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La troisième griffe de Dieu

Je vous le disais il y a peu, j’ai beaucoup aimé le personnage d’Andrea Cort de l’américain Adam-Troy Castro. C’est donc avec beaucoup de plaisir que je la retrouve dans le second volume de ses aventures : La troisième griffe de Dieu.

Revoilà donc Andrea Cort devenue procureur extraordinaire pour le Corps Diplomatique de la Confédération homsap. La famille Bettehhine l’invite à venir voir le patriarche sur Xana, leur planète privée.

Une famille qui symbolise tout ce qu’elle hait : l’une des plus riches de la confédération, elle a fait fortune en vendant à toutes sortes de belligérants les armes qui leur ont permis de s’entretuer et de livrer des mondes entiers à la ruine. Sans oublier, quand c’est possible, de tirer de l’argent de la reconstruction. Tout ce qu’elle déteste. Mais elle est curieuse et les IA avec lesquelles elle est en contact lui ont conseillé d’y aller.

Elle débarque à peine sur la station orbitale de la planète qu’on tente de la tuer au moyen d’une vieille arme redoutable. Et ce n’est que le début d’une visite qui va s’avérer éprouvante, très éprouvante.

Quel pied de retrouver le personnage le plus mal embouché que je connaisse, à égalité avec Spider Jerusalem et les Boys de Garth Ennis. J’adore Andrea Cort, qui va, la pauvre, encore voir ses certitudes et le monde qu’elle s’est construit en prendre un sacré coup. A propos, oui, il vaut vraiment mieux avoir lu le premier volume avant d’attaquer celui-ci.

Côté intrigue c’est un très grand classique, une adaptation spatiale du crime de l’Orient express puisqu’il y a un meurtre dans un lieux clos, l’enquêtrice, la victime et le meurtrier se trouvant tous enfermés ensemble. Et l’auteur s’en tire très bien.

Mais ce n’est pas tout, au long de l’enquête de grandes questions morales vont se poser, et Andrea va avoir à faire des choix cornéliens pour le moins. Un roman d’une méchanceté réjouissante, mais en même temps pleine d’humanisme, complété dans ce volume par une nouvelle qui ne ménage pas les scènes d’action parfaitement menées. Un bonheur, vivement le troisième.

Adam-Troy Castro / La troisième griffe de Dieu, (The third claw of god, 2009), Albin Michel / Imaginaire (2021) traduit de l’anglais (USA) par Benoit Domis.

Émissaires des morts

Même si je bosse encore on peut considérer que les vacances ont commencé. Et j’ai eu envie de me plonger dans quelques bons gros pavetons de SF. J’ai donc commencé par le premier d’une pile qui a bien chargé mon sac à dos. Excellente pioche avec Emissaires des morts de l’américain Adam-Troy Castro.

Dans un lointain, très lointain futur, l’humanité a voyagé loin et rencontré d’autres espèces douées d’intelligence. Du côté des hommes c’est le modèle ultra libéral, dominé par de grandes sociétés privées qui pratiquent souvent une forme d’esclavage plus ou moins consenti, qui s’est imposé. Sur la planète Bocai, les habitants locaux et une colonie d’humains vivent en paix, au point d’avoir décidé d’élever leurs enfants en commun. C’est ainsi que la petite Andrea Cort, 8 ans, a un papa et une maman biologiques qu’elle adore, et un père bocaïen qu’elle adore tout autant. Jusqu’à ce qu’une nuit une déferlante de haine ravage la colonie, ses parents sont massacrés sous ses yeux et elle se retrouve à trucider son père bocaïen et à y prendre plaisir. Quand la folie s’arrête, les secours la trouvent, les mains pleines de sang.

Andrea dont la tête est réclamée par plusieurs peuples extraterrestres vit son adolescence en prison et devient ensuite la « propriété » du Corps Diplomatique où elle est enquêtrice pour le bureau du Procureur. Andrea est torturée, dure avec tous, et refuse d’autres contacts que ceux que sa charge lui impose. Andrea est très intelligente, efficace dans son travail et sans pitié pour les médiocres. Andrea est persuadée d’être un monstre.

Voilà pour la toile de fond. Emissaire des morts rassemble quatre longues nouvelles et le roman qui lui donne son titre.

Avec du sang sur les mains présente le personnage envoyé sur une planète peuplée d’êtres très en avance technologiquement, mais dont la race se meurt. Un peuple à l’origine herbivore qui est fasciné par la propension à la violence de l’humanité, un peuple qui ne connaît pas le meurtre ou l’agression et qui a fait l’acquisition d’un monstre, un condamné à mort humain. Andrea n’est là que pour mettre le tampon final à la transaction.

Une défense infaillible est un récit d’espionnage mené sur un monde artificiel. Une construction imparable, jouant avec les moments passés et présents de l’histoire, pour un huis-clos mené de main de maître.

Dans Les lâches n’ont pas de secrets le monde extraterrestre construit a assez peu d’importance, le coupable, humain, est déjà connu et arrêté, le seul rôle d’Andrea étant de s’assurer que sa défense a utilisé tous les recours possibles. Tout le suspense va tourner autour d’une forme de punition particulièrement retorse et de ses dangers potentiels pour l’humanité. Encore une maîtrise parfaite du suspense, et l’apparition d’une thématique qui va devenir centrale dans la suite, celle du libre arbitre.

Démons invisibles présente un tournant dans l’évolution d’Andrea et ce qu’on devine être la suite de ses aventures. Excellente histoire qui tourne autour de l’altérité, où la politique se mêle à la justice.

Pour finir, seul le roman. Emissaire des morts se présente comme un roman policier classique, avec meurtre et recherche de coupable. Sur un monde créé de toutes pièces par des IA, les hommes sont tolérés pour observer une espèce douée d’intelligence créée par les IA. Quand une femme de la mission meurt, Andrea est envoyée trouver le coupable, avec cependant une contrainte : impossible d’accuser les IA qui sont beaucoup trop puissantes et totalement intouchables. Même si le lecteur confirmé de polars peut assez rapidement deviner qui est le coupable, ce n’est qu’une infime partie de l’intrigue qui va remettre beaucoup de choses en question, pour l’humanité en général et Andrea Cort en particulier.

700 pages et un vrai régal de bout en bout. Intelligence du propos, des histoires qui sont parfaitement menées avec un savoir-faire de pro du polar et un vrai talent de créateur de mondes et d’espèces. Et par-dessus tout, l’immense plaisir de suivre un personnage incroyable, une enquêtrice hard-boiled à la sauce SF à la hauteur des meilleurs personnages de polars, à la fois répondant à tous les clichés du genre et totalement originale. Attachante, impitoyable, à la répartie qui tue, d’une fragilité touchante, que l’on a envie de prendre dans ses bras tout en sachant qu’on s’expose à se faire, au mieux, sévèrement envoyer sur les roses.

Vraiment un personnage inoubliable. Dès que j’ai le temps, je vais dans ma librairie préférée m’acheter le second volume qui est déjà traduit.

Adam-Troy Castro / Emissaires des morts, (Emissaries from the dead, 2008), Albin Michel /Imaginaire (2020) traduit de l’anglais (USA) par Benoît Domis.