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La chaine

Vous l’avez sans doute déjà lu ici où là, l’auteur irlandais Adrian McKinty qui avait cessé d’écrire faute de succès revient, soutenu par le maître Don Winslow dans un pur thriller, La chaine.

MckintyL’intrigue est d’une simplicité biblique, de ces simplicités tout en efficacité. Un matin Kylie, 13 ans est enlevée à son arrêt de bus. Dans les minutes qui suivent sa mère Rachel, divorcée, qui se rend à un rendez-vous médical reçoit un coup de téléphone. Elle doit verser une rançon de 25 000 dollars, et enlever un gamin à son tour. A cette condition Kylie sera libérée. Sinon elle sera tuée, et un autre enfant sera enlevé à sa place. Imparable.

Il n’y a pas grand-chose à dire sur La chaine. Adrian McKinty est un très bon conteur, donc ça fonctionne parfaitement. Même si je trouve qu’il a une petite tendance à en rajouter, entre l’addiction du tonton, le cancer de la maman, les rebondissements en chaine du final … Mais comme il sait emballer le tout, c’est à la fin qu’on se dit un peu que c’est too much, mais pendant la lecture ça fonctionne et on est accroché.

Un bon moment de lecture, une adaptation au cinéma sans doute, mais un roman qui sera sans doute assez vite oublié. Espérons que cela aura servi à lui remettre le pied à l’étrier et qu’il reviendra vers quelque chose plus proche de l’excellente série consacrée à Sean Duffy.

Adrian McKinty / La chaine, (The chain, 2019), Mazarine/Thriller (2020) traduit de l’anglais par Pierre Reignier.

PS. Si je me fais un peu rare dans les jours à venir, c’est que j’ai un petit coup de mou. Rien de ce j’ai en rayon ne me fais vraiment envie. Donc je relis tout Sandman, et c’est géniallissime, et j’ai attaqué Jardin de poussière, un recueil de nouvelles de Ken Liu que je lis en alternance avec les polars que j’ai sur mon étagère.

Sean Duffy, épisode 2

Après une longue période de silence (en France), j’avais été enchanté de retrouver Adrian McKinty avec un nouveau personnage dans Une terre si froide. Et je suis très content de revoir Sean Duffy, flic catholique de Belfast dans Dans la rue j’entends les sirènes.

McKinty 2Sean Duffy est donc flic, à Belfast, dans les mois qui suivent la mort de Bobby Sand. Une vie pas facile donc … Même s’il est inspecteur à la criminelle, il est souvent réquisitionné avec ses collègues pour sécuriser un lieu après un attentat de l’IRA ou encadrer une manifestation des fous furieux protestants. D’autant plus que les militaires sont rappelés pour aller aux Malouines … Voilà qui lui laisse peu de temps et de ressources pour enquêter sur cet étrange tronc tatoué retrouvé dans une valise. Les premières constatations montrent que l’homme est américain, qu’il a été empoisonné avec un poison rare, découpé, puis congelé avant d’être trouvé par la police. Compliqué, mais Sean est têtu, et ne laisse jamais tomber.

Qu’est-ce qu’ils ont ces irlandais ? Qu’est qui leur donne ce ton, cette façon d’arriver à nous faire sourire et espérer en la vie et en l’être humain au moment même où ils nous racontent … Merde, j’ai déjà écrit ça dans mon papier sur le dernier Ken Bruen ! Faut dire que vu d’ici il y a bien une école irlandaise (que j’aimerais voir aussi reconnue que l’école scandinave !).

Parce qu’ici, des horreurs, il y en a. Entre un pays en guerre, les attentats et les meurtres de l’IRA, la torture et les atrocités perpétrées par l’occupant anglais, les haines entre communautés, le chômage, la misère rampante, la connerie, le racisme et le sectarisme que suscitent le manque de travail et d’espoir … Et tout ça vu par un flic, forcément au contact de ce que l’humanité peut produire de pire. Normalement, il devrait y avoir de quoi se tirer une balle.

Et pourtant, on sourit, et pourtant il y a de l’énergie, de la vie. Mais qu’est-ce qu’ils ont ces irlandais ?

Et puis il y a du style, de la puissance narrative, de la musique, de l’humanité. On a envie de foutre des baffes aux cons avec Sean, de boire une bière avec lui, d’aller ramasser des coquillages en regardant, au loin, la côté écossaise … Bref, toute l’humanité dans sa petitesse et sa grandeur est dans ces pages. Ajoutez une intrigue fort bien menée, des personnages qu’on a l’impression de connaître tout de suite et comme moi vous direz :

Vive les écrivains irlandais ! Vive Adrian McKinty ! Vive Sean Duffy !

Adrian McKinty / Dans la rue j’entends les sirènes (I hear the sirens in the street, 2013), Stock/La cosmopolite Noire (2013), traduit de l’anglais (Irlande) par eric Moreau.

Une nouvelle série d’Adrian McKinty

Je craignais qu’on n’entende plus parler de lui. Depuis que la série noire avait renoncé à traduire ses romans, plus aucune nouvelle de l’irlandais Adrian McKinty. Et pourtant j’avais beaucoup aimé sa série consacrée à Michael Forsythe. Et voilà que grâce à l’ami Unwalker j’apprends qu’il revient chez Stock. Avec le début d’une nouvelle série : Une terre si froide.

McKinty1981. Bobby Sand vient de mourir, Belfast s’embrase. Sean Duffy n’a pas la vie facile : catholique d’origine, il est flic dans la police criminelle à Carrickfergus, dans la banlieue de Belfast. Pour une fois, il est appelé sur une affaire qui semble détachée du contexte politique : Un homme a été trouvé assassiné, la main droite coupée. La victime était un homosexuel connu. Quand un deuxième homosexuel est tué de la même façon Sean commence à penser qu’on a là le premier serial killer de l’histoire de l’Irlande du Nord. Un tueur en Ulster qui n’ait pas trouvé sa place chez les psychopathes d’un côté ou de l’autre ?

Il y a vraiment une école irlandaise du noir. Une façon à eux de nous infliger les pires horreurs, de faire ressentir la trouille, la connerie, la lâcheté, l’obscurantisme, la terrible certitude de ceux qui, parce qu’ils croient en un Dieu, savent avec certitude qu’ils ont raison et que les autres ont tord … Tout en arrivant à nous faire rire ou sourire au détour d’une phrase, en gardant le plaisir de boire une Guiness ou de regarder le sourire d’une femme. Cette vitalité, ce plaisir de vivre au milieu des pires drames, on les retrouve ici.

Adrian McKinty, qui pourtant ne nous épargne rien en situant son roman en 1981 à Belfast, réussit une fois de plus cet exploit : C’est dur, c’est sombre, l’absurdité et l’horreur des attentats, la connerie de la répression anglaise meurtrière sont insupportables, on ressent la peur, la rage et en même temps on sourit et on s’attache à Sean Duffy. Comme en plus Adrian McKinty n’a rien perdu de son talent de conteur on se régale, malgré la noirceur d’un contexte qui vient en écho de l’autobiographie de Sam Millar lue il y a peu.

Longue vie à Sean Duffy, en espérant qu’il trouvera son public et que le nouvel éditeur de McKinty pourra continuer à nous proposer ses aventures.

Adrian McKinty / Une terre si froide (The cold cold ground, 2012), Stock/La Cosmopolite (2013), traduit de l’irlandais par Florence Vuarnesson.

Faut pas gonfler Michael Forsythe

Les meilleures choses ont une fin. Toutes. Même la série Michael Forsythe de l’irlandais voyageur Adrian McKinty. Qui se termine avec ce Retour de flammes.

Douze ans. Douze ans que Michael Forsythe se planque, aidé par le FBI, après avoir participé à démanteler la mafia irlandaise de New York. Douze ans que Bridget Callaghan qui a repris les choses en main est sur sa trace pour le faire abattre. Elle est bien près de réussir une fois de plus à Lima, mais Michael va avoir droit à une surprise : la fille de Bridget, vient d’être enlevée à Belfast, et elle l’appelle au secours, lui proposant d’oublier le passé s’il accepte de l’aider. Pour revoir Belfast, pour pouvoir vivre au grand jour, et surtout, même s’il ne se l’avouerait jamais, pour revoir Bridget, Michael accepte. C’est alors que les ennuis commencent réellement.

Voilà qui clôt de façon magistrale la trilogie Michael Forsythe. Action, rebondissements, humour, Adrian McKinty est toujours aussi généreux. Ca explose de partout, il se passe toujours quelque chose, et dans les pires moments, l’increvable Michael ne perd jamais son sens de l’humour. Donc le lecteur tourne les pages et ne s’ennuie jamais, ce qui est déjà une très bonne chose.

Mais pas la seule. En toile le fond, l’auteur livre une description très sombre de l’Irlande du Nord, des séquelles d’une guerre qui n’a jamais voulu dire son nom, des effets dévastateurs de siècles de haines, de rancœurs et de vengeances … le tout sur fond de misère industrielle, de crasse, et de ciel bas et gris. On ne peut pas dire qu’Adrian McKinty cherche à se faire des copains à Belfast. Dans aucun camp, les paramilitaires, qu’ils soient catholiques ou protestants s’étant rapidement reconvertis en truands, pour continuer à exercer leur droit de vie et de mort sur une population qui ne peut que subir.

Il reste quand même une lueur d’espoir, dans une nouvelle génération qui n’aurait pas été gangrenée par la haine dès le berceau. Et qui ne vivrait pas avec pour seul horizon la vengeance. Et puis il reste l’humour increvable de ce diable de Michael. La digne conclusion d’une bien belle trilogie.

Pour ceux qui découvrirait aujourd’hui cet auteur, on peut, bien entendu, commencer par ce roman. Mais c’est quand même mieux d’avoir au moins lu le premier, A l’automne je serai peut-être mort. En plus il est très bien, et repris en poche chez Folio !

Adrian McKinty / Retour de flammes, (The bloomsday dead, 2007) Série Noire (2009), traduit de l’anglais (Irlande) par Patrice Carrer.

