dont on se moque encore gentiment …

McBain 07C’est l’été, la chaleur est étouffante, un passant se fait descendre dans la rue dans la grande tradition des règlements de compte de l’époque de la prohibition. Peu de chance qu’il s’agisse d’un problème de gangs, les méthodes ont changé. Et comme la victime était maître chanteur, les suspects sont légion. C’est Crédit illimité.

Un tueur joue avec les nerfs des inspecteurs du 87° en pleine canicule. Il annonce pour le soir même qu’il va tuer La dame. Quelle dame ? Et pourquoi les avertir ? C’est tout cela qu’il va falloir résoudre avant 20h00 dans Souffler n’est pas tuer.

Deux romans où on sent la chaleur, la moiteur dans des bureaux de flics où les ventilateurs font ce qu’ils peuvent, la fatigue quand il faut monter dans les étages. Les bouches à incendie ouvertes, avec les gamins autour.

De romans où le sens de la construction et des dialogues de l’auteur font merveille, où son humour fait mouche. Avec cette scène particulièrement jouissive dans le second qui voit McBain avec le talent d’un maître du burlesque, enchaîner avec malice les anicroches qui vont retarder l’équipe de flics. Du grand art.

McBain 08Mais que dire alors de Soupe au poulet ? C’est l’automne, les journées sont belles après la chaleur estivale. Sauf cette fin d’après-midi où une femme rentre dans la salle des inspecteurs, un flingue à la main, une bouteille de nitro dans le sac. Elle prend tout le monde en otage le temps que Carella rentre. Puis elle le tuera. C’est lui qui a arrêté son mari qui vient de mourir en prison. Un chef-d’œuvre d’humour, de rythme, de suspense tout en légèreté et en finesse. Et en prime, de magnifique pages sur Isola, ville femme, ville tentatrice, ville sensuelle à la tombée de la nuit.

Les deux suivants, s’ils sont peut-être moins enjoués n’en sont pas moins intéressants, et nous montrent comment l’œuvre de McBain est le témoin des évolutions d’un demi-siècle d’histoire des US.

Que ce soit les affres de la sœur de Carella et de son futur beau-frère le jour de leur mariage, ou le monstre de « technologie » qui permet aux kidnappeurs d’un gamin de contacter le père, il va être amusant de suivre l’évolution des mœurs et de la technique entre ces romans qui ne datent que de 1959, et les derniers. Quant à la comparaison avec notre monde, et celui qui n’est, finalement, que celui de mes parents, elle est vertigineuse.

A noter également qu’outre nous décrire différentes saisons de la ville, Rançon sur un thème mineur nous amène pour la première fois dans le monde des riches et puissants.

La rentrée étant là et bien là, la suite risque d’attendre un peu.

Ed McBain / 87° District volumes 6 à 10 :

(6) Crédit illimité (Killer’s payoff, 1958), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Christophe Claro.

(7) Souffler n’est pas tuer (Lady killer, 1958), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Jean-François Merle.

(8) Soupe au poulet (Killer’s wedge, 1959), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Philippe Aronson.

(9) Pas d’avenir pour le futur (‘Till death, 1959), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Jean-François Merle.

(10) Rançon sur un thème mineur (King ‘s ransom, 1959), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Sylvie Fontaine.

87° District, le début de l’intégrale

Cela faisait longtemps que j’en avais envie, et que je ne m’y mettais que peu à peu, dans le désordre. Les vacances ont été l’occasion d’installer un peu de méthode dans la chose. J’ai récupéré tous les 87° district du génialissime Ed McBain, et je les attaque dans l’ordre, depuis le premier.

Je vous tiendrai au courant, et peut-être vous donnerai envie, petit à petit. Là j’ai lu les cinq premiers, à savoir : Du balai !, Le sonneur, Le fourgue, Faites-moi confiance, Victime au choix.

McBain 01Isola, création littéraire d’Ed McBain, un quartier d’une très grande ville, de La grande ville, copie bien évidemment de Manhattan. Une création qui évite à l’auteur de se tenir au courant des changements de districts, de nomination au sein de l’administration et des forces de l’ordre, mais qui, ces détails sans intérêts mis à part, est Manhattan.

Dans cette ville des flics maintiennent l’ordre comme ils peuvent. Et parmi ces flics un groupe, ceux du 87° district. Un quartier proche des quartiers riches, mais un quartier violent, agité.

Au départ aucun héros, juste des flics : Steve Carella, d’origine italienne, qui va très vite épouser une très belle brune, Teddy, sourde-muette dont il est follement amoureux. Meyer Meyer, juif au nom ridicule, conséquence de l’humour particulier de son père, patient, imperturbable, chauve à trente ans. Arthur Brown, grand, costaud, noir. Le lieutenant Peter Byrnes qui dirige la brigade … Et Bert Kling, agent de ville, le petit jeune qui va rapidement intégrer l’équipe avec d’autres …

Au départ ils devaient tous être à égalité, sans personnage principal, au point que dans le volume 3 Ed McBain avait l’intention de tuer Steve Carella. Mais il dut se rendre à l’évidence, certains de ses personnages, même s’ils ne sont pas présents dans tous les volumes (comme le volume 2 où Steve est en voyage de noce) devaient être immortels.

McBain 02On va donc suivre plusieurs enquêtes? Certaines relèvent de l’intime, des drames passionnels, des vengeances. D’autres vont mettre en avant tel ou tel sujet : les gangs de jeunes qui commencent à inquiéter la bonne société américaine dans ces années cinquante, le solitude dans la grande ville, les violences faites aux femmes, les flics ripoux, le chantage … On va connaître les problèmes d’une vie de flic, les répartitions de vacances, le danger, la peur de celles qui restent à la maison. On va avoir une radiographie de la société américaine entre 1956 et 1958.

Tout cela c’est ce à quoi on pense quand on a refermé les bouquins. Mais pendant la lecture, on est complètement embarqués par l’écriture géniale de l’auteur. Son sens du rythme et du tempo, sa façon de jouer avec le lecteur pour faire monter le suspense.

Le final de Faites-moi confiance est un exemple magistral de ce talent : Tout d’abord, nous sommes dans les années cinquante, pas de téléphones portables, pas de bippers ! Tout le suspense tient dans la façon jouissive dont McBain chorégraphie les ratés entre différents personnages qui n’arrivent pas à se joindre et donc retardent, jusqu’à la dernière seconde, la transmission de l’information qui permettra d’arrêter le tueur. Et tout cela, bien entendu, alors que deux personnes sont en danger de mort. Du grand art.

Du grand art aussi ses dialogues fantastiques, qu’il s’agisse d’interrogatoires ou d’échanges de vannes entre flics. Et un sens de l’humour fin, subtil, qui fait mouche à chaque fois.

La géniale mise en place de la fine équipe. A lire, absolument, pour tout amateur de polars. Mais attention, les 87° districts, c’est comme les pistaches. On en lit un, on se dit qu’on va arrêter, mais on a ouvert le suivant sans même s’en rendre compte.

Ed McBain / 87° District volumes 1 à 5 :

(1) Du balai ! (Cop hater, 1956), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Chabolet et Raoul Amblard.

(2) Le sonneur (The mugger, 1956), traduit de l’anglais (USA) par Jean Rosenthal.

(3) Le fourgue (The Pusher, 1956), traduit de l’anglais (USA) par Henri Robillot.

(4) Faites-moi confiance (The con man, 1957), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin.

(5) Victime au choix (The killer’s choice, 1958), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin.