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La guerre des marionnettes

Revoilà Andrea Cort, l’enquêtrice mal embouchée de l’américain Adam–Troy Castro, La guerre des marionnettes, troisième volume de la série, est toujours aussi passionnant.

Deux nouvelles et un roman constituent ce volume. Le roman et la première nouvelle se déroulent sur la planète des Vlhanis. La dernière nouvelle met Andrea face à ses souhaits et ses peurs les plus ancrés.

Souvenez-vous, à 8 ans Andrea Cort a pris part à un massacre sur la planète où elle vivait avec ses parents, en parfaite harmonie avec l’espèce autochtone. Elle a été longtemps une paria, le monstre montré du doigt dans toute la galaxie. Puis elle est devenue une propriété du Corps Diplomatique de la Confédération humaine, qui a mis à profit sa grande intelligence pour l’employer au bureau du procureur. Mais tout cela vous le savez déjà si vous avez lu les deux premiers volumes. Ce que je vous conseille vivement de faire pour apprécier vraiment le troisième que voici.

On retrouve donc Andrea, qui se définit elle-même comme une sale garce, extrêmement intelligente, la langue plus acérée qu’un katana, envoyée sur la planète des Vlhanis. Ces créatures de toute évidence intelligentes, hautes d’une vingtaine de mètres, se réunissent tous les ans un ballet de plusieurs dizaines de milliers de membres qui font danser leurs tentacules (oui ils ont des tentacules), avant de tous se massacrer. Depuis des années, certains humains prétendent avoir reçu un appel et comprendre le but de ce rituel. Ils se font modifier pour participer et mourir avec les Vlhanis.

Andrea, escortée de ses deux gardes du corps et amants, se rend sur place pour tenter de comprendre, et poursuivre sa quête personnelle : découvrir ce qu’il s’est réellement passé quand elle avait huit ans. Une fois de plus, elle va être prise dans la tourmente.

Encore une superbe réussite qui devrait autant plaire aux amateurs de SF la plus pure, avec une nouvelle race totalement non humaine et un monde incroyable, et à ceux de polars tant l’auteur a su reprendre à son compte, dans un contexte totalement original, la figure du privé hard-boiled. Ajoutez l’histoire d’Andrea qui court tout au long des différents romans et nouvelles et qui entretient un double suspense, et vous avez une lecture terriblement addictive.

En plus c’est toujours intelligent, jamais manichéen, et ça amène à se poser pleins de questions. Sans oublier quand même de préciser que si les aventures d’Andrea sont en général sombres, et que l’auteur manie admirablement l’humour noir, on passe ici un cap et les âmes sensibles pourraient se trouver un peu secouées.

Je tremble quand je pense qu’il y a eu des doutes sur la possibilité de traduire ce troisième volume, et je tremble encore plus en imaginant que l’auteur pourrait arrêter là. C’est impossible, on est trop attachés à Andrea Cort, et on doit absolument savoir comment sa guerre contre ses ennemis intimes va se poursuivre. Pour cela une solution, précipitez-vous, lisez les trois volumes, offrez-les, faites-en un succès mondial en librairie, s’il vous plait !

Adam–Troy Castro / La guerre des marionnettes, (War of the arionettes, 2010), Albin Michel/Imaginaire (2022) traduit de l’anglais (USA) par Benoit Domis.

La troisième griffe de Dieu

Je vous le disais il y a peu, j’ai beaucoup aimé le personnage d’Andrea Cort de l’américain Adam-Troy Castro. C’est donc avec beaucoup de plaisir que je la retrouve dans le second volume de ses aventures : La troisième griffe de Dieu.

Revoilà donc Andrea Cort devenue procureur extraordinaire pour le Corps Diplomatique de la Confédération homsap. La famille Bettehhine l’invite à venir voir le patriarche sur Xana, leur planète privée.

Une famille qui symbolise tout ce qu’elle hait : l’une des plus riches de la confédération, elle a fait fortune en vendant à toutes sortes de belligérants les armes qui leur ont permis de s’entretuer et de livrer des mondes entiers à la ruine. Sans oublier, quand c’est possible, de tirer de l’argent de la reconstruction. Tout ce qu’elle déteste. Mais elle est curieuse et les IA avec lesquelles elle est en contact lui ont conseillé d’y aller.

Elle débarque à peine sur la station orbitale de la planète qu’on tente de la tuer au moyen d’une vieille arme redoutable. Et ce n’est que le début d’une visite qui va s’avérer éprouvante, très éprouvante.

Quel pied de retrouver le personnage le plus mal embouché que je connaisse, à égalité avec Spider Jerusalem et les Boys de Garth Ennis. J’adore Andrea Cort, qui va, la pauvre, encore voir ses certitudes et le monde qu’elle s’est construit en prendre un sacré coup. A propos, oui, il vaut vraiment mieux avoir lu le premier volume avant d’attaquer celui-ci.

Côté intrigue c’est un très grand classique, une adaptation spatiale du crime de l’Orient express puisqu’il y a un meurtre dans un lieux clos, l’enquêtrice, la victime et le meurtrier se trouvant tous enfermés ensemble. Et l’auteur s’en tire très bien.

Mais ce n’est pas tout, au long de l’enquête de grandes questions morales vont se poser, et Andrea va avoir à faire des choix cornéliens pour le moins. Un roman d’une méchanceté réjouissante, mais en même temps pleine d’humanisme, complété dans ce volume par une nouvelle qui ne ménage pas les scènes d’action parfaitement menées. Un bonheur, vivement le troisième.

Adam-Troy Castro / La troisième griffe de Dieu, (The third claw of god, 2009), Albin Michel / Imaginaire (2021) traduit de l’anglais (USA) par Benoit Domis.

Émissaires des morts

Même si je bosse encore on peut considérer que les vacances ont commencé. Et j’ai eu envie de me plonger dans quelques bons gros pavetons de SF. J’ai donc commencé par le premier d’une pile qui a bien chargé mon sac à dos. Excellente pioche avec Emissaires des morts de l’américain Adam-Troy Castro.

Dans un lointain, très lointain futur, l’humanité a voyagé loin et rencontré d’autres espèces douées d’intelligence. Du côté des hommes c’est le modèle ultra libéral, dominé par de grandes sociétés privées qui pratiquent souvent une forme d’esclavage plus ou moins consenti, qui s’est imposé. Sur la planète Bocai, les habitants locaux et une colonie d’humains vivent en paix, au point d’avoir décidé d’élever leurs enfants en commun. C’est ainsi que la petite Andrea Cort, 8 ans, a un papa et une maman biologiques qu’elle adore, et un père bocaïen qu’elle adore tout autant. Jusqu’à ce qu’une nuit une déferlante de haine ravage la colonie, ses parents sont massacrés sous ses yeux et elle se retrouve à trucider son père bocaïen et à y prendre plaisir. Quand la folie s’arrête, les secours la trouvent, les mains pleines de sang.

Andrea dont la tête est réclamée par plusieurs peuples extraterrestres vit son adolescence en prison et devient ensuite la « propriété » du Corps Diplomatique où elle est enquêtrice pour le bureau du Procureur. Andrea est torturée, dure avec tous, et refuse d’autres contacts que ceux que sa charge lui impose. Andrea est très intelligente, efficace dans son travail et sans pitié pour les médiocres. Andrea est persuadée d’être un monstre.

Voilà pour la toile de fond. Emissaire des morts rassemble quatre longues nouvelles et le roman qui lui donne son titre.

Avec du sang sur les mains présente le personnage envoyé sur une planète peuplée d’êtres très en avance technologiquement, mais dont la race se meurt. Un peuple à l’origine herbivore qui est fasciné par la propension à la violence de l’humanité, un peuple qui ne connaît pas le meurtre ou l’agression et qui a fait l’acquisition d’un monstre, un condamné à mort humain. Andrea n’est là que pour mettre le tampon final à la transaction.

Une défense infaillible est un récit d’espionnage mené sur un monde artificiel. Une construction imparable, jouant avec les moments passés et présents de l’histoire, pour un huis-clos mené de main de maître.

Dans Les lâches n’ont pas de secrets le monde extraterrestre construit a assez peu d’importance, le coupable, humain, est déjà connu et arrêté, le seul rôle d’Andrea étant de s’assurer que sa défense a utilisé tous les recours possibles. Tout le suspense va tourner autour d’une forme de punition particulièrement retorse et de ses dangers potentiels pour l’humanité. Encore une maîtrise parfaite du suspense, et l’apparition d’une thématique qui va devenir centrale dans la suite, celle du libre arbitre.

Démons invisibles présente un tournant dans l’évolution d’Andrea et ce qu’on devine être la suite de ses aventures. Excellente histoire qui tourne autour de l’altérité, où la politique se mêle à la justice.

Pour finir, seul le roman. Emissaire des morts se présente comme un roman policier classique, avec meurtre et recherche de coupable. Sur un monde créé de toutes pièces par des IA, les hommes sont tolérés pour observer une espèce douée d’intelligence créée par les IA. Quand une femme de la mission meurt, Andrea est envoyée trouver le coupable, avec cependant une contrainte : impossible d’accuser les IA qui sont beaucoup trop puissantes et totalement intouchables. Même si le lecteur confirmé de polars peut assez rapidement deviner qui est le coupable, ce n’est qu’une infime partie de l’intrigue qui va remettre beaucoup de choses en question, pour l’humanité en général et Andrea Cort en particulier.

700 pages et un vrai régal de bout en bout. Intelligence du propos, des histoires qui sont parfaitement menées avec un savoir-faire de pro du polar et un vrai talent de créateur de mondes et d’espèces. Et par-dessus tout, l’immense plaisir de suivre un personnage incroyable, une enquêtrice hard-boiled à la sauce SF à la hauteur des meilleurs personnages de polars, à la fois répondant à tous les clichés du genre et totalement originale. Attachante, impitoyable, à la répartie qui tue, d’une fragilité touchante, que l’on a envie de prendre dans ses bras tout en sachant qu’on s’expose à se faire, au mieux, sévèrement envoyer sur les roses.

Vraiment un personnage inoubliable. Dès que j’ai le temps, je vais dans ma librairie préférée m’acheter le second volume qui est déjà traduit.

Adam-Troy Castro / Emissaires des morts, (Emissaries from the dead, 2008), Albin Michel /Imaginaire (2020) traduit de l’anglais (USA) par Benoît Domis.