Le premier Adrian McKinty

J’avais que le premier Adrian McKinty, à savoir A l’automne je serai peut-être mort, allait passer sur le dessus de la pile … Il y est resté un moment mais ça y est, je l’ai lu.

Michael Forsythe, à peine vingt ans, est obligé de quitter Belfast et de travailler pour la pègre irlandaise à New York. Son intelligence, son entraînement dû à un passage houleux dans l’armée anglaise, et son sang froid le font rapidement remarquer. Un peu trop remarquer, même par la maîtresse du boss. C’est comme ça qu’il va se retrouver dans une prison atroce, au fin fond du Mexique. Une prison dont il ne reviendra qu’avec une idée en tête : se venger.

Voici donc la première apparition de Michael Forsythe que l’on retrouvera dans Le fils de la mort. Dès ce premier volume, le personnage est en place : intelligent, intellectuel même, grande gueule, indiscipliné, plein de ressources, et surtout, décidé à survivre, à tout prix. Et comme McKinty prend un malin plaisir à le plonger dans les situations les plus glauques, c’est forcément très sombre. Je ne sais pas comment fait l’auteur pour rendre plausible une telle accumulation de péripéties qui, racontées par un autre, frôleraient le ridicule, mais il est un fait qu’il arrive à rendre crédible des situations les plus rocambolesques.

Cela tient sans doute à son écriture et à son personnage, à la fois cynique, romanesque, poétique, drôle, et parfois lyrique. Pour résumer, irlandais ! Du moins irlandais comme McKinty, Bruen ou Bateman nous font imaginer les irlandais. A posteriori donc, voici une confirmation : Dès son premier roman Adrian McKinty s’affirme comme un grand du roman noir irlandais, qui compte pourtant quelques pointures. Il présente l’originalité de garder son caractère national, tout en faisant voyager ses personnages d’un côté à l’autre de l’Atlantique.

J’ai appris récemment qu’il vit maintenant en Australie. Alors bientôt un irlandais chez les kangourous ?

Adrian McKinty / A l’automne, je serai peut-être mort (Dead I well may be, 2003), Folio policier (2008). Traduction de l’anglais (Irlande) par Isabelle Arteaga.

Un irlandais aux US

Je n’ai pas encore lu, A l’automne, je serai peut-être mort, première apparition de Michael Forsythe. Il est dans la pile. Après la lecture du dernier roman d’Adrian McKinty, Le fils de la mort, il est passé sur le dessus.

Michael Forsythe est un ancien malfrat, protégé par le FBI après avoir fait tomber de gros bonnets de la mafia irlandaise de New York. Michael Forsythe est aussi un vrai dur à cuire, poursuivi par une poisse phénoménale. C’est comme ça que, pour ses premières vacances en cinq ans hors de la protection du FBI, il se retrouve pris dans une émeute opposant supporters anglais et irlandais à Tenerife. Emprisonné, il est obligé d’accepter la proposition des services secrets anglais d’infiltrer un groupuscule dissident de l’IRA aux US. Un groupuscule que l’on soupçonne de refuser le cesser le feu que Tony Blair est en train de signer avec le mouvement irlandais. Coincé, Michael accepte la mission, sans se douter qu’une fois de plus, sa déveine va le mettre dans une situation intenable.

Quel bouquin ! Le fils de la mort démarre sur les chapeaux de roues par une scène apocalyptique, mais finalement assez drôle quand on arrive à prendre un peu de distance (ce que l’auteur fait très bien). Il se conclue sur un final apocalyptique, mais pas drôle du tout. Entre les deux, McKinty installe un faux rythme, tranquille en apparence. Le récit prend le temps de s’installer, tout en distillant, de temps autre, quelques indices des horreurs à venir, histoire de maintenir le lecteur dans d’inquiétude latente. Puis tout s’emballe, se durcit, en un crescendo implacable.

Mais ce n’est pas tout. McKinty n’a pas écrit un simple thriller à l’efficacité redoutable, formaté best-seller. C’est un vrai roman, dense, avec des personnages extraordinaires, complexes, au premier rang desquels, bien sûr, Michael Forsythe, archétype du hard-boiled, suicidaire, tête brûlé, masochiste, increvable, ambigu. Beaucoup trop ambigu pour être un personnage de best-seller. L’immense Clint dans ses plus grands jours. Les seconds rôles aussi sont impeccables, avec des rôles de femme à la fois lumineux et sans pitié, un tueur effrayant à souhait …

L’écriture est à la hauteur, capable de passer du lyrisme poétique à des dialogues incisifs et drôles, toujours en adéquation parfaite avec l’histoire. Pour finir, même s’il est « catalogué » par l’éditeur « auteur américain », McKinty reste très irlandais, dans le choix de ses personnages, dans les thématiques de ses romans, dans son humour noir, surnageant dans les pires situations. Ecriture, personnages et humour irlandais, dans les grands espaces américains. Une synthèse originale, et parfaitement réussie. Un grand roman à ne pas laisser passer.

Adrian McKinty / Le fils de la mort (The dead yard, 2006) Série Noire, (2008, traduit de l’anglais (Irlande) par Patrice Carrer