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Trop semblable à l’éclair

Pour Noël je me suis fait offrir le début de la saga de Ada Palmer, Trop semblable à l’éclair, Terra Ignota, Livre Premier. J’avoue que je ne suis pas complètement convaincu.

Nous sommes en 2454. L’humanité a dépassé le stade des nations et les religions, causes de guerre particulièrement sanglante au 3° millénaire, sont interdites. Sept Ruches structurent la planète et se partagent les 10 milliards d’habitants, selon leurs philosophies, leurs envies ou les valeurs qu’ils partagent. La Paix règne. Une paix qui pourrait se révéler fragile.

Mycroft Canner, coupable de crimes abominables est un Servant, condamné à servir tout le monde en échange du gite et du couvert. Mais étrangement il est aussi le confident des puissants des sept ruches. Et il a découvert par hasard l’existence d’un gamin aux pouvoirs quasi divins, une véritable bombe dans un monde qui a très peur des religions.

C’est à ce moment-là qu’un vol en apparence anodin menace de faire tout voler en éclats.

Alors. Ce bouquin m’a été chaudement recommandé par une libraire de confiance, et les critiques que j’avais lues ici et là étaient toutes absolument éblouies par autant d’imagination, de culture de bouillonnement.

Certes c’est très imaginatif, la projection philosophique et sociale est assez géniale, la liberté décrite est enthousiasmante avec un concept de bash, famille que chacun se choisit, de ruche, que là aussi on se choisit, le tout s’appuyant sur un grosse, très grosse érudition sur les philosophes des lumières. Enorme boulot de construction d’un futur possible. Le mélange de futur moyennement lointain et de XVII ° siècle est original, bien fichu et donne lieu à pas mal de choses très intéressantes.

Mais. Et comme disait l’autre « everything before but is bullshit ».

Le côté scientifique et technologique est complètement survolé. Il y a des voitures qui permettent de faire de tour de la Terre en quelques heures. Elles volent à … A quoi tient ? On est 10 milliards, mais il n’y a plus de problème écologique, les ressources semblent infinies, et personne n’est exploité, tout le monde choisit son sexe, sa famille, sa ruche. Ouais …

Mais surtout il n’y a pas d’histoire. On a un petit Dieu, une liste volée qui semble très importante, même si je n’ai absolument pas compris pourquoi, et au bout de sept cent pages, on a toujours un petit Dieu et on ne sait toujours pas qui a volé la liste.

On a un personnage central, qui dialogue avec le lecteur qui lui répond, ce qui peut être soit rigolo, soit lourdingue à la longue, moi j’ai trouvé lourd. Un personnage qui semble très mignon mais dont on va découvrir les atrocités, sans savoir pourquoi il a agi ainsi, et encore moins comment il est devenu génial et confident de tous les puissants.  On a un twist dans le dernier paragraphe qui arrive comme un cheveu sur la soupe. Et on se perd dans les personnages, je n’ai pas compris grand-chose, pour ne pas dire rien, aux raisons et aux mécanismes des luttes d’influences entre les différentes ruches.

Mais le plus grave, c’est que c’est très bavard et que les personnages n’ont aucune épaisseur. Ils sont là pour émettre des idées, défendre des philosophies, mais ils ne sont pas incarnés. Ils sont censés être très charismatiques ou violents ou inquiétants ou émouvants, et en fait ce ne sont que des véhicules de paroles.

Tout cela va sembler très sévère, trop peut-être, je ne me suis pas uniquement ennuyé, certaines idées sont géniales, mais j’ai eu l’impression de lire le livre d’une philosophe qui veut faire partager des réflexions et beaucoup d’intelligence à des lecteurs en passant par la SF qu’elle aime sans doute beaucoup (je ne doute pas de l’authenticité de son amour pour les philosophes des lumières et pour la SF), mais qui a oublié qu’écrire un roman, ça passe quand même par une bonne histoire et de bons personnages, et qu’un minimum d’effort de clarté ne peut nuire à l’exercice. Bref, dans quelques temps, j’essaierai sans doute le 2 pour voir si tout cela avance un peu, mais il faudra que ce soit rapidement plus clair pour que j’aille au bout.

Ada Palmer / Trop semblable à l’éclair, Terra Ignota, Livre Premier, (Too like the lightning, Terra Ignota, book I, 2016), La Belial (2021) traduit de l’anglais (USA) par Michelle Charrier.